Gangkhar Puensum

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Gangkhar Puensum
Vue du versant ouest du Gangkhar Puensum depuis le Gophu La, avec à gauche du sommet la longue arête horizontale qui mène à son sommet secondaire, le Liankang Kangri (7 535 m).
Vue du versant ouest du Gangkhar Puensum depuis le Gophu La, avec à gauche du sommet la longue arête horizontale qui mène à son sommet secondaire, le Liankang Kangri (7 535 m).
Géographie
Altitude 7 570 m[1]
Massif Himalaya du Bhoutan (Himalaya)
Coordonnées 28° 02′ 55″ nord, 90° 27′ 15″ est[1]
Administration
Pays Drapeau du Bhoutan Bhoutan
Drapeau de la République populaire de Chine Chine
District
Région autonome
Gasa
Tibet
Ville-préfecture Shannan
Ascension
Première Aucune[1]
Géolocalisation sur la carte : Région autonome du Tibet
(Voir situation sur carte : Région autonome du Tibet)
Gangkhar Puensum
Géolocalisation sur la carte : Chine
(Voir situation sur carte : Chine)
Gangkhar Puensum
Géolocalisation sur la carte : Bhoutan
(Voir situation sur carte : Bhoutan)
Gangkhar Puensum

Le Gangkhar Puensum, Gangkar Punsum ou Gankar Punzum (« les trois frères spirituels »)[2], est une montagne à la frontière entre le Bhoutan et la Chine culminant à 7 570 mètres d'altitude. C'est le point culminant du Bhoutan, et le plus haut sommet vierge du monde.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Gangkhar Puensum est situé dans le Nord du Bhoutan et le Sud-Ouest de la Chine, à la frontière entre ces deux pays, dans l'est de l'Himalaya. Administrativement, il fait partie du district bhoutanais de Gasa et de la ville-préfecture de Shannan, dans la région autonome chinoise du Tibet.

Le sommet principal du Gangkhar Puensum culmine à 7 570 mètres d'altitude, ce qui en fait le point culminant du Bhoutan. Il est légèrement plus élevé que le Kula Kangri 7 538 mètres, 25 km au nord-est. Sa proéminence est de 2 995 m[1] et le plus proche sommet plus élevé est le Kangchenjunga, 230 km à l'ouest. Il présente une longue arête nord à peu près horizontale , au bout de laquelle on trouve un sommet secondaire appelé Liankang Kangri[a] (7 535 m d'altitude et 195 m de proéminence) situé entièrement en Chine, à 2 km au nord-ouest du point culminant[1].

Il est à la source de trois rivières importantes : le Kuru Chhu, vers la vallée de Lhuntse, le Chamkhar Chhu vers la vallée de Bumthang et le Mangde Chhu vers celle de Trongsa[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Identification et dénomination[modifier | modifier le code]

Le , au cours de sa 3e expédition au Tibet, le pandit (explorateur indien pour le compte du Survey of India britannique) Ugyen Gyatso aperçoit un pic appelé Kulha Kangri, sans qu'on sache s'il s'agit de l'actuel Kula Kangri, plus au nord, ou du Gangkhar Puensum[4]. En 1922, lors d'une mission diplomatique auprès du roi du Bhoutan Ugyen Wangchuck, le political officer du Sikkim Frederick Markham Bailey et le topographe militaire M. R. C. Meade repèrent la position et l'altitude du Kula Kangri (7 554 m) et d'un autre sommet au sud-ouest qu'ils dénomment Kula Kangri Sud ou simplement Kangri (7 540 m)[5].

Le Chomolhari, 7 326 m, à la frontière occidentale du Bhoutan est gravi pour la première fois en 1937 par Freddie Spencer Chapman et le sherpa Pasang Dawa Lama, et est considéré comme le plus haut sommet du Bhoutan jusque vers 1965[6]. En 1963, le géologue suisse Augusto Gansser est le premier à donner le nom de Ganker Punzum et à l'identifier comme le plus haut sommet du Bhoutan en le plaçant sur la frontière avec le Tibet[7]. En 1964 et 1965, Michael Ward (qui avait été le médecin de l'expédition victorieuse à l'Everest en 1953) et Frederic Jackson, lors d'expéditions médicales au Lunana, observent un sommet important appelé Rinchita[8],[9]. Il apparaît vite que le Ganker Punzum observé par Gansser depuis le sud et l'est, le Rinchita par Ward et Jackson depuis l'ouest, et le Kangri par Bailey et Meade depuis le nord, sont en fait un même sommet désigné par des noms locaux différents[10].

Alpinisme[modifier | modifier le code]

Le , le sommet sud, à 6 760 m est gravi par K. I. Kumar, membre d'une expédition indo-bhoutanaise menée par D. N. Tankha, mais il semble que ce sommet ne soit qu'une bosse en prolongement de l'arête sud [11].

Avec l'ouverture du Bhoutan à l'alpinisme en 1983[11], quatre expéditions ont rapidement été tentées vers ce qui est alors le second plus haut sommet vierge :

  • en une expédition de l'Himalayan Association of Japan atteint 6 880 m sur la spectaculaire arête centrale entre les faces sud-ouest et sud avant de renoncer du fait de l'œdème pulmonaire d'un des membres[11],[12] ;
  • en septembre et une expédition américaine, sponsorisée par le National Geographic et Rolex, et comprenant notamment Yvon Chouinard, Rick Ridgeway, John Roskelley et Douglas Tompkins, avec pour objectif les arêtes Est ou Sud-Est, ne peut parvenir à rejoindre la montagne en remontant la Chamkar Chhu[13]. Ils s'occupèrent en gravissant des 6 000 mètres vierges et en pêchant la truite[14] ;
  • en , une équipe autrichienne menée par Sepp Mayerl atteint 6 600 m sur l'arête sud, avant de renoncer du fait des chutes de neige et des risques d'avalanche[15] ;
  • en , une équipe de cinq Britanniques, un Américain et une Néo-Zélandaise (Lydia Bradey) menée par Steven K. Berry atteint 6 820 m toujours sur l'arête sud avant de renoncer devant les difficultés techniques et les vents en altitude[16].

Après l'ascension en 1992 du Namcha Barwa, à 7 782 mètres d'altitude, le Gangkhar Puensum devient le plus haut sommet vierge du monde. En 1994 le Bhoutan interdit l'ascension de tous les sommets de plus de 6 000 mètres (considérés comme sacrés), et en 2003 l'alpinisme quel qu'il soit[17].

En 1998, une équipe japonaise reçoit de la Chine l'autorisation pour une ascension par le versant tibétain. Une reconnaissance est menée en 1998, et deux voies possibles sont identifiées : l'arête nord-est en passant par le sommet secondaire du Liankang Kangri, et la face est. En raison des protestations du Bhoutan, le permis pour le Gangkhar Puensum est finalement refusé. L'objectif est détourné vers le Liankang Kangri, entièrement en Chine, et les 9 et , les neuf membres d'une équipe menée par Tsuguyasu Itami parviennent au sommet[18],[19],[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Liangkang Kangri » dans Nakamura 2012.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e (en) Eberhard Jurgalski, « High Asia - All mountains and main peaks above 6750 m » sur 8000ers.com.
  2. Sylvain Jouty et Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, Omnibus, 2009.
  3. (en) Bart Jordans, Trekking in Bhutan, Cicerone Press, 2018, p.312.
  4. (en) S. G. Burrard, « The Narrative Account of Lama Ugyen Gyatso's third season, 1883 », Records of the Survey of India, Vol. 18, part II : « Exploration of Tibet and Neighbouring Regions 1879-1892 », Office of the Trigonometric Survey, Dehra Dun, 1915, cité par Ward 1997, p. 19.
  5. (en) Frederick Markham Bailey, « Through Bhutan and Southern Tibet », in Geographical Journal, vol. 64, 1924, p. 291-297 (JSTOR:1781811) ; H. R. C. Meade, « Narrative Report of the Bhutan and South Tibet Survey Detachment, 1922 », in Records of the Survey of India Vol. XXI, Dehra Dun, 1925 - cités par Ward 1985 et Ward 1997.
  6. Ward 1997, p. 219.
  7. (en) Augusto Gansser, « Geological Research in the Bhutan Himalaya », Mountain World, 1964, p. 88-97 cité par Ward 1997, p. 223.
  8. Ward 1965.
  9. Ward 1966.
  10. Ward 1967.
  11. a b et c Nakamura 2012.
  12. (en) Sadao Tambe, « [http://publications.americanalpineclub.org/articles/12198621101 Asia, Bhutan, Kankar Pünzum Attempt », American Alpine Journal, 1986, p.211.
  13. (en) Phillip R. Trimble, « Asia, Bhutan, Kankar Pünzum Attempt », American Alpine Journal, 1986, p. 210-211.
  14. (en) Yvon Chouinard, Craig Mathews, Mauro Mazzo, Simple Fly Fishing: Techniques for Tenkara and Rod and Reel, Patagonia, 2014, « Bhoutan brown truit : here be caddis », p. 59 [lire en ligne].
  15. (en) Sepp Mayerl, « Asia, Bhutan, Kankar Pünzum Attempt », American Alpine Journal, 1987, p. 219.
  16. (en) Steven K. Berry « Kingdom of the Thunder Dragon », The Himalayan Journal, Vol. 44, 1988.
  17. « La montagne interdite ? », Montagnes Magazine, 26 mai 2019.
  18. (en) [PDF] Tsuguyasu Itami, « Gankarpunzum, Reconnaissance, and Liankang Kangri, First Ascent », American Alpine Journal, 2001, p. 390-391.
  19. (en) Tsuguyasu Itami, « Gankarpunzum and first ascent of Liankang Kangri », Japanese Alpine News, 2001.
  20. Nakamura 2012, qui utilise le nom de « Liangkang Kangri », p. 6.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael Ward, « Bhutan Himal », Alpine Journal,‎ , p. 106-119 (lire en ligne).
  • (en) Michael Ward, « Bhutan Himal : Some further observations », Alpine Journal,‎ , p. 281-284 (lire en ligne).
  • (en) Michael Ward, « Some geographical and medical observations in North Bhutan », The Geographical journal, 1966, vol. 132, no 4, p. 491-506 (JSTOR:1792528).
  • (en) [PDF] Peter Steele, « Perambulators in the Land of the Thunder Dragon », Alpine Journal, 1967, vol. 72, no 314-315, p. 264-272.
  • (en) Frederic Jackson et Michael Ward, « The Highest Mountain in Bhutan », Alpine Journal, 1967, vol. 72, no 314-315, p. 325-326.
  • (en) Steven K. Berry, The Thunder Dragon Kingdom : A Mountaineering Expedition To Bhutan, Crowood Press, 1988.
  • (en) Michael Ward, « The Eastern Himalaya - An Introduction », Alpine Journal,‎ , p. 10-17 (lire en ligne).
  • (en) Michael Ward, « Exploration of the Bhutan Himalaya », Alpine Journal,‎ , p. 219-229 (lire en ligne).
  • (en) Tamotsu Nakamura, « Hightlights on the Eastern Himalaya - Gankar Punsum, Namcha Barwa and Gyala Peri massifs », Japanes Alpine News, vol. 12,‎ , p. 2-22 (lire en ligne).