La Rue sans joie (film, 1925)

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Greta Garbo en 1925.

La Rue sans joie (titre original : Die Freudlose Gasse) est un film allemand réalisé par Georg Wilhelm Pabst, sorti en 1925.

Synopsis[modifier | modifier le code]

À Vienne en 1921, dans la rue « Sans Joie » (rue Melchior) d’un quartier misérable, sévissent une mère maquerelle manipulatrice et un boucher impitoyable alors que famine et misère écrasent les foyers des pauvres gens et la classe moyenne. La prostitution dans les endroits fréquentés par des riches reste la seule solution pour survivre. Une jeune femme dans le besoin se laisse tenter par une entremetteuse. Finalement, l’amour d’un soldat américain la sauvera de la déchéance.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

La Rue sans joie est à la fois un des plus importants films allemands des années 1920 et un cas de censure des plus spectaculaires de l’époque. L’histoire, qui se déroule à Vienne en 1921 durant la crise économique qui suivit la Première Guerre mondiale, a été vue par les institutions comme une véritable provocation : riches spéculateurs qui se complaisent dans un luxe babylonien, population sans emploi vivant dans des gourbis infâmes, jeunes femmes livrées à la prostitution et contraintes de vendre leur corps à un boucher pour un morceau de viande, police impuissante voire complice, anciens bureaucrates arrogants mais ruinés ignorant leur propre dégringolade sociale, jeunes arrivistes gigolos, orgies dans des bordels clandestins pour vieux fortunés, meurtre par jalousie, couple poussé au suicide par la misère et, finalement, révolte de la population.

Si le film rendit célèbre le futur réalisateur de Loulou, les institutions publiques de contrôle s’assurèrent que jamais personne ne verrait cette œuvre dans sa forme originale. La version initiale de La Rue sans joie avait une longueur de 3 738 mètres et seuls 4 mètres avaient été supprimés par la censure en mai 1925. Le film revint devant la cour de justice le , après la publication par la police d’un décret demandant l’interdiction totale du film, en raison du caractère lubrique et des tendances séditieuses qui s’y manifestaient. La durée du film fut ramenée à 3 477 mètres. Par la suite, le film ne fut pas seulement coupé pour des raisons politiques et morales dans chaque pays où il fut projeté : il fut également à nouveau « révisé » pour rattraper les énormes trous créés par les coupes de la censure ! Ainsi, dans presque chaque pays émergea une version locale du film de Pabst.

En montrant le destin de jeunes femmes dans une Vienne en crise, Pabst peint le tableau d’une époque. Il substitue à l’effusion pathétique de l’expressionnisme un art du constat froidement objectif qui n’est pas sans rappeler le travail d’artistes comme George Grosz et Otto Dix.

La présence de Marlene Dietrich dans le film[modifier | modifier le code]

La présence de Dietrich dans ce film est sujet à controverse. Pour certains, dont Charles Higham et Homer Dickens, elle fait partie des femmes faisant la queue devant la boucherie au début du long métrage, où assassine le boucher Geiringer à la fin du film. Malheureusement, les nombreuses coupures que subit le film pour motif de censure rendent « difficile, pour ne pas dire impossible, l'identification de Marlene Dietrich dans les scènes tournées par elle[1]. » Sa fille Maria Riva indique bien La Rue sans joie dans la filmographie de sa mère[2], mais n'évoque nullement l'apparition de sa mère dans ce film dans le corps de sa biographie, elle même ayant quelques mois lorsque sa mère fait de la figuration pour de film. Mais il est vrai que, sur les photographies du film en question, la ressemblance avec Dietrich est saisissante.

L'actrice elle même n'évoque pas ce film dans son autobiographie, mais elle évitait de parler de ses films muets, considérant « la plupart des acteurs du muet comme "des artistes de cirque de deuxième catégorie" »[2]. Pour Patrick Brion, qui a interrogé la veuve du réalisateur G.W. Pabst, ce n'est pas Marlene Dietrich qui fait de la figuration dans ce film, tout comme pour Werner Sudendorf, qui l'explique dans son ouvrage Marlene Dietrich dès 1978. Mais comme le dit Brion, lorsque l'on connait la suite des carrières respectives de Garbo et Dietrich, il est tentant de les faire figurer au générique de ce film ensemble[3]. Un élément de la vie privée de l'actrice pourrait confirmer les argumentations de Sudendorf et Brion. Elle met au monde son unique enfant, Maria, le 13 décembre 1924, et en parlait ensuite à sa fille de cette façon : « Comme j'ai souffert ! Il[note 1] a dû me couper un petit peu pour te faire sortir. »[2] Le tournage de La rue sans joie se déroulant de février à avril 1925 (le film sort le 18 ou le 25 mai), peut être que Dietrich se remettait de ce difficile accouchement, d'autant qu'elle allaitait sa fille, ce qui rend plus difficile toute activité professionnelle (mais pas impossible non plus, bien entendu). Maria Riva note aussi que sa mère travaille à temps plein en 1926, pas avant. Dietrich le confirme dans son autobiographie « Mon premier jour de tristesse arriva lorsque je dus cesser d'allaiter. Malgré les litres de thé et de bière que je buvais, en dépit de tous les conseils que je suivis scrupuleusement, je ne pus la nourrir que neuf mois. »[4]

Par un curieux paradoxe, Thierry de Navacelle écrit dans l'ouvrage qu'il consacre à Dietrich, « Après la naissance de Heidede (qui s'appellera plus tard Maria), Marlène restera pendant un an à la maison pour s'occuper du bébé », mais indique quelques pages plus tard que pour des raisons finiancières, Marlene « n'hésita pas à accepter une figuration dans La Rue sans joie de Pabst ». Le tournage se déroulant au début de 1925, et Maria naissant le 13 décembre 1924, il y a donc bien là une contradiction[5].

En 2010, l'allemande Marie-Theres Arnbom publie un ouvrage sur Dietrich où elle revient longuement sur les débuts allemands de Marlene, et dans la filmographie qu'elle consacre à l'actrice, elle n'indique pas la Rue sans joie[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. le médecin qui a accouché Maria Magdalena Sieber, dans la plus célèbre clinique privée de Berlin, chose rare à l'époque.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Homer Dickens, Marlene Dietrich, traduit de l'anglais par Henri Daussy, éditions Henri Veyrier, 1974, p. 51
  2. a, b et c Maria Riva, Marlene Dietrich par sa fille, traduit de l'anglais par Anna Gibson, Anouk Neuhoff et Yveline Paume, éditions Flammarion, 1993. p. 857 pour la note a, à la page 10 du premier encart des photographies, entre les pages 290 et 291 des pages de texte pour la note b, et p. 56 pour la note c.
  3. Patrick Brion, Garbo, Éditions du Chêne, 1985 p. 31
  4. Marlene Dietrich, Marlène D., autobiographie traduite de l'américain par Boris Mattews et Françoise Ducourt, éditions Grasset, Paris, 1984, p. 55.
  5. Thierry de Navacelle, Sublime Marlène, éditions Ramsay, 1982, p. 18 et 27.
  6. Marie-Theres Arnbom, Marlene Dietrich, traduit de l'allemand par Adrien Rogge, édition Place des Victoires, 2010, p. 295.

Liens externes[modifier | modifier le code]