Provo (mouvement)

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Une action « Provo » à Amsterdam, 8 mai 1966.

Le mouvement Provo est un groupe contestataire et libertaire ayant « animé » la vie politico-sociale des Pays-Bas dans les années 1965-1970 : se réclamant écologique, antimonarchistes et anti-impérialiste il recourt aux médias et à la violence.

« Les Pays-Bas ont vu naître, sous le nom de "provos", le premier mouvement de la jeunesse anarchiste et contestataire qui, à partir de 1968, devait s'étendre à la plupart des nations développées du monde et affluer çà et là en manifestations bruyantes et, parfois même, extrêmement violentes[1]. »

Étymologie et idéologie[modifier | modifier le code]

Pour l'historien Patrick Rotman : « Le terme « provo » vient de « provocateurs » : il s’agit d’un mouvement politique qui secouera la société hollandaise bien policée au milieu des années 1960.

Amsterdam est le théâtre de violents affrontements en 1965–1966. Les Provos représentent une forme de contre-culture, de contestation globale, voire de rejet de la société. Toutefois, il concernait une faction minoritaire, marginale, l’ensemble de la société néerlandaise et, plus largement, de la jeunesse européenne n’étant pas concerné. »[2].

Le nom du mouvement est issu d'un renversement de sens : l'universitaire hollandais Wouter Buikhuisen (nl), dans sa thèse Achtergronden bij nozemgedrag en 1965, pour parler des jeunes marginaux néerlandais, avait proposé le terme provo (le mot le plus employé par la population étant nozem)[3].

Le mouvement se réclame de l'anarchisme et du mouvement CoBrA, par l'intermédiaire du peintre Constant Nieuwenhuijs.

Loin du schéma de la lutte des classes, selon Provo, un premier groupe est formé du peuple-consommateur, et un deuxième porte en lui les germes de la révolte: le provotariat, étudiants, artistes, beatniks, marginaux.

« Les provos prêchent le rejet des disciplines et des hiérarchies de la société industrielle, de l'Est comme de l'Ouest, au profit d'une société dite "ludique", où les virtualités créatrices de chacun pourraient s'exercer dans une sorte de révolution permanente dans le jeu, qui reléguerait au second plan les cloisonnements imposés par la division du travail[4]. »

Moyens d'action[modifier | modifier le code]

Le mouvement recours à l'image et aux médias, selon l'adage : « Provo est une image » et la méthode du Cycle provocation-répression-mobilisation. Provoquer et mystifier n'ont qu'un seul but : éveiller la conscience des gens.

Les graffitis, les tracts, les happenings[5] sont les moyens privilégiés pour diffuser les idées. Ce seront

Historique[modifier | modifier le code]

Les Pays-Bas sont en pleine mutation dans les années 1963-65 : comme d'autres pays ils connaissent une croissance économique sans précédent, les jeunes issus du baby-boom arrivent à l'âge adulte. Depuis 1963 les jeunes ont accès à la pilule contraceptive et les mouvements militants et contre-culturels sont nombreux.

Un réseau informel né en mars 1965[modifier | modifier le code]

Provo, en mars 1965 à Amsterdam, refuse l'organisation pyramidale et se constitue en réseau informel anti-autoritaire. Au départ, pas plus d'une dizaine de jeunes, étudiants et travailleurs, dont Roel van Duijn (nl), un militant antifasciste et antistalinien, Rudolf de Jong, un anarchiste déjà connu aux Pays-Bas, Marteen Lindt, âgé d’à peine 18 ans et futur théoricien du New Amsterdam, Hans Tuynman, un beatnik qui a visité l’Europe en stop, et d’autres[3].

Si le mouvement est d'abord amstellodamois, dès 1966 il essaime dans une vingtaine de villes tant aux Pays-Bas qu'en Belgique : cela représente une centaine de personnes qui se reconnaissent dans le mouvement. Les lecteurs des publications provos sont plus nombreux : environ 35 000 en 1966, 90 000 en 1967.

Mariage royal et guerre du Vietnam[modifier | modifier le code]

Les thèmes abordés sont la guerre du Vietnam, la lutte du Tiers-Monde, la liberté sexuelle, ou encore la monarchie néerlandaise, visée par les bombes fumigènes sur le cortège nuptial de la princesse Béatrix et de Claus von Amsberg le 10 mars 1966.

Institutionnalisation en 1966[modifier | modifier le code]

Le mouvement s'institutionnalise dès l'été 1966: aux élections municipales d'Amsterdam de juin 1966 les Provos obtiennent un siège au conseil municipal, occupé par Bernhard de Vries[6].). Des milliers de jeunes font le voyage à Amsterdam, une agence de tourisme qui propose de rencontrer les provos. En mai 1967, le mouvement se dissout après un gigantesque happening dans le Vondelpark d'Amsterdam.

Le mouvement provo a inspiré à la fois la contre-culture européenne et américaine et le courant militant de Mai 68, des étudiants de Milan et de Prague[7] »

Vélos blancs et cheminées blanches[modifier | modifier le code]

Le projet vélo blanc naît dans le but de supprimer la circulation automobile et, par conséquent les embouteillages (la pollution atmosphérique est encore un sujet mineur dans les années 1960). Les provos proposent aux habitants d'Amsterdam de peindre leur vélo en blanc, leur donnant rendez-vous dans un parc tous les samedis à minuit. Les vélos sont ensuite laissés en libre-service pour la population mais le projet est un échec car les vélos dépourvus d'antivols disparaissent rapidement. De plus, la police les juge illégaux justement à cause de ce défaut d'antivols[6].

Provo agit aussi sur le thème de la cheminée blanche, repeinte pour montrer qu'on veut contrer la spéculation. Ce blanc se retrouve dans les vêtements des militants ; ceux-ci accolant à cette couleur l'idée de non-violence. C'est bien un renouvellement de la politique et Provo parle de pol art[8].

Critique[modifier | modifier le code]

L'Internationale situationniste considère le mouvement Provo en ces termes : "Dès la formation de leur organisation, les deux tendances sont restées distinctes ; la masse sans théorie s'est trouvée d'emblée sous la tutelle d'une mince couche de dirigeants suspects qui essaient de maintenir leur "pouvoir" par la sécrétion d'une idéologie provotarienne."[9]

Personnalités liées au mouvement[modifier | modifier le code]

Rob Stolk en 1965.

Rayonnement international[modifier | modifier le code]

En Italie, des revues et groupes contre-culturels s'inspirent de l'expérience néerlandaise, tels Mondo Beat et Onda Verde à Milan ou Gruppo Provo Roma à Rome. Ils s’intéressent notamment à la « méthodologie provocatrice » ou « metodi di provocazione ironica » et se manifestent au travers de happenings contre la guerre du Vietnam ou d'actions ludiques dirigées contre les visites de chefs d’État de pays occidentaux[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Niek Pas, The incarnation of the spirit of liberty - La perception de Provo par la contreculture italienne des années soixante à nos jours, Institut Mediastudies, Université d’Amsterdam, 2010, [lire en ligne].
  • (en) Kryštof Zeman, Provo movement and it’s influence on the City of Amsterdam, 1998.

Travaux universitaires[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Pas, Images d'une révolte ludique. Le mouvement néerlandais Provo en France dans les années soixante, Revue historique, 2/2005, n°634, pp. 343-373, texte intégral.
  • Joyce Kuijf, Mai 68 : une exception française? Une étude comparative des révoltes de la jeunesse française et néerlandaise, Mémoire de bachelor, s/d de M.C. Foux, archive.library.uu.nl, 23 août 2012, texte intégral.

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Million - L'encyclopédie de tous les pays du monde, vol. III "Europe", éd. Grange Batelière (Paris), Kister S.A. (Genève), Agence belge des grandes éditions (Bruxelles), 1970
  2. Patrick Rotman, Mai 68 raconté à ceux qui ne l'ont pas vécu, Seuil, 2008, page 22.
  3. a et b Rédaction, Il y a 50 ans, les Provos - Ré-improvisons la lutte, Lundi Matin, 29 juin 2015, [lire en ligne].
  4. Niek Pas, Provos, in La France des années 1968, Syllepse, 2008.
  5. chaque samedi soir sur la place du Spui à Amsterdam
  6. a et b Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Delannoy, L'Aventure hippie, 10/18, 2004 (pp.23-26)
  7. Niek Pas, Provos in La France des années 1968, Syllepse, 2008
  8. political art en référence au pop art
  9. De la misère en milieu étudiant :considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier (UNEF Strasbourg, 1967).
  10. Niek Pas, Stolk, Robert (1946-2001), Biografisch Woordenboek van Nederland, [lire en ligne].
  11. L'histoire des Pays-Bas - 1966
  12. (it) L'area della controcultura, in Nanni Balestrini, Primo Moroni, L'orda d'oro 1968-1977 : la grande ondata rivoluzionaria e creativa, politica ed esistenziale, Feltrinelli Editore, 1997, [lire en ligne].