Hectographie

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L'hectographie désigne l'ensemble des moyens de duplication de documents manuscrits ou dactylographiés utilisant l'impression d'une encre aniline sur une surface gélatineuse, que l'on appelle également « pâte à polycopier ». Cependant avec l'amélioration de certains procédés comme le remplacement de la gélatine par de nouveaux matériaux — notamment par les feuilles paraffinées ou la présence de ciment dans la composition de certains pâtes à polycopie, l'hectographie peut désigner plus globalement tous les procédés permettant de tirer à moins d'une centaine d'exemplaires sur le principe d'un cliché obtenu à l'aide d'une encre communicative s'usant au fil des tirages — et cela avec la contrainte d'une qualité très inégale d'une copie à l'autre.

Selon la Grande encyclopédie soviétique (1979), la paternité de la première invention hectographique, rendue connue en 1869, reviendrait à Mikhail Alisov[1].

L'ensemble des techniques hectographiques — comme la gélatine, la pierre humide ou la chromographie[2] — ont été utilisées dès la fin du XIXe et au début du XXe siècle notamment par les administrations et les écoles ; cependant les procédés hectographiques sont tombés en désuétude avec la démocratisation de l'informatique et de la photocopieuse.

Procédé[modifier | modifier le code]

Le principe de l'hectographie repose sur le pouvoir extrêmement colorant des encres anilines[3] : en pressant un original réalisé à l'encre aniline sur la surface de report gélatineuse, son image, inversée, y apparaît. Il ne reste ensuite qu'à transférer cette image sur du papier en la pressant sur la plaque de gélatine ; l'image y apparaît alors à l'endroit.

À la différence de la lithographie, il n'y a pas d'opération de ré-encrage de la plaque : cela implique que l'encre déposée sur la gélatine s'épuise au fur et à mesure que l'on imprime. C'est la raison pour laquelle on ne peut copier, en général, au-dessus d'une centaine d'exemplaires ; et cela avec la contrainte d'un contraste coloré décroissant.

Composition de la plaque de gélatine[modifier | modifier le code]

La plaque de gélatine utilisée pour produire un négatif est le produit d'un mélange d'eau, de glycérine, de gélatine voire de talc ou de kaolin[4]. Ce mélange, visqueux, est porté à ébullition. Il est ensuite refroidi sur un moule, généralement rectangulaire, de façon à obtenir une plaque homogène et molle, d'une épaisseur d'au moins 1 cm.

Composition de l'encre[modifier | modifier le code]

Les encres pour l'hectographie sont majoritairement de couleur violette ou rouge. Elles contiennent soit du violet de gentiane (pour une encre violette), soit de la rhodamine (pour une encre rouge), le tout mêlé à de l'alcool, de l'eau et parfois de la glycérine[5].

Nettoyage de la plaque[modifier | modifier le code]

La plaque de gélatine accueillant le négatif peut être nettoyée avec l'intervention d'une éponge fine imbibée d'eau tiède que l'on peut très légèrement aciduler. Après un certain temps de service, la plaque de gélatine détériorée peut être réutilisée. On peut la faire refondre tout en y incorporant de la glycérine[6].

Améliorations[modifier | modifier le code]

Insatisfaits de la technique hectographique, nombreux seront ceux — voulant augmenter le nombre de tirages et stabiliser la qualité d'impression — qui chercheront à perfectionner le procédé et la composition des produits chimiques antagonistes.

La pierre humide[modifier | modifier le code]

Si l'hectographie se réfère aux méthodes d'impression sur gélatine, la pierre humide — pâte ayant l'apparence d'un bloc de pierre plat — s'en différencie sur le point de la composition: sera amalgamé à la pâte gélatineuse du kaolin, du mastic ou du ciment. La pierre humide, mise en avant dans les années 1920, permet d'augmenter sensiblement le nombre de tirages et, s'usant moins vite, peut être utilisée plusieurs fois par jour[7].

Le duplicateur à alcool[modifier | modifier le code]

Le duplicateur à alcool peut être considéré comme une technique hectographique : le négatif ne consiste plus en une trace sur plaque de gélatine mais sur une feuille paraffinée placée sur une presse rotative. Ce négatif est obtenu par un jeu de superposition entre la feuille paraffinée, une feuille de papier carbone — dit hectographique — et une feuille blanche sur lequel on trace les formes à copier.

L'autocopiste noir[modifier | modifier le code]

Inventé en 1881 par Otto Lelm[8],[9], l'autocopiste noir permet d'augmenter la quantité des tirages, d'améliorer la qualité de l'impression. Au lieu d'une plaque gélatineuse, le négatif demeure sur une feuille de papier parcheminée recouverte d'une couche de gélatine. Quant à l'encre avec laquelle on réalise l'original que l'on souhaite reproduire, elle est composée d'un produit permettant la coagulation de la gélatine comme c'est le cas du perchlorure de fer, des sels d'alun, de l'acide gallique[9],[10]. Lorsque l'original entre au contact de la feuille parcheminée, il y a coagulation de la gélatine. Les zones coagulées de la feuille parcheminée sont insolubles : après l'humidification du support, au passage d'un rouleau enduit d'encre grasse (encre d'imprimerie ou encre lithographique), l'encre ne sera seulement retenue sur les zones insolubles. Il ne reste alors qu'à appliquer des feuilles vierges sur le négatif, encrer de nouveau et répéter l'opération autant de fois que nécessaire.

Au regard de l'abandon de l'encre aniline pour une encre grasse, on peut considérer que cette technique — atteignant d'ailleurs la centaine d'exemplaires[8] et faisant penser au procédé de la lithographie — n'appartient pas à l'hectographie. Cependant l'emploi de la gélatine et les tirages étant limités aux alentours des cents exemplaires permettent de justifier l'intégration de cette technique au sein de cette classification.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette information est à pondérer avec d'autres documents : Léon Vidal soutient que la paternité des premières techniques hectographiques — aussi appelées techniques « chromographiques », « polygraphiques » ou encore « vélographiques » — peut être également attribuée à Ungerer, Kwaysser et Ilussak en 1878 (cf. Léon Vidal, «Traité pratique de photolithographie», Gauthier-Villard et fils, 1893, p.280. La paternité des premières inventions hectographiqus est également attribuable à un Pragois nomméé Schmitt, en 1876 (cf. Bruno Delmas, « Révolution industrielle et mutation administrative : l'innovation dans l'administration française au XIXe siècle » , In : Histoire, économie et société, 1985, 4e année, n°2, pp. 205-232).
  2. Une occurrence du terme « chromographie » apparaît dans : Léon Vidal, « Cours de reproductions industrielles », Librairie Delagrave, 1904, p.89.
  3. Léon Vidal, op. cit., p. 280.
  4. Léon Vidal, op. cit., p. 281.
  5. Léon Vidal, op. cit., p. 284.
  6. Léon Vidal, op. cit., p. 284-285.
  7. Gardey Delphine, Écrire, calculer, classer. Comment une révolution de papier a transformé les sociétés contemporaines (1800-1940), Paris, La Découverte, 2008, p.113 et 145, paragraphe 32.
  8. a et b « CNUM - 4KY28.16 : 1881 : Neuvième année, premier semestre : n. 392 à 417 - La Nature », sur http://cnum.cnam.fr/ (consulté le 25 juin 2018), p. 269.
  9. a et b Léon Vidal, op. cit., p. 359-360.
  10. Léon Vidal, op. cit., p. 288.

Voir aussi[modifier | modifier le code]