Château du Bilstein (Bas-Rhin)

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Château du Bilstein
Image illustrative de l’article Château du Bilstein (Bas-Rhin)
Vue du château sur le village d'Urbeis
Période ou style Médiéval
Type Château-fort
Début construction 1206 (première mention officielle)
Fin construction XIVe siècle
Propriétaire initial Comtes de Hurningen ou ducs de Lorraine
Destination initiale Forteresse, lieu de résidence, prison, carrière
Propriétaire actuel État français
Destination actuelle Ruines
Protection Logo monument historique Classé MH (1898, ruines)

Logo monument historique Classé MH (1930, ruines)

Coordonnées 48° 19′ 49″ nord, 7° 13′ 18″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Alsace
Département Bas-Rhin
Commune Urbeis
Géolocalisation sur la carte : Bas-Rhin
(Voir situation sur carte : Bas-Rhin)
Château du Bilstein
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Château du Bilstein

Le château du Bilstein, aussi appelé Bilstein-Urbeis ou Bilstein Lorrain, est un château fort alsacien construit probablement au début du XIIIe siècle sur une des colline du bassin houiller de la vallée de Villé qui entoure le village Urbeis.

Le château à eu de multiples rôles, étant aussi bien un lieu de résidence qu'une forteresse chargé de la défense de l'axe routier Alsace-Lorraine ainsi que des mines alentours. Il a aussi servit de prison, puis de carrière lors de la Révolution française. L'ouvrage représente un tournant dans le système de de construction féodal, classé aux Monuments historiques en 1898 puis en 1930.

Il ne doit pas être confondu avec le château de Bilstein-Aubure près de Riquewihr[1] (Haut-Rhin).

Localisation[modifier | modifier le code]

Le château se situe sur un promontoire rocheux large d'une vingtaine de mètres, à une altitude comprise entre 600 et 630 m. Il est séparé du massif par un ravin, dont l'origine, naturelle ou aménagé par l'homme, n'est pas certaine.

Il est situé au nord de la commune d'Urbeis et à 19 km de Sélestat à vol d'oiseau. Il contrôle la route passant par le col d'Urbeis en direction de Saint-Dié-des-Vosges, une importante voie de communication entre l'Alsace et la Lorraine déjà utilisée durant l'Antiquité.

Accès au château[modifier | modifier le code]

L'accès se fait depuis une route qui passe face au mur nord du château. Un chemin mène du coin nord-ouest au coin sud-est, en longeant le promontoire rocheux, suivit d'une passerelle en bois. Ensuite, un escalier permet d'accéder au logis seigneurial fait d'au moins deux niveaux, dont la distinction est encore visible sur le mur. Une nouvelle porte haute, de forme ogivale, permet d'accéder au donjon carré, en passant à côté de la citerne de filtration.

Vue du château et de la vallée depuis la tour maitresse.

Historique[modifier | modifier le code]

XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

De nombreux doutes subsistes quant à la date de construction du château: certaines sources lui attribuent l'année 1105[2], sous l'égide de la famille des Weiler. Il est aussi question d'une construction par les comtes de Hurningen, avoués de l'abbaye de Honcourt, à la fin du XIIe siècle. Une autre origine atteste qu'il est édifié par le fils de Ferry Ier, duc de Lorraine, mais une charte assurant que l'ouvrage est cédé à ces derniers en 1206 rend impossible la construction par cette famille.

Il est cependant certain qu'il a été construit avant 1230, car il est mentionné dans une fausse charte rédigée entre 1205 et 1232.

Ensuite, il est transmis par héritage au comtes de Hohenberg, puis Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains, l'acquiert par mariage entre 1250 et 1254.

Entre 1256 et 1273, certaines sources mentionnent un certain chevalier Burkart de Bilstein, mais sa fonction est ignorée[3].

En 1292, le château est attaqué et pris par Othon d'Ochsenstein, allié du comte Adolphe de Nassau et ennemi des Habsbourg[4] dont descend un certain Albert. Ce dernier voit ses possessions locales confisquées au profit d'Albert de Hohenbourg (qui récupère par la même occasion le château de l'Ortenbourg). Le bailli impérial Othon d'Ochsenstein a probablement eu un rôle à jouer dans cette histoire[2].

En 1293, le Bilstein repasse sous l'autorité des Habsbourg.

XIVe siècle[modifier | modifier le code]

En 1310, le château est divisé en deux parties, alors que le fief appartient aux Habsbourg, à l'évêque de Strasbourg et au margrave de Bade[3]. Le bas-château (logis seigneurial ou Nierderhaus) est aux mains d'Heinrich Wassler d'Echery (ou d'Eckerich).

En 1314 (ou 1315), les Habsbourg vendent leur part du château à l'évêque de Strasbourg, qui le cède plusieurs fois en fief ou en gage[1]. La même année, l'ouvrage est enregistré comme un bien des ducs d'Autriches par Henri de Mullenheim, un banquier strasbourgeois[2].

En 1329, le château est récupéré par la famille Hattstatt lors d'un mariage et ils le conservent jusqu'en1585[1].

Malgré les fouilles effectuées, aucune trace d'un deuxième ouvrage n'est apparu à proximité, impliquant donc que les familles se partagent le même ouvrage, malgré la complexité de la tâche de par la surface réduite du château.

C'est au cours du XIVe siècle que les Wurtemberg renforcent la double enceinte.

XVe siècle[modifier | modifier le code]

En 1463, le haut-château (tour maitresse ou Oberhaus) est aux mains des Rathsamhausen de la Roche[1].

L'attaque du château par les Strasbourgeois[modifier | modifier le code]

À la suite de la bataille de Nancy en 1477, Hans Marx (ou Jean Marx d'Eckwersheim), vassal du margrave de Bade et allié du duc René II de Lorraine, fait prisonnier le comte Engelbert II de Nassau. Il l'enferme au Bilstein et s'approprie ainsi la totalité de la rançon. Cette dernière varie selon les sources entre 5 000 et 50 000 florins.

Les troupes strasbourgeoises attaquent alors le château, car une partie de la somme devait revenir à la ville. L'armée s'appuie sur deux grosses pièces d'artillerie venues de Strasbourg[1]. Les défenseurs disposent d'au moins une serpentine, d'un mortier et d'une dizaine de couleuvrines. Finalement, le prisonnier est libéré et la rançon récupérée par les soldats, mais le château est considérablement endommagé.

Hans Marx, dit aussi Marx de Bilstein est quant à lui trahi par son ami, le baili Antoine de Wilsperg, allié au prince-évêque de Strasbourg Guillaume III de Hohnstein.

On lui coupe alors les bras, le condamnant ainsi à mort indirectement. Cette condamnation est symbolique, car les deux bras sont l'emblème de son blason. Mais avant que l'hémorragie ne le tue, Hans Marx maudit son ancien ami en faisant appel au jugement divin et lorsque ce dernier l'apprend, il s'écroule en pleine réunion, sans vie.

Dernières mentions entre le XVe siècle et le XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Mention du château sur une carte de 1731.

En 1479, le château est encore habité (la partie haute est occupée par Philippe et Jean d'Oberkirch).

En 1492, l'exploitation des mines d'argent débute, mais cela ne semble pas durer car le château est déjà en ruine en 1543[1], considéré par certains comme maudit à la suite des propos de Hans Marx.

En 1585, les Montjoie (Frohberg) récupères la partie basse du château, jusqu'à la guerre de Trente Ans (1618-1648)[2].

La carte à gauche prouve que le château est encore connu et répertorié comme tel lors d'une cartographie de la région vers 1730, même si aucune information n'est donnée sur son état à ce moment.

Durant la Révolution française, le Bilstein est vendu comme bien national et sa valeur chute, au point de servir de carrière[4].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1815, le château est en ruine et est vendu par la famille de Choiseul-Meuse. En 1885 il appartient à un dénommé Humbert, habitant Lalaye[3]. Ce dernier vend finalement le château l'année suivante.

En 1898, l'édifice fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques [5], sous le statut de ruines.

Représentation des ruines du château du Bilstein, par Jacques Rothmuller (1804-1862).

Architecture[modifier | modifier le code]

Ruines visibles aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Reproduction du château du Bilstein avec un plan, fin XIXe siècle.

Actuellement, les ruines du château du Bilstein se composent d'une façade du logis seigneurial érigé au XIIIe siècle et de deux murs de la tour maitresse (bergfried) construite au XIIe siècle. Une citerne à filtration ronde creusée dans la pierre se situe entre le logis et la tour maitresse.

Le rez-de-chaussée du logis seigneurial sert alors probablement de cave ou de logis pour un domestique.

La faible superficie du château laisse également penser qu'il n'y avait qu'une petite basse-cour, peut être même inexistante. il est donc probable que les besoins étaient couverts par une ferme aux alentours, voir plusieurs.

L'architecture est similaire à d'autres châteaux de la vallée de Villé et des environs, comme l'Ortenbourg, avec une cheminée au deuxième niveau, entre les deux fenêtres en tiers-point.

Façade en ruine du logis seigneurial, face sud. On distingue la trace de la cheminée entre les deux fenêtres du second niveau.

Construction[modifier | modifier le code]

Ruines de la tour maitresse, vue dos au logis.

Le plan de l'ouvrage ainsi que le site choisit correspondent à un tournant dans le système de de construction féodal, initié lors de la construction du château de Landsberg[2].

Ainsi c'est à cette époque que les sites romans sont abandonnés, au profit d'une architecture plus défensive. Désormais, le donjon (ou tour maîtresse) est un élément précieux du système défensif qui sert de bouclier au logis seigneurial qui se trouve derrière lui[2].

Entre la ruine et le chemin d'accès, un bloc de pierre semble avoir été taillé. Il avait peut être pour fonction d'accueillir une structure en bois assurant une première défense lors de l'accès au château. Il se peut aussi qu'il délimitait la basse-cour.

Il est fort probable qu'un pont amovible existait lors de l'utilisation du château, afin d'en interdire l'accès, surplombé par une tour cylindrique aujourd'hui disparue.

L'escalier présente la spécificité d'être relativement étroit (une largeur d'au maximum 70 cm), dans le but d'éviter une attaque de front et à l'image d'autres châteaux alsaciens, comme celui de Wasigenstein[2].

Au premier palier, on retrouve deux meurtrières à niche, qui pouvaient se fermer avec un volet en bois. A leurs droites, le mur qui permet d'accéder à la citerne (qui comporte un puisard en son centre) puis au donjon et percé de deux portes à deux niveaux différents, prouvant une continuité de l'étage vers la suite du château.

Matériaux[modifier | modifier le code]

Les pierres sont en grès rose, extraient du massif qui fait partie du bassin houiller de la vallée de Villé.

Travaux récents[modifier | modifier le code]

Afin de consolider les ruines, des travaux ont été entrepris en 1964 (Opération Taupe) et en 1995[3]. C'est à l'occasion de cette première série de travaux que les vestiges de la citerne sont découverts[3].

Réutilisation du château[modifier | modifier le code]

Lors de la construction de l'église de la commune d'Urbeis en 1789, cette dernière a été édifiée avec des pierres du château, qui sert alors de carrière.

Le château a également servit de prison durant l'époque médiévale.

Autour du château[modifier | modifier le code]

Indications[modifier | modifier le code]

Panneaux au bord de la route allant vers le château.

Lors du départ du chemin depuis la route, un panneau indique « Ruines du Bildstein Lorrain ». En dessous y figure un historique des principaux faits du château. Il s'agit des évènements suivants :

  • début du XIIIe siècle (1205-1232) ;
  • passe au Habsbourg en 1250 ;
  • cédé à l'évêque de Strasbourg en 1315 ;
  • siège du château par les Strasbourgeois en 1477.

Un autre panneau indique que « la visite des lieux se fait aux risques et périls des visiteurs ».

De l'autre côté du chemin, un panneau renseigne la distance avec la mine Théophile, estimée à 10 minutes à pied.

Mine Théophile[modifier | modifier le code]

Panneau d'information sur la mine Théophile en face du château.

Le château avait également pour mission de protéger les mines qui se trouvaient en contrebas du massif, dont la mine Théophile, aujourd'hui interdite au public.

Cette mine, relativement ancienne, date du XVIe siècle et fait partie de l'important réseau minier qui couvre le territoire de la commune d'Urbeis, située dans le Bassin houiller de la vallée de Villé. Par cette mine, les exploitants cherchaient à extraire de l'argent, du cuivre et de la galène. Lors de son utilisation, des galeries ont été creusées à la main sur 351 mètres. L'exploitation est cependant difficile, les mineurs avancent en moyenne d'un mètre par mois.

Des fouilles menées entre 1850 et 1900 n'aboutissent pas à des résultats concrets, donnant seulement lieu à des excavations de schiste et de grès[6].

Durant les deux guerres mondiales, la mine sert d'abri pour les habitants d'Urbeis.

En 1971, un relevé de la mine est réalisé par une équipe de spéléologues[7].

Protection[modifier | modifier le code]

Ruines (logis et donjon).
Ancienne vue aérienne de la région d'Urbeis, le château est sous le nom « Beilschstein »[8].

Le château a été placé par deux fois sur la liste des monuments historiques : en 1898 et en 1930.

Cela s'explique par le fait que l'Alsace est allemande de 1870 à 1918. Ainsi, l'ouvrage est classé dans un premier temps aux monuments historiques allemands, puis dans les listes des monuments historiques français, lors du retour de l'Alsace à la France.


Médiatisation[modifier | modifier le code]

Le 10 novembre 2019, le youtubeur spécialiste en archéologie Thomas Laurent, publie une vidéo durant laquelle il explore une mine situé en contrebas du château. Avant de s'y rendre, il filme les ruines et en présente un rapide historique en s'attardant notamment sur la période de domination d'Hans Marx.

Le château a été filmé et photographié dans son intégralité par le photographe Néerlandais Albert Speelman en octobre 2020. Les photographies sont à retrouver sur son site et les plans aériens en vidéo.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Mengus, Nicolas, (1968- ).,, Châteaux forts et fortifications médiévales d'Alsace dictionnaire d'histoire et d'architecture, La Nuée Bleue, cop. 2013 (ISBN 978-2-7165-0828-5 et 2-7165-0828-3, OCLC 863479791, lire en ligne).
  2. a b c d e f et g Greder, Marc., Châteaux forts d'Alsace : guide, histoire et description, photos et plans, Editions Salvator, (ISBN 2-7067-0097-1 et 978-2-7067-0097-2, OCLC 319760149, lire en ligne)
  3. a b c d et e « Château fort de Bildstein, ou Bildstein lorrain », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  4. a et b Guy Lecomte, « Châteaux-forts, abbayes, monuments antiques et personnages historiques de Lorraine et d'Alsace : château de Bilstein dit Lorrain », sur Châteaux-forts, abbayes, monuments antiques et personnages historiques de Lorraine et d'Alsace, (consulté le ).
  5. « Château Bilstein », sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  6. Georges Millot, Jeanne Sittler, Jean-Paul von Eller et Louis Simler, « Notice géologique et hydrogéologique du département du Bas-Rhin », Bulletin du Service de la carte géologique d'Alsace et de Lorraine, vol. 16, no 2,‎ , p. 71–113 (ISSN 0037-2560, DOI 10.3406/sgeol.1963.1254, lire en ligne, consulté le ).
  7. « Tourisme et patrimoine – URBEIS », sur urbeis.fr (consulté le ).
  8. « Urbeis - Vogelschau », sur Cartorum - Cartes postales anciennes localisées,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daubrée Auguste, Description géologique et minéralogique du département du Bas-Rhin, Strasbourg, Editions Simon, .
  • Greder Marc, Châteaux forts d'Alsace : guide, histoire et description, photos et plans, Mulhouse, Salvator, .
  • Greder Marc, « Deux châteaux méconnus : Bilstein-Urbeis et Wangenburg », Recherches médiévales, no 5,‎ , p. 23-24.
  • Mengus Nicolas, Rudrauf Jean-Michel, Châteaux forts et fortifications médiévales d'Alsace, Strasbourg, La Nuée bleue, .
  • Rapp Francis, « Le siège du Bilstein en 1477 », Annuaire de la Société d'histoire du Val de Villé, no 3,‎ , p. 71-86.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]