Ovis orientalis

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Ovis orientalis, parfois appelé Ovis gmelini, est le mouflon du sud-ouest eurasiatique (Méditerranée et Moyen-Orient). C'est la forme sauvage occidentale de l'espèce domestique Ovis aries. Sa domestication, il y a 10 à 11 000 ans, sur les flancs de l'arc montagneux allant du sud de la Turquie orientale au Sud de l'Iran (monts Taurus et Zagros), a marqué le début de la révolution néolithique, faisant passer l'humain du statut de prédateur à celui d'éleveur.

Génétique[modifier | modifier le code]

La génétique montre que le mouton domestique dérive de deux sous-espèces de ce mouflon. Ces deux lignées ont divergé il y a 1.5 million d'années. Il y aurait ainsi eu deux foyers de domestication distincts. Par un curieux retournement de situation, les mouflons méditerranéens insulaires comme le mouflon corse ou le mouflon chypriote seraient en fait des moutons primitifs apportés il y a 8 000 ans[1] par des éleveurs puis retournés à l'état sauvage[2] (phénomène de marronnage).

Le mouton domestique O. aries et le mouflon oriental O. orientalis ont le même nombre de chromosomes (2n = 54) contre (2n=58) pour les autres mouflons.

Domestication[modifier | modifier le code]

Les premiers indices archéologiques de domestication de ce mouflon ont été trouvés au Kurdistan (notamment sur le site de Shanidar). Des os de mouton, datés entre -9000 et -8000, ont été retrouvés en abondance, ce qui contraste avec les sites néolithiques de la même période plus proches de la méditerranée. Toutefois l'identification précise reste discutée, car il est souvent difficile de distinguer les os de mouton et de chèvre[3].

Les premiers moutons morphologiquement domestiques apparaissent vers -8500 sur le site de Tell-Aswad. La démonstration de leur état domestique se base sur trois critères[4] :

  • une taille au garrot nettement plus petite.
  • analogie de fréquence avec les chèvres domestiques (plus reconnaissables par la morphologie de leurs cornes).
  • fréquence des classes d'âges avec abattage préférentiel des jeunes adultes entre 1 et 4 ans.

Le processus de domestication transformant O. orientalis en mouton domestique O. aries implique donc une réduction de taille et aussi, dans un second temps, la transformation du pelage en laine.

La réduction de taille se serait faite au cours des générations en éliminant les mâles les plus grands et les plus agressifs. La taille des cornes a été aussi réduite, alors que la queue est devenue plus longue. La différence entre mouton velu et mouton laineux est faite vers - 6000, et dans l'ancienne Mésopotamie, l'élevage du mouton laineux est une activité économique majeure sur les basses terres. La sélection des individus à laine blanche explique la prédominance graduelle de cette couleur[3].

La domestication a pu avoir des motivations non seulement économiques mais aussi religieuses. Le mouton et l'agneau sont des animaux sacrificiels, car disponibles en nombre et dotés, par sélection, de caractères tels que naïveté, timidité et totale dépendance (au troupeau et à l'homme). Les premiers indices de sacrifices religieux de moutons sont été trouvés en Anatolie, datés entre -7000 et -6000, sur le site de Catal Hüyük. Le sacrifice du mouton est connu dans l'Antiquité en Égypte, Grèce, Rome et Chine, et souvent mentionné dans la Bible[3].

Habitat et mode de vie[modifier | modifier le code]

O. Orientalis vit essentiellement dans le sud de la Turquie centrale, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et le sud-est des Monts Zagros. Sa répartition à la fin du XXe siècle reste voisine de sa répartition archéologique, où on l'a retrouvé aussi au Neguev, Liban, et Mésopotamie.

Il est sympatrique (coexistant) avec l'urial (autre espèce de mouflon sauvage) dans plusieurs régions dont l'Elbourz et le Baloutchistan.

Son habitat est moins montagneux que celui de la chèvre. Il grimpe moins bien mais il court plus vite que la chèvre. Il peut occuper des zones relativement plates, si elles présentent des dépressions et ravins pouvant lui servir d'abri. Il préfère vivre dans des régions très rudes, dépourvues de bois et de fourrés denses, ce qui limite son expansion naturelle[5].

Les brebis, agneaux et jeunes béliers vivent en petites hardes. Les mâles adultes forment des petits groupes séparés. Le rut a lieu à la fin de l'automne et la mise bas au début du printemps. Le régime alimentaire du mouflon oriental est plus sec que celui de la chèvre. Ils consomment environ 180 espèces de plantes des zones semi-désertiques ou des fourrés nains de la steppe[5].

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

Le mouton domestique est appelé Ovis aries aries.

Les mouflons forment des sous-espèces sauvages que l'on peut désigner[6] Ovis orientalis pour le groupe du sud-ouest eurasiatique à 54 chromosomes (et Ovis vignei pour le groupe d'Asie centrale à 58 chromosomes). L'épisode domestique vécu par les mouflons méditerranéens n'est pas de nature à les exclure du groupe orientalis. Ce sont des animaux sauvages génétiquement proches des souches moyen-orientales dont ils sont issus et dont ils ont repris le phénotype.

Les différentes sous-espèces sont :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (Poplin, 1979; Vigne, 1999)
  2. Stefan Hiendleder et al., 2002, Molecular analysis of wild and domestic sheep questions current nomenclature and provides evidence for domestication from two different subspecies.
  3. a, b et c (en) Daniel W. Gade, Sheep, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-40214-X), p. 574-575.
    dans The Cambridge World History of Food, vol. 1, Kenneth F. Kiple (dir).
  4. Daniel Helmer, La domestication des animaux par les hommes préhistoriques, Masson, (ISBN 2-225-82473-8), p. 90-93.
  5. a et b D. Helmer 1992, op. cit., p. 51-52.
  6. ICZN (International Commission on Zoological Nomenclature) opinion 2027

Liens internes[modifier | modifier le code]

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