Peter Dale Scott

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Peter Dale Scott
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Peter Dale Scott à Oakland (Californie) en 2007.
Naissance (92 ans)
Profession
Famille
Marian Dale Scott et Frank Scott

Peter Dale Scott, né le , est un universitaire canadien, professeur émérite de littérature anglaise à l’université de Berkeley en Californie. Auteur d'essais sur des thèmes politiques, il est connu pour ses positions anti-guerre et ses critiques à l’encontre de la politique étrangère des États-Unis depuis la guerre du Viêt Nam. Il est également l'auteur de recueils de poésie. Il est considéré par certains notamment Conspiracy Watch, comme étant un auteur complotiste[1].

Peter Dale Scott a travaillé durant quatre ans (1957-1961) pour le service diplomatique canadien. Il prit sa retraite de l'Université de Berkeley en 1994, où il a le statut de professeur émérite.

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Origines et famille[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Peter Dale Scott est né le à Montréal, Canada. Il est le fils du poète, professeur et juriste québécois F. R. Scott et de la peintre canadienne Marian Dale Scott. Son père a contribué à créer un parti politique canadien qui existe encore (New Democrats, aujourd'hui appelé Nouveau Parti démocratique). Ce dernier a également participé à l’écriture de nombreux livres, dont Social Planning for Canada. Selon Peter Dale Scott, ce livre « [...] incarne la différence entre le Canada et les États-Unis : les gens au Canada avaient l’illusion qu’en réfléchissant à comment organiser leur pays, ils pourraient avoir une influence sur l’Histoire de celui-ci. En comparaison, les États-Unis sont si immenses qu’il est difficile d’y trouver cette forme de vision. Certaines personnes — comme Bill Clinton — ont cette vision, mais c’est rare ».

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Bercé dès son plus jeune âge par les arts, la politique et la poésie au sein du foyer familial, Peter Dale Scott obtint d'abord un baccalauréat universitaire ès lettres (BA) à l'université McGill de Montréal en 1949, ayant alors comme camarade de promotion Zbigniew Brzeziński, politologue et ancien conseiller à la sécurité nationale du Président Jimmy Carter[2],[3]. En 1955, Peter Dale Scott conclut ses études supérieures en obtenant un doctorat en sciences politiques dans cette même université. L'objet de sa thèse était d'analyser les idées politiques et sociales de l'écrivain et poète T. S. Eliot[4]. Après une année passée à enseigner les sciences politiques à l'université McGill, Peter Dale Scott passa avec succès l'examen du Ministère des Affaires étrangères (Canada). Il décidera quatre ans plus tard de quitter le corps diplomatique et de réintégrer le corps enseignant à l'université de Californie à Berkeley, où il enseigna pendant 35 ans[5].

Famille[modifier | modifier le code]

Peter Dale Scott est marié [Quand ?] avec l'universitaire et titulaire d'un doctorat en Psychologie Ronna Kabatznick[6]. Il a eu trois enfants d'un autre mariage avec Maylie Marshall ; Cassie, Mika et John Scott[5].

Carrière[modifier | modifier le code]

La diplomatie[modifier | modifier le code]

À la suite de l'obtention de son doctorat en 1955 sur le thème des idées politiques et sociales de T. S. Eliot, Peter Dale Scott a débuté l'enseignement académique. Après avoir passé avec succès les concours du ministère des Affaires étrangères du Canada, il commença une carrière de diplomate qui ne devait durer que 4 ans, avant de retourner vers l'éducation. Il a d'abord représenté le Canada pour les Douzième et Treizième Sessions de l'Assemblée Générale des Nations Unies en 1957 et en 1958.

Par la suite, il a travaillé les deux années suivantes pour l'Ambassade du Canada en Pologne, restant marqué par cette expérience. En effet, il a pu vivre derrière le Rideau de fer dans une époque de fortes tensions internationales, notamment cristallisées autour de l'Indochine.

Activisme anti-guerre[modifier | modifier le code]

Alors qu'il débutait l'enseignement de la littérature anglaise à l'Université de Berkeley en 1963, Peter Dale Scott entra dans un activisme anti-guerre suscité par son expérience diplomatique. Toutefois, c'est le hasard qui le propulsa au premier plan de la contestation universitaire contre la guerre du Viêt Nam. En effet, malgré ses réticences initiales, il fut sélectionné par sa faculté afin de débattre contre l'intervention militaire américaine au Viêt Nam, qui avait débuté en 1964. Malgré ses réticences initiales, Peter Dale Scott est resté un activiste anti-guerre toute sa vie, notamment par le biais de ses écrits politiques. Il est un proche ami de Daniel Ellsberg, un autre activiste anti-guerre célèbre pour son rôle central dans l'affaire des Pentagon Papers — qui précipita la chute de Richard Nixon. D'après Peter Dale Scott lui-même, M. Ellsberg a une grande influence sur ses écrits.

Enseignement à l'université de Californie (Berkeley)[modifier | modifier le code]

Peter Dale Scott a enseigné la littérature anglaise de 1966 à 1994 à l'université de Californie à Berkeley, classée en deuxième position en 2010 dans le classement académique des universités mondiales. Avant d'entamer une longue carrière dans cette université prestigieuse, Peter Dale Scott a été enseignant entre 1952 et 1953 à la Sedbergh School de Montebello (Québec). Il a ensuite été maître de conférences au Département de Sciences politiques de l'université McGill. À Berkeley, de 1961 à 1966, Peter Dale Scott fut d'abord Maître de conférences en 1961, puis Maître assistant vacataire en 1962, avant de devenir Professeur adjoint en 1963. Il devint professeur associé en 1968, fonction qu'il occupa jusqu'en 1980, lorsqu'il fut nommé professeur des universités jusqu'à sa retraite en 1994.

Recherches politiques[modifier | modifier le code]

Concepts[modifier | modifier le code]

Sa définition de la Parapolitique / la Politique profonde[modifier | modifier le code]

Depuis 1972 et la publication de son premier livre (The War Conspiracy), Peter Dale Scott développe le concept de « Parapolitique » comme grille d'analyse des opérations clandestines, du trafic de drogue international, des assassinats de certaines personnalités politiques (comme JFK ou Orlando Letelier) ainsi que des événements ayant précipité ou facilité les interventions militaires des États-Unis. Il définit la Parapolitique comme des pratiques politiques avec une absence de transparence comme des opérations clandestines, des diversions, des collusions ou des mensonges notamment via via des agences ou des para-structures. Peter Dale Scott a ensuite fait évoluer la Parapolitique vers ce qu'il appelle la « Politique profonde » (Deep politics), qu'il définit comme « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises. »

Dans cette définition de la Politique profonde, l'expression « intentionnelles ou non » est importante, en ce qu'elle illustre le fait que certaines décisions ou activités parapolitiques ont parfois des effets non désirés — ce qui soulève le problème de l'irrationalité politique de certains dirigeants lorsqu'il est question de satisfaire des intérêts à court terme. Un exemple emblématique pour illustrer l'absence d'intentionnalité dans la Parapolitique pourrait être les opérations secrètes initiées en 1979 par Zbigniew Brzeziński en Afghanistan, et prolongées par William Casey, qui dirigea la CIA sous la présidence Reagan (Programme afghan, ou « Opération Cyclone »). Le résultat attendu par Brzeziński était d'attirer l'URSS dans le « piège afghan », et celui de Casey était de soutenir les forces djihadistes contre l'Armée rouge — dans la continuité de l'action de Brzeziński. Il est très peu probable que ces deux hommes aient imaginé qu'environ deux décennies plus tard, l'armée des États-Unis s'enliserait en Afghanistan dans la guerre la plus longue de son histoire[7].

Pour Rudy Reichstadt, rédacteur du site Conspiracy Watch, la « parapolitique » et la « politique profonde » sont « deux mots par la magie desquels Scott s’affranchit, sans avoir l’air d’y toucher, des modalités traditionnelles d’administration de la preuve ». Rudy Reichstadt estime que le concept de « politique profonde » est de la Théorie du complot[8].

L'Histoire profonde[modifier | modifier le code]

La Politique profonde a comme fondement l'étude de ce que Peter Dale Scott nomme l'« Histoire profonde », qu'il oppose à l'« Histoire archivistique » (essentiellement basée sur les archives officielles). Selon lui, l'Histoire archivistique est « un ensemble chronologique d’événements tel qu’il est reconstruit par les historiens grâce aux archives publiques ; cette notion est à l’opposé de celle d’Histoire profonde, qui est une chronologie d’événements concentrée sur ce qui est souvent falsifié ou inexistant dans les archives publiques. »

Les événements profonds[modifier | modifier le code]

Bien qu'amplement documentées, ses livres comportant habituellement des centaines de notes[9], les recherches de Peter Dale Scott sortent du champ traditionnel des sciences politiques ou de l'Histoire, en ce qu'elles se basent sur l'étude de certains événements historiques qu'il qualifie d'« événements profonds » — comme l'assassinat de John F. Kennedy, les incidents du Golfe du Tonkin ou le 11-Septembre. D'après lui, ces événements profonds sont « systématiquement ignoré[s] ou falsifié[s] dans les médias de masse et dans la conscience collective », et ont parfois comme conséquence de justifier ou de faciliter des interventions militaires extérieures de l'armée des États-Unis.

Le supra-monde[modifier | modifier le code]

Un autre thème récurrent dans les travaux de Peter Dale Scott est celui du « supra-monde » (overworld). Cela se définit ainsi par le pouvoir privé de classes riches et privilégiées exerçant une influence sur les gouvernements via leur fortune ou via des fondations privées et les projets qu'elles développent. Ce concept a été cité par le commissaire de police et ancien officier de la DST Jean-François Gayraud dans son ouvrage Le Nouveau capitalisme criminel[10].

Sa définition de l'État profond[modifier | modifier le code]

Dans un entretien accordé en à Diplomatie (magazine), la revue du géographe et politologue français Alexis Bautzmann, Peter Dale Scott explique que l'influence du supra-monde s'exerce sur le gouvernement des États-Unis à travers un milieu confidentiel et restreint qu'il appelle l'« État profond ». Cette expression fut initialement employée en Turquie pour désigner une forme de gouvernement occulte, visiblement soutenu par l'OTAN dans le cadre du réseau Stay-behind, dont l'une des émanations serait l'Ergenekon. D'après Peter Dale Scott, « Ce [qu'il] appelle « État profond » aux États-Unis n'est pas une institution formelle, ni une équipe secrète, mais plutôt un cercle de contacts de haut niveau, souvent personnels, où le pouvoir politique est susceptible d'être dirigé par des gens très riches ou supra-monde. Pour l'auteur, cette influence se retrouve dans des événements tels que l'assassinat du Président Kennedy ou le Watergate.

La volonté prévalente des peuples[modifier | modifier le code]

L'un des principaux concepts mis en avant en 2007 par Peter Dale Scott — revenu dans l'actualité lors du Printemps arabe ayant débuté à la fin de l'année 2010 en Tunisie — est la « volonté prévalente des peuples », qu'il définit ainsi : « Ce potentiel pour la solidarité qui, plutôt que d’être contrôlé par la répression verticale, peut véritablement être réveillé et renforcé par celle-ci. Il devient ainsi l’approbation émergente pour un changement social et politique généralement accepté. L’expression plus commune « volonté du peuple », une mise à jour de la « volonté générale » de Jean-Jacques Rousseau, est souvent invoquée comme étant l’acceptation ultime d’une décision généralement admise. Cependant, même si ce n’est pas une abstraction totale, cette expression a peu ou pas de signification durant une époque de grands troubles : la « volonté publique » doit être établie par des événements, et non pressentie de manière passive avant qu’ils se produisent. La « volonté de la majorité » est une phrase encore plus dangereuse ; les opinions des majorités sont souvent superficielles, inconstantes, et destinées à ne pas prévaloir. (Les guerres du Viêt Nam et de l’Irak sont des exemples dans lesquels la volonté momentanée de la majorité s’est avérée ne pas être la volonté prévalente). La volonté prévalente pourrait être latente durant une crise politique, sans être établie ou prouvée jusqu’au dénouement de cette crise. Par exemple, dans le cas de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, la résolution de cette problématique a pris de longues décennies, mais il est difficile d’imaginer qu’un autre dénouement aurait pu prévaloir. »

Publications[modifier | modifier le code]

La Route vers le Nouveau Désordre Mondial[modifier | modifier le code]

Écrit en 6 ans par Peter Dale Scott, le livre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial parut initialement en sous le titre The Road to 9/11[11]. Explication du cheminement historique complexe ayant mené au 11-Septembre, ce livre fut publié à la suite d'une vérification factuelle par un comité de lecture de l’Université de Californie à Berkeley, qui en valida le contenu malgré son regard critique sur certaines des conclusions du Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis.

Après sa réactualisation et sa traduction, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial a été publié le par les Éditions Demi-Lune. Densément documenté[9], ce livre analyse sous un angle critique plus de 50 années de politique étrangère des États-Unis. Selon l'auteur, cette politique étrangère — lorsqu'il est question de terrorisme, d'opérations clandestines ou de trafic de drogue — est principalement élaborée en secret, ce qui entraîne l'implication des services américains dans des opérations illégales souvent contraires à la sécurité nationale des États-Unis. Ainsi, d'après l'auteur, ces politiques échappent au contrôle du Congrès des États-Unis et aux mécanismes d'équilibre des pouvoirs, et ont parfois des incidences majeures sur l'Histoire contemporaine : augmentation du trafic de drogue global depuis l'après-guerre ; transformation progressive de l’Asie centrale en un vivier de l’islamisme, de la culture du pavot et du trafic d’héroïne, essentiellement par l'action coordonnée de l'Inter-Services Intelligence pakistanaise, de la CIA et des renseignements extérieurs saoudiens dans les années 1980-1990 (à travers le Programme afghan)[12] ; renforcement des réseaux terroristes transnationaux, comme le Maktab al-Khadamāt, afin de remplir des objectifs secrets de politique étrangère (recrutement et entraînement des djihadistes durant la Guerre d'Afghanistan (1979-1989) ou la Guerre de Bosnie-Herzégovine)[13],[14],[15].

Par ailleurs, l'auteur analyse les processus bureaucratiques aboutissant aux augmentations massives des budgets de la Défense aux États-Unis (aujourd'hui observables dans le reste du monde[16]), conformément aux programmes d'influents think tanks représentant le Complexe militaro-industriel des États-Unis — dont le Committee on the Present Danger depuis les années 1950, ou le PNAC au sein de l'Administration Bush[17]. Il critique également ce qu'il perçoit comme un affaiblissement de la démocratie après le 11-Septembre, notamment dû à une importante concentration du pouvoir vers la branche exécutive du gouvernement des États-Unis. Par conséquent, il dénonce notamment l'instauration de l'USA PATRIOT Act et le programme méconnu de la Continuité du Gouvernement (COG pour Continuity of Government). L'auteur étudie donc les origines de la COG, un programme ultra-secret développé depuis l'Administration Reagan par une équipe comprenant Donald Rumsfeld et Dick Cheney[18],[19] — ce dernier ayant ordonné sa mise en œuvre le matin du 11-Septembre[20].

Dans ce contexte, l’auteur formule comme argument général que la prise de décision secrète — puisqu’elle ne donne pas lieu à des débats publics et à des évaluations extérieures raisonnables — conduit finalement à des guerres longues, coûteuses et meurtrières telles que la Guerre d'Irak ou la Guerre d'Afghanistan (2001-2021), ainsi qu'à des événements catastrophiques comme le 11-Septembre. Partant de ce constat, Peter Dale Scott consacre son chapitre de fin d’ouvrage à proposer des solutions pour remédier à ce qu'il considère comme une crise de la démocratie, limiter l’influence des structures opaques du Pentagone ou des agences de renseignement, et renforcer la société civile ainsi que les institutions de l’État public — décrivant le mouvement des droits civiques inspiré par Martin Luther King, Jr., le mouvement Solidarność mené par Lech Wałęsa, ou encore les accomplissements de l’ANC de Nelson Mandela comme étant des manifestations de ce qu’il appelle la « volonté prévalente des peuples ».

La Machine de guerre américaine[modifier | modifier le code]

Le livre La Machine de guerre américaine a été publié dans sa version originale le . Dans cet ouvrage[21], l'auteur étudie l'instrumentalisation du trafic de drogue global par les États-Unis depuis l'Après-guerre. Comme l'a écrit en 2013 le Général d'armée aérienne (2S) Bernard Norlain dans la Revue Défense Nationale, l'auteur « explique [...] l’utilisation du trafic de drogue par la CIA pour lutter contre le communisme, les gouvernements et mouvements de gauche et, de nos jours, pour maintenir la suprématie américaine sur le monde[22]. »

Après avoir été actualisé, cet ouvrage fut publié en français le *. Dans la partie introductive du livre, l'auteur dresse un historique de ce qu'il nomme la « connexion narcotique globale » de la CIA, l'un des principaux concepts soutenant sa réflexion dans cet ouvrage. Selon lui, l'implication de la CIA dans le trafic de drogue international s'est matérialisée par des alliances secrètes nouées entre l'Agence Centrale du Renseignement et des éléments criminels[23], insurrectionnels[24] ou mafieux[25] à l'étranger — et pas seulement dans le cadre de la lutte contre le Communisme. Afin d'illustrer cette « connexion narcotique globale », Peter Dale Scott fait notamment référence à une affaire incriminant le général vénézuélien Ramon Guillén Davila, alors directeur d'une unité anti-drogue créée par la CIA au Venezuela. Comme l'a rapporté le New York Times en 1993, le général Davila a été accusé par le gouvernement américain d'avoir introduit une tonne de cocaïne aux États-Unis[26], dans le cadre d'une opération d'infiltration de la CIA[27]. Bien qu'il ait été inculpé par un tribunal de Miami en 1996[27], les États-Unis n'ont jamais demandé l'extradition du général Davila depuis le Venezuela — où il a été arrêté en 2007 après avoir été accusé de planifier un coup d'État contre le Président Hugo Chávez[28].

La seconde partie de l'ouvrage constitue le cœur de la démonstration de l'auteur. Il approfondit l'analyse de l'implication des services secrets américains dans le trafic de drogue global afin de soutenir leurs alliés à l'étranger. L'action de la CIA dans le Triangle d'or (Asie) à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale en constitue l'un des principaux exemples[29], jetant les bases d'une politique étrangère clandestine qui sera réemployée sur de nombreux théâtres d'opération[30]. Plus précisément, comme l'a expliqué Peter Dale Scott dans une interview accordée en à Diplomatie (magazine)[31] : « [L]es États-Unis ont voulu exercer leur influence dans certaines parties du monde mais, en tant que démocratie, ils ne pouvaient pas envoyer l'US Army dans ces régions. Par conséquent, ils ont développé des armées de soutien (proxy armies) financées par les trafiquants de drogues locaux. Progressivement, ce mode opératoire est devenu une règle générale. »

Tout au long du livre, l'auteur s'efforce de mettre en évidence ce schéma qui se répéta dans de nombreux pays tout au long de la seconde moitié du XXe siècle (Laos[32], Birmanie[33], Thaïlande[34], Nicaragua[35], Mexique[36], Afghanistan[37][...]). Chiffres à l'appui — dont ceux fournis par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime[38] —, il démontre également que les interventions militaires américaines entraînent presque systématiquement une hausse de la production de drogue dans les pays ciblés. Pour appuyer cette démonstration, l'auteur conclut son livre avec l'exemple le plus récent, celui de l'intervention de l'OTAN en Afghanistan et ses conséquences narcotiques[39].

Dans la dernière partie de son ouvrage, Peter Dale Scott explique en quoi la systématisation des alliances narcotiques, leur opacité, ainsi que leur protection par Washington ont conduit au développement et au renforcement de ce qu'il appelle la Machine de guerre américaine. Ainsi, il étudie la montée en puissance du complexe militaro-industriel, initialement dénoncée à l'occasion du célèbre discours de fin de mandat de Dwight D. Eisenhower en 1961. Il critique également la privatisation de la guerre, comparant les condottieri de la Renaissance italienne aux différentes Sociétés militaires privées qui tirent profit des guerres justifiées par le 11-Septembre[40]. Il dénonce alors ce qu'il qualifie de « mythe du Grand Échiquier », en référence au célèbre ouvrage éponyme de son ancien camarade de promotion Zbigniew Brzeziński[2],[3]. En effet, Peter Dale Scott explique que « l'hégémonie peut créer l’illusion mégalomane de contrôle absolu [qui,] en retour, [...] se cristallise dans une idéologie toute-puissante de domination[40]. » Dans cette perspective, il met en parallèle l'hégémonisme global du démocrate Zbigniew Brzeziński avec celui des faucons républicains de l'Administration Bush, dont Paul Wolfowitz, Donald Rumsfeld ou Dick Cheney.

L'État profond américain[modifier | modifier le code]

Publié en aux éditions Rowman & Littlefield[41], son dernier livre s'intitule The American Deep State. Titré L’État profond américain, cet ouvrage a été traduit puis publié en français en . Par la suite, ce livre a fait l'objet d'une recension dans Paris Match, dans laquelle l’origine du concept d’« État profond » tel qu’appliqué aux États-Unis est attribuée à Peter Dale Scott[42].

Accusations de conspirationnisme[modifier | modifier le code]

Peter Dale Scott est identifié comme un auteur conspirationniste par les universitaires Peter Knight (Université de Manchester) et Mark Fenster (Université de Floride), ainsi que par le procureur américain Vincent Bugliosi[8]. Conspiracy Watch souligne qu'il est notamment « un compagnon de route des conspirationnistes du 11-Septembre » et que sa maison d'édition, Demi-Lune, édite « quelques-uns des théoriciens du complot les plus prolifiques des dix dernières années » (Thierry Meyssan, David Ray Griffin, Webster G. Tarpley, Gerhard Wisnewski ou encore Gilad Atzmon)[8]. Ses ouvrages sont mis en avant par la plupart des sites dits conspirationnistes anglophones et francophones.

Publications[modifier | modifier le code]

Politique[modifier | modifier le code]

Originales en anglais[modifier | modifier le code]

  • The War Conspiracy (1972, épuisé)
  • The Assassinations: Dallas and Beyond, en collaboration, 1976 (ISBN 0-3944-0107-7)
  • Crime and Cover-Up: The CIA, the Mafia, and the Dallas-Watergate Connection, 1977 (ISBN 0-8786-7066-1)
  • The Iran-Contra Connection, en collaboration, 1987 (ISBN 0-8960-8291-1)
  • Cocaine Politics: Drugs, Armies, and the CIA in Central America, en collaboration, 1991, 1998 (ISBN 0-5202-1449-8)
  • Deep Politics and the Death of JFK, 1993, 1996 (ISBN 0-5202-0519-7)
  • Deep Politics Two: Essays on Oswald, Mexico, and Cuba, 1995, 2007 (ISBN 0-9790-0994-4)
  • Drugs Oil and War, 2003 (ISBN 0-7425-2522-8)
  • The Road to 9/11: Wealth, Empire and the Future of America (University of California Press, (ISBN 0-5202-3773-0)
  • The War Conspiracy: JFK, 911, and the Deep Politics of War, réimpression et expansion de l'édition de 1972, (ISBN 978-0-9801-2136-0)
  • American War Machine: Deep Politics, the CIA Global Drug Connection, and the Road to Afghanistan, Rowman & Littlefield, (ISBN 978-0-7425-5594-5)
  • Oswald, Mexico, and Deep Politics: Revelations from CIA Records on the Assassination of JFK, , (ISBN 978-1-6263-6009-9)
  • The American Deep State: Wall Street, Big Oil, and the Attack on U.S. Democracy, Lanham, MD: Rowman & Littlefield, , (ISBN 1442214244)

Traductions en français[modifier | modifier le code]

  • La Route vers le Nouveau Désordre Mondial : 50 ans d'ambitions secrètes des États-Unis [« The Road to 9/11: Wealth, Empire and the Future of America »], Éditions Demi-Lune, , 509 p. (ISBN 978-2-917112-16-8)
  • La Machine de guerre américaine : La politique profonde, la CIA, la drogue, l'Afghanistan... [« American War Machine: Deep Politics, the CIA Global Drug Connection, and the Road to Afghanistan »], Éditions Demi-Lune, (ISBN 978-2-917112-21-2)
  • L'Etat profond américain : La finance, le pétrole, et la guerre perpétuelle [« The American Deep State: Wall Street, Big Oil, and the Attack on U.S. Democracy »], Éditions Demi-Lune, (ISBN 978-2-917112-27-4)

Poésie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rudy Reichstadt, « Pourquoi Peter Dale Scott est un auteur conspirationniste », sur Conspiracy Watch / Observatoire du conspirationnisme (consulté le )
  2. a et b (en) CV officiel de Peter Dale Scott, où apparait son BA en sciences politiques à l'université McGill (1949)
  3. a et b (en) CV de Zbigniew Brzeziński, où apparait son BA en sciences politiques à l'université McGill (1949)
  4. Interview de l'auteur avec Harry Kreisler, du Département des Études Internationales de l'Université de Californie (Berkeley), dans son émission « Conversations avec l'Histoire » (3 min 04 s)
  5. a et b (en) CV officiel de Peter Dale Scott
  6. (en) Biographie officielle de Ronna Kabatznick
  7. Les révélations d'un ancien conseiller de Carter: « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes… » - Le Nouvel Observateur no 1732, 15 janvier 1998 (entretien avec Brzezinski, par Vincent Jauvert)
  8. a b et c « Pourquoi Peter Dale Scott est un auteur conspirationniste », sur Conspiracy Watch, (consulté le )
  9. a et b Citation du général d'armée Bernard Norlain, alors directeur de la Revue Défense Nationale, « L'immense mérite de cet ouvrage est de s’appuyer sur un appareil de notes et de références, une bibliographie — près de 150 pages au total — très complètes et variées qui viennent étayer pas à pas la démonstration de l’auteur. »
  10. Citation de Jean-François Gayraud dans son livre Le nouveau capitalisme criminel : « La conséquence de ce mouvement historique est connue: la mondialisation a libéré les capitaux de leurs contraintes territoriales, enrichissant des classes supérieures formant une nouvelle upperclass mondialisée, des « élites mondialisées » (Jean-Pierre Chevènement), une superclass (David Rothkopf (en)), un « supra-monde » (Peter Dale Scott). »
  11. (en) The Road to 9/11: Wealth, Empire and the Future of America, page de présentation du livre, UC Press
  12. Alain Rodier, « Note d'actualité n°246 : Oussama Ben Laden, carrière de l'homme qui a terrorisé la planète », Centre Français de Recherche sur le Renseignement,
  13. Robert L. Friedman, « The CIA and the Sheikh », The Village Voice, 30 mars 1993 : « Comme l’a dit Jack Blum, enquêteur pour la sous-commission du Sénat sur les Relations étrangères : "L’un des gros problèmes de cette affaire est que de nombreux suspects dans l’attentat à la bombe contre le World Trade Center furent associés aux moudjahidines. Et il existe des sections de notre gouvernement qui désirent absolument éviter d’arpenter ce chemin car il nous mènerait aux gens que nous avons soutenus durant la guerre d’Afghanistan." »
  14. (en) US used islamists to arm Bosnians - The Guardian, 22 avril 2002
  15. (en) Steven Emerson, American Jihad (Free Press, New York, 2003), pp. 131-132
  16. Pierre Haski, « L'austérité économique n'affecte pas les dépenses militaires », Rue89
  17. (en)Rebuilding America's Defenses (Reconstruire les Défenses de l'Amérique), rapport du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC pour Project for the New American Century) [PDF]
  18. (en) James Mann, « The Armageddon Plan », Atlantic Monthly, (mars 2004)
  19. (en) James Mann, The Rise of the Vulcans: The History of Bush’s War Cabinet (Viking, New York, 2004), pp. 138-145
  20. (en) Shadow Government is at Work in Secret - Barton Gellman et Susan Schmidt, The Washington Post, 1er mars 2002
  21. Citation du journaliste de Marc de Miramon (L'Humanité, 8 mars 2013) : Dans son dernier ouvrage solidement documenté, l’ancien diplomate canadien Peter Dale Scott revient sur l’histoire fascinante et profondément dérangeante de l’utilisation de la drogue dans la stratégie militaire et politique des États-Unis.
  22. Recension de La Machine de guerre américaine par le général d'armée aérienne (2S) Bernard Norlain dans la Revue Défense Nationale
  23. SMUGGLER: Barry Seal, Chuck Hustmyre, Crimelibrary.com
  24. L'équipe de choc de la CIA, Hernando Calvo Ospina, Le Monde diplomatique, janvier 2009
  25. Rapport de l’inspecteur général de la CIA de 1967 sur les complots d’assassinats de la CIA et de la Mafia contre Castro, pp.15-16, NARA #151993.08.11.16:44:08:750007
  26. Anti-Drug Unit of C.I.A. Sent Ton of Cocaine to U.S. in 1990 - New York Times, 20 novembre 1993
  27. a et b Venezuelan General Indicted in C.I.A. scheme - New York Times, 23 novembre 1996
  28. Venezuela arrests retired general for allegedly plotting to oust Chavez - Ynet, 3 août 2007
  29. Afghan war lifts Burma's opium trade, Anthony C. LoBaido, WND.com, 16 janvier 2002
  30. Citation de Rémy Porte, historien militaire et lieutenant-colonel de l'Armée de terre, commentant La Machine de guerre américaine sur son blog : « L'ouvrage est divisé en quatre grandes parties [...] qui permettent de dresser un tableau sans doute très complet des relations entre des services officiels bien que secrets, théoriquement organes de défense d'un État démocratiques, et les responsables ou parrains des trafics les plus illicites. D'évidence, de Thaïlande en Amérique du Sud, du Laos en Afghanistan, du Mexique au Moyen-Orient, les contacts (pour ne pas dire les liens) entre des membres de la C.I.A. et les réseaux internationaux de trafic de drogue ont été (sont ?) nombreux... »
  31. Lien menant à l'interview de Peter Dale Scott par Diplomatie (magazine)
  32. "CIA Air Operations in Laos, 1955-1974." - William M. Leary, CIA.gov, 27 juin 2008
  33. "Burma - 1950-1961", GlobalSecurity.org, citant Alfred W. McCoy, universitaire, auteur et professeur d'Histoire de l'Asie du Sud-Est
  34. A Not So Silent Partner: Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina - Dr Arne Kislenko, professeur à l'Université Ryerson, été 2004
  35. Entretien avec Oliver North - Public Broadcasting Service, dans Frontline
  36. Citation de la journaliste d'investigation mexicaine Anabel Hernandez dans L'Express, 24 décembre 2010 : « Afin de déstabiliser le régime sandiniste du Nicaragua, la CIA a appuyé les narcos mexicains en échange de financements destinés à la Contra nicaraguayenne (mouvement contre-révolutionnaire de lutte armée). Et ce, en totale contradiction avec la politique officielle de Washington: le Congrès avait alors mis son veto au financement de la Contra nicaraguayenne. Cette stratégie de la CIA est l'un des volets du scandale Iran-Contragate. »
  37. Brother of Afghan Leader Said to Be Paid by C.I.A. - New York Times, 27 octobre 2009
  38. Rapport mondial des drogues 2009, Office des Nations unies contre la drogue et le crime, 2009
  39. Rare lueur d'espoir pour les drogués dans un hôpital de Kaboul, Tempsreel.Nouvelobs.com/, 4 mars 2014
  40. a et b Le véritable Grand Échiquier et les profiteurs de guerre - Peter Dale Scott, Diplomatie (magazine) n°51, juillet-août 2011
  41. (en) Rowman & Littlefield : The American Deep State
  42. Lien vers la recension de L'État profond américain par le journaliste François de Labarre dans Paris Match

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]