Hylesia metabus

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Le papillon de cendre (Hylesia metabus) se rencontre en Amérique du Sud, notamment près dans les zones de mangrove mais pas uniquement, depuis le delta de l'Amazone (Nord-Est du Brésil) à l'Orénoque, et notamment dans la région des Guyanes.

Ce papillon est surtout connu pour ses pullulations périodiques, et pour les réactions allergiques prurigineuses[1] qui les accompagnent quand il est attiré vers les lieux éclairés. Un prurit, parfois aigu est causé par le contact de la peau avec certains « poils spécialisés » de l'abdomen des femelles.
Les adultes de cette espèce, comme beaucoup de papillons de nuit, sont en effet sensibles à la pollution lumineuse, qui les attire et les piège[2] ; en augmentant pour l'Homme le risque de contact avec les poils libérés par les papillons tournoyant autour des lampes ;

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Hylesia urticans est un synonyme plus récent de Hylesia metabus. C'est donc ce dernier nom qui est actuellement le nom valide de l'espèce

Répartition[modifier | modifier le code]

L'espèce est observée du delta de l'Amazone à celui de l'Orénoque[3], au Brésil[3], en Guyane[3], au Suriname[3], au Guyana[3], au Venezuela[3], à Trinidad[4] et Tobago[4].
Il est présent dans l'intérieur de la forêt amazonienne mais avec une répartition mal connue.
On n'a rapporté de pullulations que sur le littoral, souvent près des mangroves et/ou de zones urbanisées ou aménagées (bords de routes...).

Description, biologie[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un papillon nocturne brun-rougeâtre de petite taille (12 mm de long et 21 mm de large (envergure) ; ailes déployées). Son abdomen est globuleux et velu.

Après fécondation, la femelle pond en moyenne 200 œufs qui écloseront après 24 jours libérant des larves de 3 mm qui dans un premier temps restent groupées près du tapis de fléchettes (24 h voire plus) avant de partir en procession à la recherche de nourriture[5] . Grégaires, elles forment des groupes couvrant la face inférieure des feuilles qu'elles vont manger. Quand une feuille est totalement mangée, les chenilles, toujours en procession passent à une autre feuille[5] . Au 3e stade de développement apparaissent des épines urticantes [6] ; sur des appendices symétriques, de part et d'autre d'une bande médiane dorsale plus claire[5]. Jusqu'alors, la chenille a une couleur jaune doré claire. Au stade survivant (stade IV), sa couleur fonce pour devenir noire au 7ème et dernier stade.
45 à 50 jours après l'éclosion, chaque chenille mesure environ 5 cm de long et 8 mm de large[5] . Un arbre entier peut être ainsi entièrement défolié par des colonies de milliers de ces chenilles. Le comportement grégaire diminue aux derniers stade, puis les chenilles se dispersent aux alentours pour se nymphoser en tissant dans une feuille un cocon de soie d'où le papillon adulte émergera après 15 jours. Les mâles nymphosent environ cinq jours avant les femelles, et apparaissent donc les premiers à chaque saison de reproduction (quatre générations par an, soit une génération tous les trois mois). Les adultes ne vivent que 5 à 6 jours.

Dimorphisme sexuel :
le mâle est nettement plus petit ; Ses antennes sont bipectinnées, et a priori apte à capter les phéromones de la femelle.
La femelle est dotée d'un abdomen plus volumineux, et a une envergure plus grande ; Ses antennes sont filiformes.
Une partie de son abdomen est couverte de poils urticants.

Les poils urticants[modifier | modifier le code]

Ces poils de 150 μm de longueur, de diamètre de 3 à μm[3] sont des productions tégumentaires spécialisées, positionnés sur les côtés de l'abdomen.
Ils sont effilées à leurs deux extrémités set ont garnis de barbules dirigées vers l'extrémité distale[7].
Ils seront anormalement libérées dans l'atmosphère lorsque le papillon, attiré par la lumière, vient s'ébattre, parfois en nuages assez denses autour des sources d'éclairage artificiel, ainsi que des écailles de ponte (TISSEUIL 1935). Normalement, la femelle libère ces poils de nidification (nettling hairs pour les anglophones) sur la ponte, ce qui les protège, ainsi que les larves néonates d'une partie de leurs prédateurs.
Ce sont de minuscules flèches envenimante[8]) qui ont pour fonction (mélangés avec des poils normaux, abdominaux) de protéger les pontes.
Selon les test[9] faits au début des années 1980, in vitro, sur des animaux de laboratoire (cobayes), le mode d'action du venin[10] serait de type « histamino-libératrice ».
Par rapport aux poils urticants des Thaumetopoea (autre genre de papillon à poils urticants), les "« fléchettes »" des femelles du genre Hylesia montrent des différences morphologiques et d'insertion dans la cuticule[11],[12],[13].
Chez les sujets sensibles, la dermatose prurigineuse papulo-vésiculeuse se révèle 15 à 20 minutes après le contactde la peau avec les poils-micro-fléchettes que la femelle perd dans l'air [3].

Habitat[modifier | modifier le code]

Tapirira guianensis est l'une des espèces dont la chenille de H. metabus peut se nourrir
Le palétuvier Avicennia germinans (sur les feuilles duquel on distingue ici des cristaux de sel) est une autre espèce consommée par les chenilles de H. metabus

Ce papillon était initialement réputé vivre à proximité des zones de mangrove, mais on a ensuite montré depuis que les chenilles de cette espèce sont très polyphage (c'est-à-dire capable de se nourrir sur un grand nombre de plantes)[14] ; plusieurs générations successives peuvent être produite sur de nombreuses autres espèces de plantes que les palétuviers blancs, dont dans certaines savanes guyanaises, sur le loussé ou mombin fou (Tapirira guianensis) ou le goyavier (Psidium guajava) [15] qui pour ces dernières peuvent être spontanées ou cultivées près des habitations. Les chenilles peuvent aussi se développer sur le citronnier (Citrus sp. ; introduits en Amérique centrale), également fréquent près des habitations
.
Les zones de pullulation semble plutôt liée à celle de sa Plante-hôte préférée : le palétuvier blanc ; Avicenia nitida Jacq. ou encore Avicenia germinans en Guyane, alors qu'au Venezuela il se développerait plutôt sur le palétuvier rouge (Rhizophora mangle)[16],[17],[18].
En Guyane son aire mais semble s'étendre, le long de la nationale 1 (route littorale reliant Cayenne à Saint-Laurent-du-Maroni, via Kourou), où l'espèce profite peut-être d'arbres plus vulnérables (qu'elle peut totalement défolier) parce que stressés par la déforestation et le microclimat déshydratant de la route, voire par la lumière des phares ou des habitations là où il y en a. Avant 1986, des pullulations locales avaient déjà été signalées sur des zones « éloignés de la mangrove côtière comme Montsinéry, Tonnegrande, les Îles du Salut, l'aéroport de international Félix Éboué, ainsi que l’enceinte du Centre Spatial Guyanais » près de Kourou, où il aurait également pu être attiré par les éclairages nocturnes.

Vassal & al. remarquaient en 1986 que la présence de chenilles ou de papillons n’a jamais été notée dans la région de Saint-Laurent du Maroni sans que l'on sache pourquoi. Ils suggèrent de « vérifier et d’expliquer ce fait ».

Dynamique des populations[modifier | modifier le code]

En termes de dynamique et biologie des populations, le constat a été fait de proliférations régulières au XXe siècle, entrecoupées de longues périodes où l'espèce semble rare, ce qui laisse penser que l'espèce a d'importants ennemis naturels ou des facteurs de régulation abiotiques cycliques (à déterminer, s'ils existent). On suppose que les régulateurs sont des entomopathogènes (virus, bactéries, champignons) et des parasites des chenilles que l'on cherche à mieux identifier depuis les années 1980, pour d'éventuelles démarches de lutte intégrée.

Aspects sanitaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lépidoptérisme.

La dissémination des poils (170 µm)[7] de ce papillon, est cause d'une dermatose appelée papillonite, Des phénomènes périodiques d'invasion locales par l'espèce sont sources d'épidémies de papillonite[19] surtout rapportée en Guyane et au Venezuela. Ce sont LEGER et MOUZELS qui en Guyane Française ont les premiers décrit[20] (en 1918) une dermatose prurigineuse papulo-vésiculeuse induite par les poils du papillon Hylesia urticans (synonyme de H. metabus). Des proliférations de ces papillons surviennent certaines années (ex : 1931 (1ère description précise, par R. BOYÉ[21]), 1976, 1979-80, 1984-85[5] ou plus récemment en 2006 en Guyane.

Pour la Guyane, par suite d'une augmentation du nombre de cas[22], l'ANSES a publié en 2011 un avis et rapport sur les risques liés à l'exposition aux poils urticants de ce papillon[23].

Les voyageurs se déplaçant dans les zones à risque peuvent se renseigner sur l'espèce[24] ou les précautions à prendre auprès de la préfecture de Guyane[25] qui a mis en place avec le Parc naturel régional de Guyane et les pharmaciens de Guyane[26] une Cellule permanente d'observation et de Prévention de la Papillonite (COPP)[27], ou directement auprès du Parc naturel régional[28].

Attirés par l'éclairage artificiel, les papillons se concentrent dans des zones urbaines, incitant à la mise en place de véritables couvre-feux : les populations se calfeutrent dans leurs domiciles à la tombée de la nuit, éteignent tous les éclairages extérieurs, étendent leur linge à l'intérieur et évitent de disperser les poils urticants en limitant le balayage "à sec" des sols.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Ducombs, G. et al. (1983), La papillonite de Guyane Française. Étude clinique et épidémiologique. Ann. Dermatol. Venereo ; 110,

p. 809-816.

  • (fr) Floch, H. ; Abonnec, E. (1944), Sur la papillonite guyanaise. Description du papillon pathogène : Hylesia urticans ; Cayenne, Institut Pasteur de la Guyane, 10 p. (Public. 89).
  • (fr) Floch, H. ; Constant, Y. (1950), Notes sur la symptomatologie et la thérapeutique de la papillonite guyanaise ; Cayenne, Institut Pasteur de la Guyane, 4 p. (Public. 220)
  • (fr) Pradinaud, R. (1969), La papillonite guyanaise. Rev. Méd., 6, p. 319-324.
  • (fr) Risseuil, J. (1935), Contribution à l'étude de la papillonite guyanaise. Buff. Soc. Path. Exot., 28, p. 719-721
  • (fr) Vassal JM. 1985. Programme d'étude de la biologie et de l'écologie de l'agent de la papillonite en Guyane française en vue de la mise en place d'une structure de lutte intégrée. Rapport d'activité, ORSTOM

Références[modifier | modifier le code]

  1. Eric W. Hossler, Caterpillars and moths: Part I. Dermatologic manifestations of encounters with Lepidoptera ; Journal of the American Academy of Dermatology ; Volume 62, Issue 1, Pages 1-10, January 2010 ; doi:10.1016/j.jaad.2009.08.060
  2. Journal El Tiempo, Activaron 34 estaciones para atacar palometa peluda, 2011-06-29
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Centre National d’Expertise sur les Vecteurs (CNEV) Réponse à la saisine « Stratégies et méthodes de lutte optimales contre Hylesia metabus », agent de la papillonite en Guyane Française, Réf CNEV:001/2011 Montpellier, 2011-08-12
  4. a et b Polar P, Matthew Cock MJW, Frederickson C, Hosein M, Krauss U. 2010. Invasions of Hylesia metabus (Lepidoptera: Saturniidae, Hemileucinae) into Trinidad, West Indies. Living World, J. Trinidad and Tobago Field Naturalists’ Club, 2010
  5. a, b, c, d et e J.M. Vassal, D. Dauthuille et J.F. Silvain (avec collaboration de C. Marschal), Hylesia metabus, Agent de la papillonite en Guyane française, Centre national d'études spatiales] ; Le littoral Guyanais ; SEPANGUY-SEPANRIT ; 1986 ; PDF (archivé sur le site de l'IRD), 1989-04-24
  6. BOYE 1932, voir photos
  7. a et b LAMY, M. (1982), Poils urticants des lépidoptères et environnement humain. Boletim de socieda de Portuguesa de Entomofogia, suppf. A, 7, p. 301-315.
  8. LAMY M., PASTUREAUD M.-H, NOVAK F., DUBOMBS G. Étude des poils urticants de Anaphae venata, A. panda, Hylesia urticans, H. iola et H. lineata ; Bulletin de la Société zoologique de France ; ISSN:0037-962X CODEN BZOFAZ  ; 1984, vol. 109, no2, pp. 163-177 (2 p., en Français), Ed: Société zoologique de France, Paris, FRANCE (1876), Fiche Inist/CNRS
  9. DUCOMBS G. ; LAMY M. ; MICHEL M. ; PRADINAUD R. ; JAMET P. ; VINCENDEAU P. ; MALEVILLE J. ; TEXIER L. ; La papillonite de Guyane française. Etude clinique et épidémiologique = French Guyana «papillonite» ; Clinic and epidermologic study . Hôp. Saint André Résumé ; ISSN 0151-9638 ; 1983, vol. 110, no10, pp. 809-816 (24 ref.) (en Français) Ed : Masson, Paris, FRANCE (Fiche Inist-CNRS)
  10. PESCE, H. ; DELGADO, A. (1971), Poisoning from adult moths and caterpillar venoms. In : BUCHERL ; BUCKLEY. Venomous animals and their venoms. Vol. III, p. 103-118. New York, Academic Press.
  11. Michel Lamy, Monique Michel, Roger Pradinaud, Georges Ducombs, Jean Maleville, L'appareil urticant des papillons Hylesia urticans Floch et Abonnenc et H. umbrata Schaus (Lepidopteres : Saturniidae) responsables de la papillonite en Guyane Francaise'International Journal of Insect Morphology and Embryology ; Volume 11, Issue 2, 1982, Pages 129–135(Résumé)
  12. LAMY, M. ; LEMAIRE, C. (1983), Contribution à la systématique des Hyfesia : étude au microscope électronique à balayage des « fléchettes, urticantes ». (Lep., Saturnidae). Buff. Soc. Ent. Fr., 88, p. 176-192.
  13. LAMY, M. et al. (1982), L'appareil urticant des papillons Hyfesia urticans Floch et Abonnenc et H. umbrata Schaus (Lepidoptères, Saturnidae) responsables de la papillonite en Guyane française. Int. J. Ins. Morphofo. Embryof., 11/2, p. 129-135.
  14. Dauthuille et al.
  15. Vassal (1989)
  16. Rodríguez-Morales AJ, Arria M, Rojas-Mirabal J, Borges E, Benítez JA, Herrera M, Villalobos C, Maldonado A, Rubio N, Franco-Paredes C (2005) Short report: lepidopterism due to exposure to the moth Hylesia Metabus in northeastern Venezuela. Am. J. Trop. Med. Hyg. 73: 991-993.
  17. Fornés L, Hernandez JV. Algunos aspectos de la biología de Hylesia metabus (Cramer 1775) (Lepidoptera : Saturniidae). Bol Entomol Venez 15(2):127-145. Diciembre 2000
  18. Hernández JV, Osborn F, Herrera B, Liendo-Barandiaran CV, Perozo J, Velásquez D. 2009. Larvae-pupae parasitoids of Hylesia metabus Cramer (Lepidoptera: Saturniidae) innortheastern Venezuela: a case of natural biological control ; Neotrop. entomol. vol.38no.2 Londrina Mar./Apr 2009
  19. Journal 20 minutes, 2011/08/11 >Invasionde papillons à poils en Guyane
  20. LÉGER, M. ; MOUZELS, P. (1918), Dermatose prurigineuse déterminée par des papillons Saturnides du genre Hyfesia. Buff. Soc. Path. Exot., p. 104.
  21. BOYÉ, R. (1932), La papillonite guyanaise. Bull. Soc. Path. Exot., 25, p. 1099-1107
  22. Agence régionale de la santé (ARS) de Guyane, Recrudescence de la "papillonite" : recommandations
  23. ANSES, Avis et rapport relatifs à l'analyse des risques sanitaires et environnementaux, liés aux stratégies de lutte préconisées en Guyane contre le « papillon cendre » (Hylesia metabus), agent responsable de la « papillonite »], 2011-09-07
  24. Parc naturel régional de Guyane, Hylesia metabus (biologie & écologie)
  25. Préfecture de Guyane, papillonite
  26. OKAMAG, Bilan de la surveillance réalisée par l'intermédiaire du réseau des pharmaciens de Guyane entre les mois d'Octobre et Novembre 2007 ; OCT 2007
  27. PNRG, Cellule permanente d'observation et de Prévention de la Papillonite en Guyane(COPP), Nov 2011
  28. Note relative aux connaissances et moyens de lutte contre la papillonite en Guyane, 10/08/11