Paresseux
Folivora
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embr. | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Mammalia |
| Sous-classe | Theria |
| Infra-classe | Placentalia |
| Super-ordre | Xenarthra |
| Ordre | Pilosa |
Familles de rang inférieur
Les paresseux sont des mammifères arboricoles d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale qui constituent le sous-ordre des Folivora[1]. Ce sont des animaux de taille moyenne au mode de vie original : ils sont presque toujours suspendus à l'envers dans les arbres et se déplacent avec lenteur. Ils possèdent de longues griffes. Les paresseux du genre Bradypus sont aussi appelés « aïs », chacun de leurs membres se terminant par trois doigts griffus, ce qui les distingue des paresseux du genre Choloepus, de la famille des Megalonychidae, qui ne présentent que deux griffes à chaque main.
Outre les six espèces vivant actuellement, on connaît quatre espèces éteintes de paresseux géants qui vivaient en Amérique. Les fossiles de trois d'entre elles ont été trouvés dans l'asphalte des puits de goudron de Rancho La Brea[2] qui abrite des fossiles récents de la dernière ère glaciaire (−40 000 à −10 000 ans).
Il ne faut pas les confondre avec le « paresseux australien », un autre nom donné au koala, mammifère marsupial.
Taxonomie et systématique
[modifier | modifier le code]Avant la création du super-ordre des xénarthres, on classait les paresseux dans l'ancien ordre des Édentés, famille des édentés tardigrades, à face plate, par opposition aux édentés ordinaires, à museau long et pointu[3],[4]. Le sous-ordre des Folivora (Delsuc et al., 2001) est également nommé Phyllophaga (Owen, 1842).
Les espèces de paresseux (appelés aussi aïs ou unaus) sont réparties en deux familles :
- Bradypodidae dans laquelle on trouve les Bradypus, également appelés aïs (nom venant de leur cri), chez lesquels les « mains » sont munies de trois griffes et qui sont dotés de neuf vertèbres cervicales, ce qui leur assure une rotation de la tête d'environ 270° :
- Bradypus variegatus Schinz, 1825 ou Paresseux à gorge brune,
- Bradypus tridactylus Linnaeus, 1758 ou Paresseux à trois doigts, Mouton paresseux,
- Bradypus torquatus Illiger, 1811 ou Paresseux à crinière,
- Bradypus pygmaeus Anderson & Handley, 2001 ou Paresseux nain ;
- Megalonychidae ou unaus, paresseux ayant deux griffes et six vertèbres cervicales :
- Choloepus hoffmanni Peters, 1858 ou Unau d'Hoffmann,
- Choloepus didactylus (Linnaeus, 1758) ou Paresseux à deux doigts.
Histoire
[modifier | modifier le code]Les quatre paresseux géants des États-Unis étaient des animaux de grande taille qui pouvaient se tenir debout. Ils étaient herbivores et vivaient au sol[5] :
- Megalonyx jeffersonii ou Paresseux terrestre de Jefferson
- Eremotherium laurillardi
- Nothrotheriops shastensis
- Glossotherium harlani

Biologie
[modifier | modifier le code]Anatomie
[modifier | modifier le code]Les paresseux mesurent entre en 40 cm et 80 cm de long selon les espèces. Ils possèdent au total 18 dents (en général 10 en haut et 8 en bas[6]) à croissance continue, canines et prémolaires[6], qui leur servent à mâcher des feuilles. Autre caractéristique, le cou du paresseux comporte huit à neuf vertèbres cervicales ce qui lui permet d'effectuer des rotations de la tête sur près de 270°[7]. On estime que 25 % à 30 % de leur masse corporelle serait musculaire (contre 40 % à 45 % en moyenne pour les mammifères), quand 30 % serait constituée de nourriture et de leur urine[8].
La couleur du pelage, verdâtre, est due à la présence de symbiotes chlorophylliens[9], des cyanobactéries (Cyanoderma bradypii[10] ou Cyanoderma choloepi) et des algues vertes (Trichophilus welckeri[11]).
Métabolisme
[modifier | modifier le code]Le paresseux a une espérance de vie d'environ 30 à 50 ans[12]. Leur métabolisme, deux fois inférieur à celui des autres mammifères, leur procure une température qui varie de 23 à 32 °C au cours de la journée, impliquant une poïkilothermie au moins partielle[13].
Comportement
[modifier | modifier le code]Le paresseux passe la plupart de son temps perché dans les arbres, principalement ceux du genre Cecropia[14]. Certaines études ont montré qu'il dort environ 12 heures par jour[15]. Il a une faible audition doublée d'une vue limitée et sa lenteur est caractéristique[16],[17]. On estime qu'il se déplace à moins de 10 m à la minute dans les arbres (soit 0,6 km/h)[18]. Le paresseux possède quelques prédateurs, principalement le jaguar, l'ocelot et l'aigle harpie (Harpia harpyja). Sa lenteur est son meilleur camouflage ; il échappe ainsi à la vue perçante de ses prédateurs[réf. nécessaire].

Chez le Bradypus variegatus, le sol est, et de loin, le lieu de sa plus grande vulnérabilité. Ces paresseux descendent cependant une fois par semaine sur le sol pour faire leurs besoins, et des chercheurs ont estimé au Costa Rica que plus de la moitié des décès de paresseux se produisait à l'occasion de leur descente[16]. Ce rythme de défécation assez remarquable est dû aux feuilles toxiques que le Bradypus variegatus mange, qui entraînent une digestion particulièrement lente, pouvant aller jusqu'à un mois[19],[20]. Il n'existe pas de consensus scientifique pour expliquer les raisons qui poussent les paresseux à faire leurs besoins au sol, comportement pourtant risqué et coûteux en énergie, quand de nombreux autres mammifères arboricoles défèquent depuis la canopée[8]. En effet, de nombreuses études l'expliquent par divers comportements mutualistes avec l'arbre qu'ils habitent et les papillons abrités dans leur fourrure[8],[21] ou par un besoin de nutriments trouvés sur le sol[8], quand d'autres suggèrent qu'il s'agit d'un comportement ancestral qui n'a pas subi assez de pression évolutive sélective en sa défaveur[22].
Le paresseux (Bradypus, « aï » en français) est solitaire et il ne s'accouple que tous les deux ans environ. L'accouplement pouvant durer 48h[20]. La femelle donne naissance à un seul petit au bout d'une gestation d'environ six mois ; le petit pèse alors 200 à 250 g et s'accroche à sa mère jusqu'à ses neuf mois environ[7]. Au bout de six mois la mère le délaisse, mais le petit la suit encore jusqu'à l'âge d'un an[23].
Espèce hôte
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Les paresseux sont une espèce hôte pour de nombreux organismes. Parmi eux, on peut citer les algues vertes et les cyanobactéries responsable de la couleur verdâtre de son pelage durant la saison des pluies, présente dès les premiers semaines d'existence des paresseux. On s'est aperçu que les paresseux du genre Bradypus ne survivaient pas longtemps en captivité, et une explication possible du phénomène serait l'absence de colonies d'algues sur leur pelage dans le contexte de la captivité. Ceci suggère qu'en plus de fournir aux paresseux un camouflage et une isolation thermique, les algues seraient une source de nutriments[24].
La présence de ces algues pourrait expliquer la diversité particulièrement importante d'arthropodes et d'insectes vivant dans la fourrure du paresseux : moustiques, poux, mites, tiques et papillons de nuit. Certaines espèces retrouvées sur les paresseux sont particulièrement spécialisées et ne sont pas retrouvées sur d'autres mammifères. Une part important de ces arthropodes se caractérise par sa coprophagie et profiterait donc du paresseux dans une relation phorétique[24]. Il a été suggéré que plusieurs de ces espèces, notamment certains papillons de nuit, seraient dans une relation symbiotique avec le paresseux. En effet, elles pondraient leurs œufs dans les excréments déposés hebdomadairement par l'animal au bas de son arbre, puis les papillons une fois éclos remontraient jusqu'à sa fourrure, la nourrissant de nutriments essentiels à la croissance de ses algues[16],[21].
Le paresseux est également l'hôte de plusieurs arbovirus et de maladies[24]. En Guyane, l'aï est le réservoir principal du protozoaire Leishmania braziliensis guyanensis, responsable de leishmanioses cutanées du type espundia ; la transmission s'effectue par un phlébotome (Lutzomyia umbratilis)[25].
Écologie
[modifier | modifier le code]On retrouve des paresseux dans toute l’Amérique centrale et au nord de l'Amérique du sud, jusqu'au Brésil[24]. On les rencontre très fréquemment dans tout le Costa Rica, jusqu'à une altitude de 2 400 m[23].
Mythe et culture populaire
[modifier | modifier le code]Le paresseux fait partie des mythes fondateurs dans certaines populations d'Amérique du Sud, soit ancêtre de l'espèce humaine, soit transformation de l'homme en ces animaux des suites d'une mauvaise action. Ce mythe a été étudié par l'anthropologue français Claude Lévi-Strauss dans son ouvrage La Potière jalouse en 1985. Dans la littérature, il est évoqué par l'écrivain chilien Luis Sepúlveda dans son roman Le Vieux qui lisait des romans d'amour en 1992.
Dans la saga littéraire Harry Potter, la cervelle de paresseux peut être utilisée comme ingrédient de potion. Il existe notamment une figure de Quidditch appelée "Roulade du paresseux".
Conservation
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Actuellement, la principale menace pour les paresseux est l'activité humaine, notamment en raison de leur commerce. L'impact néfaste des humains s'accroît avec l'accélération de la déforestation, qui oblige les paresseux à se déplacer au sol vers d'autres zones habitables et les expose aux prédateurs[26].
Les paresseux de la famille des Bradypodidae sont très recherchés comme animaux de compagnie. Cependant leur métabolisme lent — adapté au mode de vie dans la forêt — les rend très vulnérables à certaines maladies, qui provoquent une surmortalité des paresseux en captivité. Les paresseux de la famille des Megalonychidae ne sont pas valorisés comme animaux de compagnie en raison de leur tempérament agressif et de leurs dents pointues[26].
Répartition
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- B. variegatus
- B. tridactylus
- B. torquatus
Images
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Spécimen de Choloepus didactylus naturalisé (taxidermie)
-
Illustration de plusieurs Bradypus tridactylus
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Frédéric Delsuc, François M. Ctzeflis, Michael J. Stanhope et Emmanuel J. P. Douzery, « The evolution of armadillos, anteaters and sloths depicted by nuclear and mitochondrial phylogenies: implications for the status of the enigmatic fossil Eurotamandua », Proceedings of the Royal Society of London, b (Biological Sciences), vol. 268, no 1476, , p. 1605-1615 (DOI 10.1098/rspb.2001.1702, lire en ligne [PDF]).
- ↑ « La Brea Tar Pits », America dreamz. Fossiles de l’époque glaciaire.
- ↑ Page 166 Les édentés tardigrades, dans Henri Milne Edwards, Elémens de zoologie: ou leçons sur l'anatomie, la physiologie, la classification et les mœurs des animaux, 1841.
- ↑ Informations lexicographiques et étymologiques de « Tardigrade » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
- ↑ Ground Sloths (en)
- (fr) Brice Rotureau, Histoire naturelle des paresseux, CNRS Editions, , 99 p. (ISBN 9782271064653, lire en ligne), p. 44.
- « Pour le paresseux, ne rien faire est une question de vie ou de mort », sur National Geographic, (consulté le )
- (en) Bryson Voirin, Roland Kays, Martin Wikelski et Margaret Lowman, « Why Do Sloths Poop on the Ground? », dans Treetops at Risk: Challenges of Global Canopy Ecology and Conservation, Springer, , 195–199 p. (ISBN 978-1-4614-7161-5, DOI 10.1007/978-1-4614-7161-5_19, lire en ligne)
- ↑ Anna Antoinette Weber-van Bosse, Étude sur les algues parasites des paresseux (1887).
- ↑ (en) AlgaeBase : espèce Cyanoderma bradypii.
- ↑ (en) AlgaeBase : espèce Trichophilus welckeri.
- ↑ Fiche Radio Canada.
- ↑ « The metabolic response of the Bradypus sloth to temperature »(en).
- ↑ Mario F. Garcés-Restrepo, M. Zachariah Peery et Jonathan N. Pauli, « The demography of a resource specialist in the tropics: Cecropia trees and the fitness of three-toed sloths », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 286, no 1894, , p. 20182206 (PMID 30963880, PMCID 6367172, DOI 10.1098/rspb.2018.2206, lire en ligne, consulté le )
- ↑ A. Vyssotski & N. Rattenborg, in Biology Letters, Sleeping outside the box: electroencephalographic measures of sleep in sloths inhabiting a rainforest - http://publishing.royalsociety.org/media/rsbl20080203.pdf.
- « Pourquoi les paresseux risquent-ils leur vie pour aider les papillons de nuit ? », sur National Geographic, (consulté le )
- ↑ (en-US) « Why you shouldn't handle wild sloths », The Sloth Institute, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Biodôme de Montréal.
- ↑ Article sur le paresseux, sur www.krissnature.net.
- « Paresseux » [archive du ], sur Muséum national d'Histoire naturelle (consulté le )
- Jonathan N. Pauli, Jorge E. Mendoza, Shawn A. Steffan et Cayelan C. Carey, « A syndrome of mutualism reinforces the lifestyle of a sloth », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 281, no 1778, , p. 20133006 (PMID 24452028, PMCID 3906947, DOI 10.1098/rspb.2013.3006, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Julian Monge-Nájera, « Why sloths defecate on the ground: rejection of the mutualistic model », UNED Research Journal, vol. 13, no 1, , e3438–e3438 (ISSN 1659-441X, DOI 10.22458/urj.v13i1.3438, lire en ligne, consulté le )
- Mark Wainwright, The mammals of Costa Rica, 2007.
- (en) D. P. Gilmore, C. P. Da Costa et D. P. F. Duarte, « Sloth biology: an update on their physiological ecology, behavior and role as vectors of arthropods and arboviruses », Brazilian Journal of Medical and Biological Research, vol. 34, , p. 9–25 (ISSN 0100-879X et 1414-431X, DOI 10.1590/S0100-879X2001000100002, lire en ligne, consulté le )
- ↑ B. Carme et al., Parasitose humaine et mammifères sauvages en Guyane française, p. 227.
- « Sloths: Hottest-Selling Animal in Colombia's Illegal Pet Trade » [archive du ], sur ABC News, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Références externes
[modifier | modifier le code]- (fr + en) ITIS : Folivora Delsuc, Catzeflis, Stanhope and Douzery, 2001
- (en) Animal Diversity Web : Folivora
- Folivora, sur the Taxonomicon
Autres liens externes
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- Ressources relatives au vivant :
- Ressource relative à la santé :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (en) sloths.org., banque d'images de paresseux