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Otto Dix

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Otto Dix
Bundesarchiv Bild 183-45912-0002, Berlin, Otto Dix-Ausstellung.jpg

Otto Dix (à droite) à l'Académie des arts de Berlin le

Naissance
Décès
Nom de naissance
Wilhelm Heinrich Otto Dix
Nationalité
Activité
Maître
Lieu de travail
Mouvement
Distinctions
Commandeur de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne (d)
Médaille Carl von Ossietzky (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Œuvres réputées
Les Joueurs de skat (1920)
La Guerre (triptyque) (1929 à 1932)
Pragerstrasse (La Rue de Prague) (1920)

Otto Dix (Untermhaus, près de GeraSingen) est un peintre et graveur allemand associé aux mouvements de l'expressionnisme et est un des fondateurs de la Nouvelle Objectivité.

Biographie

Otto Dix est issu d'un milieu ouvrier (son père, Franz Dix, travaillait dans une mine de fer), mais reçoit une éducation artistique par sa mère, Pauline Louise Dix, qui s'intéressait à la musique et à la peinture. Après avoir suivi les cours du professeur de dessin Ernst Schunke pendant sa jeunesse, Dix prend des cours à Gera de 1905 à 1909 auprès de Carl Senff, qui doute de l'avenir de son élève en tant que peintre. Une bourse d'étude fournie par le prince de Reuss lui permet d'entrer à l'École des arts appliqués de Dresde, où il étudie entre 1909 et 1914. Johann Nikolaus Türk et Richard Guhr figurent parmi ses professeurs. Dix s'essayera au cubisme, au futurisme et plus tard au dadaïsme.

Quand la guerre éclate, il est appelé sous les drapeaux lors de la mobilisation générale et est envoyé dans un camp d'entraînement. Son entraînement durant « étonnamment longtemps » — ce qui lui permet de poursuivre ses activités artistiques —, Otto Dix n'est envoyé sur le front à l'automne 1915 que parce qu'il se porte volontaire[1]. L'année suivante, il reçoit une formation de mitrailleur et participe à de nombreuses campagnes en Champagne, dans la Somme ou en Russie dont il sortira vivant, malgré plusieurs blessures[1]. Il a alors en tête des images d'horreur qu'il essaie d'oublier en peignant, comme en témoigne Les Joueurs de skat en 1920.

Son œuvre la plus aboutie témoignant des expériences traumatisantes vécues lors de la guerre est le portefeuille de cinquante eaux-fortes, Der Krieg[2],[3], publié en 1924. Il parlera ainsi de cette expérience :

« Le fait est que, étant jeune, on ne se rend absolument pas compte que l'on est, malgré tout, profondément marqué. Car pendant des années, pendant 10 ans au moins, j'ai rêvé que je devais ramper à travers des maisons en ruines (sérieusement), à travers des couloirs, où je pouvais à peine passer. Les ruines étaient toujours présentes dans mes rêves[3]… »

De 1919 à 1922, Dix étudie également à Düsseldorf, avant d'adhérer au mouvement réaliste et satirique Neue Sachlichkeit (Nouvelle objectivité). Il enseigne ensuite les beaux-arts à Dresde à partir de 1927.

Sous le régime nazi

Après la prise du pouvoir par les nazis en 1933, Dix, alors enseignant à l'université, est l'un des premiers professeurs d'art à être renvoyé, persécuté parce qu'il est considéré comme « bolchévique de la culture » par les nationaux-socialistes. La même année, menacé de prison et de camp d'internement, il commence une « émigration intérieure » dans le sud-ouest de l'Allemagne (à Randegg en 1933, puis à Hemmenhofen en 1936), près du lac de Constance, où il se met à peindre des paysages.

En 1937, ses œuvres sont déclarées « dégénérées » par les nazis. Quelque 170 d'entre elles sont retirées des musées et une partie est brûlée ; d'autres sont exposées lors de l'exposition nazie « Art dégénéré » (Entartete Kunst). À titre d'exemple, Dix peint la toile intitulée La Tranchée en 1923 ; déclarée « art dégénéré », elle a probablement été détruite par les nazis. Il compose également son triptyque La Guerre entre 1928 et 1931. Le but de cette œuvre n'est pas de provoquer angoisse ou panique, mais de « simplement transmettre la connaissance du caractère redoutable de la guerre, pour éveiller les forces destinées à la détourner ». Ce triptyque, vu comme une prolongation du tableau précédent, est présenté une seule fois dans une exposition à Berlin en 1938 ; il est ensuite interdit par les autorités nazies[4].

En 1938, Dix est arrêté et enfermé pendant deux semaines par la Gestapo. Durant ces temps difficiles, il peint une représentation de saint Christophe dans le style des grands maîtres à la demande de la brasserie de Köstritz.

Il participe par obligation à la Seconde Guerre mondiale. Il sert sur le front occidental en 1944-1945. Il est fait prisonnier en Alsace par les Français[5].

De l'après-guerre jusqu'à sa mort

À la fin de la guerre et jusqu'à sa mort, Dix s'éloigne des nouveaux courants artistiques allemands. Il ne s'identifie ni au réalisme social en vogue dans la République démocratique allemande, ni à l'art d'après-guerre dans la République fédérale d'Allemagne. Il reçoit pourtant de hautes distinctions et des titres honorifiques de ces deux états.

Otto Dix meurt le , à Singen, près de Constance, des suites d'un infarctus. Sa tombe se trouve au cimetière de Hemmenhofen.

Œuvres choisies

Un certain nombre d'œuvres d'Otto Dix, dont la série Der Krieg, sont exposées à Péronne (dans la Somme), dans le musée de l'Historial de la Grande Guerre[3].

Expositions

Cote de l'artiste

Une peinture datée de 1939, intitulée Weite Ebene (Weile hinter Bohlingen) (67 × 85 cm) a été vendue pour 151 000 € à Cologne[17].

Notes et références

  1. a et b Nicola Graef, « Otto Dix ou le regard impitoyable, film documentaire allemand de 2017 », sur Arte.
  2. (en) Der Krieg sur socks-studio.com.
  3. a, b et c Présentation sur le site de l'Historial de la Grande Guerre.
  4. Serge Sabarsky, p. 26 et 28.
  5. Serge Sabarsky, p. 21.
  6. a et b Jean-Louis Ferrier, L’Aventure de l’art au XXe siècle, Editions du Chêne, , 1005 p. (ISBN 2-84277-464-7), p. 162, 251.
  7. a, b, c, d et e Exposition au Louvre, « De l’Allemagne 1800-1939, de Friedrich à Beckmann », Dossier de l’art, vol. hors-série, no 205,‎ , p. 18, 72-74.
  8. Dietmar Elger, L’Expressionnisme : Une révolution artistique allemande, Taschen, , 256 p. (ISBN 978-3-8228-3185-4), p. 214.
  9. a, b et c Rainald Grosshans, Gemäldegalerie Berlin : Guide, Prestel Verlag, Munich, (ISBN 3-7913-2058-0), p.53, 56, 57.
  10. Françoise Monnin, « Le Nouveau Centre Pompidou », Muséart, no 98,‎ , p. 46.
  11. a, b et c (de) Georg-W. Költzsch, Phoenix Folkwang : Die Meisterwerke, Dumont, , 155 p. (ISBN 3-8321-4994-5), p. 109, 154.
  12. Histoire de la Peinture : De la Renaissance à nos jours à nos jours, Gründ, (ISBN 2-7000-2151-7), p. 101.
  13. Stefano Zuffi, Le Portrait, Gallimard, (ISBN 2-07-011700-6), p. 212.
  14. (en) Jennifer Knox White, Thannahauser : The Thannahauser Collection of the Guggenheim Museum, Guggenheim Museum, , 319 p. (ISBN 0-89207-240-7), p. 12.
  15. Exposition au Louvre, « De l’Allemagne 1800-1939, de Friedrich à Beckmann », Dossier de l’art, vol. hors-série, no 205,‎ , p.10.
  16. En même temps que des photographies de guerre retrouvées par Dirk Braeckman.
  17. Lempertz Kunsthaus, Die 900. Auktionen, Cologne, 2007.

Annexes

Bibliographie

Sources
  • Dictionnaire Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, vol. 4, éditions Gründ, , 13440 p. (ISBN 2700030141), p. 610-612.
  • Otto Dix (trad. Catherine Teissier), Otto Dix. Lettres et dessins, Cabris, France, Éditions Sulliver, , 288 p. (ISBN 978-2-35122-067-2).
  • Serge Sabarsky (trad. Denis-Armand Canal), Otto Dix, Paris, Herscher, 1992, 263 p.
Pour approfondir
  • (fr) Otto Dix. Dessins d'une guerre à l'autre, catalogue d'exposition au Centre Georges-Pompidou, Paris, Gallimard, 2003, 157 p. (ISBN 2844261671).
  • (fr) Otto Dix, Metropolis, catalogue d'exposition Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence.
  • (fr) Eva Karscher, Otto Dix (1891-1969) « Je deviendrai célèbre ou je serai honni », Cologne, Taschen, 1992 (rééd.), 216 p.
  • (fr) Fauves et expressionnistes : de Van Dongen à Otto Dix, Hazan, Paris ; musée Marmottan-Monet, 2009 (ISBN 978-2-7541-0415-9), catalogue de l'exposition organisée autour des tableaux de la collection du musée Von der Heydt, Wuppertal (Allemagne).
  • (fr) Otto Dix et le Retable d'Issenheim, Hazan, 2016, 264 p. (ISBN 978-2754109581), catalogue d'exposition au musée Unterlinden de Colmar.
  • (de) Eva Karcher, Otto Dix, 1891-1969. Leben und Werk, Cologne, 1988.
  • (de) Florian Karsch, Otto Dix. Das graphische Werk, Hanovre, 1970.
  • (de) Fritz Löffler, Otto Dix. Leben und Werk, Dresde, 1977.
  • (de) Fritz Löffler, Otto Dix 1891-1969, Œuvre der Gemälde, Recklinghausen, 1981.
  • (de) Fritz Löffler, Otto Dix. Bilder zur Bibel, Berlin, Union Verlag, 1986.
  • (de) Ulrike Lorenz, Otto Dix. Das Werkverzeichnis der Zeichnungen und Pastelle, Weimar.
  • (de) Ulrike Lorenz, Dix avant Dix. Das Jugend- und Frühwerk 1909-1914, Iéna, Glaux, 2000.
  • (de) Catalogue d'exposition, Galerie der Stadt Stuttgart, Nationalgalerie, Berlin, 1991.
  • (de) Suse Pfäffle, Otto Dix. Werkverzeichnis der Aquarelle und Gouachen, Stuttgart, 1991.
  • (de) Diether Schmidt, Otto Dix im Selbstbildnis, Berlin, 1981.
  • (de) Dietrich Schubert, Otto Dix. Der Krieg. 50 Radierungen von 1924, Marburg, Jonas Verlag, 2002.
  • (de) Birgit Schwarz, Großstadt, Francfort, 1993.

Article connexe

Liens externes

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