Passagers du Titanic

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Le Titanic quitte le port de Southampton le 10 avril 1912.

Les passagers du Titanic sont les mille trois cents personnes qui ont embarqué à bord de ce paquebot transatlantique pour sa seule traversée entre son départ le 10 avril et son naufrage le 15 avril 1912. Ils forment un groupe hétéroclite et sont répartis en trois classes selon le prix de leur billet, et, de fait, la qualité de service dont ils bénéficient. En première classe se trouve la frange supérieure de la société : puissants hommes d'affaires, politiques, militaires et lettrés s'y côtoient. La deuxième classe est accessible à des gens moins riches mais tout de même aisés : universitaires, ecclésiastiques et touristes notamment. Enfin, la troisième classe est destinée aux nombreux immigrants désireux de s'installer définitivement aux États-Unis. En plus de ces passagers payants se trouvent répartis en première et deuxième classe neuf employés des chantiers Harland & Wolff, chargés de s'assurer de la bonne marche du navire.

Le traitement de ces passagers varie selon la classe. Ainsi, les passagers de troisième classe sont soumis à de stricts contrôles sanitaires lors de l'embarquement, et sont totalement isolés des autres passagers, afin de faciliter les procédures d'arrivée à Ellis Island. À l'inverse, les deux classes supérieures font l'objet d'attentions particulières, et les plus notables ont même la chance d'être présentés aux principaux membres d'équipage. Durant la traversée, et bien que le service soit convenable pour tous, les passagers les plus aisés ont accès à un plus grand nombre de distractions (bains turcs, gymnase, piscine) là où les passagers de troisième classe doivent se contenter des ponts découverts et de salles communes.

Lorsque le Titanic heurte un iceberg et sombre, le sauvetage des passagers se fait de façon inégale. Contrairement à une idée répandue, les passagers de troisième classe n'ont pas été confinés dans les profondeurs du navire, et certains ont même très tôt été conduits aux canots de sauvetage. Cependant, le manque d'organisation face à l'urgence a conduit à l'égarement de nombreux passagers qui n'ont trouvé que trop tard le chemin du pont supérieur. Le nombre de victimes est élevé, notamment chez les hommes. Nombre de célébrités périssent dans le naufrage, telles que le colonel John Jacob Astor, homme le plus riche à bord. Certaines morts conduisent à des hommages de grande ampleur, et des monuments sont érigés en l'honneur de certaines victimes telles que le major Archibald Butt et Isidor Straus. Bien que de nombreux corps aient disparu, la White Star Line affrète plusieurs navires, notamment le Mackay-Bennett pour récupérer les dépouilles des victimes. Certaines sont réclamées et enterrées selon leur volonté ; les autres reposent dans trois cimetières de la ville de Halifax au Canada. Parmi les rescapés, certains voient leur réputation entachée par leur survie, associée à l'idée de lâcheté.

Des passagers aux origines diverses[modifier | modifier le code]

Première classe[modifier | modifier le code]

John Jacob Astor et son épouse Madeleine sont les passagers les plus riches du navire.
Lettre d'Edward Pomeroy Colley, passager de première classe, adressée à sa belle-sœur Edie, posté depuis le RMS Titanic à Queenstown le 11 avril 1912.

Les passagers de première classe du Titanic, comme sur tous les paquebots de l'époque, font partie de la classe supérieure de la société. La plupart sont médecins, politiciens, industriels et hommes d'affaires. Voyageant en famille, ils sont souvent accompagnés de domestiques[1]. Ainsi, William Carter, homme d'affaires de Pennsylvanie voyage avec son épouse et ses deux enfants, ainsi que son valet, la servante de sa femme, et son chauffeur (ce dernier voyageant en deuxième classe)[2].

Ils forment un ensemble hétéroclite. On trouve ainsi des militaires de carrière comme les colonels Archibald Gracie et John Jacob Astor IV qui, outre cette profession, sont aussi apparentés au milieu des affaires[3], et le major Archibald Butt, aide de camp des présidents Theodore Roosevelt et William Howard Taft, de retour de vacances en Europe[4]. La traversée inaugurale du Titanic revêt un caractère exceptionnel qui pousse nombre de milliardaires à reporter leur retour pour voyager à bord du paquebot. Des grands noms de la finance embarquent ainsi à bord le 10 avril 1912 : Benjamin Guggenheim, magnat du cuivre, George Widener, possesseur d'une compagnie de tramways et première fortune de Philadelphie, John Thayer et Charles Hays, présidents de compagnies ferroviaires et Isidor Straus, propriétaire des grands magasins Macy's de New York[5].

Hommes et femmes de lettres et d'art voyagent également à bord, notamment les écrivains Jacques Futrelle et Helen Churchill Candee[6], le peintre Francis Davis Millet[7] et le journaliste William Thomas Stead, invité à une conférence sur la paix dans le monde[8]. Des sportifs voyagent également à bord comme Karl Howell Behr et Richard Norris Williams, joueurs de tennis[9]. L'activiste et philanthrope Margaret Brown se trouvait aussi à bord. La première classe comprend par ailleurs des passagers aux fortunes très variables, et la différence de prix y est énorme. Ainsi, une cabine peut coûter de 86 livres d'époque pour les plus simples jusqu'à 660 £ pour les deux suites de luxe[10].

Le départ est cependant troublé par une série d'annulations qui touchent notamment l'une de ces deux suites. Celle-ci doit tout d'abord être occupée par John Pierpont Morgan, propriétaire du paquebot, qui annule la traversée pour fêter son anniversaire à Vichy en galante compagnie. Henry Clay Frick réserve également la suite, mais sa femme s'étant blessé à la cheville, il doit reporter le voyage. La suite est finalement occupée à titre gratuit par Joseph Bruce Ismay, président de la White Star Line[11].

Deuxième classe[modifier | modifier le code]

Michel et Edmond Navratil, surnommés « les orphelins du Titanic », étaient des passagers de deuxième classe.

Apparue à la fin du XIXe siècle à bord des paquebots, la deuxième classe est des plus hétéroclites. Y voyagent en effet des ecclésiastiques, des universitaires, des touristes et des entrepreneurs entre autres[12]. Avec l'augmentation de la qualité de leurs installations (celles du Titanic sont réputées avoir la même qualité que la première classe de nombre d'autres paquebots), des passagers qui auraient voyagé en première classe optent pour la deuxième et son environnement plus détendu[13]. Un billet de deuxième classe à bord du Titanic coûte environ 13 livres d'époque[10].

Certains passagers de deuxième classe du Titanic ont marqué l'histoire du navire. Lawrence Beesley, professeur de physique et universitaire britannique est ainsi au nombre des rescapés et publie un récit détaillé de son expérience dès 1912 sous le titre de The Loss of S.S. « Titanic »[14]. Michel Navratil et ses deux fils, Michel et Edmond font rapidement les titres de la presse après le désastre. Le père a en effet enlevé les enfants à leur mère dans l'espoir de pouvoir réunir sa famille en Amérique. Ayant péri dans le naufrage, il laisse deux enfants aux parents inconnus dont la photographie fait le tour du monde, légendée comme présentant « les orphelins du Titanic[15] ».

Plusieurs passagers de deuxième classe sont également au nombre des tout derniers rescapés survivants. C'est le cas de Michel Navratil, qui est le dernier rescapé masculin lorsqu'il s'éteint en 2001, mais également celui d'Eva Hart. Celle-ci voyageait avec ses parents et a perdu son père dans le naufrage[16]. Par la suite, elle se prononce régulièrement contre les remontées d'objets provenant de l'épave du navire[17]. Enfin, Louise Laroche, morte en 1998, est l'une des trois passagers noirs du Titanic, avec sa sœur et son père. Ce dernier, originaire d'Haïti désirait en effet emmener sa famille (française) sur son île natale pour y vivre loin des discriminations[18].

Troisième classe[modifier | modifier le code]

Sept des huit membres de la famille Goodwin. Tous ont péri dans le naufrage.

Descendant de l'entrepont, la troisième classe est celle de l'immigration. Les passagers sont pour une très grande partie en partance pour une nouvelle vie aux États-Unis. La plupart d'entre eux vient d'Irlande, justifiant l'escale du paquebot à Queenstown, mais les passagers viennent également de Scandinavie, d'Europe de l'Est, et parfois aussi d'Asie. Une trentaine de nationalités est ainsi représentée à bord[19]. Si certains voyagent en petits groupes (Millvina Dean est ainsi accompagnée de son frère et de ses parents), d'autres familles sont beaucoup plus nombreuses. La famille Goodwin compte ainsi huit membres, la famille Sage onze[20].

Les compagnies maritimes craignent cependant le comportement de ces passagers. Les viols étant monnaie courante dans les entreponts de la fin du siècle précédent[Note 1], les hommes et femmes célibataires sont séparés, les premiers à l'avant, les secondes à l'arrière. Les familles sont pour leur part logées dans les cabines centrales[21]. Les conditions d'hygiène sont également déplorables, et certains stewards témoignent avoir vu des passagers faire leurs besoins dans des recoins sombres des coursives plutôt que dans les toilettes, dont ils ne maîtrisent pas toujours l'usage[22]. La traversée y coûte environ 7 livres d'époque, ce qui représente pour la plupart des passagers l'équivalent de deux mois de salaire[20].

Groupe de garantie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Thomas Andrews.
Thomas Andrews était à la tête d'un groupe de garantie formé de neuf employés des chantiers Harland & Wolff.

Le Titanic étant un paquebot neuf, les chantiers Harland & Wolff sont soucieux de s'assurer de sa qualité et de son bon fonctionnement. Thomas Andrews, son concepteur, est à la tête d'un groupe de garantie avec huit employés des chantiers. Il prête attention aux moindres défauts du navire, quels qu'en soient les domaines[23]. Il n'hésite pas non plus à écouter les suggestions des membres d'équipage, ce qui lui vaut une certaine popularité auprès d'eux[24]. Il est accompagné en première classe de Roderick Chisholm, concepteur des canots de sauvetage[25], et William Parr, électricien[Note 2],[26].

En deuxième classe voyagent William Campbell[27], menuisier, Francis Parkes, plombier[28], Ennis Hastings Watson, apprenti électricien[29], et trois ajusteurs : Alfred Cunningham[30], Anthony Frost[31] et Robert Knight[32].

Durant la traversée, ils étudient le fonctionnement des machines et des installations du navire. Ils se rendent ainsi compte que le chauffage des cabines de deuxième classe fonctionne mal[33]. Aucun des membres de ce groupe de garantie ne survit au naufrage[34],[35].

Un traitement variable selon la classe[modifier | modifier le code]

Embarquement[modifier | modifier le code]

Lors des escales de Cherbourg et Queenstown, les passagers embarquent sur des transbordeurs tels que le Nomadic.

Les passagers du Titanic embarquent à bord depuis trois villes : Southampton (le mercredi 10 avril à midi), Cherbourg (le 10 avril en début de soirée) et Queenstown (le 11 avril dans la matinée). À Southampton, les passagers embarquent directement depuis le quai. Ce n'est pas le cas dans les deux autres ports, où des transbordeurs sont nécessaires[36]. À Cherbourg, ce sont le Nomadic et le Traffic, conçus pour l'occasion[37]. À Queenstown, les transbordeurs sont plus anciens et sont l’Ireland et l’America[38].

L'embarquement se fait dans tous les cas par des portes de coupée réparties des deux côtés du navire. Les premières classes embarquent sur les ponts D et B, où ils disposent de points d'arrivée de part et d'autre du Grand Escalier et de la salle de réception. Les passagers de deuxième classe disposent d'entrées à l'arrière des ponts C et E. Enfin, les troisièmes classes ont une porte réservée sur le pont E. En revanche, lorsqu'un transbordeur est requis, première et deuxième classe embarquent ensemble par la même coupée[39].

Le jour du départ, les passagers de troisième classe embarquent les premiers, deux à trois heures avant que le navire ne quitte le port. En effet, ce sont les plus nombreux[40]. Ils sont également soumis à des contrôles sanitaires pour éviter la propagation de maladies aux États-Unis. Des contrôles ont donc lieu à l'arrivée et au départ. En effet, les compagnies doivent prendre à leur charge le retour des immigrants refusés par les services américains et préfèrent empêcher certains passagers d'embarquer[13]. La compagnie est également chargée de veiller à la constitution de registres recensant les passagers de troisième classe avant leur arrivée sur le sol américain[41].

L'embarquement des passagers de deuxième classe débute moins d'une heure avant le départ[39]. Les passagers de première classe embarquent pour leur part au dernier moment. Des trains spéciaux, les Boat Trains sont affrétés depuis Londres pour acheminer les passagers. Celui destiné aux troisièmes classes part le premier ; le second est prévu plus tard, et est prioritaire sur sa voie de façon à arriver à l'heure pour l'embarquement sans faire venir trop tôt les passagers[42]. Lorsqu'ils arrivent à bord, les premiers passagers de première classe sont présentés au commandant Edward Smith et à ses officiers avant que ceux-ci ne regagnent la passerelle de navigation. Les passagers suivants sont accueillis par le commissaire de bord Hugh McElroy. Ils reçoivent ensuite un livret contenant des informations sur l'équipage, les prestations du navire et une liste des passagers de première classe[43].

Traversée[modifier | modifier le code]

Entre autres distractions, les passagers de première classe disposent d'un gymnase.

L'attention apportée aux passagers diffère selon la classe. Ainsi, le nombre de stewards diffère : deuxième et troisième classe ont chacun une cinquantaine de stewards (la troisième classe étant prévue pour 300 passagers de plus), tandis que la première classe dispose de près de 150 stewards, affectés aux salons, salles de bains, ponts, ainsi qu'aux cabines (pour la grande majorité)[44]. Cependant, les classes inférieures ne sont pas négligées, et troisième comme première classes sont servies à table durant les repas. Ce n'était pas le cas sur certains navires, même récents, où les passagers de troisième classe devaient apporter leur propre nourriture et leurs ustensiles. Le Titanic s'inscrit à une époque où les compagnies maritimes commencent à considérer le passager de troisième classe comme un passager à part entière[40].

Les distractions offertes aux passagers sont également diverses : ainsi, la première classe propose nombre de salons, un gymnase, des bains-turcs, un court de squash... En deuxième, les passagers disposent d'une bibliothèque, d'un fumoir et de ponts promenade. Les passagers de troisième classe, pour leur part, peuvent se réunir dans de grandes salles communes et se promener sur les ponts. Le jeune Frank Goldsmith s'est ainsi fait des amis et taché les mains en escaladant les grues de levage du navire[45]. Les passagers peuvent également emprunter jeux d'échecs, de cartes et des dominos entre autres[46].

Restrictions[modifier | modifier le code]

En théorie, les passagers n'ont pas le droit de circuler d'une classe à une autre, et ce dans tous les sens. Il s'agit de mesures visant à réduire les contrôles sanitaires à l'arrivée du navire à New York. Les autorités portuaires considèrent en effet que les passagers de première et deuxième classe n'ont pas besoin de se plier à ces inspections. Cependant, si un passager de troisième classe entre en contact avec des passagers d'une autre classe, le risque qu'il ait pu propager une maladie rend les contrôles obligatoires pour tous les passagers[47]. Pour ne pas incommoder les passagers des classes supérieures en leur faisant perdre du temps au cours de telles procédures, les compagnies préfèrent donc compartimenter strictement les classes[48]. De plus, les barrières sociales sont encore très fortes dans les années 1910, et il est impensable pour la plupart des passagers de troisième classe de chercher à s'infiltrer en première, et inversement[13].

Dans la pratique, la barrière entre la première et la deuxième classe est plus souple. Il arrive qu'un passager de première classe ait des amis en deuxième classe, auquel cas l'entrée de ce dernier en deuxième classe n'est pas choquante. De même, nombre de transatlantiques de l'époque autorisent un passager de première à inviter un passager de deuxième au Restaurant à la carte lorsque le navire en a un, mais la pratique est mal vue, et les abus conduisent parfois à son interdiction[13]. La vision populaire du Titanic fait souvent apparaître de grandes grilles bloquant les coursives pour empêcher les passagers de troisième classe de passer, et les présente comme la cause de la mort de nombre de ces passagers. On peut ainsi voir ces grilles dans le film Titanic de James Cameron. Cependant, aucun document ne prouve l'existence de telles grilles, qu'il s'agisse des plans du navire ou des photographies d'époque, et les explorations effectuées sur l'épave n'en ont pas certifié la présence. Il est fort probable qu'il y ait eu, à la place, des portes suffisamment imposantes pour faire comprendre aux passagers (souvent illettrés) que l'accès était interdit[13]. Des panneaux indiquant que l'accès à certaines zones du navire est interdit aux passagers d'une certaine classe sont également répartis sur le navire. De plus, sur les ponts extérieurs, les séparations sont souvent de simples barrières[Note 3],[49]. Le soir du naufrage, le colonel Archibald Gracie n'a ainsi aucun mal à enjamber ces séparations pour tenter de connaître la raison de l'arrêt du navire[50].

Le naufrage et son bilan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Naufrage du Titanic.

Première classe[modifier | modifier le code]

La mort du major Achibald Butt dans le naufrage a causé un profond émoi aux États-Unis.

Rapidement après la collision du Titanic avec un iceberg, le 14 avril 1912 vers 23 h 40, l'équipage est chargé de réveiller les passagers afin de les faire monter vers les canots. Les stewards étant nombreux en première classe, l'évacuation se fait dans le calme. Chaque steward a la responsabilité d'un nombre réduit de cabines, et peut donc passer plus de temps avec les passagers, leur expliquer la situation[Note 4],[51]. Certains se heurtent à des passagers récalcitrants. Ainsi, le steward Henry Etches tente sans succès de convaincre des passagers d'ouvrir la porte de leur cabine[52] ; de même, Benjamin Guggenheim refuse d'enfiler un gilet de sauvetage au prétexte que « cela va faire mal[53] ». Par la suite, il part avec son domestique revêtir ses plus beaux vêtements, décidé à « mourir en gentleman[54] ». Un autre passager, Hugo Ross, atteint de dysenterie, refuse de quitter sa cabine, déclarant : « Il faudra bien plus qu'un iceberg pour me sortir de mon lit[55],[56] ! »

Les passagers de première classe ont, par le biais du Grand Escalier, un accès direct au pont supérieur où se trouvent les canots de sauvetage. Ils arrivent de fait les premiers près des embarcations et embarquent plus rapidement[57]. À ce moment, cependant, nombre de passagers et membres d'équipage ne croient pas à l'imminence du naufrage, et pour beaucoup, le paquebot reste l'endroit le plus sûr. Les canots partent donc souvent à moitié vides. Le premier canot à partir, le no 7, contient 19 personnes à son bord pour une capacité de 65 personnes[58]. De même, le canot no 1 part avec douze personnes à son bord : cinq passagers de première classe et sept membres d'équipage[59]. Même lorsque le sort du navire apparaît comme une évidence pour tous, certains refusent de partir. C'est le cas d'Ida Straus qui refuse de quitter son mari Isidor[60].

Le bilan du naufrage se fait moins sentir en première classe : 60 % des passagers survivent, et seule une dizaine de femmes sur 150 sont au nombre des victimes[61]. Sur cinq enfants[Note 5], seule la petite Loraine Allison (2 ans), périt dans le naufrage avec ses parents. Ceux-ci avaient refusé d'embarquer dans un canot avant de retrouver leur bébé, Trévor, sans savoir que celui-ci avait déjà quitté le navire avec sa gouvernante, Alice Cleaver[62]. L'affaire a par la suite un fort retentissement dans la presse, une femme ayant été jusqu'à prétendre, dans les années 1940, qu'elle était Loraine Allison[55].

Le naufrage cause un grand nombre de morts parmi les passagers les plus célèbres à bord : John Jacob Astor, George Widener, Charles Hays, Arthur Ryerson et nombre d'autres sont au nombre des victimes. Une victime choque particulièrement aux États-Unis : il s'agit du major Archibald Butt, aide de camp du président William Howard Taft. Après la catastrophe, de nombreuses lettres de condoléances parviennent au chef d'État, profondément choqué par cette perte[63].

Deuxième classe[modifier | modifier le code]

Lawrence Beesley a fourni un important témoignage sur le naufrage vu de la deuxième classe.

Le déroulement du naufrage pour les passagers de deuxième classe est notamment connu grâce au témoignage du professeur Lawrence Beesley, The Loss of S.S. « Titanic » publié en 1912. Il y raconte qu'il n'a pas ressenti la collision en elle-même, mais a été alerté par l'arrêt des machines, qui a fait cesser le léger mouvement de va-et-vient de son matelas. Une première exploration sur le pont supérieur ne lui apprend rien, cependant, et le steward qu'il rencontre n'est pas capable de le renseigner[64]. Il fait plusieurs allers-retours entre le pont et sa cabine, avant de prendre la réelle mesure de la situation, et monte finalement attendre sur le pont des embarcations. Comme lui, nombre de passagers de deuxième classe sont massés autour des huit canots situés à l'arrière du pont supérieur, numérotés de 9 à 16. Ces canots, chargés depuis le pont B, font partie des plus remplis à partir[65].

Beesley se trouve sur le pont supérieur alors que le canot no 13 est chargé. Tout à coup, une grande foule se précipite de l'autre côté du navire : l'auteur suppose que c'est là l'objet d'une rumeur selon laquelle les hommes embarquaient dans les canots bâbord, rumeur qui se révèle être fausse[Note 6]. Il se retrouve donc presque seul sur le pont, et est invité par un officier à sauter dans le canot, presque rempli[66]. À bord du canot se trouve également la jeune Ruth Becker, qui a été séparée de sa mère et de ses frères et sœurs, partis dans un autre canot[67].

Tous les enfants de deuxième classe sont sauvés, et la plus grande partie des femmes survit. Cependant, seuls 8 % des hommes de deuxième classe sont rescapés, ce qui fait de cette catégorie la plus touchée dans le naufrage. Au total, 42 % des passagers de deuxième classe survivent[68].

Troisième classe[modifier | modifier le code]

Le réveil des passagers de troisième classe est plus expéditif que dans les classes supérieures : les stewards sont moins nombreux et ont à s'occuper d'un grand nombre de cabines. Certains prennent la tête de groupes de passagers qu'ils tentent de mener aux canots. Selon la règle, et pour limiter l'affluence sur les ponts supérieurs, ces groupes sont composés de femmes et d'enfants[69]. D'autres tentent de trouver leur chemin par leurs propres moyens. Cependant, n'ayant pas accès au pont supérieur, la plupart des passagers ne trouvent pas les escaliers qui pourraient les y mener, et arrivent trop tard sur le pont[13]. D'autres n'ont pas attendu d'être réveillés par les stewards. Les hommes dormant dans les cabines situées à l'avant sont alertés par la collision. L'Irlandais Daniel Buckley descend ainsi de sa couchette et se rend compte que ses pieds sont mouillés. Ses compagnons de cabine râlent cependant lorsqu'il leur fait part du danger, et c'est seul qu'il part vers les canots[70].

Face aux marins qui séparent les hommes des femmes pour guider celles-ci vers les canots, certaines familles refusent de se séparer : ainsi, les huit membres de la famille Goodwin périssent dans le naufrage[71]. De même, les onze Sage périssent : des témoignages indiquent que l'une des filles de la famille, Stella, est un temps montée dans un canot, mais en est ressortie en voyant que ses proches ne pourraient la rejoindre[72]. De plus, certains comme le jeune Alfred Rush refusent de partir. Ayant fêté ses seize ans le matin du naufrage, il décide de « rester avec les autres hommes[57] ».

Contrairement à la légende, les passagers de troisième classe n'ont pas été séquestrés en attendant que les autres passagers aient été mis en sécurité[57]. Cependant, seuls 25 % de ces passagers survivent. C'est également la seule classe au sein de laquelle des enfants ont trouvé la mort, si l'on considère la mort de Loraine Allison, en première classe, comme un cas particulier[Note 7],[68].

Après le Titanic[modifier | modifier le code]

Hommages et références aux victimes[modifier | modifier le code]

La tombe de « l'enfant inconnu » dans le cimetière de Fairview à Halifax.

Peu après le naufrage, la White Star Line affrète un navire, le Mackay-Bennett, pour récupérer les corps des victimes. Celui-ci part dès le 16 avril[73]. Trois autres navires, le Minia, le Montmagny et l’Algerine se succèdent par la suite. Un peu plus de 330 corps sont retrouvés, mais 125 sont trop abîmés et rejetés à la mer. Environ soixante corps sont rendus à leur famille, notamment ceux de J.J. Astor et de Charles Hays[74]. Les corps qui ne sont pas réclamés sont enterrés dans les trois cimetières de la ville de Halifax, qu'ils aient, ou non, été identifiés[75]. Les marins du Mackay-Bennett sont si émus par la découverte du corps d'un petit enfant qu'ils payent de leur poche ses funérailles[76]. Ce corps est longtemps considéré comme celui de « l'enfant inconnu » du Titanic. Après des dizaines d'années de spéculations, des analyses ADN déterminent qu'il s'agit du jeune Sidney Goodwin, âgé de 19 mois[77].

Des mémoriaux sont également bâtis en l'honneur de certains passagers. En 1914, William Howard Taft inaugure un pont en l'honneur d'Archibald Butt à Augusta en Géorgie[78]. De même, une fontaine de New York est érigée en l'honneur d'Ida et Isidor Straus[79]. L'épouse de George Widener a également fait ouvrir la bibliothèque Harry Elkins Widener à l'université d'Harvard en l'honneur de son fils Harry, bibliophile mort dans le naufrage[80].

Avenir des survivants[modifier | modifier le code]

Après le naufrage, certains passagers comme Joseph Bruce Ismay, Cosmo et Lucy Duff Gordon témoignent devant les commissions d'enquête américaine et britannique[81]. Les passagers de troisième classe ont souvent tout perdu, et les formalités d'entrée sur le territoire américain sont de fait réduites[82]. Certains passagers de troisième classe ayant perdu leurs proches voient leurs projets compromis, et la compagnie les aide à rentrer dans leur pays d'origine. C'est par exemple le cas de Millvina Dean, de sa mère et de son frère[83].

Certains hommes rescapés voient leur réputation salie. Ainsi, Cosmo Duff Gordon est accusé d'avoir payé les membres d'équipage menant son canot pour ne pas revenir sur les lieux du naufrage, et doit disparaître de la scène publique[84]. J. Bruce Ismay doit pour sa part démissionner de son poste de président de la White Star Line et de l'International Mercantile Marine Co.[85]. Le major canadien Arthur Peuchen est également traité de lâche, bien qu'il ait embarqué à la demande d'un officier pour commander un canot[86].

Le naufrage du Titanic va jusqu'à causer un divorce. Après avoir placé sa femme et ses enfants dans un canot, l'homme d'affaires William Carter réussit pour sa part à embarquer dans le radeau C, ce qui lui vaut par la suite d'être traité de « femmelette ». De plus, à bord du Carpathia, Carter accueille son épouse en lui disant qu'il a pris un bon petit déjeuner, et qu'il ne s'attendait pas à ce qu'elle s'en sorte. Deux ans plus tard, le couple divorce[87].

Deux enfants auraient été conçus lors de la traversée, dont Ellen Mary, dite Betty Phillips (née le 11 janvier 1913-2005).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. De même, les chauffeurs et soutiers n'ont pas accès aux locaux des passagères de troisième classe car des viols survenaient parfois.
  2. William Parr a été photographié par le père Francis Browne dans le gymnase du navire, testant un cheval électrique. Dans l'album de Browne, le cliché est accompagné de la mention « disparu ».
  3. Sur le pont des embarcations, ces barrières interdisent également l'accès à la passerelle de navigation, réservée à l'équipage pont, et au pont promenade des mécaniciens.
  4. Cependant, à ce moment du naufrage, la plupart des stewards n'ont eux-mêmes pas idée de la gravité de la situation, et beaucoup pensent qu'il s'agit là d'un exercice ou d'une simple mesure de précaution.
  5. La notion d'enfant sur les listes de passagers est ambigüe, et désigne généralement les enfants âgés de moins de douze ans.
  6. En effet, l'officier affecté au chargement des canots à bâbord est Charles Lightoller. Or, durant le naufrage, Lightoller ne laisse monter aucun homme dans les canots qu'il affale, à l'exception d'Arthur Peuchen.
  7. Certains témoins ont dit que Loraine Allison et sa mère étaient montées dans un canot, puis en étaient ressorties pour chercher Trevor, le petit frère. On peut donc considérer Loraine comme un cas à part, dans la mesure où elle a eu l'occasion d'être sauvée, ce qui n'est pas le cas de la plupart des jeunes victimes de troisième classe.

Références[modifier | modifier le code]

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  8. (en) « Mr William Thomas Stead », Encyclopedia Titanica. Consulté le 13 avril 2010
  9. (en) « Mr Karl Howell Behr », Encyclopedia Titanica. Consulté le 13 avril 2010
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  14. (en) « Mr Lawrence Beesley », Encyclopedia Titanica. Consulté le 22 avril 2010
  15. (en) « Mr Michel Navratil (Louis M. Hoffman) », Encyclopedia Titanica. Consulté le 22 avril 2010
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  24. (en) « Mr Thomas Andrews », Encyclopedia Titanica. Consulté le 11 avril 2010
  25. (en) « Mr Roderick Robert Crispin Chisholm », Encyclopedia Titanica. Consulté le 11 avril 2010
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Simon Adams, La Tragédie du « Titanic », Gallimard,‎ 1999, 59 p. (ISBN 2070527549)
  • (en) Bruce Beveridge, « Titanic », The Ship Magnificent, Volume Two: Interior Design & Fitting Out, The History Press,‎ 2009, 509 p. (ISBN 9780752446264)
  • Hugh Brewster et Laurie Coulter, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le « Titanic », Glénat,‎ 1999, 96 p. (ISBN 2723428826)
  • (en) Mark Chirnside, The Olympic-class ships : « Olympic », « Titanic », « Britannic », Tempus,‎ 2004, 349 p. (ISBN 0-7524-2868-3)
  • Philippe Masson, Le Drame du « Titanic », Tallendier,‎ 1998, 264 p. (ISBN 223502176X)
  • E. E. O'Donnel, L'Album « Titanic » du Révérend Père Browne, MDV,‎ 1998, 199 p. (ISBN 2910821196)
  • Gérard Piouffre, Le « Titanic » ne répond plus, Larousse,‎ 2009, 317 p. (ISBN 9782035841964)
  • (fr) Beau Riffenburgh, Toute l'histoire du « Titanic », Sélection du Reader's Digest,‎ 2008, 69 p. (ISBN 2709819821)
  • (nl) Dirk Musschoot, De Vlamingen op de « Titanic », Tielt, Lannoo,‎ 2000, 224 p. (ISBN 90-209-3924-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) Encyclopedia Titanica, site de référence anglophone proposant des biographies et articles de journaux, ainsi que des essais de spécialistes
  • (en) Titanic-Titanic.com, site anglophone comprenant également un certain nombre de biographies et d'articles
  • (fr) Le Site du « Titanic », site de référence francophone consacré au Titanic
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