Jean-Frédéric Ostervald

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Jean-Frédéric Ostervald
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portrait lithographié par O. Domon, 1844
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(à 83 ans)
NeuchâtelVoir et modifier les données sur Wikidata
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Religion

Jean-Frédéric Ostervald[1] (1663-1747) est un théologien protestant et pasteur neuchâtelois. Sa traduction révisée de la Bible parue en 1744 a été l'une des plus utilisées chez les protestants avec la Bible Segond. Il est le père du jurisconsulte et politicien neuchâtelois Samuel Ostervald.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Neuchâtel, fils du pasteur de la ville Jean-Rodolphe Ostervald (1621-1682), il effectue ses études à Zurich (1677-1678) puis fait un Grand Tour en France, où il se rend en particulier à l'Académie de Saumur (1678-1681), à La Rochelle (1681), à Orléans (1681) puis à Paris. À Saumur, il défend, sous la direction de Pierre de Villemandy, ses Assertiones de principiis rerum naturalium (1679) ainsi que des Theses ex Dialectica, Pneumatologia, Physica et Ethica (1679) et devient maître ès arts à 16 ans. Ostervald poursuit ensuite ses études à Genève (1682-1683) avec le théologien Louis Tronchin (1629-1705), avec lequel il entretient une importante correspondance (1683-1705).

Consacré à son retour à Neuchâtel (1683), il est nommé diacre (1686) puis pasteur de la ville (1699). Durant sa vie, il est plusieurs fois doyen de la Compagnie des pasteurs de Neuchâtel et gagne rapidement une influence certaine sur le corps pastoral et l'Église de Neuchâtel.

Soucieux des bonnes mœurs et du développement de la piété, il publie en 1700 son Traité des sources de la corruption qui règne aujourd'hui parmi les chrétiens (Amsterdam, 1700), dans lequel il s'attaque entre autres aux dogmes de l'orthodoxie calviniste qui lui semblent favoriser le relâchement des mœurs. En 1702 parait son Catéchisme, qui est pris pour cible par les théologiens de Berne en raison de sa supposée hétérodoxie. Aux Archives de l'Etat de Neuchâtel est conservé un brouillon du catéchisme de 1732, rédigé par Ostervald[2]. Une première forme de l'abrégé du catéchisme est publié en 1734.

Ces deux œuvres, véritables succès de librairie, sont traduites en de maintes langues et rééditées jusqu'au XIXe siècle. À la suite du catéchisme, Ostervald entreprend la réforme du culte de l'Église de Neuchâtel dont le résultat est la publication, en 1713, de la Liturgie ou maniere de celebrer le service divin dans la principauté de Neufchatel qui sera en service durant près de deux siècles. Membre de la Society for the Propagation of the Gospel (en) et de la Society for Promoting Christian Knowledge, Ostervald voue un grand intérêt à la mission. C'est ainsi que ses œuvres sont diffusées dans le monde (en particulier son Catéchisme), traduites et utilisées dans les missions chrétiennes en Amérique, en Inde et en Insulinde.

En 1701, Ostervald entreprend de donner une formation de base aux candidats au pastorat, enseignement qui sera à l'origine de l'actuelle Faculté de théologie et constituera de fait une des racines de l'université de Neuchâtel[3]. Outre l'enseignement de la théologie par Ostervald, les étudiants peuvent bientôt compter, à partir de 1732, sur un enseignement en philosophie dispensé par le réfugié huguenot Louis Bourguet (1678-1742). Les cours d'Ostervald sont pour la plupart publiés ; ainsi son De l'exercice du ministère sacré (Amsterdam, 1737), son Ethicae christianae Compendium quod olim in usus domesticos destinatum, discipulis auctor excribendum tradit (Londres, 1727 ; traduit en français : Morale chrétienne, La Neuveville, 1740) ainsi que son Compendium theologiae Christianae (Bâle, 1739). Ostervald contribue également substantiellement au développement de la bibliothèque des pasteurs de Neuchâtel, fondée vers 1540 et qui conserve toujours une part importante de ses manuscrits.

Ostervald est surtout demeuré dans les mémoires par la Bible qu’il fait publier en 1744, qui n'est pas une traduction mais une révision de celle des pasteurs de Genève. La Bible d’Ostervald est une référence et est largement utilisée pendant 150 ans, jusqu’à la fin du XIXe siècle. Un aspect important de la popularité de la Bible d’Ostervald est qu'elle est accompagnée de commentaires ainsi que de réflexions morales et pieuses sur tous les chapitres de sa traduction. Ceux-ci sont censés être lus durant le culte. Ils paraissent indépendamment en 1720 pour la première fois sous le titre Arguments et Réflexions. En 1779 sort une édition exceptionnelle de la Bible[4] incluant des gravures[5] illustrant les scènes bibliques, réalisées à 15 ans par Abraham Girardet, un artiste du Locle. Le texte est de nouveau révisé en 1996[4].

Jean-Frédéric Ostervald et deux autres théologiens, Jean-Alphonse Turretin et Samuel Werenfels, forment ce qu'on appelle le triumvirat helvétique[6]. En matière de théologie, Ostervald montre un penchant pour le socinianisme[7] et se rallie à l'arminianisme, mettant en avant la liberté propre de l'homme[7][8].

De son mariage avec Salomé Chambrier, Ostervald a quatre enfants, dont deux fils :

  • Jean-Rodolphe Ostervald (1687-1763), pasteur de l'Église française de Bâle et auteur d'ouvrages de piété ;
  • Samuel Ostervald (1692-1769), homme politique neuchâtelois qui partage son temps entre les fonctions publiques et l'étude de la jurisprudence, et consacre ainsi plus de vingt ans à l'élaboration d'un recueil de textes de droit coutumier qui parait après sa mort sous le titre Les loix, us et coutumes de la souveraineté de Neuchâtel et Valangin en 1785[9].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • (la) Assertiones de principiis rerum naturalium quas, sub Dei auspiciis, assident Petro de Villemandy, Saumur, H. Desborde, 1679
  • (la)Theses ex Dialectica, Pneumatologia, Physica et Ethica, Saumur, 1679
  • Traité des sources de la corruption Qui Regne aujourd'huy parmi le Chrestiens, Amsterdam, H. Desbordes, 1700
  • Réflexions sur un écrit intitulé : Mémoire des Raisons qui ont porté le Synode des Églises Wallones des Provinces-Unies des Pays-Bas […] à n’admettre point de nouvelle version des Psaumes dans leur Service public, Londres, 1700
  • Catéchisme ou instruction dans la Religion chrestienne, Genève, Compagnie des Libraires, 1702
  • La dédicace de l’Église des Planchettes […] faite le , Neuchâtel, 1703
  • Traité contre l'impureté, Amsterdam, Th. Lombrail, 1707
  • La Liturgie ou la manière de célébrer le Service Divin ; Qui est établie dans les Églises de la Principauté de Neufchatel & Vallangin, Bâle, J. Pistorius, 1713
  • Arguments et Réflexions sur les livres et sur les chapitres de la Sainte Bible, Neuchâtel, J. D. Griesser, 1720
  • Douze Sermons sur divers textes de l’Ecriture Sainte, Genève, Fabri et Barillot, 1722
  • (la) Ethicae christianae Compendium quod olim in usus domesticos destinatum, discipulis auctor excribendum tradit, Londres, G. Mears, 1727
  • Abrégé de l’histoire sainte et du catéchisme, Genève, Bousquet et Cie, 1734
  • De l’exercice du ministère sacré, Amsterdam, J. F. Bernard, 1737
  • (la) Compendium Theologiae Christianae, Bâle, J. Brandmuller, 1739
  • La Sainte Bible […] par les pasteurs et professeurs de l’Église de Genève, avec les Arguments et Réflexions sur les chapitres de l’Écriture Sainte et des Notes, par J.-F. Ostervald, Neuchâtel, A. Boyve et Cie, 1744
  • Les Entretiens pieux, par feu M. Ostervald, Bâle, D. Eckenstein, 1752
  • Extrait de deux journaux écrits par feu M. J.-F. Osterwald… concernant les affaires des années 1699 et 1707, La Chaux-de-Fonds, F. Heinzely, 1839
  • François Clerc (éd.), La discipline des Églises de la souveraineté de Neuchâtel et Valangin (1712). Texte établi selon le MS. 23862 de la Bibliothèque des Pasteurs, Neuchâtel, Université de Neuchâtel, 1959

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  1. Maria-Cristina Pitassi, « Ostervald, Jean-Frédéric » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  2. Fonds : Archives de la société des pasteurs et ministres neuchâtelois [16 mètres linéaires]. Cote : PAST. Neuchâtel : Archives de l'Etat de Neuchâtel. (présentation en ligne)
  3. J.-D. Burger, « Les études de théologie en pays neuchâtelois », Musée Neuchâtelois, 1944, p. 3-14 et 41-54.
  4. a et b Traductions de la Bible en français#Liens externes.
  5. Les gravures de la bible d’Ostervald de 1779.
  6. Jean-François-Daniel Andrié, Troisième livre de lecture à l'usage des jeunes gens et des familles, t. 1, 1866, Neuchâtel, Samuel Delachaux, p. 671.
  7. a et b Chisholm 1911.
  8. Neeser 1948, p. 21. Ostervald va commencer par laisser de côté, ou par laisser à l'arrière plan du catéchisme, le régime de Calvin. Il se ralliera à la tendance évangélique élargie qui portait alors le nom d'arminianisme, et qui pénétrait peu à peu les Eglises. Il va d'abord faire appel, pour la réalisation de la vie chrétienne comme dans la célébration du culte, à la liberté propre de l'homme. C'est même à quoi il consacre le plus clair de ses forces.
  9. Sandra Lena, « Ostervald, Samuel » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Hugh Chisholm, « Ostervald, Jean Frédéric », dans Encyclopædia Britannica, vol. 20, (lire en ligne), p. 358
  • Maurice Neeser, Jean-Frédéric Ostervald 1663-1747, Neuchâtel, A la Baconnière, (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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