Guerres des Francs contre les Avars

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Les guerres contre les Avars sont une série de campagnes menées par les Francs sur le Danube contre les Avars de Pannonie de 791 à 805, qui aboutissent à la soumission du khanat avar.

Les Avars, pillards païens, qui se sont sédentarisés dans les plaines de l'actuelle Hongrie, constituent pour les Francs une menace permanente. Ils ont multiplié les incursions dévastatrices en Bavière et dans le Frioul (788), désormais soumis à Charlemagne, qui décide d'entreprendre une expédition contre eux en 791.

Première expédition de 791[modifier | modifier le code]

La cavalerie de Charlemagne, bibliothèque de Saint-Gall, IXe siècle

Outre la menace que représente pour les marches du royaume ces voisins peu fréquentables, qui s'attaquent aux églises qu'ils pillent sans vergogne, Charlemagne espère, grâce à cette expédition, s'emparer du formidable butin amassé par les Avars au cours de leurs razzias. Ce trésor, qui attise sa convoitise, est mis à l'abri dans un camp fortifié férocement gardé - le « Ring » - qui est en quelque sorte la capitale de leur empire. La conquête du royaume des Avars implique la prise de ce camp, situé entre le Danube et son affluent le Theiss, et Charlemagne sait que ce ne sera pas chose aisée d'y parvenir.

Dans ce but, Charles a rassemblé, au cours de l'été 791, à Ratisbonne, une puissante armée composée de Saxons, de Frisons, de Francs, de Thuringes et de Bavarois. Bien décidé à venir à bout de ce sanctuaire mythique, où les Avars, retranchés, l'attendent, il a élaboré une stratégie qui doit le mettre à l'abri de toute mauvaise surprise. Il a divisé l'armée en deux, pour avancer simultanémennt sur les deux rives du Danube. Il confie le commandement de celle qui suivra la rive nord du fleuve au comte Théodoric, assisté de son chambrier Megenfried. Il prend lui-même le commandement de l'armée qui s'avancera par la rive sud. Une troisième force, menée par son fils Pépin, le roi d’Italie, doit attaquer à revers depuis la frontière du Frioul. Le Danube doit servir de voie de communication, et une flotte de chalands est prévue pour assurer le ravitaillement.

L’armée franque campe à Lorsch sur la frontière de l’Enns ; les prêtres lui imposent trois jours de jeûne pour obtenir les faveurs du ciel et Charles doit apaiser les dissensions qui se font jour entre les nobles bavarois. L'armée entre en territoire avar à la fin du mois de septembre sans rencontrer de résistance, les Avars pratiquant la politique de la terre brûlée. Pépin, de son côté, conquiert une forteresse avare et fait de nombreux prisonniers. À la mi-octobre, Charles atteint la rivière Raab, mais, en raison du manque de fourrage et des privations imposées aux soldats, il décide de faire demi-tour sans avoir pu livrer bataille.

Charlemagne ne renonce pas pour autant à conquérir le royaume avar et à s'emparer de son fabuleux trésor. Pendant deux ans, il va rester en Bavière pour organiser la reprise des hostilités, et parvenir à ses fins, car cela lui permettrait de parachever sa domination sur les Alpes, déjà bien engagée en Alémanie et en Lombardie, et d'étendre sa zone d'influence, facilitant ainsi les échanges commerciaux avec la partie orientale de l'Europe. La prise du Ring Avar est remise à plus tard, mais n'est pas abandonnée.

En 793, Charlemagne prépare la guerre contre les Avars. Il fait construire un pont de bateaux démontable sur le Danube et commence la construction d’un canal pour relier les bassins du Rhin et du Danube (la Fosse caroline). Le projet, commencé à l’automne 793, n’aboutit pas. Cette même année, l'armée que Charlemagne lève en Frise contre les Avars est détruite à Rüstringen sur le Bas-Weser par les Saxons révoltés. Le comte Théodoric est tué. La révolte en Saxe ajourne l'expédition contre les Avars.

Prise du Ring Avar[modifier | modifier le code]

Le trésor de Nagyszentmiklós, découvert en Hongrie en 1799, probablement enterré vers 796, après la prise du Ring Avar[1]. Il contient vingt-trois objets en or, présentant des motifs de griffes et sarments dont douze portent des inscriptions runiques, grecques ou turques (musée d’Art et d’Histoire de Vienne).

Le Ring Avar est la capitale du territoire où les Avars s'étaient sédentarisés au centre de l'Europe (Hongrie actuelle). C’est une fortification ronde en terre couverte de palissade dans laquelle les nomades Avars gardent le butin de leurs pillages et du tribut versé dans le passé par Byzance.

Vers 794, des dissensions éclatent dans l’Empire Avar, où l’autorité du khagan est ébranlée par des chefs avars qui mènent une politique indépendante. L’un d’eux, portant le titre turc de tudun, envoie des ambassadeurs à Charlemagne pour lui exprimer son intention de se soumettre et de se convertir au christianisme (795). L’année suivante, le khagan est assassiné par ses rivaux et le duc de Frioul, Éric, organise une expédition contre la capitale avar, le Ring, immense camp fortifié sur la rive gauche du Danube, en Pannonie, qui est pillé sans rencontrer de résistance. Le roi d’Italie Pépin envahit alors le pays avec des forces plus considérables. Le nouveau khagan vient à sa rencontre pour faire sa soumission mais ne peut éviter que le Ring Avar soit pillé une seconde fois. Le tudun se présente alors comme promis à Aix-la-Chapelle où il reçoit le baptême et de riches cadeaux. Il continue à gouverner comme vassal du roi franc jusqu’au Danube.

La prise du butin du Ring Avar (quinze chars d’or auraient été envoyés à Aix) joue un rôle considérable dans la puissance de Charlemagne et lui permet de récompenser largement ses fidèles. On estime que ce seul butin a contribué à un mouvement d'inflation sensible dans l'ensemble de l'empire carolingien.

Une première révolte est réprimée en 799 par le préfet de la marche bavaroise Gérold. En 802, les comtes francs Cadalo et Gontrand sont tués au combat contre les Avars révoltés. Charlemagne décide d’envoyer des expéditions à partir de la Bavière pour régler la question avare. Les Francs ravagent la Pannonie, faisant de nombreux captifs et décimant la noblesse avare. Le tudun fait acte de soumission et est à nouveau pardonné.

Les derniers rebelles avars à l'autorité carolingienne sont battus en 805. Cette année-là, le kapkhan Théodore, un prince avar converti au christianisme, se rend à Aix-la-Chapelle pour implorer Charlemagne de lui accorder un territoire à l’Ouest de la Raab, afin qu’il puisse installer son peuple à l’abri des agressions slaves. Quelques mois plus tard, un autre prince avar, qui prétend au titre de khagan, envoie des ambassadeurs à l’empereur pour lui demander de confirmer son autorité sur l’ensemble du peuple avar. Il l’obtient à condition de se faire baptiser, ce qu’il fait en prenant le nom d’Abraham. Le khanat avar, réduit à ses possessions occidentales, résiste quelque temps sous la protection franque, puis se désagrège devant l’expansion bulgare et slave.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Miklós Molnár, Anna Magyar, A Concise History of Hungary, Cambridge University Press, (ISBN 9780521667364, présentation en ligne)