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Speleomantes strinatii

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Speleomantes strinatii
Description de cette image, également commentée ci-après
Speleomantes strinatii
Classification ASW
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Amphibia
Ordre Caudata
Famille Plethodontidae
Sous-famille Plethodontinae
Genre Speleomantes

Espèce

Speleomantes strinatii
Aellen, 1958

Synonymes

  • Hydromantes italicus strinatii Aellen, 1958
  • Speleomantes strinatii (Aellen, 1958)
  • Hydromantes italicus argentatus Stefani, 1969 "1968"
  • Hydromantes italicus ligusticus Stefani, 1969 "1968"
  • Hydromantes italicus bonzanoi Bruno & Bologna, 1973

Statut de conservation UICN

( EN )( EN )
EN E : En danger

Speleomantes strinatii (anciennement Hydromantes strinatii) est une espèce d'urodèle de la famille des Plethodontidae[1]. Elle est appelée en français spélerpès de Strinati ou spéléomante de Strinati. Comme les autres membres du genre Speleomantes, elle ne possède ni poumons ni branchies, et respire directement par la peau et la muqueuse buccale[2].

Ses oeufs étant déposés directement sur le sol ou dans les fissures, c'est l'une des rares espèces d'amphibiens vivant en France capables de se passer de point d'eau (les autres étant la salamandre de Lanza, Salamandra lanzai et la salamandre noire Salamandra atra toutes deux vivipares ou ovo-vivipares ; chez les autres espèces, l’eau est indispensable au développement des larves)[3].

Description

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Speleomantes strinatii sur une paroi rocheuse

Petite salamandre d'une dizaine de cm, d'allure allongée. Caractérisée par de grands yeux qui ressortent franchement de la tête, plate et ovale, nettement plus large que le corps[4]. Le canthus rostralis est net et généralement bien visible[5].

La peau est lisse, les doigts sont palmés, non élargis et d'allure tronquée. La queue de section circulaire est de longueur plus courte que le tronc[4].

Le dimorphisme sexuel est peu marqué en dehors d'une taille inférieure des mâles, de la présence chez ceux-ci de dents prémaxillaires ainsi que de glandes "hédoniques" sous le menton du mâle produisant une substance aphrodisiaque afin d'attirer la femelle en vue d'un accouplement[4],[5].

La coloration est très variable, mais on retrouve en général un dos allant de l'ambre au brun-jaunâtre. Les motifs du dos se distinguent plus ou moins de la couleur de fond donnant parfois une allure monochrome, parfois une nette bichromie. Les tâches vont du brun, au jaune, parfois ocre. Les jeunes spécimen apparaissent la plupart du temps moins contrastés voire uniformément dorés[5].

Le ventre est généralement brun-gris parfois moucheté de blanc [5].

Le spéléomante de Strinati est surtout connu pour vivre à l'entrée ou aux abords des grottes, cependant il peut aussi se rencontrer dans tout habitat offrant à la fois une humidité élevée (85% minimum) et une température restant fraîche durant l'été <18°C). On le trouve en général sur des pentes calcaires offrant de nombreuses fissures et abris[4] ou plus généralement en forêt durant la nuit ou les journées très humides[5].

Répartition

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Speleomantes strinatii se rencontre du niveau de la mer jusqu'à 2 500 m d'altitude dans l'est des Alpes-Maritimes en France, et en Ligurie, dans le sud du Piémont, dans le nord-ouest de la Toscane en Italie[1] et dans la principauté de Monaco. Il a été introduit dans une mine par le laboratoire du CNRS de Moulis en Ariège[3].

En France, sa répartition précise est mal cernée, mais il n’est connu que dans les Alpes-Maritimes, et des prospections ou découvertes faites par hasard ont permis de l’inventorier, parfois récemment, dans plus de 65 communes, notamment dans des collines à l’est de Nice, des corniches calcaires sur la Riviera (Eze, La Turbie, Gorbio, Saint-Agnès, etc.), mais aussi presque jusqu’à l'amont de vallées (Castellar, Castillon… ou en vallée de la Bévéra (Sospel) et de la Roya (Breil-sur-Roya, Saorge, etc.) jusqu'à Tende ; et vers l’ouest sur les versants de la Vésubie (Saint-Jean-la-Rivière, Lantosque, Roquebillière, La Bollène-Vésubie, etc.)[6].

Cet amphibien est plutôt signalé au fond des vallées, mais parfois aussi en altitude, par exemple à plus de 2400 m (au-dessus de la Gordolasque, l’un des affluents de la Vésubie ; Renet et al., 2012). Il est aussi signalé dans la vallée de la Tinée jusqu'à Saint-Dalmas-le-Selvage – bien qu’apparemment rare sur la rive droite et absent du secteur du Haut-Cians, hormis localement à l'est des gorges inférieures du Cians (village de Thierry), sans doute pour des raisons géologiques (roche comportant trop peu d’abris)[6]. En moyenne vallée du Var, il ne serait plus présent que vers Malaussène et Massoins[6]. On l’a aussi signalé (petites populations) localement dans les Alpes-de-Haute-Provence (Entrevaux, Saint-Benoît, le long du Coulomp), Sausses et Castellet-lès-Sausses. Dans la vallée de l'Esteron, l'Hydromante de Strinati se répartit au sein d'un périmètre assez restreint situé sur les communes du Broc, Bonson, Aiglun, Revest-les-Roches, Tourette-du-Château, Toudon, Les Ferres, Bézaudun-les-Alpes et Bouyon, mais des habitats lui conviennent plus à l’ouest (au pied des Préalpes de Castellane)[6].

Cette espèce semble sensible aux barrières géomorphologues[7]. Certaines populations à la marge de sa distribution (notamment à l'ouest où aucune station ne se trouve au delà du fleuve Var[4]) sont susceptibles d'être isolées par des barrières géomorphologiques difficilement franchissables, ce qui rend l’espèce encore plus vulnérable[6].

Reproduction

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Le comportement reproducteur de Hydromantes strinatii en liberté, très rarement observé, est très mal connu[8].

La maturité sexuelle est atteinte vers 3 ans et demi chez les mâles et 5 ans chez les femelles[4].

C'est une espèce ovipare. La femelle dépose 6 à 13 œufs directement sur le sol ou dans une fissure. L'accouplement a majoritairement lieu en hiver ou au printemps bien que des variations importantes soient constatées en fonction de l'altitude et de la zone géographique[4]. La fécondation est interne et se fait au moyen d'un spermatophore, déposé par le mâle sur le sol, puis instantanément absorbé par la femelle au moyen de son cloaque. Rare chez les amphibiens, les œufs terrestres donneront à l'éclosion après 10 mois de développement embryonnaire, une progéniture morphologiquement similaire à l'adulte (d'une taille d'un peu plus de 2 cm), sans phase aquatique[4],[5]. La phase larvaire dure environ 1 mois et demi avant que le juvénile soit capable de s'alimenter.

Le soin parental joue un rôle important dans plusieurs espèces du genre Speleomantes (Speleomantes italicus et S. flavus). La mère reste entourée auprès des œufs et les protège jusqu'à éclosion, bien que du canibalisme maternel soit parfois observé[4].

Période d'activité

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Speleoantes strinatii posté dans une anfractuosité de roche.

Le Spéléomante de Strinati est actif toute l'année bien que la baisse des températures en hiver ralentisse son métabolisme et que les fortes chaleurs et faible hygrométrie en été l'oblige à rester à l'abri sous des pierres, dans des fissures ou des grottes. Majoritairement nocturne, on peut tout de même l'observer lors de journées pluvieuses ou à forte hygrométrie (> 75 %). Ce dernier paramètre est primordial étant donnée la respiration tégumentaire (cutanée) qui ne peut avoir lieu qu'en présence d'une forte humidité.

Alimentation

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C'est un opportuniste avec un régime alimentaire très varié constitué de divers invertébrés. Son aisance à se mouvoir sur les parois rocheuses l'amène à chasser souvent sur les parois aux abords de la grotte ou la fissure où il réside. Doté d'une langue protractile, il attrape ses proies en projetant celle-ci rapidement à quelques centimètres devant lui.

Génétique

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Les analyses de gènes mitochondriaux laissent penser que les clades américains et européens se sont séparés il y a environ 13,5 millions d'années, très probablement avant ou après la dispersion vers l'ouest de souches américaines vers l'Europe, via le pont terrestre de Bering. En Europe, une nouvelle divergence a débuté à la fin du Miocène avec des populations insularisées de Sardaigne lors de la Crise de salinité messinienne (à la suite du dessèchement de presque tout le bassin méditerranéen il y a environ 5,96 Ma [9]. L'aridification aurait fragmenté la métapopulation de Speleomantes qui vivait a priori dans des conditions fraîches et humides, ce qui a conduit à l'émergence d'au moins six espèces. Une autre période de diversification en Europe continentale aurait eu lieu vers 2-1,3 Ma, probablement cette fois en raison de périodes très froides du Pléistocène.
L'horloge moléculaire laisse penser que la séparation d'avec les ancêtres d'Amérique a été plus récente qu'on ne l'avait précédemment imaginé, de même pour les évolutions phylogénétique qui ont suivi en Europe[9].

Densité de population - Biomasse

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Il y a peu de données à ce sujet. Si l'espèce est rare en Europe, elle reste commune au sein de son aire de répartition caractérisée par la présence de microhabitats de parois rocheuses qui lui conviennent[4].
Une étude basée sur des échantillonnages répétés a cherché à évaluer quantitativement une population vivant sur des substrats rocheux le long d'un petit cours d'eau des Apennins (nord-ouest de l'Italie), d' à 1996. Il s'agissait d'estimer pour la première fois la structure, l'abondance et la biomasse d'une population. Dans cet habitat, la densité de population variait de 0,6 à 1 individu par mètre carré de paroi rocheuse (0,8 en moyenne), pour une biomasse (en poids humide) évaluée à 0,98 à 1,54 g/m2 (moyenne : 1,25 g/m2)[10].

Confusion avec une autre espèce

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Confusion possible avec le Spélerpès brun (Speleomantes ambrosii) très proche morphologiquement et dont la partie la plus occidentale de l'aire de répartition se chevauche avec la partie la plus orientale de celle de Speleomantes strinatii. Cependant cette confusion n'existe pas en France où seul le spéléomante de Strinati est présent.

Étymologie

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Villy Aellen dédie le nom de cette espèce, strinatii, au spéléologue Pierre Strinati, avec lequel il découvre et capture le spécimen ayant servi à la décrire dans la grotte d'Aspremont[11].

Publication originale

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  • Aellen V (1958) Sur une nouvelle forme de Speleomantes (Amphibia, Plethodontidae). Senckenbergiana Biologica, vol. 39, p. 155-163.

Références taxonomiques

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Bibliographie

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Notes et références

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  1. a et b Amphibian Species of the World, consulté lors d'une mise à jour du lien externe.
  2. Annexe, I. I., de la Directive Habitats, I. V., & protégée en France, E. SPELERPES DE STRINATI.
  3. a et b Haffner, P. (1997) Bilan des introductions récentes d'amphibiens et de reptiles dans les milieux aquatiques continentaux de France métropolitaine. Bulletin Français de la Pêche et de la Pisciculture, (344-345), 155-163.
  4. a b c d e f g h i et j Vincent Rivière, Sebastien Sant, Julien Renet et Olivier Eyraud, « FIche espèce du Site Natura 2000 FR 9301562 : « SITE A SPÉLÉOMANTES DE ROQUEBILLIÈRE ». » [PDF], sur www.alpes-maritimes.gouv.fr, Département des Alpes Maritimes, (consulté le ), p. 3-10
  5. a b c d e et f (en-US) Peppino, « Hydromantes strinatii », sur Monaco Nature Encyclopedia, (consulté le )
  6. a b c d et e Renet J. 2017. Hydromante de Strinati Speleomantes strinatii. In : CEN PACA, Inventaire Régional des Amphibiens et Reptiles de PACA. En ligne : < http://www.cen-paca.org/index.php?rub=3&pag=3_15_5especes&cd_nom=79251 >. Consulté le 01/05/2018.
  7. Chiari, Y., Van Der Meijden, A., Mucedda, M., Lourenço, J. M., Hochkirch, A., & Veith, M. (2012). Phylogeography of Sardinian cave salamanders (genus Hydromantes) is mainly determined by geomorphology. PLoS One, 7(3), e32332.
  8. Lunghi E, Manenti R, Manca S, Mulargia M, Pennati R & Ficetola G.F (2014) Nesting of cave salamanders (Hydromantes flavus and H. italicus) in natural environments Salamandra, 50, 105-109.
  9. a et b Carranza S, Romano A, Arnold E.N & Sotgiu G (2008) Biogeography and evolution of European cave salamanders, Hydromantes (Urodela: Plethodontidae), inferred from mtDNA sequences. Journal of Biogeography, 35(4), 724-738
  10. Salvidio Sebastiano, « Estimating abundance and biomass of a Speleomantes strinatii (Caudata, Plethodontidae) population by temporary removal sampling » (article scientifique), Amphibia-Reptilia, vol. 19,‎ , p. 113-124 (DOI 10.1163/156853898X00412 Accès libre, lire en ligne)
  11. Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Paris, Belin, coll. « Éveil nature », , 207 p. (ISBN 2-7011-4142-7)