Jurgis Smolskis

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Georges Smolski
Jurgis Smolskis.jpg
Biographie
Naissance
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Kamajai (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 38 ans)
Pakriaunys (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Activité
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Parti politique


Jurgis Smolski (Jurgis Smolskis-Smalstys en lituanien, Юрий Осипович Смольский (Youri Ossipovitch Smolski) en russe, Georges Smolski en Français) est un juriste, écrivain, journaliste et homme politique, organisateur révolutionnaire dès 1904 dans la région de Rokiškis, en Haute Lituanie (Aukstatija) jusqu’à son exécution extra-judiciaire au cours de la guerre civile . Issu du mouvement de renaissance nationale dans la modernité, pour la démocratie, la justice sociale et la liberté culturelle et linguistique, il subit la prison du régime impérial russe et l’exil en Europe occidentale. De retour dans son pays après la déclaration d'indépendance de la Lituanie, élu mandataire régional à Rokiškis, il développe l’instruction publique et laïque. Pendant la terreur blanche, il est arrêté arbitrairement et fusillé sous les ordres d’officiers ultraréactionnaires de l'armée nationale en formation. Son action sociale et culturelle est revendiquée par les courants de gauche de la première république, et stigmatisée par le régime autoritaire mis en place après le coup d'état de 1926. Sous le régime soviétique imposé en Lituanie , Jurgis Smalstys-Smolskis est publié en 1955, mais censuré, comme précurseur de gauche. Depuis le retour de l’indépendance en 1990, son apport littéraire et patriotique est reconnu par l’historiographie. Par suite de la situation opaque des archives soviétiques et de la disparition des témoins, des lacunes subsistent dans sa biographie comme dans toute l’histoire balte du XXème siècle, tandis que la recherche critique s’affine. Citoyen du monde par ses contacts en exil et sa maîtrise des langues (lituanien, russe, polonais, allemand, français…), Jurgis Smolski a aussi contribué à la notoriété de sa patrie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Groupe local, Jurgis Smolski est le cycliste avec le veston blanc.[1]
La troupe de théâtre amateur de Kamajai.[2]
Germaine Geelens et son mari Jurgis Smolski[3]

Fils de Juozapas Smalstys et de Karolyna Grižaite, agriculteurs de Kamajai, il est l’aîné d’une fratrie nombreuse, parmi laquelle quatre frères et une sœur atteignent l’âge adulte : Jurgis, Napalys, Balys, Maryte, Antanas. Reconnu élève doué à l’école primaire paroissiale, il est inscrit dans un séminaire catholique, qu’il quitte à quinze ans pour achever ses études secondaires au Gymnase russe de Riga.

De 1900 à 1905, inscrit à la Faculté de Droit de l'Université de Saint-Pétersbourg. Jurgis Smolski diffuse la littérature et la presse clandestines en lituanien et se rapproche de la social-démocratie. En 1904, il organise le congrès de l'organisation de la jeunesse du parti social-démocrate de Lituanie (LSDP) au manoir de Vladas Sirutavičius à Kairiškiai.

En 1905-1906, il dirige l'organisation du LSDP à Kamajai, où il soutient la syndicalisation des ouvriers agricoles et les revendications paysannes[4], et organise des manifestations dans toute la Haute-Lituanie[5]. À l’automne 1905, l’administration tsariste doit se retirer de Kamajai où une « république » est proclamée. Lors d’une manifestation locale, Jurgis Smolski oblige le commissaire de police à porter un drapeau rouge. Les autorités tentent de fomenter un pogrome contre les nombreux habitants juifs de la bourgade, que Jurgis Smolski déjoue grâce à la solidarité active des différentes communautés. En représailles, les cosaques canonnent la maison familiale des Smalstys. En 1906, à Vilnius, il est membre du comité du Parti social démocrate de Lituanie (PSDL). 1907 Emprisonné à Yalta, Jurgis Smolski s’évade par substitution de nom lors d’un transfert vers Simferopol. Il s’exile en Europe occidentale via Tilsit (Prusse orientale).

1907-1913 Il séjourne à Cracovie (alors dans l’empire d’Autriche) et en Suisse. Étudiant à l’ Université nouvelle de Bruxelles , il rencontre, aux cours du professeur Guillaume De Greef , une institutrice belge, Germaine Geelens, dans la mouvance du pédagogue Ovide Decroly. Georges Smolski participe aux activités politiques des exilés et à la presse, notamment pour préparer les bases juridiques d’un système bancaire national[6]. Avec sa compagne Germaine Geelens, il revient en Lituanie en juin 1914.

1914-1917 Au déclenchement de la guerre mondiale suivi en 1915 par l’occupation de la Lituanie par l’armée allemande, le couple vit à Saint-Pétersbourg puis à Moscou, où Jurgis Smolski dirige l'organisation clandestine du PSDL. En automne 1916, au cours d’une tentative d’émigration par le Transsibérien, il est arrêté à Irkoutsk et emprisonné à Kostroma, où le Parquet de Vilnius s’est replié. Sa santé se dégrade ; il survit grâce au soutien de sa compagne et est transféré dans une prison de Moscou. Libéré par la révolution de février/mars 1917 et l’abdication du tsar, il anime le parti social-démocrate lituanien légalisé et se rapproche de la fraction bolchevique, participant à la rédaction du journal Tiesa (La Vérité). En juin, au Seimas (parlement) lituanien de Petrograd, il représente et dirige le groupe du PSDL.

1918 De janvier à avril à Moscou, au cours d’un hiver de famine, J. Smolski organise le ravitaillement et le rapatriement des réfugiés lituaniens. Suite à la paix de Brest-Litovsk, il rentre dans sa patrie formellement indépendante et est élu président du comité régional de Rokiškis. En décembre, il est chargé du département d'éducation populaire du comté de Rokiškis.

1919 Après la chute de l’Empire allemand et la fin de la guerre mondiale, l’Armée rouge occupe les deux-tiers est du territoire de la Lituanie et y soutient la république socialiste soviétique de Lituanie dirigée par l’intellectuel communiste Vincas Mickievičius-Kapsukas (en). Le soviet élu à Vilnius comprend aussi des délégués menchéviks, du Bund et du PSDL. La majeure partie de l’administration reste en place et Jurgis Smolski continue à exercer ses responsabilités à Rokiškis. Tandis que son camarade du PSDL Steponas Kairys participe au gouvernement de coalition replié à Kaunas, l’armée nationale en formation s’appuie sur des officiers proches des Russes blancs. En offensive contre les Bolcheviks (« Rouges ») et rivaux des Polonais de Piłsudski, les « Blancs » sont eux-mêmes divisés en partisans de l’Entente, et corps francs allemands de la Baltique. Les gardes blancs occupent Panevežis puis Rokiškis fin mai 1919 et le reste de la Haute-Lituanie au cours du mois suivant. Arrêté le 26 juin par les troupes du colonel Vincas Grigaliūnas-Glovackis, Jurgis Smolski est emprisonné à Pakriaunys près d’Obeliai et condamné par une Cour martiale à six ans de forteresse [7] . Le 6 juillet, lors d’un transfert, il est abattu dans la forêt voisine sous prétexte d’une tentative d’évasion. Sa mort et la terreur blanche et antisémite contre des centaines d’autres suspects de gauche soulèvent l’indignation dans la région, s’exprimant en pétitions, et parmi les milieux progressistes de Kaunas. Le colonel Glovackis, qui ne lui pardonne pas son engagement laïc et révolutionnaire, interdit l’enterrement à Rokiškis et tout cortège, pour éviter le risque de manifestation d’opposition[8]. Sa veuve Germaine Geelens, accouche à Verviers en février 1920 d’une fille posthume, Jurgita. Rentrée en Lituanie au retour d’un état de droit, elle enseigne la langue française au Gymnasium laïc de Marijampole. En 1922, elle se porte partie civile devant un tribunal de Kaunas. Sous pression des éléments ultraréactionnaire de l’armée, la Cour disculpe les officiers responsables et condamne le militaire exécutant à une peine symbolique de prison.

Oeuvres et postérité[modifier | modifier le code]

L'œuvre littéraire la plus populaire de J. Smolski est la comédie Nutrūko ("La Rupture") (1906), largement interprétée par des troupes de théâtre amateur. De nombreuses œuvres –poèmes, nouvelles, pièces de théâtre ont été détruites ou sont restées manuscrites[9] . De 1962 à 2005, sa fille Jurgita Smolski voyage à plusieurs reprises en Lituanie soviétique puis indépendante, publie une biographie romancée et encourage la recherche sur son père. En 1996, elle crée la fondation Smolski - Geelens pour soutenir les étudiants de troisième cycle en histoire de l’Université de Vilnius à l’Université libre de Bruxelles. En 2009, un monument à la mémoire de Jurgis Smalstys-Smolskis est inauguré à Pakriaunys sur les lieux de l’exécution. À l’occasion du centenaire de sa mort en 2019, une stèle avec portrait du couple a été posée au nom des descendants de Belgique[10].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Audroms siaučiant,[Quand les tempêtes sévissaient], anthologie d'auteurs révolutionnaires lituaniens, éditions Valstybine Grožines Literatūros Leidykla, Vilnius, 1955.
  • KAMAJAI – Monographie aux éditions Versmés, Vilnius, 2016.
    • Kazys MISIUS. 1905–1906 metų revoliucijos įvykiai Kamajuose [Les événements de la révolution de 1905–1906 à Kamajai] –
    • Berl KAGAN. Kamajų žydai [Les juifs de Kamajai]-
    • Kazys MISIUS. Lietuviškos spaudos draudimo metai Kamajų apylinkėse [Les années d’interdiction de la presse lituanienne dans la région de Kamajai]
    • Kazys MISIUS. Rašytojas socialdemokratas Jurgis Smalstys-Smolskis [L’écrivain social-démocrate Jurgis Smalstys-Smolskis] –
  • KIRVELIS, Dobilas, Jurgis Smolskis-Smalstys ir jo seimadans la revue Gaires 10/2011.
  • SMOLSKI, Georgette, Jurgis Smolskis, Un destin lituanien, L’Harmattan, Paris, 2001
  • SMOLSKI, Jurgita, Mano Tevas [Mon père], trad. en lituanien par Vytautas Kauneckas, Éd. Vaga, Vilnius, 1967.
  • SMOLSKI, J., Maine, Vieno gyvenimo šviesa [Maine, La lumière d’une vie]/, traduit en français par I. Mikalkevičienė.Vilnius, 1998.

References[modifier | modifier le code]

  1. Archives familiales, copie à la Bibliothèque de l'Université de Vilnius
  2. Archives familiales, copie à la Bibliothèque de l'Université de Vilnius
  3. Archives familiales, copie à la Bibliothèque de l'Université de Vilnius
  4. Voir ses contributions à la revue Ūkininkas (L’Agriculteur) et la nouvelle Vasaros Rytas (Matin d’été, 1906)
  5. Pour la période tsariste, extraits des Archives de la RSS de Lituanie, communiqués en 1965 sous forme de microfilm en russe à Jurgita Smolski. Probablement aux Archives d’Etat de Lituanie.
  6. Lietuvos žinios, 17 avril 1910
  7. L’armée de l’ordre en Lituanie, 5 feuilles dactylographiées en 1919, de la main de Germaine Geelens. Archive familiale déposée au Mundaneum (Mons) et http://fle.paixactive.org/wp-content/uploads/2019/08/Larm%C3%A9e-de-lordre-en-Lituanie-FR-LT-1.pdf , avec traduction en lituanien
  8. GRIGALIŪNAS-GLOVACKIS, Vincas, Generolo atsiminimai [Souvenirs d’un général], Lietuvos kariuomenés istorija [Histoire militaire de la Lituanie] Vilnius, 2017, pages 64 et 75-76.
  9. Pour les différents pseudonymes, voir Catalogue numérique de la bibliothèque de l’Université de Vilnius et Archives d’État de Lituanie.
  10. http://fle.paixactive.org/memoire-balte