Géopolitique du sport

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La géopolitique du sport est une branche de la science politique qui étudie les implications géopolitiques du sport.

Le sport étant un important marqueur de hiérarchie sociale et politique, il a ainsi dans l'histoire permis de visualiser la hiérarchie et les conflits entre les grandes puissances. Les Jeux olympiques en sont certainement le plus important exemple. En football, la géopolitique concerne des relations internationales induites par la pratique de ce sport et notamment la désignation des villes et pays accueillant des compétitions de ce sport collectif.

Hiérarchisation politique dans le sport[modifier | modifier le code]

L'ère coloniale[modifier | modifier le code]

Avant 1945, moins d’une dizaine de pays se partagent les médailles des Jeux olympiques : ce sont des pays européens (Italie, Royaume-Uni, Suède, France…), les États-Unis et le Canada (on voit pointer l’Australie ainsi que l'Afrique du Sud).

L’organisation est aussi importante, ainsi le choix de Berlin pour les Jeux olympiques de 1936 illustrera son retour sur la scène mondiale sportive.

Pendant la guerre froide[modifier | modifier le code]

Ensuite, dès 1952 (première participation soviétique aux Jeux olympiques d'Helsinki), un duopole américano-soviétique se met en place : les deux pays vont jusqu’à remporter plus de 50 % des médailles.

Ainsi dès sa deuxième participation, en 1956, l’URSS passe devant les États-Unis avec 37 médailles d’or contre 32. Supériorité confirmée en 1960 (43 contre 34). En 1964, les États-Unis reprennent le dessus (36 à 30), puis en 1968 (45 à 29). À Munich, il y a une double victoire des pays communistes, l’URSS remporte 50 médailles d’or, les États-Unis 33, la RDA 20 et la RFA 13, supériorité confirmée en 1976.

En 1952, les athlètes russes ne résideront pas au village olympique pour éviter les contacts avec l’« ennemi » et les défections. Un second village sera d’ailleurs construit pour l’ensemble des athlètes des pays de l’Est.

Les boycotts[modifier | modifier le code]

La période est aussi marquée par de nombreux boycotts qui illustrent des tensions inter-étatiques : en 1956, l’Égypte, l’Irak et le Liban ont boycotté les Jeux de Melbourne pour protester contre l’occupation franco-anglo-israélienne du canal de Suez, tandis que l’Espagne de Franco et la Suisse faisaient de même pour dénoncer l’intervention soviétique en Hongrie.

L’édition de 1976 se fit sans la participation des nations africaines, mécontentes de n’avoir pu obtenir l’exclusion de la Nouvelle-Zélande, qui s’était rendue coupable d’avoir envoyé une équipe de rugby dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. On se souvient aussi de la mobilisation organisé par les États-Unis contre les Jeux de Moscou en 1980, pour protester contre l’invasion de l’Afghanistan, et qui a privé l’Union soviétique de la reconnaissance internationale à laquelle elle aspirait. En revanche, le régime soviétique, qui tenta de prendre sa revanche en organisant le boycottage des Jeux de Los Angeles en 1984, ne sera suivi que par douze pays communistes, ce qui constitua un échec.

Actuellement[modifier | modifier le code]

À l’heure actuelle, le sport voit l’émergence de nombreux pays en développement tel que la Chine à l’image de la victoire de Liu Xiang en 110 m haies en 2004). Ainsi aux Jeux olympiques d’Athènes en 2004, la Chine a totalisé 63 médailles dont 32 en or, ce qui l'a placée en deuxième position dans le tableau des médailles.

Il a ainsi fallu attendre 1964 pour voir un pays non occidental organiser les JO : le Japon, ce qui incarne d’ailleurs une vitrine du « miracle japonais », puis la Corée du Sud (1988), et bien sûr la Chine en 2008.

Un vecteur d'influence extérieure[modifier | modifier le code]

Le fait que le baseball soit devenu un sport très populaire au Japon dans les années 1950 est peut-être un des plus forts exemples de l’influence américaine sur le pays. De même l’importance du cricket ou du rugby dans les anciens pays anglo-saxons est marquante notamment dans les pays du Golfe.

C’est aussi l’exemple du football en Afrique, importée par le colonisateur, cette influence se faisant toujours sentir : ainsi Henri Michel (un français) entraîne la Côte d’Ivoire, Roger Lemerre entraîne la Tunisie, Claude Leroy le Ghana, Bruno Metsu ancien entraîneur du Sénégal

Un vecteur de nationalisme[modifier | modifier le code]

Des nationalismes « doux » tout d'abord : ainsi lors du Tournoi des Six Nations, le Royaume-Uni devient l'Écosse, l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Irlande du sud et du nord se réunifient. Au football aussi, les clubs basques (en fait surtout l’Athletic Bilbao) ne font jouer que des joueurs basques ; d’ailleurs, en Espagne, certains joueurs refusent de représenter l’équipe nationale du fait de leur attachement à leur nation. C’est ainsi que le défenseur catalan du FC Barcelone, Oleguer Presas refuse systématiquement la sélection en équipe nationale.

Les événements sportifs sont aussi ceux les plus suivis médiatiquement, ainsi une finale de coupe du monde rassemble plus de 20 millions de téléspectateurs en France, et lorsque c’est la victoire, elle montre une véritable unité patriotique. Toujours sur le football, la qualification en coupe du monde de l'Iran en 1998 et 2006 a donné lieu à de véritables scènes de liesse populaire. Le match de coupe du monde Iran - États-Unis en 1998 a également été symbole de réconciliation.

Les sociologues Norbert Elias et Eric Dunning l’ont remarqué (Sport et civilisation, la violence maîtrisée) : « Au niveau international, des manifestations sportives comme les Jeux olympiques ou la Coupe du monde de football constituent, de manière visible et régulière, la seule occasion d’union pour les États en temps de paix ». Mais outre ce constat évident, il y a de magnifiques symboles : ainsi l’Irlande du Nord et du Sud ne forment qu’une équipe en rugby ; en 2000 aux JO de Sydney, Corée du Sud et Corée du Nord défilent sous le même drapeau ; un sport qui devient emblème de paix et de réconciliation. Enfin, pour un exemple plus récent, on peut évoquer le footballeur ivoirien Didier Drogba qui vint en Côte d’Ivoire pour célébrer la réconciliation nationale et rendit visite aux deux factions rivales tout en présentant à la foule son trophée de meilleur joueur africain.

Le sport peut aussi être catalyseur de tension plus forte : ainsi en 2004 à la suite de la finale Chine-Japon de la coupe d’Asie, des émeutes antijaponaises ont éclaté de manière violente ne faisant qu’ajouter de l’incompréhension au malaise ambiant entre les deux États. De même la Guerre du football en 1969 entre le Honduras et le Salvador a été déclenchée par des éliminatoires de la Coupe du Monde.

Un vecteur de division interne[modifier | modifier le code]

Les tensions intra étatiques ont pu être mises en valeur lors de grands événements sportifs : aux Jeux de 1968, à la finale du 200 mètres, les deux Américains Tommie Smith et John Carlos, respectivement 1er et 3e, sur le podium, lèvent le poing et détournent leur regard du drapeau américain en contestation du sort réservé aux Noirs aux États-Unis.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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