Jaitapur

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Jaitapur
Administration
Pays Drapeau de l'Inde Inde
État ou territoire Maharashtra
District District de Ratnagiri
Fuseau horaire IST (UTC+05:30)
Géographie
Coordonnées 16° 35′ nord, 73° 21′ est
Localisation

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Jaitapur est un petit village portuaire situé dans l'État du Maharashtra en Inde, proche de la ville de Ratnagiri. Jaitapur se trouve sur les côtes indiennes de la mer d'Oman approximativement à mi-distance de Bombay (250 km) et Goa (200 km).

Agriculture et environnement[modifier | modifier le code]

Grâce à une terre très fertile, la population locale produit du riz, des céréales, la plus célèbre mangue du monde (variété « Alphonso »), des noix de cajou, des noix de coco, du kokum, des noix de bétel, des ananas et d’autres fruits. Le secteur de la pêche dans le village de Jaitapur emploie environ 650 chalutiers particuliers qui seraient touchés par le projet de centrale[1].

Projet de centrale nucléaire[modifier | modifier le code]

Un projet de centrale nucléaire à Jaïtapur est amorcé dès 2009 par Areva et le groupe de nucléaire public indien NPCIL[2].

Le 3 décembre 2010, le gouvernement indien et la société Areva annoncent un projet de 6 réacteurs EPR. L'accord cadre pour la construction des deux premiers réacteurs a été signé par Anne Lauvergeon - patronne d'Areva - et par le président de Nuclear Power Corporation of India Limited (NPCIL) en décembre 2010 durant la visite de Nicolas Sarkozy en Inde[3].

Risque sismique[modifier | modifier le code]

Les 6 réacteurs nucléaires EPR seraient construits dans une zone sismique : « le 11 décembre 1967, un séisme de magnitude 6,3 avait frappé Koyna, à une centaine de kilomètres au nord de Jaitapur, tuant 177 personnes et faisant quelque cinquante mille sans-abri. Au cours des vingt dernières années, Jaitapur a connu trois tremblements de terre dépassant le niveau 5 sur l’échelle de Richter ; celui de 1993, d’une intensité de 6,3, a tué neuf mille personnes. En 2009, un pont s’est effondré à Jaitapur à la suite d’une secousse. Selon l’organisation environnementale Greenpeace, ces risques sismiques n’ont été pris en compte lors du choix du site et la position de l'entreprise Nuclear Power Corporation of India Limited n’est pas claire sur d’éventuelles modifications de la conception face au risque sismique. »[4].

Pour comparaison, la résistance au séisme des installations nucléaires française est calculée à partir des séismes les plus puissants répertoriés dans l'histoire des zones avoisinantes des centrales et mesuré sur l'échelle de Richter (Le SMHV = Séisme Maximal Historiquement Vraisemblable) , varie de 4,9 pour Dampierre à 6,5 pour Fessenheim et Blayais majoré de 0,5 unité sismique (Séisme Majoré de Sécurité = SMS = SMHV + 0,5 ). La séismicité du site de Jaitapur n'a donc rien d'exceptionnel et peut être traitée par le dimensionnement des ouvrages selon les normes anti-sismiques. l'échelle de Richter est un échelle logarithmique : un séisme de magnitude 7 est 10 fois plus puissant qu'un séisme de magnitude 6. La séismicité est bien plus élevée au Japon, qui connait fréquemment des séismes de magnitude 7 ou 8, auxquels les 54 réacteurs des centrales nucléaires japonaises ont résisté jusqu'ici sans dommages majeurs. Le séisme ayant atteint la centrale de Fukushima en 2011 était d'intensité 9, et c'est surtout le tsunami qui a suivi ce séisme de Tōhoku qui a conduit à la ruine de 4 des six réacteurs de la centrale en rendant indisponible les diesels d'alimentation électrique de sauvegarde et donc les systèmes d'évacuation de la puissance résiduelle.

Opposition locale[modifier | modifier le code]

La population locale est fortement opposée au projet : en novembre 2010, plus de 3 000 Indiens se sont fait volontairement arrêter par la police, lors d'une manifestation[5]. En avril 2011 se sont déroulées de nouvelles manifestations pendant lesquelles les forces de l'ordre ont tué un manifestant[6].

Les cinq gram panchayats (organes locaux démocratiquement élus) de la région concernée par le projet ont adopté à l’unanimité des résolutions qui s’opposent au projet[1].

En février 2013, seulement 200 familles sur les 2 335 qui possèdent des terres autour de Jaitapur auraient accepté de vendre leurs terres, alors que depuis 2009, le gouvernement indien invoque une situation d’urgence pour acquérir ces terres[7].

En juin 2013, des agriculteurs et des pêcheurs de Jaitapur ont écrit aux investisseurs pour exprimer leur opposition au projet : «Nous, les pêcheurs et les agriculteurs de Jaitapur et les zones adjacentes, voulons qu'il soit très clair que notre opposition tenace au projet nucléaire proposé est totale et ne sera pas vaincue par des moyens ou les manières possibles». Selon l'association indienne Konkan Bachao Samiti (Comité « Sauvons Konkan »), une réunion entre le département indien de l'énergie atomique, la Nuclear Power Corporation of India, Areva et les investisseurs européens s'est tenue en France les 5 et 6 juin 2013, secrètement pour éviter la colère des opposants et de nouvelles manifestations. Rajendra Phaterpekar, membre du Comité « Sauvons Konkan », a alors déclaré que le coût du projet, qui n'a toujours pas été rendu public, serait 3 fois supérieur au coût initialement prévu en 2010[8].

Remise en question du projet[modifier | modifier le code]

L'Inde a déclaré le 19 septembre 2011 qu'elle attendra les résultats des audits nucléaires français décidés après la catastrophe de Fukushima sur le réacteur de troisième génération EPR avant de s'engager avec Areva. En Inde, on s'inquiète des énormes retards et dépassements de coûts dans la construction de l'EPR à la Centrale nucléaire de Flamanville par EDF, pourtant le constructeur le plus expérimenté du monde. Certains craignent que les Indiens ne soient pas capables d'assurer la sécurité d'un tel projet[9].

Poursuite du projet[modifier | modifier le code]

Le gouvernement du Maharashtra a réaffirmé le 6 décembre 2012 sa décision de construire la centrale de Jaitapur[10], et le ministre fédéral indien des affaires étrangères Salman Khurshid, en visite à Paris, a réaffirmé l'engagement du gouvernement indien à mener à son terme ce projet[11].

Selon le journal indien The Hindu du 18 décembre 2012, Areva était sur le point de signer un accord pour les travaux préliminaires de Jaitapur avec Nuclear Power Corporation of India Limited (NPCIL) ; il s'agit des travaux d'étude du site, d'une durée prévue de 9 mois, destinés à vérifier que le site est bien adapté pour le projet[12].

En 2013 les négociations se sont poursuivies et le gouvernement a déclaré qu'il s'attendait à ce que le coût des deux premières tranches soit de 21 milliards $. La France a approuvé un prêt de 25 ans à 4,8 %. En mars 2014 Areva, le DAE (Department of Atomic Energy) et NPCIL se seraient mis d'accord sur un prix de l'électricité de 6,5 roupies/kWh (10,6 US cents, 106 $/MWh), alors que Areva avait visé 9,18 roupies[13].

En 2015, plus de 15 000 pêcheurs naviguant à bord d'environ 300 bateaux ont manifesté au large du site du projet de centrale de Jaïtapur, brandissant des pancartes « No more Hiroshima » et « No more Fukushima ». Selon le Premier Ministre de l'état du Maharashtra, Devendra Fadnavis, le projet de six tranches EPR de 1 650 MW, soit 9 900 MW, sera réalisé coûte que coûte car il aurait atteint un point de non-retour[14].

En janvier 2016, EDF et l’électricien national indien signent un accord de coopération, mais le projet peine à avancer en raison de fortes oppositions locales et des difficultés de la filière nucléaire française[15].

Selon le centre indien de recherches Gateway House, la construction des 6 réacteurs EPR coûterait près de 60 milliards de dollars, sachant que l’EPR a connu quelques déconvenues cumulant les retards et les surcoûts en Finlande à Olkiluoto et en France, à Flamanville. L'intérêt économique du projet est remis en question par ces économistes indiens car le coût de l’électricité nucléaire serait selon eux supérieur à celui de l’électricité au charbon, le solaire ou même le gaz importé qui revient moins cher[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Centrale nucléaire de Jaitapur : une nouvelle catastrophe à l’horizon - écrit par l'ONG Intercultural Resources, publié par le Réseau d'information Ritimo, 3 mars 2014
  2. https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211450934460-edf-garde-espoir-pour-son-projet-nucleaire-de-jaitapur-en-inde-2053297.php
  3. 15 milliards de contrats annoncés pour la visite de Sarkozy en Inde - Challenges, 6 décembre 2010
  4. Praful Bidwai, « Atome contre biodiversité à Jaitapur », Monde Diplomatique, (consulté le 2 août 2013)
  5. 3 000 villageois indiens font plier leur gouvernement et Areva sur le site Investig’Action
  6. Nouvelles manifestations anti-EPR à Jaïtapur
  7. Inde : le projet de centrale nucléaire de Jaitapur sous haute tension - RFI, 15 février 2013
  8. (en) Jaitapur villagers oppose investors’ meeting - The Hindu, 4 juin 2013
  9. Courrier international du 20/09/2011 : Areva attendra https://www.courrierinternational.com/breve/2011/09/20/areva-attendra
  10. (en)Nod to set up six nuclear power plants at Jaitapur, sur le site zeenews.india.com.
  11. (en)Committed to Jaitapur Nuclear Power Project: India to France, sur le site zeenews.india.com.
  12. (en)Areva closes in on key agreement for Jaitapur plant, sur le site de The Hindu.
  13. (en) Nuclear Power in India, site de la WNA (World nuclear association).
  14. (en) « Anti-Jaitapur nuclear project protest in fishing boats », sur http://zeenews.india.com/, (consulté le 5 juin 2015)
  15. « François Hollande et EDF exhument le projet de construction de six EPR en Inde », sur http://www.usinenouvelle.com/, (consulté le 26 janvier 2016)
  16. « Hollande espère, mais les EPR indiens ne sont pas pour demain », sur http://www.liberation.fr/, (consulté le 1er février 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]