Nils Thornander

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Nils Thornander
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Nils Thornander photographié par Jessica Scale, 3 juin 2019, Paris
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Nils Gosta Torsten ThornanderVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Activité

Nils Thornander est un artiste plasticien et compositeur de musique franco-suédois, né à Stockholm le [1], ayant vécu et travaillé à Paris. Il meurt le [2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Nils Thornander naît à Stockholm d’un père suédois et d’une mère française. Il y est élève de la Franska Skolan, l’école fondée par des religieux français en 1862 dans la capitale suédoise. À 15 ans, il s’installe en France et suit les cours du lycée Condorcet. C’est devant le portail de celui-ci que quelques jours après la rentrée de 1973, il est interviewé par la télévision[3] sur l’abaissement de l'âge de la majorité électorale. Deux ans plus tard, il écrit le livret de l'opéra Le Mariage Obscur[4] de Jacques Lenot.

Formation[modifier | modifier le code]

Décidant très tôt de devenir un artiste expérimental, il s’attache d’abord à acquérir les techniques classiques de la grande peinture, puis les met au service de l’exploration de nouvelles formes esthétiques. Dans ses œuvres picturales, il confronte des catégories d’arts jugées opposées au sein de l’histoire de l’art. Ses œuvres musicales questionnent l’opposition musique savante / musique populaire. Cherchant les voies de la beauté pour le monde d’aujourd’hui, il brouille les frontières imposées par les techniques, articulant vidéo et peinture, matière physique et numérique, image, mots et son[réf. souhaitée].

En 1994, il rédige pour la revue d’avant-garde suédoise 90Tal son manifeste du Continuum[5] dans lequel il théorise la contribution de l’artiste au monde contemporain : « Il s’agit bien de repenser les articulations de points de vue multiples et mobiles sur des choses elles-mêmes en constante évolution. (…) Un vaste continuum doit relier des systèmes de représentation jadis contradictoires ».  

Ses principales thématiques déclinent « l’enjeu des « guerres esthétiques » qui sont livrées sur les questions de territoires et de frontières, d’échelles et d’identités, du visible et du caché, de l’admis et de l’interdit »[6].

Sa démarche singulière inspire à l’artiste suédois Magnus Bärtås l’œuvre Wem är Nils Thornander ?(Qui est Nils Thornander ?)[7]. Le critique d’art Lars O. Ericsson le qualifie de « géographe du chaos » [8]. Ses œuvres se situent dans une « démarche engagée pour atteindre l’harmonie »[9], selon Isabelle Kevorkian.

Créations plastiques[modifier | modifier le code]

Si la peinture à l’huile sur tableau constitue une constante à travers toute son œuvre, il met au point, à la fin des années 1980, une technique de peinture en volume avec des hypercubes immersifs[10]. Il oppose les effets sur la matière de la lumière naturelle et de la lumière électrique avec des caissons lumineux [11]. Il articule la fixité de la peinture avec l’impermanence de la projection vidéo pour élaborer des œuvres de peinture-vidéo[12] . Explorant la multiplicité des points de vue résultant des regards d’un public sur une œuvre, il réalise des performances artistiques[13] et des hyper-conférences[14],[15].

Il s’intéresse à l’art numérique dès le milieu des années 1990. En 1995, il répond à l’invitation d’Alberto Sorbelli[16] et crée une pièce unissant perspective humaniste et perspective panoptique, pour le CD-Rom Just From Cynthia[17], présenté au Centre Georges Pompidou.

L’opposition esthétique entre la matière physique et la représentation numérique, entre la chair et le chiffre, aboutit aux œuvres produites avec Mildred Simantov, dont « Réfectoire »[18], présenté au Musée Carnavalet lors de la Nuit Blanche 2010) et « L’Age adulte, le Tuning Book »[19], un livre-album à QR Code, exposé au Palais de Tokyo.

En 2016, l’œuvre Like Me[20] (curator Damien Zhang) déploie dans un espace de 600 mètres cubes un ensemble d’œuvres opposées par leurs techniques mais visant à engendrer entre elles l’harmonie d’un accord symphonique.  

Créations musicales et sonores[modifier | modifier le code]

La composition musicale prend une place croissante dans ses œuvres à partir des années 2000. En 1998, Silke Fischer le choisit pour la musique de son documentaire Putzen in Paris (Paris poussière) diffusé sur Arte Thema. Il réalise le design sonore de l’œuvre de Magnus Bärtas Claims of Victory[21]présentée à Séoul en 2015 et signe la musique du long-métrage « Reception (Save The Date) »[22], réalisé par Gilles Verdiani en 2016.

À la fin des années 2010, il entreprend la composition d’une œuvre musicale de 24 heures, Absolute Value, « dont les fréquences sonores visent à accorder le monde ». Un premier extrait[23] est créé à l’IRCAM en 2019.

Créations collaboratives et relationnelles[modifier | modifier le code]

« Se confrontant à lui-même »[24] « ou aux pensées esthétiques défendues par d’autres », il poursuit des collaborations avec des créateurs dans les domaines de l’opéra, du théâtre, du cinéma, de la télévision, des installations, des livres d’art.

En 2000, il crée avec Gilles Verdiani La Zone Érogène, un laboratoire de life-design[25], que rejoindront Brian Lucas et Hortense Vorringen. Ce quatuor d’esthètes ambitieux[26] réalise, entre autres, Préliminaires, une œuvre multiple sur DVD.

The Nice Institution[27] est créée avec l’artiste et designer Mildred Simantov en 2009. Outre des œuvres, des concerts et des performances qu’ils réalisent en opposant leurs approches, ils invitent artistes et penseurs à intervenir, dont Brian Lucas, Igor Antic, Antonio Casilli, Michaël Stora, Rebecca Dolinski…

À partir de 2008, son profil Facebook devient un espace relationnel privilégié pour éprouver sa pensée du continuum à l’aune des grandes secousses contemporaines[28].

Expositions et œuvres publique (sélection)[modifier | modifier le code]

  • 1985 : Hommage à Coustou, les Chevaux de Marly, deux œuvres lithographiques, lauréat du concours de la Ville de Marly
  • 1988 : The Digital Woman, Limelight, Chicago
  • 1989 : Continuum in Stockholm, Galerie Arton A, Stockholm
  • 1990 : Les Territoires du Corps, Galerie Vitoux-Zylbermann, Paris
  • 1992 : Hypercorps / L'Interdit,  Galerie Vitoux-Zylbermann, Paris
  • 1993 : Nils Thornander's Continuum, manifeste publié dans la revue 90Tal, Stockholm
  • 1996 : Max Jacob, scénographie, mise en scène Cyrille Artaux, Grand Théâtre de Quimper
  • 1999 : Are You Scared of Girls performance, musique électronique et vidéo, Le Divan du Monde, le Pulp, Le Dépôt, avec Brian Lucas, Paris
  • 2004 : Vulvabration, hyperconference, performance et concert, MECAL, Barcelone
  • 2007 : Viva la vulva, hyperconference, performance et concert, MECAL, Barcelone
  • 2008 : Vulvaroom et politique intérieure, essais publiés aux Éditions Sanzokuhnam, Paris
  • 2015 : My private art life, quai de la Mégisserie, Paris
  • 2016 : Like Me, curateur Damien Zhang, Artist labstudio, Montreuil, France
  • 2017 : Je peins, performance, vidéo et musique, LabOrigins, « La science et l’imaginaire », avec Stéphane Dugowson et Serge Brunier
  • 2018 : Shoe Badoo Bad, dans « École(s) suédoise(s) de Paris », Institut Culturel Suédois, Paris
  • 2018 : Speed Bump, représenté par Andréhn-Schiptjenko, quai de la Mégisserie, Paris
  • 2019 : Absolute Value, extract 1, MAMUPHI de François Nicolas, IRCAM
  • 2019 : Flags for Future Identities, P]ART[AGES, https://p-art-age.com/products/location-art-nils-thornander-flags-for-future-identities-v

Expositions et œuvres publiques en collaboration (sélection)[modifier | modifier le code]

Avec Mildred Simantov[modifier | modifier le code]

  • 2009 : Fridgeedhotel03, sculpture - Cure - Centre hospitalier, Villejuif
  • 2009 : Fridgeedhotel04, sculpture - vente aux enchères - Parcours Saint-Germain, Paris
  • 2010 : Réfectoire, installation sonore et visuelle - Nuit Blanche 2010, Musée Carnavalet, Paris
  • 2010 : Olympic Smoking Area - Cité de la mode et du Design - Chic Art Fair, Paris
  • 2010 : Information Partielle - Manifestations Exemplaires #03, The Nice Institution, « Off » de l’Institut Suédois, Paris
  • 2010 : Waiting for the Peak Oil, performance - Blitz, Paris
  • 2010 : Our Last Dinner, performance - Galerie Flandrin, Paris
  • 2011 : Six Musical Pieces, Musée d'Art Moderne, Musée Zadkine, Musée Bourdelle, Paris
  • 2011 : As a Kamikaze Blow job, installation sonore et visuelle - Pvonk Galerie, Berlin
  • 2011 : Lover Vs. Fucker, design - édition limitée – New Museum Store, New-York
  • 2011 : Lover Vs. Fucker, design - édition limitée - Palais de Tokyo, Paris
  • 2012 : L'Âge Adulte, album pop et Tuning Book – avec Brian Lucas, Opening and Live at Palais de Tokyo, Paris
  • 2018 : Le Poste, photographies sonores – numéro hors-série DTACC, revue AA Architecture d’Aujourd’hui
  • 2019 : Génial !, correspondance vidéo et musicale, Subjectif – Hypermédia de culture contemporaine

Avec Gilles Verdiani[modifier | modifier le code]

  • 2000 - 2007 : La Zone Érogène, musique, dîners, conférences, expériences sensorielles et projections vidéo, installations immersives, Paris
  • 2001 : Préliminaires, œuvre sur DVD, sélectionnée par Jacques Henric pour sa « Carte Blanche », L’Accatone, Paris.
  • 2005 - 2006 : Persistances Rétiniennes, 35 clips musicaux diffusés sur Canal+ cinéma, France.
  • 2006 : De la Réception comme un des beaux-arts, installation-performance, Parcours Saint-Germain, Paris
  • 2016 : Reception, (Save The Date), bande originale du long-métrage réalisé par Gilles Verdiani

Avec Géraldine Ros[modifier | modifier le code]

  • 1985 : Introit, musique et voix de Géraldine Ros, piano, scénographie et projections de Nils Thornander, Palais de Chaillot, Paris
  • 2008 : Living On, vidéo et musique de Nils Thornander, voix de Géraldine Ros, MECAL Festival, Barcelone
  • 2013 : The Scream, micro-opéra pour soprano et orchestre digital, musique de Nils Thornander, voix de Géraldine Ros, France Culture
  • 2019 : Symphonie Monoton-Silence, d’Yves Klein, et 4’33’’, de John Cage, MAMUFI de François Nicolas, IRCAM avec Grégoire Ingold
  • 1991 : Prométhée enchaîné, peinture sur corps et scénographie, Festival d’Aurillac, France ; Kinshasa Festival, Democratic Republic of Congo ; Centre Wallonie, Paris
  • 1999 : La République – Qu’est-ce que c’est que la justice ? - Platon, scénographie, Théâtre Gérard Philippe de Saint Denis et Chapelle Royale de Saint Denis, France

Avec Magnus Bärtås[modifier | modifier le code]

  • 2002 : The Life Project, in The Resort of Homeless Ideas, Galerija Miroslav Kraljevic, Zagreb
  • 2015 : Claims of Victory, sound design, REAL DMZ PROJECT Centre Artsonje, Séoul

Avec Alberto Sorbelli/Just From Cynthia[modifier | modifier le code]

  • 1995 : Le Beau Sexe, vidéo interactive sur cd-rom, dans l'exposition X-Y, le sexe de l’art, Centre Georges Pompidou, Paris

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Nils Thornander », sur Institut suédois (consulté le )
  2. https://partage.fr/blogs/artistes/nils-thornander
  3. « Journal télévisé d’Antenne 2, 1973, archives INA, »
  4. « Jacques lenot - J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie », sur www.forumopera.com (consulté le )
  5. « "Continuum in 90Tal", Tidskriften 90Tal, N°13, p15-22, 1994, Stockholm. »
  6. Ce soir ou jamais, émission de Frédéric Taddéi, France 2, 26 novembre 2007
  7. « « Wem är Nils Thornander ? » de Magnus Bärtas, »
  8. Lars O. Ericsson, Dagens Nyhetter, « Sweden, 14 mars 1989, page 4 »
  9. Isabelle Kevorkian, « Reportage dans l'appartement-galerie de l'artiste Nils Thornander »
  10. « Scénographie de « La République - Qu’est-ce que la Justice ? - Platon », mise en scène Grégoire Ingold »
  11. « Hypercorps / L’interdit », 1992, exposition galerie Vitoux-Zylberman, Paris
  12. « « De la réception comme un des beaux-arts », Installation-performance avec Gilles Verdiani et la Zone Erogène, Hôtel La Villa, Parcours Saint Germain 2006 »
  13. « Girls », sculpture chantante performance au Divan du Monde, 10 octobre 1999, reprise au Dépôt et au Pulp.
  14. « Vulvabration » de Nils Thornander, MECAL DOSMILSET, X Festival Internacional de Curtmetratges de Barcelona, section Radical, programme édité, p. 107 (espagnol, catalan, anglais).
  15. « Viva la vulva » de La Zone Erogène, de Nils Thornander avec Gilles Verdiani et Brian Lucas, MECAL DOSMILCUATROS, 7° Festival Internacional de Curtmetratges de Barcelona, section Radical :, programme édité, p. 108 (espagnol, catalan, anglais).
  16. « L'art saisi par la société pornographique », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. « “Just from Cynthia”, sous la direction d’Alberto Sorbelli, 1997 »
  18. « « Réfectoire », avec Mildred Simantov, 2010 »
  19. « “The Tuning Book” »
  20. « “Like Me”, œuvre globale, immersive et évolutive de Nils Thornander, curator Damien Zhang, Montreuil, 2016 »
  21. « Magnus Bartas, « Claims of Victory”, sound design by Nils Thornander, Centre d’art Sonje de Séoul, Corée du Sud, 2015 »
  22. « (19) Gilles Verdiani, « Reception (Save the Date) », sons et musiques Nils Thornander, 2016 »
  23. « IRCAM 2019 »
  24. « Mes questions sur …le désir masculin, documentaire de Serge Moati et Charlotte Lessana, France 5, 2013 »
  25. « La Zone Érogène sur France Culture »
  26. Christophe Carrière, Elle, 6 mai 2002
  27. « The Nice Institution »
  28. Tribune Juive, « NILS THORNANDER POUR TRIBUNE JUIVE », sur Tribune Juive, (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]