Insurrection polonaise de 1861-1864

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Insurrection polonaise de 1861-1864
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Œuvre de la série Polonia 1863 - Grottger Arthur

Informations générales
Lieu Royaume du Congrès, parties occidentales de la Russie impériale
Issue Victoire de l'Empire de Russie
Belligérants
Flag of the Polish-Lithuanian-Ruthenian Commonwealth (January Uprising).svg Insurgés polonais Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Pertes
~ environ 200 000 insurgés

Insurrection polonaise de 1861-1864

Batailles

Ciółkowo (pl) · Szydłowiec (pl) · Lubartów (pl) · Węgrów (pl) · Rawa (pl) · Sosnowiec (pl) · Siemiatycze (pl) · Słupcza (pl) · Świętym Krzyż (pl) · Miechów (pl) · Staszów (pl) · Krzywosądz (pl) · Nowa Wieś (pl) · Dobrą (pl) · Małogoszcz (pl) · Panki (pl) · Myszków (pl) · Pieskowa Skała (pl) · Skała (pl) · Chroberz (pl) · Grochowiska (pl) · Igołomią (pl) · Radoszewice et Kiełczygłów (pl) · Krasnobród (pl) · Praszka (pl) · Buda (pl) · Borowe Młyny (pl) · Ginietyny (pl) · Golczowice (pl) · Wąsosz (pl) · Jaworznik (pl) · Nowa Wieś (pl) · Pyzdry (pl) · Kobylanką (pl) · Stok (pl) · Krzykawka (pl) · Biržai (pl) · Ignacewo (pl) · Huta Krzeszowska (pl) · Horki (pl) · Koniecpol (pl) · Salicha (pl) · Chruślina (pl) · Nagoszewo (pl) · Lututów (pl) · Komorów (pl) · Janów (pl) · Ossą (pl) · Chruślina (pl) · Depułtycze (pl) · Żyrzyn (pl) · Złoczew (pl) · Złoczew (pl) · Fajsławice (pl) · Sędziejowice (pl) · Kruszyna (pl) · Panasówka (pl) · Sowiej Górze (pl) · Małogoszcz (pl) · Czarnca (pl) · Mełchów (pl) · Wiewiec (pl) · Rybnica (pl) · Opatów (pl) · Mierzwin (pl) · Huta Szczeceńska (pl) · łży (pl) · Lipa (pl) · Opatów (pl)

L’insurrection polonaise de 1861-1864 ou insurrection de Janvier est un ensemble de mouvements qui ont lieu durant cette période dans le royaume de Pologne, sous tutelle russe, et dans les provinces ex-polonaises de l'Empire russe (Lituanie, Volhynie, Ruthénie), dont l'apogée se situe dans le soulèvement de , suivi d'une longue phase de guérilla contre l'armée russe.

Après l'insurrection de Kościuszko en 1794, celle du royaume de Pologne en 1830-1831 et le Soulèvement de Cracovie en 1846, c'est la dernière des grandes insurrections patriotiques (principalement nobiliaires) de la Pologne. Elle est particulièrement complexe du fait de l'opposition entre les conservateurs et les radicaux polonais, sur place (« les Blancs » et « les Rouges ») et dans l'émigration (« l'hôtel Lambert » d'Adam Czartoryski contre la Société démocratique polonaise de Ludwik Mierosławski) ; entre les propriétaires fonciers nobles polonais et les paysans serfs (polonais, lituaniens ou ruthènes) ; entre les tenants de la Pologne d'avant 1772 et les partisans de la reconnaissance des peuples lituaniens et ukrainiens.

La défaite de 1864 a pour résultat une répression impitoyable et la suppression quasi complète de l'autonomie du royaume de Pologne et la russification des anciennes provinces polonaises de l'Empire russe.

La Pologne de 1772 à 1860[modifier | modifier le code]

Cette insurrection conclut en effet un siècle de vicissitudes : en 1772, la Pologne, officiellement la république des Deux Nations (royaume de Pologne et grand-duché de Lituanie), subit son premier partage entre la Russie, la Prusse et l'Autriche ; le second a lieu en 1793 et le troisième (1795) met fin à l'existence même de l'État polonais (Varsovie devient le chef-lieu de la province prussienne de Prusse-Méridionale).

Cependant, la Pologne réapparaît en 1807 sous la forme de l’État sous protection française nommé duché de Varsovie, formé des territoires annexés par la Prusse et l'Autriche en 1793 et 1795. À la suite de la chute de Napoléon, le congrès de Vienne procède à un nouveau partage, la Russie recevant le territoire du duché de Varsovie, sauf la région de Poznan (à la Prusse) et celle de Cracovie (République de Cracovie).

Le tsar Alexandre, reconnu comme « roi de Pologne », dote le pays d'une constitution libérale, d'un gouvernement et d'une armée spécifiques. Cependant, des tensions apparaissent rapidement entre le tsar-roi et ses sujets polonais, et elles s'aggravent après l'avènement de Nicolas I en 1825. En novembre 1830 éclate une insurrection, suivie d'une véritable guerre polono-russe ; la défaite polonaise entraîne l'exil de plusieurs milliers de Polonais.

D'autres mouvements ont lieu en 1846 dans les régions sous contrôle de l'Autriche (Galicie) et à Cracovie ; mais leur résultat est l'annexion de la République de Cracovie par l'Autriche.

En 1848, des Polonais participent aux mouvements qui ont lieu dans toute l'Europe, mais en Pologne il ne se passe pas grand-chose durant le Printemps des Peuples.

Un changement important intervient avec la défaite que subit la Russie lors de la guerre de Crimée, à la suite de laquelle le tsar Alexandre II engage une politique de réformes dont la plus notable est l'abolition du servage en 1861.

Genèse de l'insurrection[modifier | modifier le code]

Les mouvements de conspiration (1856-1860)[modifier | modifier le code]

Les Polonais voient dans cette situation un signe de la faiblesse de l’Empire russe et commencent à organiser une nouvelle insurrection nationale[1].

Les premières organisations voient le jour dès 1856 à l’université de Kiev (ville du royaume de Pologne jusqu'en 1660), où apparaît l'association Ogół, dont trois membres (Włodzimierz Antonowicz, Leon Głowacki et Włodzimierz Milowicz) créent une organisation plus radicale. Ce mouvement cherche à établir des contacts avec la jeunesse sur le terrain des trois provinces (Lituanie, Volhynie, Ruthénie), volées par la Russie et prônait l’insurrection[2].

Un second foyer de l’insurrection se trouve dans la capitale russe, Saint-Pétersbourg. La plus importante organisation y est celle d'officiers polonais étudiant à l’Académie de l’État-major général. Le cercle des officiers de Saint-Pétersbourg est créé par Zygmunt Sierakowski. Après son départ, la direction est reprise par Jarosław Dombrowski (le futur général de la Commune de Paris).

Le troisième foyer est la capitale polonaise, Varsovie. En 1857, est créée l’Académie de Médecine et de Chirurgie de Varsovie. Très tôt, l’académie pullule de jeunes conspirateurs. Quelques cercles se forment aussi à l’école des Beaux-Arts. En mai 1858, Narcyz Jankowski, venu de Kiev, s’installe à Varsovie et crée des cercles étudiants clandestins ainsi que des formations militaires secrètes. En 1859 se forme Les Rouges lesquels préparent les plans d'un soulèvement.

Le mouvement des manifestations patriotiques (1860)[modifier | modifier le code]

Peinture commémorant l'union de Pologne-Lituanie « l'union éternelle » (vers 1861).

Le , les funérailles de la veuve de Józef Sowiński, le héros de l’insurrection de novembre 1830, se transforme en une grande manifestation patriotique.

En octobre de la même année, pendant le rassemblement du congrès de la monarchie réuni à Varsovie, les illuminations et le bal de la conférence sont sabotés, les fauteuils du Grand Théâtre sont aspergés d'un liquide nauséabond. Ces actions sont dirigées par Franciszek Godlewski[3].

Le , anniversaire de l'insurrection de 1830, est organisée une grande manifestation au cours de laquelle est chanté un poème d'Alojzy Feliński saluant le départ du tsar Alexandre Ier, dans lequel un vers du refrain était remplacé par : « Ojczyznę wolną racz nam wrócić Panie » (« Seigneur ! Daigne nous rendre une Patrie libre »). Ce chant antirusse est régulièrement répété dans les manifestations polonaises.

Les débuts de l'agitation (1861-1862)[modifier | modifier le code]

Ces deux années sont marquées par la succession rapide des vice-rois (namiestiniki) de Pologne :

La fusillade de Varsovie (février 1861)[modifier | modifier le code]

Les funérailles des victimes du .

Alexandre II décide de mettre un terme à cette fronde par la répression et menace, en cas de manifestations plus importantes, d'un bombardement de la ville à partir de la citadelle. Le , l’armée russe défile dans les rues pour le trentième anniversaire de la défaite polonaise de Grochów.

Le 27 février, dans le quartier de Krakowskie Przedmieście à Varsovie les militaires ouvrent le feu sur les manifesatnts. Cinq d'entre eux sont tués. Pour empécher les miliatairtes d'enlever les corps, les manifestants les enmènent dans un hôtel voisin où se déroule une convention agricole, tandis que la foule, poursuivie par les miliataires, se réfugient dans les églises voisines[4]. En signe de protestation, toutes les églises sont bientôt fermées. En signe de solidarité le rabbin Isaac Kramsztyk ordonne également de fermer toutes les synagogues.

La population varsovienne bouleversée par l’évènement crée une délégation de la ville chargée du maintien de la paix, présidée par le banquier Leopold Kronenberg. Celle-ci envoie au tsar une lettre demandant le respect de la liberté des citoyens du royaume de Pologne.

Le 2 mars, l’enterrement des cinq fusillés au cimetière de Powązki est une manifestation de solidarité entre toutes les régions du Royaume de Pologne, les évènements de Varsovie ayant eu un écho dans toutes les provinces. Un office religieux et une manifestation sont organisés dans plusieurs villes en l’honneur des cinq morts. Des paysans font la « grève » du servage.

Les massacres d'avril 1861[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 7 au 8 avril le vice-roi et gouverneur général de Pologne, Mikhaïl Gortchakov autorise le recours à la force militaire contre des civils[5].

Le 8 avril, une foule désarmée manifestant sur la place du palais royal à Varsovie, est mitraillée, alors que se tenait une réunion de la Société d'agriculture. Une centaine de personnes sont tuées, quelques milliers sont blessées. La ville est mise en état de siège[6],[7].

Le Massacre des Polonais à Varsovie, 1861. Tableau de Tony Robert-Fleury (1866).

En mai 1861, le vice-roi de Pologne, le général Mikhaïl Gortchakov meurt. Nikolaï Soukhozanet lui succédant, le régime imposé aux Polonais devient encore plus répressif. Toute personne portant les vêtements nationaux ou chantant l’hymne national peut désormais être arrêtée.

Le 18 juin, le tsar Alexandre II tente de calmer les esprits en annoncant 4 Ukases (édits ou décrets) datée du 5 juin. Le Conseil d'État est réactivé, des élections sont annoncée dans 28 villes et dans chacun des 39 powiats (comtés ou districts), des conseils provinciaux ont été formés, composés de membres nommés par les conseils de powiats[8].

L'agitation dans et hors du royaume de Pologne[modifier | modifier le code]

L'assouplissement de transition de la répression par les autorités durant la période électorale ne fait qu'accroitre les manifestations patriotiques qui sont organisées dans de nombreuses villes du Royaume, de Lituanie, de Ruthénie, et de Galicie. Le 12 août une manifestation de masse à lieu à Kaunas. Le 18 août, les forces russes dispersent une manifestation à la périphérie de Vilnius. Il y a beaucoup de blessés.

Le 10 octobre, lors du 448e anniversaire de la signature de l’Union d'Horodło, des manifestations sont organisées dans la ville où fut signé l'acte préfigurant la création de la République des Deux Nations, des foules se rassemblant de part et d'autre du Bug. Le même jour, des milliers de personnes participent à l'enterrement d'Antoni Fijałkowski l'archevêque de Varsovie.

L’état de guerre dans le Royaume de Pologne (octobre 1861)[modifier | modifier le code]

Manifeste du gouvernement national provisoire, le .

Le 14 octobre 1861, le nouveau vice-roi, le général Karl Lambert, proclame l’état de guerre. Le 15, malgré les interdictions, les habitants de Varsovie prennent part à l’anniversaire de la mort de Tadeusz Kościuszko. La manifestation est bloquée par l’armée russe. Des arrestations se déroulent jusque dans les églises. Le gouverneur-général Aleksander Gerstenzweig ordonne à l’armée d’entrer dans la cathédrale Saint-Jean à Varsovie afin de rétablir l'ordre[9]. En signe de protestation, l'administration du diocèse décide alors la fermeture de toutes les églises et paroisses de la ville. Lambert cède et libère les prisonniers. Au bout de quelques jours, il est remplacé par un nouveau vice-roi, le général Alexandre von Lüders.

Le 17 octobre, une organisation secrète (Komitet Miejski) se réuni dans la maison d'Apollo Korzeniowski, à Varsovie pour préparer l'insurrection. Sont également présents : Leon Głowacki, Ignacy Chmieleński et Witold Marczewski.

Rouges et Blancs[modifier | modifier le code]

Au cours des années 1861-1862, les Polonais attendaient de plus en plus une réforme agraire, la démocratisation du pouvoir et l’indépendance avec la Russie. Dans cette situation, une organisation patriotique radicale, surnommé Les Rouges, se met en place afin de mener la lutte ouverte et la préparation d’une insurrection face aux russes. À la fin de 1862, cette organisation compte entre 20 000 et 25 000 membres et planifie l’insurrection pour le printemps 1863. Le complot est dirigé par un Comité central national, sous la direction du général Jarosław Dombrowski.

À l’opposé des Rouges se met en place une autre organisation, surnommée Les Blancs, groupant les propriétaires terriens, l’aristocratie et les couches riches de la population. Profitant des structures de la Société d'agriculture, cette dernière crée un réseau s'étendant à tous les territoires polonais, y compris la Lituanie et l’Ukraine. La lutte armée pour l'indépendance n'est pas la priorité. Dans leur programme, les Blancs réclament surtout des compensations pour les pertes financières consécutives à l’abolition du servage.

L'insurrection[modifier | modifier le code]

Scène de l'insurrection de 1863 (Thaddaus von Ajdukiewicz).

La loi de conscription et l'explosion (janvier 1863)[modifier | modifier le code]

Le comte Aleksander Wielopolski, chef du gouvernement civil du Royaume de Pologne à partir de juin 1862, est au courant de l’état d’insubordination dans le pays et afin de mettre les Blancs de son côté, il réalise quelques réformes demandées par le mouvement polonais : fin du servage, une nouvelle loi encadrant l’éducation et des droits égaux pour les juifs.

Le 8 septembre 1862 le grand-duc Constantin Nikolaïevitch Romanov lève la loi martiale dans les districts de la province de Radom, à l'exception de Radom et Kielce, le 10 octobre, la loi martiale est levée dans la province de Lublin et Augustow à l'exception de Lublin, Siedlce et Suwalki, le 16 décembre, elle est levée dans la province de Varsovie et de Plock à l'exception des villes de Varsovie, Kalisz et Płock, les powiats de Lipno et Piotrkow et des villes situées le longs des lignes de chemin de fer Varsovie-Vienne et Varsovie-Bydgoszcz[10].

C'est donc contre toute attente, qu'Aleksandre Wielopolski met en place à la mi- la Branka, des Polonais au service de l’armée russe[11]. Cette conscription ne se fait pas comme il est d'usage en pareil cas, par tirage au sort. Une liste de 12 000 noms est préparée à cet effet. Les personnes suspectées d’appartenir au mouvement patriotique se retrouvent bien sûr sur cette liste[12].

Le est publié l’explosif manifeste du Comité central national des « Rouges », à partir duquel émerge le gouvernement national provisoire (Tymczasowy Rząd Narodowy), sous la direction de Stefan Bobrowski. Dans ce manifeste, le Comité central promet la libération des serfs et des terres aux volontaires qui rejoignent la lutte.

Le même appel est adressé le à la Lituanie, le à la Podolie, à la Volynie et à la Petite Russie[13].

Planifiée par les Rouges pour le printemps, l’insurrection débute donc plus tôt que prévu, sans préparation organisationnelle suffisante, avec un manque cruel de moyens militaires et une direction divisée.

Les combats[modifier | modifier le code]

Zouave - François Rochebrune (1863).
Patrouile d'insurgés, Maksymilian Gierymski, 1872.

En , il y a 100 000 soldats de l’armée russe dans le royaume de Pologne.

Dans les premiers jours de l’insurrection, les insurgés réussissent à frapper les garnisons russes dans différentes voïvodies : Voïvodie de Podlachie, comté d'Augustów, de Płock, de Lubelski et de Radom. Les insurgés avancent du 21 au dans différents endroits : Małkinia, Stelmachowie, Sokołów Podlaski, Łuków, Biała Podlaska, Hrubieszów, Kraśnik, Szydłowiec, Suchedniów et Bodzentyn. Étant donné le manque d’armement, la majorité des attaques est contrée, et les insurgés commencent à organiser des camps d’entraînement pour des volontaires.

Dans la province de Węgrów, Jan Matliński et Władysław Jabłonowski réussissent à rassembler une armée de 3 500 hommes. À Siemiatycze, Władysław Cichorski rassemble 3 000 volontaires, le camp d’entraînement d'Apolinary Kurowski à Ojców rassemble 2 500 soldats. À Wąchock, Marian Langiewicz rassemble 1 400 soldats ; à Janów Podlaski, Roman Rogiński rassemble 1 000 hommes. De quelques dizaines à quelques milliers de volontaires dans le Nord-Est de la Pologne (Łomża et Augustów) sont sous le commandement de Józef Konstanty Ramotowski.

Józef Oxiński (pl) à Uniejów disposait de 250 soldats, Władysław Kononowicz (pl), Władysław Stroynowski, Józef Sawicki, Kazimierz Mielęcki (pl) et Antoni Zdanowiczw en avaient chacun tout autant. Après une série de combats au début de l'insurrection, les polonais réussirent à contrôler la chaussée de Brzesk et la ligne de chemin de fer Varsovie-Saint Pétersbourg, coupant ainsi les communications entre le Royaume de Pologne et la Russie tsariste.

Le Gouvernement national provisoire (Oskar Awejde, Jan Maykowski (pl) et Karol Mikoszewski (pl)) pense d'abord à Zygmunt Padlewski (pl) comme chef suprême, mais le c'est Ludwik Mierosławski, qui en 1861 a fondé à Gênes l'école militaire polonaise[14], qu'ils choississent en raison de ses récents succès.

Il est conseillé aux insurgés d'éviter les affrontements avec les plus grandes unités de l'ennemi, mais de rendre difficile les communications ainsi que le recrutement. Bobrowski, dans le but d'étendre l'insurrection, écrit des adresses Aux frères lituaniens et Aux frères russes qu'il appelle à rejoindre la révolte. En Volhynie, la cavalerie d'Edmund Różycki (pl) harcele l'armée russe. L'insurrection gagne aussi un point d'appui assez important à Jytomyr.

Le 17 février, Mierosławski traverse la frontière russe, mais après deux défaites de son armée, à la bataille de Krzywosądz (pl) et à la bataille de Nowa Wieś (pl), il abandonne le combat et rentre à Paris.

Bataille d'Ignacewo, 1863 (Juliusz Kossak).

Le 24 février, les forces Blanches de Marian Langiewicz et d'Antoni Jeziorański (pl) échappent à l'encerclement des troupes russes lors de la bataille de Małogoszcz (pl) et se replient vers la frontière autrichienne. Le 4 mars, Langiewicz et ses hommes parviennent encore à s'échapper à la bataille de Pieskowa Skała (pl). Le 11 mars Langiewicz annonce sa dictature, qui est reconnu par le Comité central national. Il prête serment à la nation, le 12 mars, au cours d'un cérémonie solenelle. Les fonctionnaires et l'armée prête ensuite serment au dictateur.

Une semaine plus tard, après la bataille de Chrobrzem (pl) et la bataille de Grochowiska (pl) il est vaincu et quitte la zone de combat pour se réfugier en Galicie où il est aussitôt arrêté par les autorités autrichienne et conduit à Cracovie[15].

Les forces des insurgés[modifier | modifier le code]

Les fonctionnaires de l'administration du Royaume de Pologne prennent en secret les directives du gouvernement provisoire nationaliste. Le 9 juin 1863, le personnel polonais de la Banque Royale Polonaise sur la place des Banques de Varsovie remet aux insurgés le dépôt de la Caisse générale du Royaume (3,6 millions de złotys et 500 000 roubles) grâce à Aleksander Waszkowski.

Après les premiers succès organisationnels et militaires, les insurgés ont en effet été noyés sous les forces supérieures de l'armée russe. Romuald Traugutt, « dictateur » de l'insurrection, essaie de motiver le peuple paysan avec le slogan « avec le peuple et par le peuple ». De fait, le nombre de paysans participant à l'insurrection va en augmentant jusqu'au décret du tsar du 2 mars 1864 promettant la fin du servage et la possibilité d'obtenir la propriété de terres ; à partir de là, les paysans quittent le mouvement.

Près de 200 000 personnes ont participé aux combats de l'insurrection, environ 30 000 en même temps. Près de 30 000 partisans ont été tués.

La victoire russe et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Étant donné le déséquilibre entre les forces combattantes pendant l'insurrection, la guerre prend la forme d'une guérilla. On comptabilise près de 1229 combats de plus ou moins grande ampleur, 956 sur le territoire du Royaume, 236 en Lituanie et le reste en Biélorussie et en Ukraine. Les combattants polonais ont évité les combats trop importants, dans lesquels l'insurrection risquait de disparaître totalement.

Les derniers combats[modifier | modifier le code]

Le 21 février 1864, les Russes remportent la Bataille d'Opatów (pl) sur les partisans polonais des Góry Świętokrzyskie, dirigés par Ludwik Zwierzdowski (pl), ainsi que les groupes opérant à Podlas. Les soldats de Józef Hauke-Bosak, et dans le comté de Lubelski, ceux de Walery Wroblewski, retranchés à Grodzieńszczyzna, continuent la lutte jusqu'en avril. En Posnanie et en Galicie, de nouvelles forces se reconstituent, mais ne peuvent intervenir dans le Royaume, du fait du contrôle des frontières par la Prusse et l'Autriche.

Le dernier groupe de patriotes se bat jusqu'au printemps 1865 à Sokołów Podlaski, sous le commandement de Stanisław Brzóska, qui, durant l'insurrection, avait pris part aux combats de Siemiatycze, Woskrzennice, Gręzówka, Włodawa, Sławatycze et Fajsławice. Il est pendu le 23 mai 1865 à Sokołów Podlaski.

Les puissances étrangères et l'insurrection polonaise[modifier | modifier le code]

Comme en 1831, les libéraux de toute l'Europe applaudissent ces « partisans de la liberté » dressés contre une « tyrannie ». Mais l'insurrection ne reçoit aucune aide de l'étranger, pas même de la France. Les puissances occidentales déclarent qu'il s'agit d'une affaire interne à l'empire russe.

Le chancelier de Prusse, Otto von Bismarck, est opposé à une Pologne indépendante qui menacerait la Prusse. Il écrit dans ses Mémoires : « L'amitié du tsar était un capital politique... qu'il ne fallait pas laisser tomber entre les mains de nos adversaires, que nous devions voir dans les Polonais ». Dans une lettre à sa sœur, il écrit « J'ai toute pitié pour leur situation, mais nous ne pouvons faire autrement que les exterminer. Le loup n'y peut rien. Il a été créé tel qu'il est par Dieu, et pourtant on le tue sans pitié... ».

Le pape Pie IX prend cependant la défense des insurgés le 24 avril 1864 : « ma conscience m'oppresse, afin que j'élève la voix contre le puissant tsar, dont le pays s'étend jusqu'au pôle... Ce monarque écrase avec une cruauté féroce la nation polonaise et entreprend l'œuvre antireligieuse d'en terminer avec la religion catholique en Pologne ».

La répression dans l'Empire russe[modifier | modifier le code]

Pologne 1863 de Jan Matejko, 1864, huile sur toile, 156 x 232 cm, musée national de Cracovie. Sur la toile, au lendemain de l'échec de l'insurrection de Janvier (1863), les captifs attendent leur transport vers la Sibérie. Les officiers et soldats russes supervisent un forgeron plaçant des manilles sur une femme polonaise. La jeune fille blonde pourrait être d'origine lituanienne.

Après la fin des combats, l'action de l'espionnage russe arrive rapidement à casser l'organisation des insurgés. Les membres du Gouvernement National : Romuald Traugutt, Roman Żuliński (en), Józef Toczyski (pl), Rafał Krajewski (pl) et Jan Jeziorański (pl), sont pendus le 5 août 1864 sur un rempart de la citadelle de Varsovie (pl).

Des milliers d'autres personnes ont payé de leur vie leur participation à la révolte, soit en mourant au combat, soit exécutés par l'armée russe (par exemple Zygmunt Chmieleński à Radom le 23 décembre 1863). Quelques milliers de personnes sont envoyées en Sibérie.

L'armée russe a un comportement particulièrement sanglant en Lituanie, dirigée par le gouverneur-général Mikhaïl Nikolaïevitch Mouraviov-Vilensky, « le pendeur ». 700 personnes sont exécutées ou pendues, près de 40 000 envoyées au bagne (« katorga ») en Sibérie.

La Russie met aussi en place un plan de russification totale de l'administration polonaise, ayant un moment le projet de rattacher les provinces du Royaume à des provinces russes. Finalement, en 1867, le pays perd toute autonomie et est renommé pays de la Vistule. Près de 1660 propriétés nobiliaires sont confisquées, mises aux enchères ou données aux officiers russes. Les droits municipaux sont retirés aux villes ayant particulièrement participé aux révoltes, ce qui entraîne leur déclin économique ; les monastères et couvents de tout le Royaume sont fermés pour avoir été des centres de la résistance.

L'épilogue de cette insurrection nationale est la révolte des exilés polonais de Sibérie (pl) (« révolte de Zabajkalski ») en juin 1866.

L'évolution de la politique autrichienne[modifier | modifier le code]

Contrairement à la Russie dont la domination s'appesantit à partir des années 1860, la situation évolue favorablement en Autriche, après la formation de la Double Monarchie en 1866. En 1869, l'Autriche accorde à sa province polonaise, la Galicie, plus d'autonomie ; Cracovie redevient le principal centre de la culture polonaise à la fin du XIXe siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • L'insurrection polonaise, Charles de Monterlent, Paris, E.Dentu éditeur-imprimeur [1]
  • Charles Dezobry, Th. Bachelet Dictionnaire général de biographie et d'histoire, Volume 2, Paris, Ch. Delagrave et Cie éditeurs, 1866 [2]
  • La Pologne et la diplomatie: recueil des documents officiels distribués au Parlement anglais, Paris, É Dentu éditeur, 1863 [3]
  • Archives diplomatiques: recueil mensuel de diplomatie, d'histoire, Volume 2 : Avril, mai, juin 1863, Paris, Imprimerie de Ch. Lahure et Cie [4]
  • Christien Ostrowski, Lettres slaves (1864 - 65): Pologne - Europe - Moskovie, tome 3: L'insurrection de 1863, Paris, éditeur Librairie Amyo, 1865. [5]
  • Charles-François Chevé, Histoire complète de la Pologne depuis ses premières origines jusqu'à nos jours, Paris, Ch. Blériot éditeur, 1863 [6]
  • Daniel Beauvois, Histoire de la Pologne, Paris, Hatier, 1995, pages 237-248 : « L'insurrection de 1863-1864 »
  • (pl) Jarosław Szarek, Powstanie styczniowe, Cracovie, Wydawnictwo AA, 2013 (ISBN 978-83-7864-464-4)
  • (pl) Stefan Kieniewicz, Andrzej Zahorski, Władysław Zajewski, Trzy powstania narodowe: kościuszkowskie, listopadowe i styczniowe, Varsovie, 1994 (ISBN 83-05-13443-1)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (pl) Jarosław Szarek, Powstanie styczniowe, Cracovie, Wydawnictwo AA, (ISBN 978-83-7864-464-4), page 35
  2. (pl) Stefan Kieniewicz, Andrzej Zahorski, Władysław Zajewski, Trzy powstania narodowe: kościuszkowskie, listopadowe i styczniowe, Varsovie, (ISBN 83-05-13443-1), page 46
  3. (pl) Pobudka (1 listopada 1861 - 6 marca 1862), Biblioteka Narodowa, (lire en ligne)
  4. (pl) Szymon Katyll, Dzień 27 lutego 1861 r., [w:] Manifestacye warszawskie w 1861 r. z dodatkiem „Śpiewów nabożnych” (1861),
  5. (pl) Stefan Kieniewicz, Spiskowcy i partyzanci 1863 roku, Varsovie, Wyd. Ministerstwa Obrony Narodowej, , page 140 à 147
  6. Larousse.fr. Varsovie.
  7. Le 8 avril (...), devant le palais du lieutenant impérial, une foule revenant du cimetière, et chantant un hymne religieux (...) est accueillie par un feu de salve : cinquante personnes tombèrent. Le chant continua. L’officier répéta les sommations pour faire évacuer la place. Personne ne bougea. Au contraire. La foule s’était agenouillée et les manifestants se tenaient par la main pour s’encourager mutuellement. Un second feu de salve partit. Les premiers rangs furent abattus. Le chant continua de plus belle. La troupe recula. Les officiers firent cesser le feu : c’était la victoire de la non-résistance. Zbigniew Naliwajek « Romain Rolland et la littérature polonaise », Revue de littérature comparée 3/2003 (no 307), p. 325-338.
  8. (pl) Stefan Kieniewicz, Spiskowcy i partyzanci 1863 roku, Varsovie, Wyd. Ministerstwa Obrony Narodowej, , page 182 à 183
  9. (pl) Stefan Kieniewicz, Warszawa w powstaniu styczniowym, Varsovie, , page 93 à 95
  10. (pl) Kurjer Warszawski, , page 1
  11. (pl) Paweł Jasienica, Dwie drogi, Varsovie, , page 151 et 195 à 203
  12. Charles de Montalembert, L'insurrecrion polonaise, Paris, E. Dentu, , 32 p., page 9
  13. Charles François Chevé, Histoire complète de la Pologne depuis ses premières origines jusqu'à nos jours, page 324
  14. (pl) Stefan Kieniewicz, Andrzej Zahorski, Władysław Zajewski, Trzy powstania narodowe: kościuszkowskie, listopadowe i styczniowe, Varsovie, (ISBN 83-05-13443-1), page 171
  15. Charles François Chevé, Histoire complète de la Pologne depuis ses premières origines jusqu'à nos jours, page 331