Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier

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Fernand Boissard de Boisdenier
Naissance
Décès
(à 53 ans)
Paris, France
Nom de naissance
Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier
Nationalité
Activité
Maître
Mouvement
épisode de la retraite de Russie

Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier ou Fernand Boissard, est un peintre et musicien français du XIXe siècle (Châteauroux, 1813 - Paris, 1866).

Artiste reconnu de son temps, il passa également à la postérité comme figure de proue du club des Hashischins.

Formation et carrière[modifier | modifier le code]

Né à Châteauroux, dans le Berry au sein d'une famille de la noblesse locale, Boissard émit dès son plus jeune âge le souhait de devenir peintre. Monté à Paris, il suit l'enseignement du baron Antoine-Jean Gros, ancien élève de Jacques-Louis David à l'École des beaux-arts de Paris. Sa pratique est largement inspirée par celle de son maître. Affilié au mouvement romantique en peinture, Boissard fut également un fervent admirateur des œuvres de Théodore Géricault. Il s'installe dans un premier temps dans un petit atelier, quai d'Anjou avant de louer par la suite l'étage noble de l'hôtel du baron Jérôme Pichon, ancien hôtel de Lauzun devenu hôtel Pimodan, construit par Louis Le Vau et situé quelques immeubles plus loin.

Il rencontre son premier succès au Salon de 1835. Il y expose une imposante toile, Épisode de la retraite de Russie, représentant deux soldats mourants aux côtés d'un cheval mort dans la neige. Aujourd'hui conservée au Musée des beaux-arts de Rouen, cette peinture fit sensation et devint l'un des symboles de la légende noire napoléonienne.

Durant ce même Salon de 1835, son maître Antoine-Jean Gros reçoit un accueil glacial de la part de la critique pour son Hercule et Diomède, peinture d'histoire mythologique dont l'esthétique est alors passée de mode. Flatté par le succès remporté par son élève mais affecté par la mauvaise réception de ses dernières œuvres et par sa santé chancelante, le baron Gros se suicida à l'issue du Salon.

Il est un des intimes de Théophile Gautier, avec qui il habitera un temps à partir de 1848 dans l'hôtel Pimodan, leurs appartements communiquant par le biais d'un escalier caché dans l'épaisseur du mur. Gautier parle de Boissard comme d'un bon peintre, bien qu'il précise le caractère quasi dilettante de sa pratique artistique. Outre Gautier, il fut un ami de longue date d'Eugène Delacroix et Paul Chenavard.

L'artiste s'essaie aussi à la musique et à la poésie, avec succès. Pour autant, Gautier considère que son ami est injustement laissé pour compte par la critique et les institutions, et prend à cœur de le défendre dans ses différents comptes-rendus de Salon. Ainsi, il fut peut être à l'origine des quelques commandes officielles passées à Boissard. Fernand Boissard, fervent défenseur de la cause des artistes-peintres, publia en 1848 L'Exposition et le Jury, à la suite de la campagne de protestation ayant eu lieu contre la rigueur du jury sélectionnant les œuvres exposées au Salon.

Tout comme son ami Gautier, Fernand Boissard est un habitué du cercle et du salon de la Présidente, Apollonie Sabatier. La sœur de cette dernière, Irma Adelina (1832-1905) fut l'amante de Boissard, avec qui elle eut une fille. Elle fut également un court temps la maîtresse de Gautier.

Il quittera finalement le quai d'Anjou en 1849 pour s'installer sur le chemin de ronde de la barrière de Clichy. À cette même époque, il fut nommé secrétaire du comité chargé d'élaborer le statut des peintres, et publia plusieurs articles à ce sujet dans L'artiste dont De la condition des artistes et des moyens de l'améliorer parue en 1851.

Le Club des Hashischins[modifier | modifier le code]

Nous savons par le témoignage d’Alphonse Karr, que Fernand Boissard accepta en 1840, comme Karr, Gérard de Nerval, Théophile Gautier ainsi qu’un avocat, de se livrer à l’expérience des effets du haschich consommé sous forme d’une boisson[1]. Les cobayes volontaires furent observés, à leur insu, par un aréopage d’une trentaine d’érudits et d’aliénistes dont Jean-Étienne Esquirol, Guillaume Marie André Ferrus et Alexandre Brierre de Boismont réunis chez le rédacteur en chef de la Bibliothèque populaire J.-B. François-Étienne Ajasson de Grandsagne. L’aliéniste Brierre de Boismont fit un rapport de cette expérimentation[2],[3]. Boissard fut le seul à éprouver une sorte d’extase, ce qui le poussa à renouveler l’expérience et à devenir toxicomane, ce dont il mourut, selon Karr.

Fernand Boissard fut par la suite l'une des principales figures du club des Hashischins, se réunissant mensuellement entre 1844 et 1849 dans son appartement parisien de l'Hôtel Pimodan, sur l'Île Saint-Louis. Ce club fut créé autour de la figure du docteur Jacques-Joseph Moreau, dit Moreau de Tours, spécialiste de l'aliénation. Les deux hommes, qui avaient en commun une enfance tourangelle, réunirent autour d'eux des personnalités telles que Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Honoré Daumier, Eugène Delacroix, James Pradier, Gustave Flaubert, Alexandre Dumas ou encore Honoré de Balzac. Ces séances de consommation de haschisch, nommées par les membres fantasias donnèrent lieu à l'étude des effets de la drogue sur le corps et l'esprit.

Si Baudelaire et Gautier ne furent que des membres occasionnels dans les premiers temps du club, Fernand Boissard en fut un membre assidu jusqu'à sa dissolution en 1849. Gautier publia Le club des hashischins en 1846. Il s'agit du témoignage le plus éloquent du contenu de ces séances. Baudelaire quant à lui, fit également largement allusion au club dans son essai Les paradis artificiels, parue en 1860. Ainsi connaît-on aujourd'hui la date de certaines de ces réunions : le et le , le . Boissard, qui accueille les différents membres du club dans ses appartements à chacune de ses séances, déménage en 1849 pour la barrière de Clichy. Est-ce en rapport ou non, du moins les séances cessèrent alors et entraînèrent la dissolution du club.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Dr. Marcel Danan, Le cannabis : le débat, in Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, bull. 31, 2001, pp. 63-73.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alphonse Karr, Le livre de bord : souvenirs, portraits, notes au crayon., Paris, Kalmann-Lévy, 1880., 322 p. (lire en ligne), p. 205-207
  2. Brière de Boismont, « Expriences toxicologiques sur une substance inconnue. », Gazette médicale de Paris,‎ , p. 278-279 (lire en ligne)
  3. Alexandre Brierre de Boismont, Des hallucinations., Paris, Germer Baillière, , p. 192-206