Grive mauvis

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Turdus iliacus

image illustrant les oiseaux
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La Grive mauvis (Turdus iliacus) est une espèce de passereaux de taille moyenne (la plus petite des grives) appartenant à la famille des Turdidae. En France, l'espèce n'est visible qu'en période de migration et d'hivernage ; Elle se reproduit plus au nord. Sa migration est nocturne.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]


Il existe deux sous-espèces

  1. T. i. iliacus, décrite par Linnée. Elle vit essentiellement en Eurasie.
  2. T. i. coburni décrite par Richard Bowdler Sharpe en 1901. Plus foncée et un peu plus grande, elle est spécifique à l'Islande et aux Îles Faroe. Elle hiverne dans l'ouest de l’Écosse et de l'Irlande du sud au Nord de l'Espagne.

Habitat, répartition[modifier | modifier le code]

La grive mauvis vit sur un territoire très large (estimée à environ 10 millions de kilomètres carrés, soit 3,8 millions de milles carrés), ce qui rend les études démographiques globale difficiles. Il se reproduit dans les régions du nord de l'Europe et de l'Asie (et à l'ouest jusqu'en Islande au sud de l’Écosse et en Scandinavie).

Ces dernières années son aire de répartition semble s'être légèrement étendue, tant en Europe de l'Est (où il se reproduit par exemple sur de nouveaux territoires en Ukraine), qu'au sud du Groenland (les environs de Qaqortoq au Groenland ont été colonisée en 1990-1991, probablement à la faveur du réchauffement climatique)[1],[2],[3].

En altitude, cet oiseau est souvent remplacé par le merle à plastron[4].

L'habitat de reproduction est souvent un paysage de forêt et toundra, plutôt constitué de conifères et de bouleaux, qui peut aussi correspondre à certains stades de la succession forestière[5].

Description[modifier | modifier le code]

Un peu plus petite que la Grive musicienne (environ 20 cm), la Grive mauvis se reconnait principalement par son plumage brun-olive sur le dos, blanchâtre et taché de macules brun-olive sur le ventre. Les flancs peuvent apparaître roux et un fort sourcil blanc marque la tête. La base du bec jaune représente un autre critère d'identification [1],[2],[3].

Cet oiseau mesure 20–24 cm de long pour un poids de 50–75 g.
Il n'y a pas de dimorphisme sexuel.

Chant[modifier | modifier le code]

Le mâle produit une grande variété de chants courts et en vol un appel sifflé. Il existe aussi un cri d'alarme, notamment poussé durant la défense du nid[6]. En période de reproduction (en Scandinavie, Russie..) la phrase chantée comporte une partie introductive d'une dizaine de petits sifflements, puis une seconde partie avec des éléments plus complexes, Le nombre de mâles sexuellement matures en train de chanter augmente significativement puis chute quand la ponte a commencé, ce qui laisse penser que le chant a une importance pour l'attraction d'une compagne, et pour l'accouplement, puis le maintien des liens[7]. Néanmoins, il a aussi été noté que le nombre de mâles en train de chanter est positivement corrélée au nombre de mâles chanteurs présents, ce qui suggère que le chant a aussi une fonction en termes de compétition inter-mâles[7]. Enfin, toujours durant la saison de reproduction : la partie introductive du chant ne change pas de manière significative, mais la seconde et dernière partie de la phrase musicale est abrégées (voire omise) une fois que la ponte est réalisée[7].

Une partie des chants de cette espèce est discrète (chants calmes[8]) et il existe des dialectes au sein de l'espèce[9]

Biologie, comportement[modifier | modifier le code]

Nid de Grive mauvis, habituellement fait de boue et d'éléments végétaux (herbes, mousses)

Cet oiseau est monogamme, migrateur et atteint sa maturité sexuelle à un an.
Il nidifie de mai à mi-juillet, principalement dans les montagnes scandinaves et russes.
Les nids sont construits dans des arbustes ou au sol, par la mère.
Quatre à six œufs y sont déposés et soignés, mesurant généralement 2,6 x 1,9 centimètres pour un poids moyen de 4,6 grammes (dont 5% représentent la coquille d'œuf).
L'éclosion nécessite 12-13 jours puis les poussins quitteront le nid dès l'âge de 12-15 jours, les jeunes restent toutefois dépendants de leurs parents pour encore deux semaines[1],[2],[3].

En hivernage, il passe les nuit dans des « dortoirs ». En hiver, cette grive est présente en petites troupes, mélangée à d'autres grives, dans les champs, les prairies et les bois de l'Europe occidentale. En cette saison, elle affectionne les régions collinéennes ou montagneuses, à proximité des rivières et torrents.
C'est un oiseau migrateur, mais qui parcourt des distances très variables selon les régions. Hivernante en Europe occidentale, centrale et du sud, au nord-ouest de l'Afrique, et en Asie du sud-ouest et à l'est vers le nord de l'Iran. Certains oiseaux de l'ouest de l'aire de reproduction (en particulier au sud-ouest de la Norvège) peuvent ne pas migrer ou n'effectuer que de courtes migrations, alors que ceux de l'Extrême-Orient migrent au moins sur 6500 à 7000 km pour rejoindre leurs aires d'hivernage[1],[2],[3].
La grive mauvis serait plus nomade que les autres grives, c'est à dire qu'elle tend moins à revenir régulièrement dans les mêmes zones d'hivernage[10] ; Des passages d'oiseaux vagabonds sont signalés sur la côte nord-est de l'Amérique du Nord, avec même deux observations sur la côte nord-ouest (une grive vue à Washington en 2005, et une à Seward, en Alaska en Novembre 2011)[3].

Sur les haltes migratoires et en zone d'hivernage ces grives s'associent volontiers à d'autres oiseaux, formant parfois des groupes de 10 à 200 oiseaux voire plus, se nourrissant souvent de pair avec des litornes, merles communs, étourneaux, et parfois avec d'autres espèces de grives (musicienne notamment)[1],[2],[3].

Régime alimentaire : cet oiseau est omnivore, avec une grande variété de vers de terre, d'adultes et larves de coléoptères, d'arthropodes, de myriapodes et de lépidoptères. Elle mange aussi des gastéropodes. Cette nourriture animale est surtout collectée au sol lorsque les baies disparaissent progressivement ; sinon cette grive est plutôt végétarienne (à 80 %) en automne-hiver avec alors des baies de sorbier Sorbus aucuparia, d'aubépine Crataegus monogyna, de genévrier commun (Juniperus communis), de prunellier Prunus spinosa, d'alisier blanc (Sorbus aria), de pommes domestiques ou sauvages Malus sp, de grains de raisin (Vitis vinifera) et d'olives (Olea europaea) puis de Lierre (Hedera helix) en fin d'hiver[1],[2],[3] ; l'espèce contribuant ce faisant à la bonne diffusion des graines de ces plantes. La plupart des oiseaux semblent distinguer les ultraviolet. Il a été montré en 1999 que cet oiseau est particulièrement sensible à la réflection des ultraviolets solaires sur la cuticule bleue-foncée à noire des myrtilles, mais uniquement chez l'adulte, ce qui laisse penser qu'un phénomène d'apprentissage permet à ces grives de peu à peu distinguer les myrtilles les plus mûres au moyen de leur réflectance UV[11], c'est une particularité qui semble partagée avec d'autres vertébrés également disperseurs de graines[12],[13].

Chasse[modifier | modifier le code]

Cette espèce est abondamment chassée en Europe. En France selon l'ONCFS, on la chasse de 4 manières différentes :

  1. à la passée (du matin et du soir) à partir d'affût découvert, entre les zones de dortoir situés en altitude, et les zones de gagnage (en plaine), c'est une pratique plus récente en France selon l'ONCFS[14]
  2. le cul levé (chasse devant soi, pratiquée sur les zones de gagnage)[14].
  3. à poste (dans un affût fermé situé devant un arbre ou poste aménagé pour attirer l'oiseau par des appelants[14],
  4. au gluau : à partir d´une installation fixe (arbres aménagés, cabane) pour notamment fournir les appelants pour la chasse de la grive au poste (ou à la cabane)[14].

Ce sont selon les tableaux de chasse à tir et une enquête nationale ayant portée sur la saison de chasse 1998-1999 4 537 960 grives (± 1,8 %), toutes espèces confondues qui ont été tuées à la chasse en une saison, soit le troisième rang en terme de prélèvement parmi les 39 espèces concernées par cette enquête[14]. Selon l'ONCFS, « L'influence de la chasse sur les paramètres démographiques des populations peut avoir un effet non négligeable »[14].

Statut, effectifs, état des populations, menaces et pressions[modifier | modifier le code]

Sa population était estimée à la fin du XXe siècle comme comprises entre 26 et 40 millions d'individus rien que pour l'Europe, qui pourrait abriter 40% environ de la population mondiale si l'on admet que la population mondiale est de 98 à 151 millions d'oiseaux (chiffre très approximatif).

Pour la période 1970-1990 ; c'est une espèces dont les populations en France fluctuent fortement, et qu'elle est en déclin dans certains pays (Suède, Pologne et Royaume-Uni), en progression dans d'autres (Norvège, Estonie) et qui semble avoir été stable ailleurs (en Russie ou pour la moyenne européenne[14]. Selon l'ONCFS, en Europe, 17 pays regroupent la plupart des reproducteurs et il y aurait 16 à 21 millions de couples (essentiellement situés en Russie)[14].
En France selon l'ONCFS plusieurs centaines de milliers d'individus descendent des pays nordiques en hiver avec certains hivers peut-être même plus d´un million d'oiseaux  ; « L'indice d'abondance des populations hivernantes en France estimé à partir des comptages « Flash » de janvier semble décliner modérément depuis 2000 (réseau oiseaux de passage ONCFS/FNC/FDC) »[14].

A début du XXIe siècle (2000-2015) cette espèce est en déclin sur une partie au moins de son aire de répartition (comme de nombreuses autres espèces d'oiseaux). Elle semble approcher les seuils pris en compte par la Liste rouge des espèces menacées de l'UICN (baisse de plus de 30% en dix ans ou sur trois générations). Comme sa démographie mondiale est incomplètement suivie, certains la considèrent donc comme quasi- menacé [15].

Des facteurs naturels de variations démographiques connus sont les hivers rigoureux (sources d'une forte mortalité) et des étés froids et humides (qui se traduisent par un moindre succès de reproduction)[16]. Cet oiseau chanteur semble aussi (comme tous les oiseaux chanteurs) pouvoir être gêné par le bruit routier et notamment à la proximité des autoroutes[17].

D'autres facteurs liés à l'anthropisation des paysages, à la chasse[14], au recul général des insectes et peut être à des épidémies, éventuellement zoonotiques (ex : grippe aviaire) sont étudiés (ex : Une étude russe des parasites sanguins chez cette espèce a mis en évidence (chez toutes les grives testés dont la grive mauvis) la présence de parasites hématozoaires, dont Haemoproteus et Trypanosoma[18]).
C'est une des espèces qui profitent en Europe du Nord de l'effet lisière qui est augmenté dans les trouées forestières dues aux coupes rases et autres chantiers[19]. Mais elle s'éloigne des lisières quand il s'agit de lisières de bord d'autoroute ; ces dernières ont alors un effet de fragmentation forestière pour la Grive mauvis[17].
Cet oiseau passant beaucoup de temps au sol, il est aussi communément trouvé porteur de tiques et de la maladie de Lyme[20]. Il a été montré à partir de cette espèce que les oiseaux migrateurs peuvent transporter la maladie de Lyme en tant qu'infection latente durant plusieurs mois, et que cette infection peut être réactivés (et transmise aux tiques) en période pré-migratoire. Les résultats d'analyses faites en Europe du Nord permettent selon Å Gylfe & Al dans la revue Nature en 2000 de conclure que « que les oiseaux migrateurs peuvent être porteurs efficace de ce pathogène à longue distance ».

Législation[modifier | modifier le code]

  • commercialisation interdite en France (Arrêté ministériel du 20/12/83)[14].
  • capture aux gluaux réglementée par arrêté ministériel, avec obligation d'autorisation annuelle délivrée par le Préfet aux détenteurs du droit de

chasse sur le territoire dans lequel ils sont installés[14].

Références[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Notes et références autres que taxonomiques[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Snow, D. W. & Perrins, C. M. (1998). The Birds of the Western Palearctic Concise Edition. OUP ISBN 0-19-854099-X.
  2. a, b, c, d, e et f del Hoyo, J., Elliott, A., & Christie, D., eds. (2005). Handbook of the Birds of the World Vol. 10. Lynx Edicions, Barcelona ISBN 84-87334-72-5
  3. a, b, c, d, e, f et g Clement, P., & Hathway, R. (2000). Thrushes Helm Identification Guides, London ISBN 0-7136-3940-7.
  4. Evans G (1972), The Observer's Book of Birds' Eggs. London : Warne. p. 78. ISBN 0-7232-0060-2.
  5. Helle P (1985) Habitat selection of breeding birds in relation to forest succession in Northeastern Finland. Ornis Fennica, 62(3), 113-123.
  6. Bjerke T, Espmark Y & Fonstad T (1985) Nest defence and parental investment in the Redwing Turdus iliacus. Ornis Scandinavica, 14-19 (résumé)
  7. a, b et c Bjerke T.K & Bjerke T.H (1981). Song dialects in the Redwing Turdus iliacus. Ornis scandinavica, 40-50.
  8. Dabelsteen, T., McGREGOR, P. K., LAMPE, H. M., LANGMORE, N. E., & Holland, J. O. (1998). Quiet song in song birds: an overlooked phenomenon. Bioacoustics, 9(2), 89-105 (résumé).
  9. Bjerke T.K (1984) The response of male redwings Turdus iliacus to playback of different dialects. Fauna Norvegica, Series C, Cinclus, 7, 24-27 (résumé).
  10. Snow, David; Perrins, Christopher M., eds. (1998). The Birds of the Western Palearctic concise edition (2 volumes). Oxford: Oxford University Press. ISBN 0-19-854099-X. p1215–1218
  11. Siitari, H., Honkavaara, J., & Viitala, J. (1999). Ultraviolet reflection of berries attracts foraging birds. A laboratory study with redwings (Turdus iliacus) and bilberries (Vaccinium myrtillus). Proceedings of the Royal Society of London B: Biological Sciences, 266(1433), 2125-2129.
  12. Willson, M.F & Whelan C.J (1989) Ultraviolet reflectance of fruits of vertebrate-dispersed plants. Oikos55, 341^348.
  13. Guitian J, Munilla I, Guitian P & Lopez B (1994) Frugivory and seed dispersal by redwings Turdus iliacus in southwest Iceland. Ecography, 17(4), 314-320 (résumé).
  14. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l ONCFS (2016) Grive Mauvis? PDF, 28_08_2016 - 8 pages
  15. BirdLife International (2015). "Turdus iliacus". IUCN Red List of Threatened Species (Version 2015). UICN/International Union for Conservation of Nature. Consulté 26 Janvier 2016
  16. del Hoyo, J., Elliott, A., & Christie, D., eds. (2005). Handbook of the Birds of the World Vol. 10. Lynx Edicions, Barcelona ISBN 84-87334-72-5.
  17. a et b Kuitunen M, Rossi E & Stenroos A (1998) Do highways influence density of land birds ?. Environmental management, 22(2), 297-302.
  18. Palinauskas, Vaidas; Markovets, Mikhail Yu; Kosarev, Vladislav V; Efremov, Vladislav D; Sokolov Leonid V; Valkiûnas, Gediminas (2005). "Occurrence of avian haematozoa in Ekaterinburg and Irkutsk districts of Russia". Ekologija. 4: 8–12
  19. Helle P 1983 Bird communities in open ground-climax forest edges in northeastern Finland. Oulanka Reports 3:39–46.
  20. Gylfe Å, Bergström S, Lundstróm J & Olsen B (2000) Epidemiology: reactivation of Borrelia infection in birds. Nature, 403(6771), 724-725 ; résumé.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]