Dikili Tash

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Dikili Tash
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Dikili Tash (en grec moderne Ντικιλί Τας, du turc Dikilitaş « la pierre dressée ») est un tell préhistorique de la plaine de Drama, en Macédoine-Orientale-et-Thrace, situé à environ 1,5 km à l'est de la cité antique de Philippes, dont il est le site précurseur principal. Il mesure 16 mètres de haut.

Le nom du site signifie « pierre dressée » en turc (on trouve aussi le toponyme hellénisé Ορθόπετρα /Orthopetra avec le même sens) : il renvoie au monument funéraire voisin de C. Vibius Quartus, un officier romain qui n'était pas originaire de la colonie romaine de Philippes, enterré à cet endroit, dans la nécropole longeant la Via Egnatia qui passait au pied du tell.

Le tell est un site néolithique majeur (5000-3000 av. J.-C.), identifié depuis le XIXe siècle, et fouillé au XXe siècle par l'École française d'Athènes et le Service archéologique grec.

Le monument romain[modifier | modifier le code]

La colline a été nommée d'après un piédestal de pierre romain de 4 m de haut, érigé à environ 200 m au nord-est de Dikili Tash au Ier siècle après JC, en l'honneur de l'officier romain Caius Vibius Quartus. À cette époque, la Via Egnatia passait directement au sud du monument. Le socle en marbre est inscrit sur deux côtés, à l'ouest et au sud. L'inscription a été détruite par les villageois dans la partie inférieure, à une date inconnue. On croyait que le piédestal marquait l’emplacement de la crèche (mangeoire) de Bucéphale, le cheval préféré d'Alexandre le Grand, et les femmes allaitantes se frottaient contre le marbre du piédestal, dans l’espoir que, le marbre se mêlant à leur lait, leurs fils pourraient atteindre une force telle que celle d'Alexandre[1].

L'inscription dit :

C(aius) Vibius C(aii) f(ilius) Cor(nelia) Quartus mil(es) leg(ionis) V Macedonic(ae) decur(io) alae Scubulor(um) praef(ectus) coh(ortis) III Cyreneic(ae) trib(unus) leg(ionis) II Augustae praef(ectus) ...

soit :

Gaius Vibius Quartus, fils de Caius, de la gens Cornelia, Soldat de la Légion V Macédonique, Décurion de l’aile des Scubuli, Commandant de cohorte de la Légion III de Cyrénaïque, Tribun militaire de la Légion II Augusta, Commandant...

Exploration du site[modifier | modifier le code]

En 1917/1918, Carl Blegen et Francis Bertram Welch ont visité Dikili Tash et examiné la colline. Ils ont trouvé de nombreux tessons de poterie préhistorique en surface[2]. À partir de 1920 et 1922[3],[4],[5], de premières fouilles ont été conduites par Louis Renaudin. En plus de céramiques néolithiques, il a été trouvé deux fondations de héros romains au pied nord-est de la colline. Des fouilles systématiques ont été menées par l'École française d'Athènes et la Société archéologique d'Athènes sous la direction de Jean Deshayes et Dimitrios R. Theocharis. La recherche collaborative de Dikili Tash s'est poursuivie de 1986 à 1996 sous la direction de Chaido Koukouli-Chryssanthaki et René Treuil. Depuis 2008, les fouilles ont repris sous la direction de Pascal Darcque, Chaido Koukouli-Chryssanthaki, Dimitra Malamidou et Zoï Tsirtsoni. Il est prévu d'ouvrir la fouille au public. Les trouvailles sont exposées au musée archéologique de Philippes et au musée archéologique de Kavala.

Histoire[modifier | modifier le code]

La colline à l'origine s'élevait à peine au-dessus de la plaine, mais était protégée par des saignées sur deux côtés. Le premier établissement n'est connu que par des sondages. En utilisant la méthode du radiocarbone, il pourrait remonter à la seconde moitié du 7e millénaire avant J.-C., c'est-à-dire au début de la période néolithique. Des traces de peuplement de cette période ont été retrouvées au sommet et au pied des versants est et nord-est.

Néolithique[modifier | modifier le code]

Les vestiges les plus anciens d'édifices connus datent du Néolithique supérieur I (secteur 6). Cette phase de peuplement d’une durée de 400 à 500 ans s’étend environ de 5300 à 4800 av. JC. Le tell s’est élevé d'environ 5 mètres au cours de cette période. Les maisons rectangulaires parallèles, orientées nord-est/sud-ouest, étaient séparées par des chemins étroits. Les bâtiments avaient des cuves de stockage, des meules et des fours intégrés[6]. Dans le bâtiment 1, les restes d'un tapis carbonisé gisaient sur le sol[7]. Les récipients étaient souvent bruns sur beige clair (style Akropotamos) ou orange. Il y avait aussi des vases noirs à motifs incisés en spirale. La maison dite du Bucrane date de la fin de cette période (4900/4800 av. J.-C.). Elle mesurait environ 7 m de long sur 5 m de large avec un plan rectangulaire, et une charpente en bois recouverte d'argile et de plâtre. À l'intérieur se trouvaient un four, un trépied pour la cuisson, un récipient avec des grains d'orge carbonisés, des pierres à moudre et à râper et plusieurs récipients en argile. Ces ustensiles servaient probablement tous à la préparation des aliments. La découverte la plus notable est un bucrane, crâne de bovin avec des cornes recouvertes d'argile, qui était probablement attaché à un mur ou à une poutre.

Le charbon de bois provenant de l'ensablement archéobotanique a documenté l'utilisation du chêne, du frêne, du charme et de l'érable[8].

L’occupation suivante, à la fin du Néolithique II, a duré à peu près aussi longtemps que la première, à peu près de 4700 à 4300 av. JC. Cependant, la couche de tassement n'a que 2 à 4 m d'épaisseur. Les maisons étaient alignées comme précédemment, mais la colonie était plus grande. Les céramiques de cette période étaient principalement ornées de dessins incisés, mais il y avait aussi des pots décorés de graphite ou peints en noir sur rouge. Comme cela a pu être prouvé par la datation au radiocarbone et la datation par thermoluminescence, l’habitat, qui remonte à 4300/4260 av. JC., a été détruit par le feu. Pendant environ cent ans, il n'y eut que quelques habitants, jusqu'à ce que le site de Dikili Tash soit finalement abandonné.

Âge du bronze[modifier | modifier le code]

Au début de l'Helladique, vers 3300/3000 av. JC, la colline était à nouveau peuplée. Des traces de peuplement ont été trouvées partout sur la colline - sauf dans le sud. Elles étaient constituées de six couches successives d'une épaisseur totale de plus de 2 mètres. Les maisons étaient disposées et orientées de la même manière qu'au Néolithique. Leur construction aussi était comparable. Cependant, elles avaient des fondations en pierre. Cette phase d’occupation a pris fin vers 2800 avant JC.

La date de destruction du sol en argile pourrait être basée sur les données du carbone 14 vers 1150 avant J.-C., c'est-à-dire à l’Helladique supérieur (SH IIIC). De cette période a également été trouvé un poignard en bronze. L'étendue de cette colonie n'est pas connue.

Période historique[modifier | modifier le code]

Seules des céramiques et des monnaies sont connues de l'époque classique, hellénistique et romaine. Des tombes romaines ont été trouvées à proximité. Au XIIe siècle, à l'époque byzantine, une tour fut construite au point culminant de la colline, qui fut détruite au XIIIe ou au XIVe siècle.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Léon Heuzey, Honoré Daumet: Mission archéologique de Macédoine., Paris 1876, S. 45–47. (online)
  2. F. B. Welch: Macedonia : prehistoric pottery. in The Annual of the British School at Athens, 23 (1918-19), S. 44–50.
  3. Chronique des fouilles et découvertes archéologiques dans l'Orient hellénique (novembre 1919-novembre 1920) in Bulletin de correspondance hellénique 44 (1920), S. 407 (online)
  4. Chroniques des fouilles et découvertes archéologiques dans l'Orient hellénique. in Bulletin de Correspondance Hellénique. 45 (1921), S. 543–544. (online)
  5. Chronique des fouilles et découvertes archéologiques dans l'Orient hellénique (nov. 1921-nov. 1922). In: Bulletin de Correspondance Hellénique. 46 (1922), S. 527–528. (online)
  6. Dimitria Malamidou: An Investigation of Neolithic settlement pattern and plant exploitation at Dikili Tash: Reconsidering old and new data from the late 5th Millenium BC settlement. In: Apostolos Sarris (Hrsg.): Communities, landscapes and interaction in Neolithic Greece. Ann Arbor, International Monographs in Prehistory 2017, 62
  7. Dimitria Malamidou: An Investigation of Neolithic settlement pattern and plant exploitation at Dikili Tash: Reconsidering old and new data from the late 5th Millenium BC settlement. In: Apostolos Sarris(Hrsg.): Communities, landscapes and interaction in Neolithic Greece. Ann Arbor, International Monographs in Prehistory 2017, 69
  8. Dimitria Malamidou: An Investigation of Neolithic settlement pattern and plant exploitation at Dikili Tash: Reconsidering old and new data from the late 5th Millenium BC settlement. In: Apostolos Sarris (Hrsg.): Communities, landscapes and interaction in Neolithic Greece. Ann Arbor, International Monographs in Prehistory 2017, 70

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Koukouli-Chyssanthaki, Haïdo, René Treuil, Laurent Lespez and Dimitra Malamidou. Dikili Tash, village préhistorique de Macédoine orientale. Recherches franco-helléniques dirigées par la Société archéologique d'Athènes et l'École française d'Athènes (1986-2001). Bibliothèque de la Société archéologique d’Athènes 254. Athènes: La Société archéologique d'Athènes, 2008. 416 p.
  • Isabelle Erard-Cerceau, René Treuil, Pascal Darcque. Dikili Tash, Bulletin de correspondance hellénique, année 1990, volume 114, numéro 2.