Verpe de Bohême

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Ptychoverpa bohemica, Verpa bohemica

La Verpe de Bohême (Ptychoverpa bohemica, syn. Verpa bohemica), est une espèce de champignons ascomycètes de la famille des Morchellaceae. Elle présente certaines similitudes avec les morilles (genre Morchella), bien qu'elle n'en fasse pas partie. Son chapeau conique, qui n'est pas soudé au pied, est orné de grosses rides très irrégulières mais n'a pas les alvéoles caractéristiques des morilles. Comme ces dernières, elle apparaît au début du printemps en terrains humides et sablonneux. Elle n'est pas très fréquente, plus abondante en montagne.

Bien que le champignon soit considéré comme comestible par de nombreux ouvrages et agences sanitaires, des cas d'empoisonnement ont été rapportés chez des personnes sensibles et par surconsommation. Comme les morilles, il est toxique cru et ne doit être consommé que bien cuit ou après dessiccation.

Taxinomie[modifier | modifier le code]

L'espèce est décrite pour la première fois en 1828 par Julius Vincenz von Krombholz sous le nom de Morchella bohemica. Il choisit l'épithète spécifique en allusion à la Bohême, région historique de l'actuelle République tchèque dont il est originaire et où il collecte les spécimens de ce champignon. Le naturaliste allemand Joseph Schröter le transfère dans le genre Verpa en 1893. En 1907, le Français Émile Boudier publie un traité sur les Discomycètes d'Europe dans lequel il considère les caractéristiques de ce champignon suffisantes pour le séparer dans un nouveau genre, Ptychoverpa, dont il devient l'espèce type[1].

Description[modifier | modifier le code]

Le pied des jeunes spécimens est rempli d'une moelle cotonneuse blanche qui disparait à maturité.

Le chapeau (qui est une apothécie[2]) est conique et mesure en moyenne de 2 à 5 cm de haut pour 2 à 4 cm de large[3]. Il est campanulé[4] et posé sur le pied comme un dé à coudre[5]. Sa surface interne est blanc jaunâtre et constitue la partie stérile. La surface fertile se situe à l'extérieur : elle est profondément marquée par des côtes épaisses et flexueuses qui sont orientées longitudinalement et parfois ramifiées. Elles sont brun-jaune à fauve et forment des cavités et des sillons très différents des alvéoles des morilles. La marge est libre et sinueuse, et peut présenter un mince filet blanc[4]. Le stipe est cylindrique et un peu rétréci vers le chapeau. Il s'allonge parfois démesurément, jusqu'à 20 cm de long, donnant un port particulièrement élevé au champignon. Sa surface est blanc jaunâtre et montre de zébrures floconneuses blanchâtres[6]. Il est fragile, d'abord farci d'une moelle cotonneuse, puis devient vite creux[3]. Il pénètre dans le chapeau et s'y rattache à mi-hauteur environ[7]. La chair du champignon est blanchâtre, mince et fragile, à la consistance de cire d'abeille[3]. Sa saveur est douce et son odeur d'abord fongique et agréable, puis spermatique avec l'âge[5]. La sporée est jaune[4].

Espèces proches[modifier | modifier le code]

Par son apparition précoce, son habitat et sa silhouette, la Verpe de Bohême est souvent confondues avec les différentes morilles (Morchella spp.) et morillons (Mitrophora semilibera). Elle est aussi fréquemment vendue comme « morille » sur les marchés[4]. Ses principaux caractères ditinctifs sont l'absence d'alvéoles et son chapeau qui n'est pas soudé au pied[5]. Il existe aussi d'autres verpes très proches, comme Verpa conica[4] ou Verpa digitaliformis[5]. Elles sont plus petites et leurs chapeaux sont presque lisses ou à peine ridés[4].

Un risque important de confusion existe avec la Gyromitre (Gyromitra esculenta) qui a déjà provoqué des empoisonnements mortels. Elle a un chapeau en forme de cervelle qui est soudé au pied à sa base[5].

Habitat et distribution[modifier | modifier le code]

Différents spécimens.

Surtout répandue en montagne, la Verpe de Bohême est un champignon printanier[4]. Elle pousse dans les taillis, sous les frênes, les ormeaux et les noisetiers[6].

Comestibilité[modifier | modifier le code]

Verpes de Bohême coupées en lamelles (haut) et servies poêlées dans l'huile avec du citron (bas).
 
Verpes de Bohême coupées en lamelles (haut) et servies poêlées dans l'huile avec du citron (bas).
Verpes de Bohême coupées en lamelles (haut) et servies poêlées dans l'huile avec du citron (bas).

La Verpe de Bohême est traditionnellement considérée comme comestible : jugée excellente[5], ou un peu inférieure aux vraies morilles[4]. Comme ces dernières, elle est toxique crue et ne peut être consommée que bouillie dans une grande quantité d'eau, jetée après cuisson[8], ou séchée[9].

Il faut cependant noter que des effets indésirables ont été constatés chez des individus sensibles à la suite d'une consommation excessive en une seule prise ou de façon répétée sur plusieurs jours[10]. Les symptômes décrits comprennent un dérangement intestinal et une défaillance de coordination motrice, analogues à ceux que provoque l'ingestion de Gyromitra esculenta (syndrome gyromitrien)[11]. Les spécialistes font l'hypothèse que Verpa bohemica synthétiserait de faibles quantités de la même toxine (gyromitrine (en))[12]. Des cas de coma après consommation excessive du champignon ont été rapportés [13].

Malgré ces réserves, la Verpe de Bohême continue d'être signalée comme comestible par la Société mycologique de France[14]. Elle fait également partie de la liste des champignons comestibles publiée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (France) en 2017[15]. En Suisse, elle est reprise dans la liste positive des champignons comestibles entérinée par le Département fédéral de l'intérieur dans une ordonnance de 2016[16].

Dans le doute, il est conseillé de s'en tenir à de petites quantités, surtout s'il s'agit d'une première dégustation, afin de vérifier le niveau de tolérance du consommateur[17]. Certains spécialistes recommandent également de ne consommer que le chapeau et non le pied[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. MycoBank, consulté le 30 mars 2020
  2. Roland Labbé, « Verpa bohemica / Verpe de Bohême », sur Mycoquébec.org, (consulté le 30 mars 2020).
  3. a b et c Christian Deconchat et Jean-Marie Polèse, Champignons : l'encyclopédie, Artémis Éditions, , 607 p. (ISBN 2-84416-145-6 et 978-2-84416-145-1, OCLC 424011070, lire en ligne), p. 84.
  4. a b c d e f g et h Jean-Louis Lamaison et Jean-Marie Polèse, Encyclopédie visuelle des champignons, Artémis, , 383 p. (ISBN 2-84416-399-8 et 978-2-84416-399-8, OCLC 420280993, lire en ligne), p. 343.
  5. a b c d e et f Guillaume Eyssartier et Pierre Roux, L'indispensable guide du cueilleur de champignons, Belin, , 355 p., p. 202-203.
  6. a et b Hervé Chaumeton, Mini-guide encyclopédique des champignons, Artémis, , 319 p. (ISBN 978-2-84416-759-0 et 2-84416-759-4, OCLC 471025867, lire en ligne), p. 295.
  7. Jean-Marie Polèse, Champignons de France, Artémis, , 159 p. (ISBN 978-2-84416-303-5 et 2-84416-303-3, OCLC 470921134, lire en ligne), p. 48.
  8. (en) Ian Robert Hall, Edible and poisonous mushrooms of the world, Portland, Timber Press, (ISBN 0-88192-586-1 et 978-0-88192-586-9, OCLC 50898666, lire en ligne).
  9. (en) J. Duane Sept, Common mushrooms of the Northwest : Alaska, western Canada & the northwestern United States, Sechelt, Calypso Pub, , 96 p. (ISBN 978-0-9739819-6-4 et 0-9739819-6-2, OCLC 773473733, lire en ligne).
  10. (en) Robert Thomas Orr et Dorothy B. Orr, Mushrooms of western North America, Berkeley, University of California Press, , 293 p. (ISBN 0-520-03656-5 et 978-0-520-03656-7, OCLC 6539034, lire en ligne), p. 36.
  11. (en) Joseph F. Ammirati, James A. Traquair et Paul A. Horgen, Poisonous mushrooms of the northern United States and Canada, Minneapolis, University of Minnesota Press, , 396 p. (ISBN 0-8166-1407-5 et 978-0-8166-1407-3, OCLC 11212407, lire en ligne), p. 337.
  12. (en) Gary Lincoff et Duane H. Mitchel (ill. Irene E. Liberman), Toxic and Hallucinogenic Mushroom Poisoning : a Handbook for Physicians and Mushroom Hunters, New York, Van Nostrand Reinhold, , 267 p. (ISBN 0-442-24580-7 et 978-0-442-24580-1, OCLC 3186503, lire en ligne), p. 171.
  13. (en) John Maybrier et Theresa Maybrier, Morel hunting : How to Find, Preserve, Care for, and Prepare the Wild Mushrooms, Mechanicsburg, Stackpole Books, , 120 p. (ISBN 978-0-8117-4429-4 et 0-8117-4429-9, OCLC 773827958, lire en ligne), p. 18.
  14. Société mycologique de France, « Champignons toxiques et comestibles », sur Mycofrance.fr (consulté le 5 février 2020).
  15. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), Avis relatif à une demande d’avis lié à un projet d’arrêté relatif aux variétés comestibles de champignons de culture et sauvages, Maisons-Alfort, , 38 p. (lire en ligne).
  16. Suisse. « Ordonnance du DFI sur les denrées alimentaires d’origine végétale, les champignons et le sel comestible ». (version en vigueur : 16 décembre 2016) [lire en ligne].
  17. (en) Kent H. McKnight, Vera B. McKnight et National Wildlife Federation., A field guide to mushrooms : North America, Boston, Houghton Mifflin, , 429 p. (ISBN 0-395-42101-2, 978-0-395-42101-7 et 0-395-42102-0, OCLC 14586860, lire en ligne), p. 42.
  18. (en) Milan Pelouch, How to find morels, Ann Arbor, University of Michigan Press, , 103 p. (ISBN 978-0-472-03274-7 et 0-472-03274-7, OCLC 167511969, lire en ligne), p. 71.

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