Renée Fregosi

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Renée Fregosi
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Renée Fregosi en 2016.
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AjaccioVoir et modifier les données sur Wikidata
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Renée Fregosi, née le à Ajaccio, est une philosophe et politologue française.

Elle a publié de nombreux articles universitaires et ouvrages de référence[1],[2], et elle intervient régulièrement dans les médias français et étrangers, où elle provoque parfois la polémique.

Elle analyse des phénomènes relevant de l’autoritarisme, du populisme[3], de l'antisémitisme, et de la démocratie[4], de l'émancipation, de la libération. La complexité, les ambivalences[5], les contradictions, les paradoxes, les ambiguïtés du politique retiennent son attention. Elle étudie tout particulièrement la circulation transnationale des concepts et des pratiques politiques à travers le monde et dans le temps[6]. Elle accorde une place privilégiée à l’Amérique du Sud[7] dans sa réflexion comme dans ses actions de terrain. Philosophe engagée, elle dénonce le féminisme moderne « victimaire, puritain et sexiste » et appelle à « défendre la civilisation occidentale » contre l’islam et l'immigration[8].

Biographie[modifier | modifier le code]

Renée Fregosi s'engage en politique dès l'âge de 16 ans au Mouvement de libération des femmes (MLF) et à l'Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) qu'elle quittera rapidement. Elle adhère au Parti socialiste en 1976 auquel elle reste attachée malgré ses nombreuses divergences depuis plusieurs années.

Renée Fregosi a soutenu ses deux thèses (de philosophie en 1984 sur Vladimir Jankélévitch et de science politique en 1996 sur les transitions à la démocratie en Amérique latine et dans les PECO) à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne tout en poursuivant une activité professionnelle. Pendant 20 ans elle a été assistante parlementaire, directrice adjointe puis directrice de l’Institut de recherche du PS (ISER)[9], directrice du département international du PS, consultante internationale et a été engagée dans de nombreuses actions de coopération internationale à travers le monde. En 2001 elle intègre l’institution universitaire en tant qu’enseignante-chercheur à l’Institut des hautes études d'Amérique latine (IHEAL) de l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, où elle est directrice de recherche en science politique depuis 2002 (après l’obtention de sa HDR en science politique)[10].

Perspectives théoriques[modifier | modifier le code]

Renée Fregosi insiste d'une part sur le fait que les changements de régimes entre démocratie et dictature se produisent dans les deux sens, sans que l’on ne puisse jamais considérer aucune situation comme inéluctable ni irréversible. D'autre part, elle pense que loin d'être des catégories étanches, les deux grandes manières de gérer l’ordre du pouvoir (autoritarisme et démocratie, imposition et libre choix) s’imbriquent et se mélangent bien souvent de façon complexe. Transitions à la démocratie, régressions autoritaires et régimes hybrides mettent en lumière cette complexité du politique[11].

Dans ce cadre théorique, elle définit le populisme « comme l’ombre portée ou la réverbération de la démocratie sur une réalité sociale contrastée, sur une société atomisée d’individus aux demandes disparates »[12]. Dans le contexte des formes nouvelles de la mondialisation, le populisme peut être défini comme la forme politique la plus largement partagée à travers le monde à partir des années 2000 et il se présente aujourd’hui sous la forme d’un « justicialisme »[13]. L’idée de justice constituant un concept vide susceptible de répondre aux exigences de chacun et de former un tout à partir d'éléments très hétérogènes, s’impose comme une évidence.

Renée Fregosi estime que l’antisémitisme antisioniste entre ainsi en congruence particulière avec le populisme justicialiste : demande de justice pour tous et surtout pour « les petits, les dominés, les discriminés, les exclus » et contre « l’impunité » des grands. « Grâce à la figure victimaire du Palestinien, la chaîne de causalité diabolique se tisserait des banlieues françaises peuplées d’« indigènes de la république » aux pays latino-américains « dominés par l’impérialisme des États-Unis » »[14].

Pour Renée Fregosi, un certain conformisme qui confinerait au terrorisme intellectuel, imposerait de nos jours attitudes grégaires assignant aux appartenances communautaires, et ordre social moralisateur réprimant la liberté sexuelle, l’extravagance, l’exaltation, la solitude et le silence. Contre l’individualisme libérateur que l’on stigmatise en l’amalgamant à l’égoïsme matérialiste, les visées collectives auxquelles on nous convie seraient moins politiques, universalistes et responsabilisantes qu’identitaires, relativistes et uniformisantes. Le combat laïque retrouve alors toutes ses dimensions contre les pensées de l’orthodoxie en maintenant ouvert le vide des cieux et cardinale la liberté de l’individu. Dans cette conception, la laïcité lutte pour l’émancipation des individus, la libre pensée et l’exercice du libre choix dans la vie publique, politique notamment, comme dans la vie privée. La liberté des mœurs irait de pair avec « les droits de l’Homme et du citoyen » et attaquer l’une ce serait aussi attaquer les autres[15].

Contre le néo-féminisme[modifier | modifier le code]

Dans un article du Figaro, en novembre 2017, elle dénonce un "néo-féminisme victimaire, puritain et sexiste", et citant le fait qu'il y a 15.000 escort-boys en Grande Bretagne, elle veut rappeler que les femmes ont une "activité sexuelle affirmée, aux désirs revendiqués", et qu'il y a des "femmes dominantes, dominatrices voire prédatrices et agressives (comme en témoigne (...) par exemple le nombre important d'hommes battus: chaque année en France, 80.000 hommes souffrent de violences conjugales)". Selon elle, comme pour bon nombre de penseurs contemporains, le néo-féminisme serait "essentialiste" (terme renvoyant à la philosophie grecque ancienne, et à la négation sartrienne et existentialiste de l'essence, à l'affirmation de la liberté qui s'ensuit). Selon Renée Fregosi, l'essentialisme féministe, qui postule une douceur constitutive de la femme, une sensibilité différente de l'homme, serait représenté par exemple par Antoinette Fouque[16].

Actions de terrain[modifier | modifier le code]

Outre les missions réalisées notamment dans le cadre de l’ISER, de l’Internationale socialiste et du PSE, Renée Fregosi mène des actions de terrain avec une petite ONG qu’elle a créée en 1991, le CECIEC (Centre Européen pour la Coopération Internationale et les Échanges Culturels). Elle participe à des missions dans le domaine de l’ingénierie démocratique et notamment plus d’une quinzaine d’observations électorales en Amérique latine (Venezuela, Chili, Paraguay, Costa Rica) mais aussi au Togo en 1992 ou au Cambodge en 1993.

Elle a contribué au lancement en 1991 du consortium paraguayen d'ONG (dont le CECIEC est co-fondateur) Sakã[17]. Pour les premières élections libres après la chute d'Alfredo Stroessner, l'organisation d'un contrôle électoral parallèle indépendant exhaustif a permis au président de la République Andrés Rodríguez Pedotti (faute de résultats de l'organe officiel) de reconnaître les élus des 17 municipalités principales du pays sur l'unique foi des données de Sakã. Puis le consortium d'ONG a poursuit son action notamment en 1993 et 2008 où il s'en encore révélé d'une grande utilité pour la démocratie paraguayenne.

Par ailleurs, en participant notamment à des rencontre internationales de haut niveau sur le thème, Renée Fregosi poursuit une réflexion sur les méthodes de prévention du VIH.

Le , elle fait partie des signataires d'une tribune de chercheurs et d'universitaires annonçant avoir voté Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l'enseignement supérieur et la recherche[18].

Le 19 mars 2018, elle fait partie des signataires de l'Appel des 100 "contre le séparatisme islamiste"[19] et le 21 avril 2018, du Manifeste contre "le nouvel antisémitisme"[20].

Ouvrages publiés[modifier | modifier le code]

  • Les Nouveaux autoritaires. Justiciers, censeurs et autocrates. Ed. du Moment, 2016 (300 pages)
  • Parcours transnationaux de la démocratie. Transition, consolidation, déstabilisation, Ed. Peter Lang, 2011 (195 pages)
  • Droits de l’Homme et consolidation de la démocratie en Amérique du Sud. Direction de l’ouvrage avec Rodrigo España et introduction sous le titre « La question des droits de l’Homme au cœur des démocraties latino-américaines », Ed. L’Harmattan, 2009 (321 pages)
  • Altérité et mondialisation. La voie latino-américaine, Éditions Ellipses, 2006 (254 pages)
  • Armées et pouvoirs en Amérique latine. Direction de l’ouvrage, présentation, postface et article intitulé « La fin des coups d’État militaires en Amérique latine ? Mutineries et coups manqués en Argentine et au Paraguay dans les années 80-90 », Ed. de l’IHEAL, 2004 (220 pages)
  • Le Paraguay au XXe siècle. Naissance d’une démocratie, Editions L’Harmattan 1997 (399 pages)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ruxandra Ivan, « A Comparison of Caribbean and Black Sea Regiolnalisms », dans New Regionalism or No Regionalism?: Emerging Regionalism in the Black Sea Area, Editions Ashgate Publishing, (lire en ligne)
  2. Georges Couffignal, « Amérique latine », dans Encyclopaedia Universalis, (lire en ligne)
  3. (es) Liudmila Okuneva, « Los desafíos del giro a izquierda en América latina: la experiencia brasileña bajo el gobierno de Lula », Revue ENTELEQUIA, no 13,‎ , p. 9-27 (lire en ligne)
  4. (es) Graciela Ceretti et Marta Navarro, « Evolución del sistema partidario sanjuanino Período 1983 – 2007 », Revue REV IISE, vol. 1, no 1,‎ , p. 7-41 (lire en ligne)
  5. Leïla Havard, Gouvernance des aires protégées marines et côtières. L’exemple du golfe de Californie (Basse Californie Sud, Mexique) : acteurs et territoires, thèse (lire en ligne)
  6. Odile Perrot, « Parcours transnationaux de la démocratie. Transition, consolidation, déstabilisation, Renée Fregosi », Études internationales, vol. 44, no 1,‎ , p. 134-136 (DOI 10.7202/1015128ar, lire en ligne)
  7. (es) Documentos CIDOB América Latina 29, Barcelone, Éditions Fundació CIDOB, (lire en ligne)
  8. « Renée Fregosi : « Osons défendre la civilisation occidentale! » », FIGARO,‎ (lire en ligne)
  9. « ISER - Participation de Renée Frégosi à la conférence internationale "Le Grand Octobre" - Moscou (8-11/12/1987) »
  10. « Fregosi Renée », sur le site de l'Institut des hautes études d'Amérique latine
  11. voir sa contribution à l'ouvrage collectif : « Penser la complexité politique » in L’État, le Droit, le Politique. Mélanges en l’honneur de Jean-Claude Colliard, sous la direction de DEROSIER Jean-Philippe et SACRISTE Guillaume, Ed. Dalloz, 2014
  12. « Le populisme ou la face cachée de la démocratie » (p. 27-35) in ESPOSITO, Marie-Claude, LAQUIEZE, Alain et MANIGAND, Christine, Populisme, l’envers de la démocratie. P.28. Ed. Vendémiaire 2012
  13. Cystal Cordel Paris(dir.), « La rhétorique démocratique populiste aujourd’hui : entre spontanéisme et néobolchevisme », dans La rhétorique démocratique en temps de crise. Discours, délibération, légitimation (lire en ligne)
  14. « Un antisémitisme justicialiste », Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  15. « Quand laïcité rime avec conformisme et autocensure », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  16. « Un néo-féminisme victimaire, puritain et sexiste », FIGARO,‎ (lire en ligne)
  17. Sakã jouit aujourd'hui d'une notoriété au Paraguay et d'une reconnaissance officielle en tant qu'acteur de la citoyenneté et de la transparence électorale. Voir par exemple : (es) « Sakã y Cird suscriben convenios de cooperación con el TSJE »
  18. « Des universitaires et chercheurs appellent à soutenir Emmanuel Macron », sur petiteau-natalie.blogspot.fr, . La tribune est relayée le lendemain par Le Monde : « “Nous, universitaires et chercheurs, tenons à manifester notre soutien à Emmanuel Macron” », sur lemonde.fr, .
  19. « L'appel des 100 intellectuels contre le «séparatisme islamiste» », FIGARO,‎ (lire en ligne)
  20. http://www.leparisien.fr/societe/manifeste-contre-le-nouvel-antisemitisme-21-04-2018-7676787.php

Liens externes[modifier | modifier le code]