Opération Bernhard

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Adolf Burger présentant un faux billet de l'opération Bernhard en janvier 2008 à Paris, en France.

L'opération Bernhard était le nom d'un projet secret allemand destiné à déstabiliser l'économie britannique, d'abord, puis l'économie américaine ensuite, en inondant l'Europe de faux billets de banque de 5 £, 10 £, 20 £, et 50 £, 10 et 50 USD.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le projet, commencé en 1942, est dirigé par le major SS Bernhard Krüger qui monte une équipe de 142 faux-monnayeurs choisis parmi les prisonniers du camp de Sachsenhausen.

Il faut d'abord graver des plaques détaillées reproduisant le motif du billet, fabriquer du papier filigrané et casser le code permettant la génération de numéros de série authentiques. Les billets ainsi réalisés font partie des faux les plus parfaits jamais produits ; il est très difficile de les distinguer des vrais.

Le projet initial de larguer ces billets par avion au-dessus de l'Angleterre ne peut pas être mis en pratique. Les billets sont donc « blanchis » avant d'être utilisés pour l'achat de marchandises importées ou rémunérer des agents allemands.

Ces faux sont détectés par la Banque d'Angleterre pendant la guerre, lorsqu'un employé remarqua dans ses registres qu'un même numéro de série avait été utilisé sur deux billets différents.

Bien que ce travail de faux-monnayage soit d'une extrême difficulté, la presse de Sachsenhausen fonctionne jusqu'à l'évacuation du camp, en avril 1945. Au total, 8 965 080 billets furent produits, pour un montant total de 134 610 810 £.

Après l'évacuation de Sachsenhausen, l'équipe de faux-monnayeurs est transférée à Redl-Zipf en Autriche, dans une annexe du camp de Mauthausen, puis dans celui de Ebensee (aussi Adolf Burger). Au début du mois de mai 1945, l'exécution des membres de l'équipe est ordonnée, mais la libération du camp par l'armée américaine, le 5 mai 1945, leur sauve la vie.

Certains billets sont retrouvés en 1959 par des plongeurs dans le lac Toplitz, près d'Ebensee. D'autres continuèrent à circuler au Royaume-Uni pendant des années, ce qui incite la Banque d'Angleterre à retirer de la circulation les billets de plus de 5 £. Des billets de 10 £ à 50 £ sont progressivement réintroduits entre les années 1960 et les années 1980.

Les faux-monnayeurs se sont également attaqués au dollar américain et 200 billets de 100 $ seront produits le 22 février 1945. L'office central de la sécurité du Reich ordonnera de cesser le travail et la presse sera démantelée.

Après la guerre, le major Krüger est détenu en France pendant trois ans et s'occupe de la falsification de documents pour le compte des services de renseignement français. Il est jugé dans les années 1950 ; certains prisonniers membres de l'équipe des faux-monnayeurs témoignent en sa faveur. Ultérieurement, il travaillera pour la société fabriquant le papier utilisé dans l'opération Bernhard. Il meurt en 1989.

L'espion allemand Elyesa Bazna (nom de code Cicéron) fut payé en fausses livres sterling (information discutable : il aurait été payé en véritables livres turques, lesquelles auraient été achetées en fausses livres sterling).


Le film français Crésus, de Jean Giono avec Fernandel reprend l'idée de cette opération et la transpose sur la monnaie française.

Un film austro-allemand de Stefan Ruzowitzky, Les Faussaires, fut tourné en 2007. L'histoire s'appuie sur le livre autobiographique d'Adolf Burger, un juif slovaque déporté, imprimeur de métier et impliqué dans cette opération.

Le tome 6 Opération Thor de la série de bande dessinée Lefranc fait référence explicitement à l'opération Bernhard.

Objectifs[modifier | modifier le code]

En introduisant un grand nombre de faux billets, les Allemands auraient pu provoquer une hyperinflation déstabilisant durablement l'économie britannique (cette situation économique avait été vécue par l'Allemagne juste après la Première Guerre mondiale).

L'opération avait également pour but de fournir des fonds pour payer des agents et des espions, payés en fausse monnaie.