Irénisme

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Leibniz, un des premiers irénistes[1].

L’Irénisme est une attitude visant à la compréhension mutuelle en se focalisant sur ce qui unit ou rapproche et en minimisant ce qui éloigne ou amène au conflit. Historiquement, cette attitude est apparue dans la réflexion de Leibniz sur les rapports entre églises chrétiennes.

Le terme Irénisme vient du grec eirếnê (εἰρήνη), la paix. Le mot est dérivé d'irénique emprunté au latin ecclésiastique moderne irenicus, apparu en 1867. Le mot irénisme est attesté en 1962[2]

Origine[modifier | modifier le code]

L'irénisme est apparu dans la recherche de l'unité des Églises chrétiennes au XVIIe siècle. Leibniz a développé un projet d'union religieuse entre les Églises chrétiennes. Cette recherche de paix entre celles-ci passe par une théologie rationnelle qui accorde la religion et la raison. Il s'oppose à Pierre Bayle qui place la théologie au-dessus de la raison. La lecture du Dictionnaire historique et critique a entraîné de nombreuses controverses sur la position de Bayle concernant l'opposition entre foi et raison. La position de Bayle s'appuie sur l'existence du mal sous un Dieu bon. Leibniz va répondre à Pierre Bayle sur cette question dans Essais de Théodicée. Il commence son livre par un Discours sur la conformité de la foi et de la raison pour montrer qu'il n'y a pas d'opposition entre foi et raison et que la raison peut donc être utilisée dans le domaine théologique. L'irénisme se fonde sur une théorie de la raison et l'affirmation d'un langage universel. Cependant Leibniz constate qui si la raison est puissante, car rien ne peut échapper à sa critique, elle est aussi impuissante car elle n'apporte par elle-même aucune certitude[3],[4].

Sens culturel[modifier | modifier le code]

L'irénisme, né dans le domaine des religions, est aussi passé dans celui des rencontres inter culturelles (interculturalisme...)[5],[6].

Sens politique[modifier | modifier le code]

Les sphères religieuses, politiques et de la justice ont longtemps été très liées et dans certains pays le sont encore ou le redeviennent. L'irénisme a dans divers contextes percolé de la philosophie religieuse vers la philosophie politique[7], par exemple en (ré)introduisant des valeurs de tolérance et de discussion dans les moments où des entités politiques se rencontrent ou s'opposent[8], et cherche à limiter les heurts, les clivages et les conflits sociopolitiques ; pour comprendre, voire concilier des idéologies qui le sont difficilement, notamment pour maintenir ou restaurer la paix. Certains lui opposent la notion de réalisme politique[9] ou estiment qu'il peut conduire à des accords de paix ou commerciaux « à tout prix », qui pourraient ne pas perdurer. On qualifie parfois le pacifisme et l'internationalisme d'irénisme[10].

Sens religieux[modifier | modifier le code]

Attitude visant à favoriser la bonne entente entre les religions. Le mot s'est d'abord employé dans un contexte chrétien. Cela désigne également la volonté d'éviter un schisme.

L'encyclique Humani Generis, en 1950, a cependant mis en garde contre les dangers de l'irénisme, pointant le risque de tolérer des erreurs graves et fondamentales par lâcheté et désir exagéré de conciliation[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. François Gaquère, « Le dialogue irénique Bossuet-Leibniz. La réunion des Églises en échec (1691-1702). », Revue d'histoire de l'Église de France, vol. 53,‎ (lire en ligne)
  2. Sous la direction d'Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française.
  3. Paul Rateau, « Sur la conformité de la foi avec la raison : Leibniz contre Bayle », dans Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 136, no 2011/4, p. 467-485 (lire en ligne)
  4. Olivier Roy, Leibniz et la Chine, Librairie philosophique J. Vrin, Paris, 1972, p. 42-52 (ISBN 2-71160670-8) (aperçu)
  5. Quillet J (1979) L'irénisme dans la rencontre des cultures. Les figures de la sapientia et le projet de concile universel des religions chez Nicolas de Cues. In Actas del ν Congreso Internacional de filosofìa medieval, Madrid (pp. 1139-1149)
  6. Fistetti F (2009) Théorie du multiculturalisme. Un parcours entre philosophie et sciences sociales. Lectures, Les livres.
  7. Neveux J (1968) L’irénisme au temps de Leibniz et ses implications politiques. Leibniz. Aspects de l’homme et de l’oeuvre, 1646-1716
  8. Posthumus Meyjes G.H (1997) Tolérance et irénisme. The Emergence of Tolerance in the Dutch Republic. Leiden, New York, Köln, 63-73.
  9. Koné A. De l'utilité sociale de la philosophie. Kant et la responsabilité irénique du philosophe. Perspectives philosophiques, 20.
  10. Dupuy René Jean. MERLE (Marcel) éd. - Pacifisme et internationalisme. XVII-XXe siècles. Textes choisis et présentés par Marcel Merle.. In: Revue française de science politique, 16e année, n°6, 1966. pp. 1184-1188;https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1966_num_16_6_392985_t1_1184_0000_002
  11. « Texte en français de l'encyclique Humani Generis sur le site du vatican »

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]