Gaudeamus igitur

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Écouter l'air.Partition de Gaudeamus igitur

Gaudeamus igitur (en latin : Réjouissons-nous donc), appelé aussi simplement Gaudeamus, et également connu sous le nom de De brevitate vitae (en latin : La brièveté de la vie), est un chant du XVIIIe siècle considéré aujourd'hui dans beaucoup de pays comme l'hymne international des étudiants.

Il se chante généralement dans sa version latine. Jadis les étudiants de nombreux pays connaissaient tous le latin et communiquaient dans cette langue. Sa conservation dans l'hymne Gaudeamus igitur est une survivance de cette universalité linguistique.

Chez les étudiants de France cet hymne est aujourd'hui très peu connu et chanté. On ne le trouve ni joint au répertoire de chansons paillardes des étudiants en médecine Le Bréviaire du carabin, ni des fanfares des Beaux-Arts. Il est présent dans la Faluche, notamment dans certains bréviaires, même s'il est peu chanté car rarement appris.

Paroles[modifier | modifier le code]

Texte original en latin Traduction en allemand Traduction en anglais Traduction en français
|: Gaudeamus igitur
iuvenes dum sumus :|
post iucundam iuventutem,
post molestam senectutem,
|: nos habebit humus ! :|
Wir wollen also fröhlich sein,
solange wir noch junge Leute sind.
Nach fröhlicher Jugend,
nach beschwerlichem Alter
wird uns die Erde haben.
Let us rejoice, therefore,
While we are young.
After a pleasant youth
After a troubling old age
The earth will have us.
Réjouissons-nous donc
Tant que nous sommes jeunes
Après une jeunesse agréable
Après une vieillesse pénible
La terre nous aura.
|: Ubi sunt qui ante nos
in mundo fuere? :|
vadite ad superos
transite ad inferos
|: ubi iam fuere. :|
Wo sind jene, die vor uns
auf der Welt gewesen sind?
Geht zu denen da oben,
steigt hinunter zu denen da unten,
dort wo sie schon angekommen sind.
Where are they who, before us,
Were in the world?
Go to the heavens
Cross over into hell
If you wish to see them.
Où sont ceux qui furent
Sur terre avant nous
Allez vers les cieux
Passez par les enfers
Là où ils ont déjà été.
|: Vita nostra brevis est,
brevi finietur, :|
venit mors velociter,
rapit nos atrociter
|: nemini parcetur! :|
Unser Leben ist kurz,
in Kürze wird es vorüber sein,
der Tod kommt schnell,
rafft uns grausam hinweg,
niemand wird verschont werden.
Our life is brief
Soon it will end.
Death comes quickly
Snatches us cruelly
To nobody shall it be spared.
Notre vie est brève,
Elle finira bientôt
La mort vient rapidement
Nous arrache atrocement
En n'épargnant personne.
|: Vivat academia,
vivant professores! :|
vivat membrum quodlibet,
vivant membra quaelibet,
|: semper sint in flore! :|
Es lebe die Akademie,
es leben die Professoren,
es lebe jedes (Mit)Glied
es leben alle (Mit)Glieder.
Sie sollen immer in Blüte stehen!
Long live the academy!
Long live the professors!
Long live each student;
Long live the whole fraternity;
For ever may they flourish!
Vive l'Université,
Que vivent les professeurs,
Que chaque étudiant vive quel qu'il soit,
Que tous ses membres vivent quels qu'ils soient,
Qu'ils soient toujours florissants !
|: Vivant omnes virgines
faciles, formosae, :|
vivant et mulieres,
tenerae, amabiles,
|: bonae, laboriosae :|
Es leben alle Mädchen,
die leichtlebigen und hübschen,
es leben auch die Frauen,
die zarten, liebenswerten,
die guten und fleißigen.
Long live all girls,
Easy [and] beautiful!
Long live [mature] women too,
Tender, lovable,
Good, [and] hard-working.
Que vivent toutes les jeunes filles,
Affables, belles,
Que vivent aussi les femmes
Tendres, aimables,
Bonnes, travailleuses !
|: Vivat et res publica,
et qui illam regit! :|
vivat nostra civitas,
maecenatum caritas,
|: quae nos hic protegit! :|
Es lebe auch der Staat
und wer ihn regiert,
es lebe unsere (Universitäts-)Bürgerschaft,
die Fürsorge der Mäzene,
die uns hier beschützt.
Long live the state as well
And he who rules it!
Long live our city
[And] the charity of benefactors
Which protects us here!
Que vive aussi l'État,
Et celui que le dirige !
Que vive notre cité,
Le bon cœur des mécènes
Qui nous protège ici.
|: Pereat tristitia
pereant osores :|
pereat diabolus
quivis antiburschius
|: atque irrisores :|
Nieder mit der Traurigkeit
nieder mit den Hassern,
nieder mit dem Teufel,
mit jedem Feind der Burschen
und mit allen Spöttern!
Let sadness perish!
Let haters perish!
Let the devil perish!
And also the opponents of the fraternities
And their mockers, too!
Que périsse la tristesse,
Que périssent ceux qui nous haïssent
Que périsse le diable
Tous les ennemis de notre confrérie
Ainsi que les railleurs.

Historique[modifier | modifier le code]

Le recueil Studentenlieder (Chansons d'étudiants) – 1781.

Gaudeamus igitur est une œuvre d'origine anonyme. Son style musical, ses paroles chantées en latin évoquent plus à l'oreille un hymne religieux et solennel qu'une chanson d’étudiants. On ne peut en citer l’origine exacte, car les auteurs ne connaissant pas la propriété intellectuelle à l'époque de sa rédaction ne revendiquaient pas leurs œuvres.

On présume qu’elle fut composée au XIIIe siècle en s’appuyant sur un manuscrit latin de Strada, qui fut évêque de Bologne, daté de 1287, référencé à la Bibliothèque nationale de France. Ce texte comporte des paroles pratiquement identiques aux derniers couplets de la chanson, mais sans apparition des mots Gaudeamus Igitur. Le manuscrit révèle une mélodie différente de la version chantée de nos jours. On suppose qu’en 1717, Joh. Christian Grünthaus en composa la musique.

Dans un recueil manuscrit de chansons d’étudiants conservé à la Westdeutsche Bibliothek de Marbourg et rédigé entre 1723 et 1750, on trouve la seconde plus ancienne version latine connue de l'hymne. Elle diffère encore considérablement de la chanson actuelle.

La première apparition connue de Gaudeamus igitur dans sa version moderne est due au théologien évangélique Chrétien Wilhelm Kindleben (Berlin, 1748Dresde, 1785). Dans son recueil Studentenlieder (Chansons d'étudiants), édité à Halle en 1781, il présente le chant, doublé d’une traduction allemande. Il confesse avoir modifié de façon conséquente le texte latin d’origine.

En 1782, la mélodie de Gaudeamus igitur apparaît très connue dans les universités allemandes. Dans l’Akademisches Liederbuch d'August Niemann, trois poésies sont indiquées comme devant être chantées sur cet air.

La première version imprimée connue de la mélodie actuelle se trouve dans le recueil Lieder für Freude der geselligen Freunden (Chansons pour la joie entre amis réunis) édité à Leipzig en 1788.

En 1866, Henri Gaidoz écrit de Berlin :

Le Gaudeamus igitur est, on le sait, le chant par excellence de l'étudiant allemand : il n'est d'aucune solennité où on ne le chante en chœur, cortège aux flambeaux, banquets, anniversaires glorieux de l'Université, etc[1].

De nos jours Gaudeamus igitur, connu et chanté dans beaucoup de pays, est, avec Di canti di gioia, hymne des étudiants italiens, un des deux hymnes de la Goliardia. C'est également depuis 1959 l'hymne officiel de la Fédération internationale du sport universitaire (FISU).

En 2013, l'artiste Commandant Roswell utilise et cite comme référence le nom Gaudeamus Igitur dans ses œuvres. Commandant Roswell, « site du projet Gaudeamus Igitur - Le fond des traditions », sur Gaudeamus Igitur,‎ (consulté le 22 mai 2013)

Contenu de l'hymne[modifier | modifier le code]

Une carte-postale allemande de 1898.

On retient surtout que Gaudeamus igitur signifie « Réjouissons-nous ». Considéré comme un morceau du folklore étudiant international, le contenu de l'hymne est rarement analysé. Pour beaucoup, c'est : « l'hymne international des étudiants ».

Son message pourtant est multiple, précis et très conservateur : réjouissons-nous, vive la vie et profitons-en quand il en est encore temps ! Vive l'école ! Vivent les professeurs ! Vive l'État et celui qui le dirige ! Vive la municipalité ! Vivent les riches (les mécènes) qui financent l'école !

Quant aux femmes, un couplet leur est consacré. Elles doivent être tout à la fois vierges, belles et faciles, tendres, aimables, bonnes et travailleuses. Leur intelligence, leur savoir et leurs capacités diverses autres que conjugales et domestiques ne sont pas mentionnés :

Vivant omnes virgines
faciles, formosae !
Vivant omnes virgines
faciles, formosae !
Vivant et mulieres
tenerae, amabiles,
bonae, laboriosae,
bonae, laboriosae.
Que vivent toutes les vierges,
Faciles, belles !
Que vivent toutes les vierges,
Faciles, belles !
Vivent les femmes
Tendres, aimables,
Bonnes, travailleuses,
Bonnes, travailleuses.

Bien sûr, il s'agit ici de l'analyse du contenu complet de l'hymne. À une époque récente on trouve souvent utilisées des versions abrégées, par exemple en 2007 à Wroclaw en Pologne[2].

Réemplois de l'hymne dans la musique classique[modifier | modifier le code]

Dans le premier tiers du XIXe siècle, Friedrich Schneider, compositeur à la cour de Dresde, compose une ouverture festive pour orchestre en ré majeur, opus 84, intitulée Gaudeamus igitur. Elle est publiée chez l'éditeur C. Brueggemann à Halberstadt[3].

En 1843, Franz Liszt écrit une paraphrase pour piano intitulée Gaudeamus ! Chanson d'Étudiants.

En 1846, Hector Berlioz introduit dans La Damnation de Faust un chœur d'étudiants qui chante une version originale de Gaudeamus igitur :

Jam nox stellata velamina pandit ; nunc bibendum et amandum est ! Vita brevis fugaxque voluptas. Gaudeamus igitur, gaudeamus !...
Nobis subridente lunâ, per urbem quoerentes puellas eamus ! ut cras, fortunati Cœsares, dicamus : Veni, vidi, vici ! Gaudeamus igitur, gaudeamus !
Traduction
Déjà la nuit étend ses voiles étoilés ; c'est l'heure de boire et d'aimer ! La vie est courte et le plaisir fugitif. Réjouissons-nous donc, réjouissons-nous !...
Pendant que la lune nous sourit, allons par la ville cherchant les jeunes filles ! pour que demain, heureux Césars, nous disions : Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu ! Réjouissons-nous donc, réjouissons-nous[4] !...

En 1848, Bedřich Smetana utilise l'air de Gaudeamus igitur dans Pochodu studentských legií (Marche des légions d'étudiants), œuvre initialement écrite pour le piano.

En 1863, Franz von Suppé cite Gaudeamus igitur dans l'ouverture de son opérette Flotte Burschen (Les gars de la flotte) dont l'action se déroule à l'Université de Heidelberg.

En 1870, Franz Liszt est chargé d'écrire une composition à l'occasion du 100e anniversaire de l'Académie de Musique d'Iéna. Il écrit une Humoresque et un dialogue dramatique : Il y a cent ans. Dans les deux il utilise la mélodie de Gaudeamus igitur.

En 1880, Johannes Brahms écrit son Ouverture pour une fête académique, qui est un pot-pourri constitué des airs de Gaudeamus igitur et de deux autres chansons estudiantines : Wir hatten gebauet ein stattliches Haus (Nous avons bâtit une maison majestueuse) et Fuchslieds (La chanson du renard), transcrites pour grand orchestre symphonique dans une tradition restant toutefois profondément classique.

En 1924, Sigmund Romberg cite Gaudeamus igitur dans son opérette The Student Prince (Le Prince Étudiant), dont l'action se déroule à l'Université de Heidelberg.

En 1954, un film du même nom est tourné à partir de cette opérette. Le ténor Mario Lanza, accompagné par un chœur masculin, y interprète Gaudeamus igitur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Henri Gaidoz, L'Université de Berlin pendant l'été de 1866, Revue des cours littéraires de la France et de l'étranger, 3e année, numéro 37, 11 août 1866, page 601.
  2. Voir Życie Akademickie, Pismo Akademii Wychowania Fizycznego we Wrocławiu (Vie Universitaire, Lettre de l'Académie d'éducation physique de Wroclaw) n°113-2007, page Internet en polonais avec le texte abrégé en latin de Gaudeamus igitur.
  3. Werkverzeichnis im Findbuch Hofkapelle Rudolstadt (Liste des œuvres répertoriées à la Chapelle de la cour de Rudolstadt), Thüringisches Staatsarchiv Rudolstadt (Archives d'état de Thuringe à Rudolstadt)
  4. La Damnation de Faust, scène 8, page 16.

Liens externes[modifier | modifier le code]