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Comité interprofessionnel du vin de Champagne

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Comité interprofessionnel du vin de Champagne
Comité Champagne
Maison de la Champagne, Siège du Comité Champagne
Maison de la Champagne
Siège du Comité Champagne

Création 1941
Dates clés Labellisée en 2015 Architecture contemporaine remarquable
Forme juridique Organisation interprofessionnelle
Action œuvre en faveur de la vigne et du vin, par des actions économiques, techniques, environnementales, de progrès qualitatif, d'organisation de la filière, de communication, de développement de la notoriété et de protection de l'appellation partout dans le monde
Siège social Épernay
Drapeau de la France France
Président Maxime Toubart & David Chatillon
Activité Promotion des vins de Champagne
Partenaires Syndicat général des vignerons de Champagne
Union des maisons de Champagne
Site web https://www.champagne.fr/

Budget 19 millions d'euros

Le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC), ou Comité Champagne, créé en 1941, est l'organisme interprofessionnel regroupant tous les opérateurs relevant du vin en appellation champagne : viticulteurs, négociants manipulants, maisons de Champagne, syndicats professionnels et caves coopératives. Il est reconnu par arrêté du 2 juin 2014 du ministère de l'Agriculture en qualité d'organisation interprofessionnelle[1].

Depuis 2012, le Comité interprofessionnel du vin de Champagne se présente sous le nom public de Comité Champagne et sa maison est labellisée Architecture contemporaine remarquable en 2015.

Histoire[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

En 1922, le Syndicat du commerce des vins de Champagne et le Syndicat général des vignerons de la Champagne délimitée créent le Comité de propagande des vins de Champagne. Le , première réunion de la nouvelle Commission de propagande de défense du vin de Champagne. Elle est composée d'élus (parlementaires, conseillers généraux, maires de communes viticoles), de fonctionnaires, de représentants de la Banque de France, du Crédit Agricole et des chambres d'agriculture et du commerce. Il y a aussi huit représentants du Syndicat du commerce des vins de Champagne et huit pour le Syndicat général des vignerons de la Champagne délimitée. Trois sous-commissions sont créées. Est aussi créé un secrétariat permanent de la Commission et des trois sous-commissions, exercé conjointement par un représentant du négoce et un représentant des vignerons. Bertrand de Mun était président du Syndicat du commerce des vins de Champagne et Maurice Doyard était secrétaire général du Syndicat général des vignerons de la Champagne délimitée[2].

Le décret-loi du transforme cette Commission en Commission spéciale de la Champagne viticole, avec une composition réduite et des pouvoirs plus étendues. Elle sera appelée par les champenois, Commission de Châlons, puisque siégeant à la préfecture de la Marne. Elle avait un secrétariat permanent avec Maurice Doyard, représentant les vignerons et Robert-Jean de Vogüe, représentant les négociants. Elle avait aussi une sous-commission composée de professionnels, qui avait le pouvoir de fixer le rendement à l'hectare et au pressurage et le degré minimum pour chaque vendange, de prescrire la taille de la vigne et l'élimination des sous-produits de la fabrication des vins. Ces décisions étaient obligatoires, après avis du Comité national des appellations d'origine et arrêté du ministre de l'Agriculture. Elle fixait aussi le prix minimum des raisins et des vins clairs et les dates des échéances de paiement, rendus obligatoires par arrêté préfectoral dans chaque département. Ces décisions ont permis que le prix du kilogramme de raisin dans les grands crus passe de 1,30 franc en 1935 à 8,50 en 1940[3].

Création sous l'occupation[modifier | modifier le code]

Dans le domaine du vin, l'Occupation de la France par l'Allemagne est marquée par l'instauration de « marchands de vin en uniforme » surnommés par les Français Weinführers (chefs du vin), chargés de recenser les vins en stock afin d'en régulariser leur marché, de sélectionner et acheter les meilleurs vins pour les envoyer en Allemagne et de limiter les pillages dus aux troupes d'occupation[n 1]. Le Weinführer des vins de Champagne est Otto Klaebisch, beau-frère de Joachim von Ribbentrop qui fut importateur de vins de Champagne et représentant de grandes maisons de champagne en Allemagne. Cet officier de réserve, placé à la tête du Bureau de répartition des vins mousseux de la Wehrmacht, entreprend en juillet 1940 de regrouper toutes les instances qui s'occupent du champagne[4].

C'est dans ce contexte que le Syndicat général des vignerons champenois est dissous et que le Bureau national de répartition du champagne devient le CIVC, créé par la loi du 12 avril 1941 pour gérer les intérêts communs des vignerons, des négociants producteurs et des maisons de vins de champagne[5]. C'est l'un des nombreux comités de répartition des produits alimentaires créés. La création du Comité est présentée lors de l'assemblée générale annuelle du Syndicat général des vignerons, à Épernay, le 10 juillet 1941, en présence du préfet René Bousquet, qui déclare à la tribune : « Il ne faut pas que la nouvelle organisation de la viticulture soit la revanche de quelques hommes sur d'autres hommes, un retour à des erreurs ou des égoïsmes passés [...]. Aucune opposition fondamentale ne peut dresser le travail contre le commerce et vice-versa[6]. »

À cette époque, le CIVC est principalement chargé d'honorer les commandes de l'occupant nazi[7]. Il est également chargé d'acheter les matières premières nécessaires au travail de la vigne et à l'élaboration du Champagne pour les répartir entre les différents professionnels. Il est également désigné comme interlocuteur du Weinführer Otto Klaebisch pour les approvisionnements de la Wehrmacht, le champagne faisant partie des produits exigés par l'occupant.

Le ministre-secrétaire d'État à l'Agriculture, Pierre Caziot, nomme à sa tête Robert-Jean de Vogüé, délégué général du CIVC mais aussi animateur du mouvement de résistance « Ceux de la Libération »[8]. Le décret du 8 septembre 1941 précise l'organisation du CIVC et le décret du 2 septembre 1942 décrit son statut financier[9].

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Le CIVC exerce de son influence tout au long de la deuxième partie du XXe siècle, puis au siècle suivant, pour garantir la qualité et l'image des vins de Champagne, dans l'intérêt de toutes les professions concernées. Il s'intéresse notamment à l'impact environnemental de cette activité, procédant à des audits tous les cinq ans et à des études, recommandations et élaboration de nouvelles techniques sur les points soulevés. « Avant, on parlait de culture raisonnée. Aujourd’hui, on parle de viticulture durable » explique un des experts de ce Comité interprofessionnel des vins de Champagne[10]. Cette préoccupation l'amène à s'intéresser par exemple, au rendement des vignobles, à l’enherbement des vignes, mais aussi à la coiffe en aluminium qui recouvre le bouchon de liège, à l'emballage des bouteilles, ou encore à l’allégement du poids de ces bouteilles[10]. La méthode champenoise crée une pression de 15 bars au sein de cette bouteille, le verre utilisé est plus épais pour tenir cette pression, plus lourd, que pour les autres vins[10]. En 2011, une nouvelle bouteille est apparue, allégée de 65 grammes. Largement adoptée par les producteurs, elle a ramené le poids de la bouteille standard à 835 grammes[10].

En 2015, le Comité Champagne lance un programme de formation en ligne en faveur de l’éducation au vin de Champagne baptisé Champagne Campus[11]. Début 2020, il propose un MOOC (en français : cours en ligne ouvert et massif, CLOM) dédié[12], qui implique de nombreuses maisons, vignerons ou coopérative, ainsi qu'un Master of Wine français.

Lobbying[modifier | modifier le code]

Auprès des institutions de l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Le CIVC est inscrit au registre de transparence des représentants d'intérêts auprès de la Commission européenne. Il déclare en 2017 pour cette activité des dépenses annuelles d'un montant compris entre 25 000 et 50 000 euros[13].

En France[modifier | modifier le code]

Le CIVC déclare à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique exercer des activités de lobbying en France pour un montant qui n'excède pas 75 000 euros sur l'année 2018[14].

Le CIVC est membre de Vin et société[15].

Organisation[modifier | modifier le code]

Jean-Marie Barillère, co-président (2010-2022) du Comité interprofessionnel du vin de Champagne et président de l'Union des maisons de Champagne.
Jean-Marie Barillère, co-président (2010-2022) du Comité interprofessionnel du vin de Champagne et président de l'Union des maisons de Champagne.

Le CIVC perçoit, en 2010, des contributions volontaires obligatoires auprès des professionnels du secteur à hauteur de 14 994 000 euros[16].

Le CIVC est dirigé par deux co-présidents, l'un représentant les vignerons, nommé par le Syndicat général des vignerons, l'autre représentant les maisons de Champagne, nommé par l'Union des Maisons de Champagne.

Maxime Toubart, co-président du Comité interprofessionnel du vin de Champagne et président du Syndicat général des vignerons de Champagne.
Maxime Toubart, co-président du Comité interprofessionnel du vin de Champagne et président du Syndicat général des vignerons de Champagne.

Liste des co-présidents[modifier | modifier le code]

Année de
nomination
Représentant
des vignerons
Représentant des
maisons de Champagne
1941 Maurice Doyard Robert-Jean de Vogüé
1944 René Chayoux
1945 Albert Dagonet
1946 Henri Macquart
1956 Christian Heidsieck
1960 Henri Geoffroy
1967 François d’Aulan
1974 Jean-Michel Ducellier
1978 Marc Brugnon
1994 Philippe Feneuil Yves Bénard
2004 Patrick Le Brun
2007 Ghislain de Montgolfier
2010 Pascal Férat Jean-Marie Barillère
2016 Maxime Toubart
2022 David Chatillon[17]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Adolphe Segnitz est le Weinführers en Bourgogne, Heinz Bömers dans le Bordelais.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Arrêté relatif à la reconnaissance en qualité d'organisation interprofessionnelle du CIVC », sur legifrance.gouv.fr, .
  2. Jean-Luc Barbier, « La Champagne en crise dans les années 1930 (deuxième partie). », La Champagne viticole, Syndicat général des vignerons de la Champagne « 112e année », no 873,‎ , p. 54-55 (ISSN 1146-8572).
  3. Jean-Luc Barbier, « La Champagne en crise dans les années 1930 (dernière partie). », La Champagne viticole, Syndicat général des vignerons de la Champagne « 113e année », no 874,‎ , p. 62-63 (ISSN 1146-8572).
  4. Donald Kladstrup, Petie Kladstrup, La guerre et le vin. Comment les vignerons français ont sauvé leurs trésors des nazis, Perrin, , 247 p.
  5. Loi du 12 avril 1941 portant création d'un comité interprofessionnel du vin de Champagne, site Légifrance.
  6. « La naissance du Comité interprofessionnel du vin de Champagne », sur cndp.fr.
  7. Albert Knechtel, film documentaire Le vin sous l'occupation, production Point du Jour et France 3, 2004, 29 min 50 s.
  8. (en) Donald Kladstrup, Wine and War, Hachette UK, , p. 257.
  9. Décret n° 2007-103 du 25 janvier 2007 relatif à l'organisation et au fonctionnement du comité interprofessionnel du vin de Champagne, site Légifrance.
  10. a b c et d Laure Gasparotto, « Quand la Champagne s’inquiète de son empreinte carbone », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. « Le CIVC lance son premier programme de e-learning »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur lachampagneviticole.fr.
  12. « Un mooc pour tout savoir sur le champagne », sur Terre de Vins.
  13. (en) « Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC) | LobbyFacts Database », sur lobbyfacts.eu (consulté le ).
  14. « Fiche Organisation « Haute Autorité pour la transparence de la vie publique », sur hatvp.fr (consulté le ).
  15. « Nos membres »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur le site de Vin et société (consulté le ).
  16. http://www.data.gouv.fr/fr/dataset/cartographie-de-la-fiscalite-affectee-selon-le-perimetre-retenu-pour-le-rapport-du-conseil-des-prele.
  17. « Je souhaite renforcer nos échanges avec le SGV », La Champagne Viticole, Syndicat général des vignerons de la Champagne « 114e année », no 889,‎ , p. 21 (ISSN 1146-8572)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le vin de Champagne : histoire d'une politique économique des origines à nos jours, colloque organisé par l'Institut historique allemand, l'IRCOM et le Centre Roland Mousnier (Université de Paris Sorbonne), Paris, 24 septembre 2005.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]