Gianna Manzini

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Gianna Manzini est une écrivain italien née à Pistoia le et morte à Rome le (à 78 ans).

Biographie[modifier | modifier le code]

Gianna Manzini nait à Pistoia en 1896, issue d’une famille aisée de la bourgeoisie locale. Ses parents se séparent après quelques années en raison de désaccords entre les idées anarchistes du père et la respectabilité conservatrice de la mère.

La séparation de ses parents laisse dans l’âme sensible de la fillette une trace indélébile, qui s’exacerbe encore plus quand, encore jeune femme, s’installe en elle un sentiment de culpabilité et de remords pour ne pas avoir été proche de son père quand celui-ci, après avoir participé à quelques complots contre le régime fasciste créé récemment, se voit recommander par Mussolini en personne à se retirer dans un exil volontaire dans un petit village de montagne au confins de l’Appennino Pistoiese, Cutigliano, et qui décède en 1925 à la suite d'une agression fasciste préméditée.

Après la séparation de ses parents, au début de l’automne 1914, elle déménage avec sa mère à Florence, ville qui l’impressionne et l’excite, pour terminer ses études.

Elle s’inscrit et a assiste aux cours de littérature de l’université de Florence et participe au débat culturel très animé de la fin de la Première Guerre mondiale et de la montée du fascisme. Pendant la préparation de la thèse, sur les œuvres ascétiques de Pietro Aretino, elle fait la connaissance de Bruno Fallaci, qui tient la troisième page du journal La Nazione. C’est le coup de foudre amoureux classique, qui, après un court laps de temps, finit par un mariage, le jour de Noël 1920. Ce quotidien, dans son édition du soir, en été de la même année, avait déjà publié d’elle un récit, le premier d’une longue série, dans laquelle on peut appréhender de plus en plus clairement la qualité et les sources de sa prose.

En 1928, elle publie son premier roman Tempo innamorato, qui est accueilli comme une bouffée de fraîcheur par le critique Emilio Cecchi, et qui attire l’attention d’André Gide et de Valery Larbaud. Elle commence à contribuer à la revue littéraire Solaria, et dans cet environnement culturel sensible aux nouvelles propositions, elle fait la connaissance d’Arturo Loria, d’Alessandro Bonsanti, de Giuseppe Prezzolini, de Giuseppe De Robertis et du jeune Eugenio Montale qui, à propos du premier livre de Gianna Manzini, écrit « Elle a déjà fait beaucoup et pourra faire beaucoup plus encore pour le roman italien ».

En 1930, elle est la seule femme choisie par Enrico Falqui et Elio Vittorini pour leur anthologie Scrittori Nuovi, mais, avec le succès et l’ouverture vers la littérature européenne, vient la crise conjugale. En 1933 elle se sépare de son mari, abandonnant sa bien-aimée Florence, tire un trait sur son passé et s’installe à Rome avec Enrico Falqui. La ville, dans un premier temps s'avère hostile, sa relation amoureuse est orageuse, mais avec le temps, elle retrouve un équilibre sentimental et un endroit où déposer définitivement ses racines.

Dans l’immédiat après-guerre, elle fonde la revue Prosa avec Enrico Falqui : l'aventure éditoriale ne dure guère, mais le magazine joue un rôle de premier plan dans le débat épineux sur le récit, en hébergeant des écrits de Virginia Woolf, Thomas Mann, Jean-Paul Sartre et de Paul Valéry.

En concomitance avec son engagement littéraire, elle commence une carrière frivole comme chroniqueuse de mode, d’abord pour le Giornale d'Italia, puis pour l'hebdomadaire Oggi. Plus tard, elle tient une chronique régulière dans la revue littéraire La Fiera Letteraria qu’elle signe des pseudonymes Pamela et Vanessa, des écrits joyeux, des pensées bizarres, des distractions qu’elle s'autorise à côté d'un engagement tyrannique et absolu.

Après la rédaction tourmentée et longue du récit Lettera all'Editore de 1945 qui marque le point culminant de son lyrisme esthétique, quelques années plus tard, en 1953, elle rencontre le jeune Pasolini qui la conduit vers un roman plus provincial. Elle écrit un nouveau roman, La sparviera (L’Épervière), qui remporte en 1956 le prestigieux prix Viareggio. Les évènements du roman se déroulent sans trop d'empiètement mémoriel, si présent dans les récits des années quarante : l’histoire d'une maladie pulmonaire, contractée enfant, et qui causera sa mort.

Les fantômes de l'enfance ressurgissent dans son dernier roman Ritratto in piedi (Portrait en pied), qui remporte le Prix Campiello et lui vaut une réputation tardive, et dans son dernier recueil de nouvelles Sulla soglia, publié en 1973.

Elle meurt à Rome, le 31 août 1974, quelques mois seulement après la disparition de son compagnon et grand amour Enrico Falqui.

Thématique[modifier | modifier le code]

La prose de Gianna Manzini, telle que définie par son premier critique Emilio Cecchi « compliquée et peu éblouissante » a toujours essayé de construire le récit suivant des angles et des plans différents, par ces déplacements constants, le récit possède à la fois un rythme haletant, des préciosités lexicales, métaphoriques et le style devient souvent acrobatique. Le critique Giacomo Debenedetti écrit d'elle « certainement, elle a réussi et elle réussit à prononcer des mots que, jusqu'à l’instant précédent, nous avions cru imprononçables [.....] de cette manière [...] elle peut nous décrire un visible que nous devrions voir, mais que nous ne verrons jamais de nous-même. ».

Dans ses deux derniers livres, alors que la réputation et la renommée sont pour l'écrivain un retour douloureux aux origines, la mémoire du père bien-aimé, la culpabilité, ranimées après un oubli de presque soixante ans, sont inévitables pour disséquer tout son vécu, l’histoire douloureuse d’un père riche qui abandonne sa famille pour courir après un idéal et un destin tragique et d’une mère riche bourgeoise conservatrice et réactionnaire, est un choc entre des choix différents et inconciliables.

Elle se révèle comme une intellectuelle raffinée, auteure de morceaux lyriques et expérimentatrice de formes ouvertes de texte. Elle suit un chemin original et innovant, au-delà des tendances littéraires, souvent en avance sur son temps, avec des procédés novateurs et très personnels.

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • L’Épervière, [« La sparviera »], trad. de Michel Breitman, Paris, Éditions Stock, 1958, 229 p. (notice BnF no FRBNF32415239)
  • Portrait en pied, [« Ritratto in piedi »], trad. de Marilène Raiola, Paris, Éditions Mille et une nuits, 2002, 268 p. (ISBN 2-84205-661-2)

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]