D'un retournement l'autre

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D'un retournement l'autre : comédie sérieuse sur la crise financière en quatre actes et en alexandrins est une pièce de théâtre en quatre actes écrite par l'économiste et directeur de recherche au CNRS Frédéric Lordon en 2011 à propos de la crise des subprimes.

La pièce est adaptée au cinéma par Gérard Mordillat dans le film Le Grand Retournement, sorti en salles le .

Résumé[modifier | modifier le code]

Le président de la République et son Premier ministre reçoivent le gouverneur de la Banque nationale et ses conseillers. Les banquiers sont demandeurs d'une aide de l'État à la suite de leurs pertes dans la crise des subprimes. La dette publique explose et conduit à la rigueur pour tous, sauf les banquiers. Ce retournement des marchés annonce celui du peuple.

Dans la postface intitulée Surréalisation de la crise, l'auteur défend un théâtre engagé.

Citations[modifier | modifier le code]

Acte 1, scène 1 — Le fondé de pouvoir :

« Et néanmoins, Monsieur, nous sommes à la peine
Les actifs avariés sont jetés à la benne
Sans qu’on en puisse dire la valeur à la casse ;
Nos comptables s’épuisent et sont à la ramasse.
Car le mark-to-market supposait le marché :
Le marché en carafe, et nous sommes paumés.
Nous savons tous nos comptes menacés de carnage,
Mais sans un prix qui vaille, nageons en plein potage. »

Structure et forme[modifier | modifier le code]

La pièce est en quatre actes et écrite en alexandrins qui se disent la plupart du temps sous les conventions de l'élision à l'hémistiche et de la synérèse. Durée: environ 1h15.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Le président de la République
  • Le Premier ministre
  • Le premier conseiller
  • Le deuxième conseiller
  • Le nouveau deuxième conseiller
  • Le troisième conseiller
  • Le banquier
  • Quatre autres banquiers
  • Le gouverneur de la Banque centrale
  • Le fondé de pouvoir
  • Le trader
  • Le grand journaliste
  • L'huissier

Représentations[modifier | modifier le code]

Accueil de la pièce dans les médias[modifier | modifier le code]

Sur France Culture, Frédéric Lordon est invité par Marc Voinchet qui présente sa pièce comme "une comédie bien vivante sur le monde tel qu'il tourne, et tel qu'il nous désespère"[8]. Caroline Broué et Hervé Gardette qualifient sa comédie de "pièce entre tragédie classique et farce sinistre qui met en scène principaux acteurs du monde politico-financier"[9].

Sur Médiapart, Ludovic Lamant estime que "le théâtre et le grotesque [sont] plus forts que la théorie économique pour comprendre ce qui se joue dans la débâcle de l'Europe"[10]

Selon Libération[11], Frédéric Lordon met « à nu les attitudes humaines qui ont rendu possible le krach bancaire de septembre 2008 : l'avidité des banquiers, la servilité des hauts fonctionnaires, l'aveuglement des politiques ».

Selon Alain Beuve-Méry[12], il s'agit d'une « comédie sérieuse sur la crise financière de l'automne 2008 » qui dénonce « les excès des petits marquis de la finance (banquiers, traders) qui, jouant aux apprentis sorciers, ont acculé au bord du gouffre les économies de plusieurs pays », une satire « féroce et jubilatoire »[13].

Pour Estelle Jolivet[14], Frédéric Lordon "montre l'univers cynique et décomplexé de la finance, mais aussi ses liens étroits avec le pouvoir politique". La "belle langue de Lordon, servie en alexandrins, est un régal. Vous rirez, certainement. Et aurez peut-être l’impression d’avoir plongé - de votre plein gré - dans le potage de « rigueur » assaisonnée de « crise » dans lequel vous baignez dès que vous cherchez à vous informer. Mais ça en vaut la peine".

Deux ans après la publication initiale, le Figaro[15] qualifie Frédéric Lordon de "versificateur virtuose, qui a fait le choix de l'alexandrin pour raconter la déconfiture d'un système qui a tous les traits de l'Ancien Régime" dans "une farce sinistre qui dresse un portrait dévastateur de notre élite (le lecteur reconnaîtra sans peine ses plus célèbres représentants)".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Analyse par Patrick Cotelette: « Frédéric Lordon, D'un retournement l'autre », Lectures, Les comptes rendus, mis en ligne le 06 mars 2013, consulté le 31 mars 2015.
  • Résumé et analyse croisée : L’économie politique et les affects, de la théorie à la pratique. Lecture croisée de deux ouvrages de Frédéric Lordon, par Oiry Goulven, revue ¿ Interrogations ?, N°13. Le retour aux enquêtés, décembre 2011 en ligne (Consulté le 6 avril 2015)
  • Extraits de la pièce et diverses interviews en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]