Ian Hacking

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Ian Hacking
Ian Hacking.jpg

Ian Hacking, août 2009.

Naissance
Nationalité

Ian Hacking, né en 1936 à Vancouver (Colombie-Britannique), est un épistémologue canadien spécialiste de philosophie des sciences.

Biographie et carrière[modifier | modifier le code]

Formé à l'université de la Colombie-Britannique puis à Cambridge, il a enseigné notamment à Cambridge, Stanford et à l'université de la Colombie-Britannique. Nommé professeur à l’Université de Toronto en 1982, il a également été professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Philosophie et histoire des concepts scientifiques de 2000 à 2006.

Hacking a apporté d'importantes contributions dans des domaines variés: philosophie du langage, philosophie et histoire de la physique, de la logique, des statistiques et des probabilités, philosophie et histoire de la psychologie et de la psychiatrie. Il s’intéresse également aux styles de raisonnement scientifique :

  • le style du laboratoire (né au XVIIe siècle) qu’il étudie dans Concevoir et expérimenter. Pour Hacking, la philosophie des sciences, loin de se cantonner aux théories qui représentent le monde, doit aussi analyser les pratiques scientifiques qui le transforment.
  • les statistiques et les probabilités (nées au XVIIe siècle) dont Hacking montre la place croissante dans les sciences, qui renoncent dans bien des disciplines au déterminisme, et dans la vie quotidienne (L'Émergence de la probabilité[1]).
  • la classification : en sciences humaines, le fait de classer les individus influence leur comportement et modifie la classification par un effet de boucle ce qui n’est pas le cas en sciences naturelles. Des études de cas sur les enfants maltraités ou les malades mentaux, dans L’Ame réécrite et Les Fous voyageurs, viennent étayer cette affirmation. (Entre science et réalité : La construction sociale de quoi ?).

Travaux[modifier | modifier le code]

Influencé par les débats impliquant Thomas Kuhn, Imre Lakatos, Paul Feyerabend et d'autres, HAcking est connu pour avoir apporté une approche historique en philosophie des sciences. La quatrième édition (2010) du livre de 1975 Contre la méthode de Feyerabend et la cinquième édition anniversaire (2012) de La structure des révolutions scientifiques de Kuhn intègrent des introductions de Ian Hacking. Hacking est décrit comme un membre de la "Stanford School" en philosophie des sciences, qui comprend aussi John Dupré, Nancy Cartwright et Peter Galison. Il s'identifie lui-même comme un philosophe analytique de Cambridge. Hacking a défendu un réalisme en science, l'"le réalisme des entités", quoique seulement à partir de fondements pragmatiques et singuliers : l'électron est réel parce que l'être humain l'emploie pour faire se produire certaines choses. Cette forme de réalisme encourage une position réaliste à propos des entités postulées par les sciences matures, mais une position sceptique à propos des théories scientifiques. Hacking a aussi été influencé à porter son attention aux pratiques expérimentales et même instrumentales de la sciences, et à leur relative autonomie envers à la théorie. En ce sens Hacking amène la pensée philosophique peu plus loin que le tournant historique, fortement concentré sur les théories, de Kuhn et consorts.

Dans ses travaux plus tardifs (depuis 1990), son attention s'est quelque peu déplacée des sciences de la nature aux sciences humaines, en partie sous l'influence du travail de Michel Foucault. Foucault était une influence dès Why Does Language Matter to Philosophy? et L'émergence de la probabilité (tous deux publiés en 1975). Dans des livres plus récents, Hacking considérera que le schisme moderne entre les probabilités objectives et subjectives, et l'interprétation de la fréquence à long terme, qui a émergé au début de l'ère moderne comme une "rupture" épistémologique implique deux modèles incompatibles de l'incertitude et de la chance. En histoire l'idée d'une rupture franche a été critiquée, mais des compétitions entre des interprétations "fréquentistes" et "subjectives" des probabilités continuent à avoir lieu. L'approche de Foucault des systèmes de pensée et de pouvoir se retrouve aussi dans le travail de Hacking sur les changements historiques des troubles psychiatriques et des rôles institutionnels du raisonnement statistique au dix-neuvième siècle. Il nomme son approche des sciences humaines "nominalisme dynamique" (ou "réalisme dialectique"), une approche historiciste du nominalisme qui trace au cours du temps les interactions mutuelles entre les phénomènes du monde humain et nos conceptions et classifications de ceux-ci.

Dans L’Âme réécrite, en développant une ontologie historique des troubles de la personnalité mutiple, Hacking provoque une discussion sur la manière dont les gens sont constitués par la description des actes qui leur sont possibles.

Dans Les voyageurs fous (1998) il documente l'apparence fugace dans les années 1890 d'un état de fugue dans lequel des hommes européens auraient marché en transe pendant des centaines de kilomètres sans souvenirs de leur identité.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Il a obtenu de nombreux prix et distinctions, notamment :

Publications[modifier | modifier le code]

  • L’Émergence de la probabilité, Paris, Seuil, 2002; traduction de The Emergence of Probability, 1975.
  • Concevoir et expérimenter, Paris, Christian Bourgois, 1989
  • The Taming of Chance, Cambridge University Press, 1990
  • Le Plus pur nominalisme. L'énigme de Goodman: 'Vleu' et usages de 'Vleu', Combas, Éditions de l'Éclat, 1993
  • L’Âme réécrite, Paris, les Empêcheurs de penser en rond, 1998
  • Entre science et réalité : La construction sociale de quoi ?, Paris, La Découverte, 2001
  • An Introduction to Probability and Inductive Logic. New York: Cambridge University Press, 2001. Adaptation française par Michel Dufour, L’Ouverture au probable, Paris, Armand Colin, 2004
  • Les Fous voyageurs, Paris, les Empêcheurs de penser en rond, 2002
  • Historical Ontology, Harvard University Press, 2004

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Jean-Marc Rohrbasser, « I. Hacking — L'émergence de la probabilité », Population, no 3,‎ , p. 442—445 (lire en ligne).
  2. « Ian Hacking, lauréat du prix Holberg 2009 », La lettre du Collège de France [En ligne], no 27,‎ (lire en ligne).
  3. Le site du prix Holberg, avec une interview de Ian Hacking.
  4. Ian Hacking Fondation Internationale Prix Balzan.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]