Kayfabe

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Dans le catch professionnel, la kayfabe (prononcé KAY-fayb ; IPA : ['keɪfeɪb]) désigne le fait de donner l'illusion que les combats de catch ne sont pas arrangés. Un catcheur qui brise la kayfabe pendant un show est comme un acteur qui dévoile qu'il n'est pas son personnage devant la caméra[1].

La kayfabe vise à susciter et protéger la suspension consentie de l'incrédulité du spectateur afin qu'il s'immerge pleinement dans les rivalités, les storylines et les gimmicks qui lui sont présentées. Par le passé, la kayfabe était pratiqué pour préserver l'illusion que les combats ne sont pas arrangés à l'avance, mais avec l'avènement d'Internet et de ses communautés de fans, et du mouvement du divertissement sportif, les secrets du catch ont été plus difficiles à protéger. Aujourd'hui, le kayfabe est parfois brisé pour passer à une nouvelle storyline, pour expliquer le prolongement d'une absence à cause d'une blessure légitime, ou pour un hommage à un catcheur, ou même pour un effet comique.

Origines du terme[modifier | modifier le code]

Le catch lui-même et certains termes qui y sont liés tirent leurs origines des Fête foraines qui prospèrent au tout début du XXème siècle. En Amérique du nord, les forains se nomment Carnies et utilisent un jargon codé, le "carny" (issu de l'anglais "carnival" qui désignent un carnaval itinérant, autrement dit une fête foraine). Ce langage est une forme de pig latin qui use d'une technique proche du verlan pour former des mots-clefs secrets qui ne seront reconnus par les seuls inités. Les mots anglais fake ou be fake, qu'on pourrait traduire en français par "(sois) truqué", c'est-à-dire "joue la comédie", deviennent en intervertissant les syllabes "ke-fay" et "'ke-fa-be", ce qui donnera « kayfabe » . Dans l'éventualité où un lutteur forain serait surpris agissant différemment de ce que l'on pourrait attendre du personnage inventé qu'il incarne, le mot « kayfabe », prononcé rapidement par un complice vigilant, lui permet d'ajuster rapidement son attitude pour préserver l'illusion.

Sur le même principe, « kayfabe » est par la suite à l'origine de Kay Fabian, une autre astuce utilisée par les forains pour donner de leurs nouvelles à leur famille sans payer de dispendieux appels téléphoniques interurbains[2]. Un forain appelait chez lui en PCV (à frais virés) et demandait à l'opérateur de l'annoncer sous le nom de Kay Fabian. C'était un code préétabli : la famille refusait l'appel, mais savait que cela voulait dire que tout allait bien, et que le forain avait rejoint la ville suivante de sa tournée. D'autres mots-clefs et gestuelles secrètes alimenteront ainsi le langage de ceux qui allaient devenir les catcheurs modernes.

À la fin du XXe siècle, le terme kayfabe a été adopté (et même employé abusivement) par des éléments extérieurs au métier du catch (les fans et quelques journalistes) avec la popularisation des bulletins d'information et plus tard des brèves disponibles sur internet. L'usage régulier de kayfabe peut se référer à une convention narrative, comme ne pas « briser le personnage », ce qui est courant dans le théâtre. Le kayfabe restait cependant maintenu strictement pour l'intérêt du catch, en dissimulant l'organisation prédéterminée des matchs et de ses aspects. En pratique, cet impératif interdisait aux catcheurs, aux promoteurs et à leurs familles de parler franchement de leur travail aux fans ou à la presse.

Exemples célèbres[modifier | modifier le code]

  • Le MSG Incident en 1996 durant lequel Shawn Michaels, Triple H, Kevin Nash et Scott Hall ont célébré ensemble le départ de ces deux derniers à la WCW alors que le kayfabe impliquait Michaels et Hall dans un rôle de faces et Nash et Triple H dans un rôle de heels[3].
  • La promo de Paul Heyman lors de ECW One Night Stand (2005)[4].
  • Vince McMahon se voyant obligé d'annoncer à la télévision l'arrêt de l'histoire mettant en scène sa propre mort, à la suite du décès réel de Chris Benoit[5].
  • Certains faits réels, bien que ne s'étant pas directement produits à la télévision, ont également inspiré des histoires/feuds, comme en 2005 quand la catcheuse Lita quitta son compagnon Matt Hardy pour aller avec Edge.
  • Le catcheur Nick Cvjetkovich est apparu à la WWE sous le nom Kizarny, incarnant un personnage évoquant les "Carnies" des origines foraines du catch. Le nom "Kizarny" est une déformation en pig-latin du mot "Carny" lui-même (par ajout de syllabe comme dans le Javanais, "K-iz-arny"). Il a été forgé à partir du même argot forain que celui d'où provient le mot "kayfabe", en guise de clin d'œil pour les initiés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Celebrating Wrestling: 10 Famous Wrestling Moments That Broke Kayfabe », sur Bleacher Report (consulté le 12 janvier 2014)
  2. Professional Wrestling Terminology
  3. (en) « Celebrating Wrestling: 10 Famous Wrestling Moments That Broke Kayfabe Page 11 : The MSG Incident », sur Bleacher Report (consulté le 12 janvier 2014)
  4. « "Vraiment, la WWE craint !" », sur Catch au Quotidien (consulté le 12 janvier 2014)
  5. (en) « On this date in WWE history: Vince McMahon dies on Raw when his limo blows up ... but not really », sur Cageside Seats (consulté le 12 janvier 2014)