Mohammad Najibullah

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Modèle:Infobox Dirigeant politique Mohammed Nadjibullah Ahmadzaï (ou Nadjiboullah, Najibullah) (né en août 1947 à Gardiz, Afghanistan, exécuté par les talibans le 27 septembre 1996 à Kaboul) a été le quatrième et dernier président de la République démocratique d'Afghanistan.

Très controversé en Afghanistan, le docteur Najibullah, comme on l'appelle dans son pays, reste néanmoins un personnage clé de l'histoire moderne de l'Afghanistan. Communiste athée pour les uns et bon musulman pour les autres, Najibullah a néanmoins tenté de réformer son pays pour lui éviter la faillite et la destruction, sans succès.

Les premières années

Né à Kaboul d'une famille pachtoune, il fréquente le lycée Habibia puis l'université de Kaboul où il obtient un diplôme de médecin en 1975. Son physique carré lui vaudra ultérieurement le surnom de « Najib-e-Gaw » (Nadjib le Taureau) de la part de ses adversaires.

Il rejoint rapidement le Parcham, une faction du Parti démocratique du peuple afghan en 1965, où la figure de proue est alors celle de Babrak Karmal. Nadjibullah et Massoud se connaissent dès leur plus tendre jeunesse. En effet, ils habitaient dans la même rue à Kaboul.

Carrière politique

Dès 1977, Nadjib figure au comité central du PDPA et, l'année suivante, il intègre le conseil révolutionnaire. L'autre faction du parti communiste afghan, le Khalq, s'impose bientôt au détriment du Parcham. Nadjiboullah est ainsi écarté des instances dirigeantes, avec un exil doré comme ambassadeur en Iran. En proie à la vindicte du « Khalq », comme presque tous les « partchamis », il est révoqué et destitué de sa nationalité afghane. Il s'exile alors dans les pays de l'est puis en Union Soviétique.

Il revient à Kaboul à la suite de l'invasion soviétique de 1979/1980. Babrak Karmal, à l'instigation des Soviétiques, le place à la tête du Khâd, la police secrète afghane, où ce médecin se signale comme un tortionnaire d'une rare cruauté, et accessoirement comme ordonnateur d'innombrables exécutions d'opposants de tous bords, qu'il s'agisse de communistes « khalqis », de « modjaheddin » (résistants), ou de personnes simplement supposées critiques à l'égard du régime communiste. Son zèle lui vaut de succéder, en mai 1986, à Babrak Karmal comme chef du régime communiste.

Président de la République (septembre 1987 - avril 1992)

En novembre 1986, Haji Mohammad Chamkani, succédant à Babrak Karmal, devient président par intérim. En tant que chef des services secrets, Mohammed Nadjibullah assure la réalité du pouvoir. Une nouvelle constitution est adoptée : établissement d'un système de partis multiples, liberté d'expression et rétablissement de l'islam légal, présidé par une justice indépendante. De cette façon, il stabilise sa position politique face à la perspective du retrait des troupes soviétiques : le 20 juillet 1987, le retrait des troupes soviétiques est en effet annoncé.

C'est également durant sa présidence que les succès soviétiques de 1985-1986 ont eu lieu : les camps de moudjahiddins situés sur la frontière pakistanaise sont sévèrement touchés, les Soviétiques lancent également de grandes offensives dans les régions d'Hérat et de Kandahar, touchant durement les rebelles.

En juillet 1987, Nadjibullah propose aux rebelles une réconciliation nationale en leur offrant 20 sièges au conseil d'état, 12 de ministres et le poste de premier ministre, ainsi qu'une transformation de l'Afghanistan en état non-aligné islamiste. Les questions de police, de sécurité ainsi que militaires ne sont pas mentionnées. Mais cette offre est repoussée à plusieurs reprises alors que les partis rebelles islamistes modérés étaient prêts à l'accepter.

Nadjibullah réorganise alors le gouvernement pour faire face seul aux moudjahiddins et lance une campagne de « réconciliation nationale ». Une Loya Jirga le désigne, le 30 septembre 1987, comme chef de l'état en titre en remplacement de Chamkani, lequel retrouve le poste de vice-président qu'il occupait sous Babrak Karmal : la nouvelle constitution entre en vigueur en novembre 1987, le nom du pays redevient « République d'Afghanistan » et le conseil d'État est remplacé par une assemblée nationale où tous les partis peuvent accéder (sauf les islamistes). Mir Hussein Shark, homme de la société civile n'appartenant à aucun parti, est nommé premier ministre.

Le 7 juin 1988, la président Nadjibullah s'exprime à l'Assemblée générale des Nations unies, et propose un plan de paix pour l'Afghanistan.

Retrait soviétique et guerre civile

Juste après le départ soviétique, Najibullah remodèle le gouvernement qui connaissait une crise interne, et déclare l'état d'urgence après l'enlèvement d'un ministre ; il remplace tous les ministres sans partis du gouvernement. L'Union soviétique continue d'aider l'Afghanistan militairement, économiquement et en fournissant des aides d'urgence en nourriture et carburant, pour cause d'hivers rigoureux, (en 1989 et 1990) entraînant des pertes de récoltes.

Une grande partie de l'équipement militaire appartenant aux unités soviétiques évacuant l'Europe de l'Est est fournie à l'Afghanistan, avec un approvisionnement assuré ; l'armée de l'air afghane, qui avait développé une tactique réduisant au minimum la menace des missiles Stinger, décourage des attaques de masse contre les villes. Des missiles à moyenne portée, en particulier des Scuds, sont lancés avec succès de Kaboul pour la défense de Jalalabad, à 235 kilomètres de distance.

La victoire de Jalalabad rétablit nettement le moral du gouvernement de Kaboul. Son armée prouve qu'elle est capable de combattre efficacement à côté des troupes déjà endurcies des forces spéciales soviétiques - qualifiées de sécurité. Les défections diminuent nettement quand il est devenu évident que la résistance est dans le désordre le plus total, sans possibilité pour elle d'envisager une victoire rapide.

L'appui soviétique atteint une valeur de 3 milliards de dollars par an en 1990. Kaboul a remporté une victoire qui montre les faiblesses des moudjahiddins, politique et militaire. Le gouvernement de Najibullah survit pendant encore deux années. Par la suite, les divisions dans ses propres rangs, y compris la défection du général Abdul Rachid Dostom affaiblissent la résistance du gouvernement.

En mars 1990, son gouvernement résiste à un coup d'État du Khald, dirigé par le ministre de la Défense Shahnawaz Tanai. Gulbuddin Hekmatyar était l'un des principaux défenseurs du coup d'État.

Nadjibullah travaille à un compromis pour finir la guerre civile avec Ahmad Shah Massoud, soutenu par les Nations unies mais les discussions tournent court et le gouvernement tombe. En 1992, Nadjibullah accepte de se ranger en faveur d'un gouvernement transitoire. Il annonce également qu'un parlement pluripartite serait établi « dans quelques mois », sur la base « d'élections libres et démocratiques ».

Au cours du mois d'avril 1992, le régime s'effondre sous la pression des rebelles, mais les réserves de munitions et d'armes considérables que Nadjibullah avait conservées servent durant la guerre civile entre moudjahiddin et talibans. Pendant l'hiver 1992, Kaboul, privée de l'aide soviétique (l'URSS ayant disparu et Nadjibullah ayant démissionné), se retrouve sans carburant ni nourriture.

Mohammed Nadjibullah annonce la possibilité d'une démission dès le 18 mars 1992 afin de permettre la mise en place d'un gouvernement d'intérim ; le 16 avril 1992, il est mis en minorité par son propre parti et est forcé de démissionner à la suite de la perte de la base aérienne de Bagram ainsi que de la ville de Charikar, prises par les rebelles de la Jamiat-i Islam.

Chute de Kaboul

Le 17 avril 1992, Kaboul tombe entre les mains des moudjahiddin, Nadjibullah essaye de fuir Kaboul pour Moscou mais il en est empêché par Abdul Rachid Dostom. Il trouve refuge dans le bâtiment des Nations unies à Kaboul, où il reste en détention virtuelle jusqu'en 1996.

Prise de Kaboul par les talibans, assassinat de Nadjibullah

Avant la chute de Kaboul un rapport des Nations unies fait écho de la situation alarmante dans laquelle se trouvait le président Nadjibullah[1].

Le jour de la prise de Sarobi par les talibans, Nadjibullah envoie un message de détresse aux Nations unies à Islamabad, leur demandant de l'évacuer de Kaboul avec son frère Shahpur Ahmadzai, et leurs compagnons. Mais l'ONU ne répond pas en raison du brouillage de son message par les services spéciaux pakistanais favorables aux talibans. La femme de Nadjibullah, Fataba, et leurs trois filles, se sont réfugiées à New Delhi en 1992. Le commandant Massoud avait proposé au président Nadjibullah de l'évacuer, ce qu'il avait refusé, sûr de la protection des Nations unies.

Massoud, alors commandant des forces armées, aurait demandé à Nadjibullah de suivre les moudjahiddin dans leur retraite vers le nord, lui assurant le passage vers un pays de l'ex-URSS, Nadjibullah aurait refusé.

Nadjibullah envoie un dernier message désespéré via la radio onusienne vers Islamabad mais il est trop tard : un commando spécial taliban de cinq hommes, sous les ordres du mollah Abdul Razak, chef militaire des talibans, avait été désigné pour le supprimer. Nadjibullah est traîné en dehors de l'immeuble des Nations unies, ainsi que son frère et ses compagnons.

Les Talibans le torturent[2], le contraignent à signer des papiers liés à la ligne Durand (délimitant la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan), puis Nadjibullah et son frère sont transportés au palais présidentiel, à nouveau torturés puis tués. Pour finir les talibans suspendent leurs corps aux poteaux de signalisations juste en dehors du Palais là où jadis il avait critiqué le Pakistan pour son intervention dans la guerre afghane à seulement quelques blocs du siège des Nations unies à Kaboul.

Le mollah Mohammed Rabbani (aucun lien de parenté avec le président Rabbani), nommé à la tête du conseil suprême à Kaboul déclare que Mohammed Nadjibullah a été condamné à mort pour avoir été communiste et meurtrier et lui interdit un enterrement religieux. Son corps est ramené à Gardez (province de Paktia), où il était né, pour y être inhumé.

Rien n'a été fait pour le sauver. La communauté internationale dans son ensemble, et plus particulièrement les pays musulmans, condamne fermement l'assassinat de Nadjibullah, et l'ONU affiche son désespoir dans un rapport du conseil de sécurité après son assassinat. Des résolutions[3] sont prises à l'encontre du gouvernement taliban à la suite de son exécution.

Notes et références

  1. [1]
  2. Dans son livre L’ombre des Talibans, Ahmed Rashid raconte les derniers instants de Nadjibullah : « Les Talibans entrèrent dans la chambre de Nadjibullah, le passèrent à tabac, ainsi que son frère, et jetèrent les deux hommes inconscients à l’arrière d’une camionnette qui se rendit au palais présidentiel plongé dans l’obscurité. Là, ils castrèrent Nadjibullah et traînèrent son corps derrière une jeep, avant de l’achever d’une balle. Son frère subit les mêmes tortures et fut étranglé. Les Talibans pendirent les deux cadavres à un poteau de signalisation en béton, juste devant le palais, à quelques pâtés de maisons des locaux des Nations unies. À l’aube, des habitants curieux vinrent regarder les deux corps gonflés et mutilés pendus par du fil de fer. Ils avaient des cigarettes entre les doigts et les poches débordantes de billets de banque afghans, pour mieux transmettre le message des talibans sur leur débauche et leur corruption. Les deux autres compagnons de Nadjibullah s’étaient échappés. Rattrapés alors qu’ils tentaient de fuir la ville, ils furent aussi torturés et pendus », poursuit Ahmed Rashid. »
  3. [2]