De Beers

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De Beers
logo de De Beers
illustration de De Beers

Création 1888
Fondateurs Cecil Rhodes (1853-1902)
Barney Barnato (1851–1897)
Personnages clés Nicky Oppenheimer
Forme juridique Holding de droit luxembourgeois, contrôlant deux grandes sociétés : De Beers Centenary AG, de droit suisse, et De Beers Consolidated Mines, de droit sud-africain
Siège social Luxembourg, Luxembourg (siège social)
Johannesbourg, Afrique du Sud (siège opérationnel)
Direction Mark Cutifani, président
Philippe Mellier, CEO
Actionnaires Anglo American (85 %), État du Botswana (15 %)
Activité Industrie du diamant
Produits Mines de diamants, joaillerie
Société mère Anglo American PLC
Sociétés sœurs De Beers Diamond Jewellers (2001 à Londres)
Filiales Element Six (en)
Effectif 20 000 (environ)
Site web www.debeersgroup.comVoir et modifier les données sur Wikidata

De Beers est un conglomérat diamantaire sud-africain. Fondée en 1888 pour exploiter les mines sud-africaines, la société De Beers est aujourd'hui en activité dans de nombreux pays (Botswana, Namibie, Afrique du Sud). Pendant la majeure partie du XXe siècle, De Beers s’est efforcée de monopoliser la fourniture de diamants bruts à tous les diamantaires et à tous les ateliers de taille du diamant dans le monde, parvenant ainsi à maîtriser le marché, fixer les prix et éviter leurs fluctuations en les maintenant à un haut niveau. La domination de la De Beers sur la commercialisation mondiale du diamant est cependant passée de 90 % (dans les années 1980) à 40 % au début des années 2010[1].

Actionnariat[modifier | modifier le code]

Le premier actionnaire de De Beers est Anglo American (85 %).

Actionnaire depuis la création de l'entreprise, la famille Oppenheimer a vendu ses parts (40 %) à Anglo American en 2011.

Le troisième actionnaire est la joint-venture Debswana (15 %) (contrôlée par le Botswana et la De Beers).

Filiales en détail : Diamond Trading Company, Namibia Diamond Trading Company, Forevermark, Debswana, Element Six...

Histoire[modifier | modifier le code]

Création[modifier | modifier le code]

Siège historique de la De Beers Consolidated Mines à Kimberley.
Action de la De Beers Consolidated Mines Ltd. en date du 1 mars 1902

Les frères Diederik Arnoldus et Johannes Nicholas de Beer sont des Boers. L'histoire de la De Beers commence sur leurs champs diamantifères d'Afrique du Sud, plus précisément dans la région de Kimberley où le premier diamant fut découvert en 1866. En quelques années, des hordes de prospecteurs accoururent vers Kimberley, rapidement intégrée à la colonie du Cap, et sur les rives des fleuves Vaal et Orange.

En 1873, le jeune aventurier britannique Cecil Rhodes et son ami Charles Rudd commencèrent à investir dans les matériels de prospection et réinvestirent leurs bénéfices en rachetant progressivement toutes les concessions diamantaires.

Intervention de Rhodes[modifier | modifier le code]

En 1880, Rhodes et ses partenaires, principalement Jules Porgès, fondent la De Beers Mining Company Ltd. Celle-ci subit pendant quelques années une vive concurrence de la Barnato Mining Company, de Barney Barnato pour tenter de prendre le contrôle des mines sud-africaines. Finalement, prenant l'avantage, la De Beers force Barnato à fusionner et c'est ainsi qu'en 1888, la De Beers Consolidated Mines Limited est fondée sous la présidence de Cecil Rhodes. Le groupe concentre alors la propriété de quasiment toutes les mines d'Afrique du Sud et 90 % de la production mondiale de diamant[2].

Dans les années qui suivirent, De Beers renforça son contrôle sur le marché du diamant en créant une unique entité chargée de la vente de diamants et de la fixation des prix.

En 1893, De Beers est coté à la bourse de Johannesbourg, et jusqu'en 2001[3].

La première décennie est cependant marquée par d'importantes fluctuations de la demande et par la seconde guerre des Boers. Kimberley et De Beers furent notamment les enjeux de plusieurs batailles importantes (dont notoirement la bataille de Modder River et la bataille de Paardeberg) du front ouest au début de la seconde guerre des Boers en 1899 et 1900. Le siège fut cependant levé après quatre mois.

De Beers fait également face à de nouvelles sources d'approvisionnement en diamants avec la mise en exploitation de nouvelles mines non seulement en Afrique du Sud mais aussi dans le Sud-Ouest africain allemand, au Congo belge et en Angola.

Rachat par Oppenheimer[modifier | modifier le code]

En 1919, un immigrant d'origine allemande, Ernest Oppenheimer, cofondateur de l'Anglo American Corporation (AAC) avec l'aide de la banque JP Morgan, rachète les mines de diamants du Sud-Ouest africain qu'il transfère en 1920 à une de ses entreprises, la Consolidated Diamond Mines of South West Africa Ltd (CDM). En 1925, il crée le Diamond Syndicate. Tous ses succès sur le marché du diamant l'amenèrent à être élu au conseil d'administration de la De Beers en 1926 et à en prendre la présidence en 1929.

À ce poste, il créa plusieurs structures pour organiser le contrôle du marché dont la Diamond Trading Company (DTC) chargée de centraliser à Londres tous les diamants bruts du monde extraits ou achetés par De Beers, et la Central Selling Organisation (CSO) qui mit en place des pratiques commerciales anti-concurrentielles permettant de contrôler l'approvisionnement du marché.

"Les diamants sont éternels"[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de son fils Harry Oppenheimer, De Beers lance une campagne publicitaire efficace dans les années 1940 visant à promouvoir la valeur des diamants et à enraciner l'idée de leur rareté. Le but était de convaincre les femmes que les diamants étaient un symbole éternel, celui par excellence de la romance. La campagne visait aussi à décourager la revente de diamants par les consommateurs et à convaincre que le diamant était le cadeau emblématique à faire à l'occasion de fiançailles et de mariages[2],[4].

Ces campagnes de De Beers, lancées aux États-Unis, frappent l'imagination du public et enracinent des slogans tels que un diamant est éternel ou encore les diamants sont les meilleurs amis d'une femme bien que dans le même temps, en raison des lois anti-trust, De Beers ne peut opérer directement aux États-Unis. La campagne est également un grand succès au niveau international, notamment au Japon où le groupe s'enracine encore plus après la Seconde Guerre mondiale, remplaçant la tradition d'offrir des coléoptères vivants[4].

La fin d'un monopole[modifier | modifier le code]

Le monopole prend fin dans les années 2000 quand les états africains nationalisent leurs mines. De Beers diversifie sa production en exploitant aussi en Russie, au Canada et en Australie[réf. nécessaire].

En 2001, De Beers s'associe au groupe de luxe français LVMH pour la création et la distribution au travers des boutiques De Beers Jewellers, mais reste indépendant dans son activité d'extraction et négoce de diamants[5].

En , la Commission européenne arbitre sur un conflit entre la société russe ALROSA et De Beers, concernant un accord commercial sur la vente de diamants bruts[6].

Ère moderne[modifier | modifier le code]

Au fil des années, De Beers doit cependant relever des défis liés à la politique d'apartheid[évasif] en Afrique du Sud ou aux crises économiques. Depuis 2006, la De Beers extrait des diamants des fonds marins de l'Atlantique sud à l'aide du navire Mafuta.

En , De Beers annonce le rachat, à LVMH, de leur co-entreprise De Beers Diamond Jewellers, comprenant 32 boutiques, pour un montant non-dévoilé[7].

En , De Beers annonce avoir signé un contrat avec l’Angola. Ce contrat stipule l’exploitation des mines du Nord-est du pays pour 35 ans[8].

Filiales et entreprises du groupe De Beers[modifier | modifier le code]

DeBeers à Beverly Hills.
  • De Beers Canada
  • De Beers Consolidated Mines
  • De Beers Diamond Jewellers
  • Debswana
  • Diamdel
  • Diamond Trading Company
  • Diamond Trading Company Botswana
  • Diamond Trading Company South Africa
  • Element Six
  • Forevermark
  • Namdeb
  • Namibia Diamond Trading Company

Fonctionnement du cartel[modifier | modifier le code]

Des années 1930 jusqu'en 2000, la firme De Beers fonctionnait comme un cartel[4],[9],[10].

La Central Selling Organisation (CSO), le bureau d'achat londonien, avait le monopole des diamants produits par De Beers et achetait tous les diamants disponibles. Ensuite, ces diamants étaient revendus, et certains clients privilégiés, les sightseers, au nombre de 126 en 1997, pouvaient demander des diamants répondant à des spécifications précises mais qui cependant faisaient partie d'un lot que le client devait prendre en totalité, et au prix fixé, au cours de l'une des dix ventes, ou "vues", annuelles organisées. 70% du marché du diamant passait par cette organisation, qui pouvait, au choix, choisir de restreindre la mise de pierres sur le marché pour augmenter les prix[11].

Ce cartel prit fin sous l'effet de l'apparition de nouveaux gisements ainsi que sous l'action des différentes législations anti-monopole aux États-Unis[12],[Note 1] et dans l'Union européenne.

Critiques[modifier | modifier le code]

De Beers est très critiquée pour sa politique avec certains États autoritaires, notamment en Afrique[13].

C'est ainsi qu'elle aurait incité le gouvernement du Botswana à faire des pressions sur les Bochimans pour les exproprier, de manière qu'elle puisse exploiter les réserves de diamants présents sur leurs territoires[14].

De Beers est également critiquée au sujet des "Blood Diamond", un trafic de diamants qui est notamment à l'origine de la guerre civile de Sierra Leone. À la suite des trafics liés à la guerre civile angolaise, les Nations unies adoptent la résolution 1173 le sur les origines des importations des diamants[15]. Le film Blood Diamond de Edward Zwick traite de cette problématique.

Bibliographies[modifier | modifier le code]

  • Stefan Kanfer, The Last Empire: De Beers, Diamonds, and the World, 1995 (Farrar, Straus and Giroux)
  • Matthew Hart, Diamond: The History of a Cold-Blooded Love Affair, 2002 (First Plume Book)
  • Greg Campbell, Blood Diamonds: Tracing The Deadly Path Of The World's Most Precious Stones, 2004 (Basic Books/Perseus Books Group)
  • Janine Roberts, Glitter & Greed: The Secret World of the Diamond Cartel, 2007 (The Disinformation Company)
  • Tom Zoellner, The Heartless Stone: A Journey Through the World of Diamonds, Deceit, and Desire, 2007 (Picador/Georg von Holtzbrinck Publishing Group)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il fut rapporté que les cadres de la De Beers évitaient de voyager aux USA pour éviter d'être arrêtés pour violation des lois sur la concurrence.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Le diamantaire De Beers cherche à se protéger des visées d'Anglo American », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. a et b The history of De Beers
  3. Marchés tropicaux et méditerranéens, (lire en ligne)
  4. a b et c « le marché du diamant vole en éclats », sur LExpansion.com, (consulté le )
  5. LVMH décroche les bijoux de De Beers, L'Express, 16 janvier 2001
  6. [1], Rapport final du conseiller-auditeur dans l'affaire COMP/38.381/B2 — De Beers, 27.7.2006
  7. Diamond group De Beers buys out retail partner LVMH, Reuters, 23 mars 2017
  8. « Mines : en Angola, le retour des compagnies étrangères », sur La Tribune (consulté le )
  9. « La De Beers a mis fin au dernier vrai cartel au monde », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. Richard Dowden, Africa : États faillis, miracles ordinaires, Nevitaca, , 586 p., chap. 11 (« Sierra Leone »), p. 320-323
  11. « Les diamantaires occidentaux dénoncent le cartel du géant sud-africain De Beers », sur Les Echos, (consulté le )
  12. « De Beers Centenary AG Pleads Guilty to Price-Fixing Indictment - Sentenced to Pay $10 Million Fine for Conspiring to Fix Industrial Diamond Prices », sur www.justice.gov (consulté le )
  13. « Le groupe minier Anglo American est accusé de soutenir le régime », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. (en-GB) « Bushmen fight for homeland », BBC,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. [2], Security Council resolution 1173 (1998) on the situation in Angola, http://www.un.org

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]