Kayfabe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (août 2011).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

Dans le catch, la kayfabe (prononcé KAY-fayb ; IPA : ['keɪfeɪb]) désigne le fait de donner l'illusion que les combats de catch ne sont pas arrangés.

La kayfabe vise à susciter et protéger la suspension consentie de l'incrédulité du spectateur afin qu'il s'immerge pleinement dans les rivalités, les storylines et les gimmicks qui lui sont présentées. Un catcheur qui brise la kayfabe pendant un show est comme un acteur qui dévoile qu'il n'est pas son personnage devant la caméra[1].

Par le passé, la kayfabe était une obligation imposée dans le métier pendant et en-dehors des galas, pratiquée pour préserver à tout prix l'illusion que les combats ne sont pas scénarisés à l'avance ; aujourd'hui, le kayfabe est devenu une simple convention d'immersion dramatique, celle de "rester en personnage" comme lors d'une représentation théâtrale, et les professionnels du métier s'expriment volontiers sur la réalité du spectacle en dehors des galas.

Origines du terme[modifier | modifier le code]

Le catch lui-même et certains termes qui y sont liés tirent leurs origines des fêtes foraines qui prospèrent au tout début du XXe siècle. En Amérique du nord, les forains se nomment carnies (en) et utilisent un jargon codé, le "carny" (issu de l'anglais "carnival" qui désignent un carnaval itinérant, autrement dit une fête foraine). Ce langage est une forme de pig latin qui use d'une technique proche du verlan pour former des mots-clefs secrets qui ne seront reconnus par les seuls initiés. Les mots anglais fake ou be fake, qu'on pourrait traduire en français par "(sois) truqué", c'est-à-dire "joue la comédie", deviennent en intervertissant les syllabes "ke-fay" et "'ke-fay be", ce qui donnera « kayfabe » . Dans l'éventualité où un lutteur forain serait surpris agissant différemment de ce que l'on pourrait attendre du personnage inventé qu'il incarne, le mot « kayfabe », prononcé rapidement par un complice vigilant, lui permet d'ajuster rapidement son attitude pour préserver l'illusion.

Sur le même principe, « kayfabe » est par la suite à l'origine de Kay Fabian, une autre astuce utilisée par les forains pour donner de leurs nouvelles à leur famille sans payer de dispendieux appels téléphoniques interurbains[2]. Un forain appelait chez lui en PCV (à frais virés) et demandait à l'opérateur de l'annoncer sous le nom de Kay Fabian. C'était un code préétabli : la famille refusait l'appel, mais savait que cela voulait dire que tout allait bien, et que le forain avait rejoint la ville suivante de sa tournée. D'autres mots-clefs et gestuelles secrètes alimenteront ainsi le langage de ceux qui allaient devenir les catcheurs modernes.

Le kayfabe restait strictement maintenu pour l'intérêt du catch, en dissimulant l'organisation prédéterminée des matchs, de peur que l'aveu ne gâche le plaisir des spectateurs. En pratique, cet impératif interdisait aux catcheurs, aux promoteurs et à leurs familles de parler franchement de leur travail aux fans ou à la presse. La crainte était double : les enjeux de chaque match perdraient tout intérêt dans un milieu ou la compétition n'est que feinte ; les prouesses exécutées sur le ring se trouveraient dégradées par leur exposition (comme un magicien qui dévoilerait ses "trucs").

Mort du kayfabe[modifier | modifier le code]

Si les spectateurs se doutaient depuis longtemps déjà de l'aspect scénarisé du catch, ceci a fait pendant la majeure partie du XXe siècle l'objet d'un tabou dans la communication publique des promoteurs. Vince McMahon, magnat du catch américain et alors propriétaire de la WWF, décide de changer de posture dans le but d'obtenir une législation plus favorable au catch et se voir dispenser des taxes, attributions de licences et autres règlements propres aux commission athlétiques américaines présentes dans chaque état. Le 10 février 1989, il témoigne devant le Sénat du New Jersey et indique que le catch doit être défini comme « une activité dans laquelle les participants combattent ensemble dans le but de divertir les spectateurs et non pas de disputer une authentique compétition athlétique ». Le "secret" est révélé et assumé publiquement ; la WWF abandonnera par la suite de son vocabulaire le terme pro wrestling ("lutte professionnelle") au profit de sports entertainment ("divertissement sportif")[3].

À la fin du XXe siècle, le terme kayfabe a été adopté (et même employé abusivement) par des éléments extérieurs au métier du catch (les fans et quelques journalistes) avec la popularisation des bulletins d'information et plus tard des brèves disponibles sur internet. L'usage régulier de kayfabe peut se référer à une convention narrative, ne pas « briser le personnage », ce qui est courant dans le théâtre. Durant les shows, la kayfabe est parfois brisée pour passer à une nouvelle storyline, pour expliquer le prolongement d'une absence à cause d'une blessure légitime, pour rendre un hommage à un catcheur, ou même pour un effet comique.

Exemples célèbres[modifier | modifier le code]

  • Le MSG Incident en 1996 durant lequel Shawn Michaels, Triple H, Kevin Nash et Scott Hall ont célébré ensemble le départ de ces deux derniers à la WCW alors que le kayfabe aurait dû leur proscrire un geste amical public [pas clair] : Michaels et Hall dans un rôle de faces et Nash et Triple H dans un rôle de heels[4].
  • Les commentaires sur le ring de Paul Heyman lors de ECW One Night Stand (2005), qui incluent des références à ce qui se passe en coulisses[5].
  • Les commentaires de CM Punk lors du WWE Raw du ("Pipe bomb promo"), qui mêle une critique personnelle acerbe de la WWE et quelques mentions réputées "interdites".
  • Vince McMahon se voyant obligé d'annoncer à la télévision l'arrêt de l'histoire mettant en scène sa propre mort, à la suite du décès réel de Chris Benoit[6].
  • Certains faits réels, bien que ne s'étant pas directement produits à la télévision, ont également inspiré des histoires/feuds, comme en 2005 quand la catcheuse Lita quitta son compagnon Matt Hardy pour aller avec Edge.
  • Le catcheur Nick Cvjetkovich est apparu à la WWE sous le nom Kizarny, incarnant un personnage évoquant les "Carnies" des origines foraines du catch. Le nom "Kizarny" est une déformation en pig-latin du mot "Carny" lui-même (par ajout de syllabe comme dans le javanais, "K-iz-arny"). Il a été forgé à partir du même argot forain que celui d'où provient le mot "kayfabe", en guise de clin d'œil pour les initiés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Celebrating Wrestling: 10 Famous Wrestling Moments That Broke Kayfabe », sur Bleacher Report (consulté le 12 janvier 2014)
  2. Professional Wrestling Terminology
  3. (en) Richard Hoy-Browne, « Historic Moments in Wrestling part 6: Vince McMahon admits wrestling », sur The Independent, (consulté le 10 décembre 2016)
  4. (en) « Celebrating Wrestling: 10 Famous Wrestling Moments That Broke Kayfabe Page 11 : The MSG Incident », sur Bleacher Report (consulté le 12 janvier 2014)
  5. « "Vraiment, la WWE craint !" », sur Catch au Quotidien (consulté le 12 janvier 2014)
  6. (en) « On this date in WWE history: Vince McMahon dies on Raw when his limo blows up ... but not really », sur Cageside Seats (consulté le 12 janvier 2014)