Charles Sochet des Touches

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Charles René Dominique Sochet
Seigneur des Touches
Surnom Chevalier des Touches
Naissance
à Luçon (Bas-Poitou)
Décès (à 66 ans)
à Prinquiau (Loire-Atlantique)
Origine France (Vendée)
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Grade Chef d'escadre
Années de service 17431790
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis
Faits d'armes Combat d'Ouessant
Bataille du cap Henry

Bataille des Saintes
Distinctions Commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis
Ordre de Cincinnatus

Charles Sochet, seigneur des Touches[Note 1],[Note 2], dit le « chevalier des Touches », né le à Luçon (actuelle Vendée), mort le [1],[2],[3] à Prinquiau (Loire-Atlantique), est un officier de marine français qui a participé à la guerre d'indépendance des États-Unis, se liant d'amitié avec La Fayette et Washington, comme en témoigne l'importante correspondance entre ces deux hommes[réf. nécessaire].

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Fils de René Joseph Sochet des Touches et d'Antoinette de La Ville de Férolles des Dorides, il entre dans la Marine royale le . Il est promu enseigne de vaisseau le et embarque l'année suivante sur Le Tigre (50). Le , il est promu lieutenant de vaisseau et est chargé, après la prise de l'île d'Aix, à l'embouchure de la Charente, du commandement des batteries de l'Eguillon, sur la côte de l'Aunis. Capitaine de vaisseau en 1767, après avoir servi successivement sur La Gloire, Le Jason, L'Alcyon, et La Friponne. Le , il épouse Nicole Mauras d'Hervy (1744-1776), qui décèdera peu de temps après, en lui donnant néanmoins un fils Adrien, né en 1772.

La « guerre d'Amérique »[modifier | modifier le code]

L'année 1775 marque le début du soulèvement des colonies d'Amérique contre la domination anglaise, et de la Révolution américaine qui devait passer par la guerre d'indépendance des États-Unis, au cours de laquelle le royaume de France devait se ranger du côté des insurgents. Le , des Touches prend part au sanglant et glorieux combat d'Ouessant, en qualité de commandant de L'Artésien, vaisseau de 64 canons. Il fait partie de la 3e division de l'escadre blanche, placée sous les ordres du comte d'Orvilliers.

Nommé chef d'escadre, il est, à bord du Neptune, le commandant le plus chevronné de l'escadre du chevalier de Ternay qui transporte (1er mai -12 juillet 1780) en Amérique le Corps expéditionnaire du comte de Rochambeau. Au décès de Ternay (15 décembre 1780) des Touches prend donc l'intérim du commandement de l'escadre mouillée à Newport (Rhode Island).

Des Touches confie au capitaine Le Gardeur de Tilly une escadre légère (vaisseau L'Éveillé, frégates La Surveillante et La Gentille, cotre la Guêpe) pour apporter un soutien aux Américains qui combattent en Virginie. Celui-ci parvient à entrer dans la Baie de Chesapeake, capture le HMS Romulus de 44 canons et quatre transports qu'il ramène à Newport.

La bataille de la Chesapeake (First battle of the Capes, 16 mars 1781)

[ à ne pas confondre avec la bataille entre le comte de Grasse et l'amiral Graves en septembre 81, qui permit à l'escadre de Newport, (dont Sochet des Touches) qui n'y avait pas participé, de pénétrer avec l'artillerie de siège dans la Baie de Chesapeake}]

Au cours d'un conseil de guerre, il est décidé que la flotte recevrait à bord un détachement de 3 000 hommes, sous les ordres du maréchal de camp le baron de Vioménil, qui serait débarqué sur les côtes de la Virginie. Le point du débarquement devait être la baie de Chesapeake. Il affronte l'escadre de l'amiral Arbuthnot, arrivé le premier grâce à une vitesse supérieure permise par le doublage cuivre de tous ses navires, sans pouvoir forcer le passage et rentre à Newport ayant perdu dans ce combat acharné 89 morts et subi 120 blessés.

Il reçoit, pour ce combat, par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France aux États-Unis de la Luzerne, une lettre de remerciement du Congrès américain[Note 3], accompagnée d'une lettre de l'ambassadeur lui-même[Note 4].

Peu après son retour à Newport, Des Touches qui avait assumé l'intérim, passa le commandement de l'escadre au comte de Barras.

Article principal : Bataille de la baie de Chesapeake.

C'est sous Barras qu'il contribue au transporte en Virginie début septembre 1781 les canons de sièges amenés de France par cette escadre, tandis que, pour leur "ouvrir la porte", l'escadre du comte de Grasse repousse l'escadre anglaise

Le général Cornwalis, frère de l'amiral, rendant compte des évènements à son gouvernement, écrit :

« La délicatesse des officiers français, la part qu'ils semblaient prendre à notre triste situation, la générosité avec laquelle ils nous offrirent toutes les sommes dont nous pouvions avoir besoin, sont au-dessus de toute expression et doivent servir d'exemple en pareil cas aux Anglais. »

Bataille des Saintes (1782)[modifier | modifier le code]

La Bataille des Saintes, 12 avril 1782. Huile sur toile par Théodore Gudin.
Article principal : Bataille des Saintes.

Mais cet enchaînement de victoire devait connaitre une fin, l'année suivante. Le , la flotte française aux ordres du comte de Grasse, secondé par de Vaudreuil et Bougainville, est, après un combat de onze heures, battue dans la mer des Antilles par l'amiral anglais Rodney.

Rentré en France à bord de l'Aigrette en février-mars, des Touches ne participera pas à ce combat

Il est fait Commandeur de Saint-Louis, par brevet du 25 août 1782 et reçoit une pension de 3 000 livres sur le budget de l'ordre[4].

Il est promu en 1784 chef d'escadre des armées navales[2]; contre-amiral en 1792.

La fin de l'Ancien Régime et la Révolution[modifier | modifier le code]

Malgré son âge - Des Touches a alors plus de soixante ans - il ne songe pas à prendre sa retraite. Aussi, le , il demande que le combat de la Chesapeake soit immortalisé par le pinceau d'un grand peintre de marine de l'époque, Théodore Gudin. En 1790, son nom figure encore sur les états de service de la Marine. Peu après il quitte le service, et au lieu d'émigrer comme la majorité des officiers de la marine de l'époque, il se retire dans sa ville natale de Luçon.

Bien qu'il ne jouât lui-même aucun rôle dans l'insurrection de la Vendée, la conduite de son fils n'allait pas tarder à le rendre suspect aux yeux des républicains[2]. En effet, son fils avait quitté les gardes françaises où il était sous-lieutenant, pour suivre l'Armée des princes à l'étranger, et avait fait dans l'armée de Condé la campagne de 1792. Son corps ayant été dissout, il avait émigré en Angleterre, d'où il avait rejoint de Charette en Vendée. Grièvement blessé, près de la Roche-sur-Yon, il avait été conduit à Nantes pour y être fusillé. Mais, avec l'aide du « citoyen Caumartin », il était parvenu à s'échapper et à rester caché jusqu'à la parution du décret d'amnistie qui lui permit, à nouveau, de se montrer en toute sécurité.

Suspect, son père avait été arrêté à Luçon, et conduit à Fontenay, et son procès était sur le point de débuter lorsque la ville fut prise par les Vendéens. Il prit alors la décision de suivre l'armée Vendéenne et de trouver refuge dans ses rangs, et bien qu'il n'y eût aucun poste de commandement, il avait pourtant voix au Conseil[5].

Il assiste à la défaite des Vendéens à la bataille de Savenay, et parvient à échapper aux recherches des républicains. Il trouve refuge, en compagnie de ses deux nièces, chez un fermier de la paroisse de Prinquiau (Loire-Atlantique). Mais il tombe gravement malade et meurt le , à 67 ans.

Mme de La Rochejaquelein raconte dans ses mémoires[2] :

« M. des Touches, cordon rouge, vieillard de quatre-vingt-dix ans qui suivait notre armée, se trouva caché près de nous. M. Jagault alla le voir et adoucit ses derniers moments en le faisant administrer; il laissa beaucoup d'argent à son fidèle domestique, nommé Charles, et en outre cent louis, qu il pria ce jeune homme de conserver pour son fils émigré; Charles, n'osant pas toucher à ces cent louis et ne sachant qu'en faire, voulait les enterrer avec son maître. Comme nous avions peu d'argent et plus d'espoir de nous sauver que lui, si ardent pour la guerre, M. Jagault l'engagea à nous les confier; il le fit de grand cœur; nous écrivîmes une reconnaissance sur des feuilles de plomb. Charles trouva moyen d'aller joindre Charette, il fut tué l'année d après, laissant la réputation d'un brave, et nous avons eu depuis la satisfaction de rembourser M. des Touches, qui en avait grand besoin. »

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Veuf, en 1785, il épouse en secondes noces Aimée-Prudence-Geneviève de Racodet, dame de Saint-Martin-Lars, parente de sa première femme, elle-même veuve de Fortuné Boisson, chevalier seigneur de la Couraizière, ancien lieutenant des vaisseaux du roi. Ce mariage ne produit pas d'enfant, mais la famille Racodet était riche et se composait de neuf filles, qui étaient presque toutes mariées en Bas-Poitou.

Honneurs et postérité[modifier | modifier le code]

Une place de Luçon, inaugurée le , porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Nom complet : Charles René Dominique Sochet des Touches
  2. Son nom est parfois orthographié « Destouches ».
  3. Texte de la lettre du Congrès :
    « Résolu par les États-Unis assemblés en congrès
    Que le président transmettes remerciements des États-Unis assemblés en congrès, au comte de Rochambeau et au chevalier Des Touches, commandants de l'armée et de la flotte envoyées par S. M. T. G. au secours de ses alliés, pour le zèle et la » vigilance qu'ils ont manifestés, en toute occasion, à remplir les généreuses intentions de leur souverain et l'attente de ces états.
    Qu'il présente leurs remerciements particuliers au chevalier Des Touches pour la bravoure, la fermeté et la bonne conduite déployées dans la dernière entreprise contre l'ennemi à Porsmouth en Virginie, entreprise dont l'accomplissement fut empêché par des évènements imprévus. Le difficile combat, si galamment et si avantageusement soutenu, le 16 mars dernier, à l'entrée des caps de la baie de la Chesapeak, contre une flotte anglaise supérieure, fait honneur aux armes de S. M. T. G. et est un présage des avantages décisifs des États-Unis.
     »
  4. Lettre de l'ambassadeur de la Luzerne:
    « J'ai l'honneur de Vous envoyer un résolvé du congrès, qui vous sera transmis par le président de ce corps, qui exprime faiblement les sentiments de reconnaissance et d'estime que vous avez inspirés aux citoyens des treize états. De vieux préjugés, enracinés par les malheurs de la dernière guerre, avaient persuadé à ces gens-ci que notre marine était inférieure à celle des Anglais par la science des manœuvres et la bravoure. Un combat donné sur leurs côtes avec une infériorité incontestable de notre côté, dans lequel cette fière nation reconnaît elle-même que nous avons eu de l'avantage, établit l'honneur des armes du roi dans ces parages. C'est à vous, Monsieur, que la France est redevable de cet avantage. Dans une autre lettre du 13 du même mois, il ajoutait: “Toute l'Amérique rend justice à l'habileté et au courage que le combat du 16 vous a donné occasion de déployer”. Les Américains qui étaient à bord de votre escadre ont rendu un témoignage qui mérite d'autant plus d'attention qu'il est impartial et même que leurs anciens préjugés en faveur de l'habileté des Anglais sur mer les faisaient incliner pour eux, si la bravoure de l'escadre et votre bonne conduite eussent été moins évidentes. Ils s'accordent tous à dire qu'on ne peut montrer plus l'intelligence, de fermeté et de sang-froid qu'ils n'en ont remarqué sur l'escadre du roi, et que l'escadre anglaise n'a pas, à beaucoup près, montré la même intelligence, la même résolution. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. 23 décembre 1793, selon Site US Genealogy ; 1794 selon site suivant.
  2. a, b, c et d Charles Sochet des Touches sur le site USGenealogy.net
  3. Le chevalier des Touches, chef d'escadre, sur le site Histoire de la Vendée du Bas Poitou en France
  4. État Nominatif Des Pensions, Traitemens Conservés, Dons, Gratifications : Qui se payent sur d'autres Caisses que celle du Trésor Royal, volume 1, 1790, p. 109, [lire en ligne]
  5. On trouve son nom dans celui qui se tint à Fougères après l'expédition d'Outre-Loire

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arthur de La Borderie (dir.), Revue de Bretagne et de Vendée, t. V, Nantes, Vincent Forest & Émile Grimaud,‎ (lire en ligne), p. 307 et suiv.
  • Prosper Levot, Essais de biographie maritime : ou Notices sur des hommes distingués de la marine française, Typographie de Ch. le Blois,‎ (lire en ligne), p. 331-354

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]