Bèlè

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Le Danmyé-Kalennda-Bèlè est une pratique musico-chorégraphique de Martinique qui mêle chant, musique, danse, et conte.

Sur son apparition en Martinique, deux hypothèses sont émises:

  • Il est issu des affres de l'esclavage bien avant le marronage et aurait subi différentes mutations au cours des siècles.
  • Il serait l'héritage laissé par les Marrons en fuite, qui ont élu domicile dans les mornes loin des plantations martiniquaises.

Ces hypothèses concernant la source du DKB sont l'objet de travaux de recherche.

À noter que c'est une Tradition codifiée empreinte de syncrétisme et avec un contexte rituel sociétal important.

Origines[modifier | modifier le code]

Le Bèlè est un phénomène contemporain qui s’appuie essentiellement sur une référence à la culture des mornes martiniquais créée de 1860 à 1960 par les Nouveaux Libres issus de l’abolition de l’esclavage des noirs en 1848. Les Nouveaux Libres trouvent dans le paysannat un espace social susceptible de garantir la liberté effective grâce à l‘accès à la propriété foncière dans les mornes.

Le passage de l’esclave au statut de Nouveau Libre constitue une chance pour les noirs afin d’inverser les valeurs coloniales esclavagistes et d’opposer à la société d’habitation de nouvelles bases sociales : le travail mute de sa forme servile à sa nature volontaire et représente ainsi un élément culturel central. Cette mutation culturelle s’exprime à travers la création de sociétés paysannes qui se fondent sur l’entraide ou « coup de main ». Ce don contre don du travail se formalise et se ritualise en une diversité de Bèlè d’entraide qui alternent travaux et danses pour symboliser un mode social qui lie subsistance et réjouissance.

Cette référence au mode social rural des Nouveaux Libres s’exerce à travers le Bèlè renouveau dans une société martiniquaise présente où domine le secteur tertiaire dans une grande dépendance des transferts financiers publics provenant de la métropole. Dans une continuité historique, les martiniquais sous l’impulsion des renouveaulistes mobilisent depuis 1980 les apports économiques, sociaux et culturels des mornes face à la réalité contemporaine où perdurent les enjeux tels que, la marge d’autonomie de la société martiniquaise intégrée à l’Europe dans un contexte de mondialisation, l’accès à la propriété foncière des martiniquais, la résistance culturelle et la recherche de la maîtrise du devenir[1].

biographie[modifier | modifier le code]

Le bèlè est un terme générique qui désigne à la fois  : le genre musico-chorégraphique; l'instrument, le tambour bèlè; le contexte, la soirée bèlè et de manière générale, une façon d'être ensemble et des valeurs: solidarité, partage et résistance culturelle. Le bèlè signifie "Bèl lè" (bel endroit, bon moment).

Le Bèlè s’élabore artistiquement à partir d’une sorte de « matrice » socio- musico- chorégraphique. Cette « Matrice » Bèlè intègre des principes structurants, Chantè, Répondè, Bwatè, Tanbou, Dansè, Lawonn, Kadans qui supportent des mécanismes de construction dont le principal est le principe d’inversion. La «Matrice » Bèlè permet ainsi de créer des configurations du Bèlè en fonction du contexte social, historique et géographique.

Un chanteur mène la musique avec une voix qui porte, alors que se développe le dialogue entre les danseurs et le joueur de tambour. Le tambour est accompagné par un rythme ti-bwa donné par deux baguettes qui percutent la partie arrière du tambour.

Le bèlè est un ensemble de pas et de figures issues de l'Afrique, de l'Europe, du quadrille et de la haute taille[2] venue d'Europe. Ils puisent leurs sources dans :

  • les religions,
  • les esclaves africains, la mannyè viv des indiens caraïbes,
  • le christianisme et les courants philosophiques introduits par les Européens, l'hindouisme amené par les Indiens,
  • le vécu quotidien du peuple martiniquais.
  • Au niveau de « la société Bélia » dans les hauteurs de Saint-Marie à Bezaudin. Les descendants des Marrons, les nouveaux libres créent une société nouvelles basée sur des valeurs telles que l'entraide, le don et contre-don.

Cette philosophie est traduite par l'expression artistique qu'est le bèlè, la forme en quadrille désignant le carré de terre qu'ils acquièrent pour une réelle liberté.

Les danses qui le caractérisent sont multiples, on peut distinguer :

  • le bèlè, danse la plus prisée lors des swaré bèlè et utilisée pour exprimer différents aspects de la vie avec différentes nuances (bèlè cho, bèlè dous ou bigin bèlè, bèlè pitché) déterminés par le chant.
  • le gran bèlè ou , danse de la fécondité de la terre, avec souvent des chants mélancoliques ou dramatiques.
  • le béliya, qui traduit l'annonce d'une nouvelle ou un rappel au rassemblement.
  • le bouwo ou marin bèlè, simple en geste et en chorégraphie mais plus rarement exécutée du fait du temps qu'elle demande.
  • les danses lalinklé, qui se pratiquaient principalement au clair de lune, traduisent les pratiques culturelles et religieuses des esclaves. On y retrouve la kalennda, le mabélo, le bénézwel, le ting-bang, le kanigwé, le woulé-mango. Danses traditionnelles de la Martinique, elles expriment la joie, la colère, la douleur.

Il existe également les musiques et chants pour accompagner divers travaux: le lasotè ou lafouytè (travaux des champs), le ralé senn (la pêche), téraj-kay ou térasman (=terrassement)...

La Musique[modifier | modifier le code]

Elle s'organise d'une certaine façon, d'abord l'entrée du chanteur (lavwa) et du chœur (lavwa dèyè). Puis le " Bwatè " (joueur de ti bwa) donne le rythme, suivi par le tambour bèlè. Enfin, les danseuses ( danm bèlè) et danseurs (kavalyé bèlè) entrent en scène. Un dialogue se crée entre les danseurs et le « tanbouyè » (joueur de tambour). Lavwa dèyè donne la réplique au chanteur, l’auditoire peut aussi participer. Telle une famille, tous ensemble chanteurs, danseurs, musiciens et public se laissent entraîner par ses rythmes envoûtants. Les "swarés" débutent vers 20h et se terminent à 2h du matin, les moman bèlè (autre forme d'organisation) se déroulent en générale en fin d'après-midi pour se terminer avant minuit.

Le Tambour Bèlè (Tanbou Bèlè - Tanbou Déjanbé - Djouba)[modifier | modifier le code]

À l'origine conçu par les esclaves d’origine africaine en fuite réfugiés dans les mornes de l’île, il est un membranophone de forme conique constitué d'un fût sur lequel est tendue une peau. La percussion, fabriquée en fonction du tanbouyé (joueur de tambour bèlè), est peu répandue et sa technique de jeu est peu commune : l’utilisation du talon de pied, en frottant la peau du tambour le rend mélodique. Par l’oralité, la tradition de la facture et du jeu du tambour bèlè ont été transmis sur des générations[3]. D’abord interdit, le tambour fût ensuite joué dans les quartiers d’esclaves des Habitations de l’île avec des variantes du jeu d’origine[4].

Facture[modifier | modifier le code]

Les bois utilisés pour le tambour bèlè en Martinique sont le chêne ou le chataignier. À l’origine, conçu avec des bouts de troncs d’arbres vétustes en nature « bwa fouillé », la fabrication des tambours sera finalement dévolue aux tonneliers. L’instrument est aujourd’hui fabriqué avec des lattes provenant de tonneaux de rhum, passées au feu puis raclées, pour leur donner la forme et l’épaisseur voulue. La sonorité recherchée est proche de la terre, un peu sourde[5].

Le tambour bèlè est recouvert en général d’une peau de cabri ou de mouton. Pour serrer le tambour, on utilise un cercle de fer sur lequel on adaptait différents matériaux végétaux (paille de banane, cordes...) qu’on serrait très fort, mais sans intégrer le système de serrage au tambour lui-même. Aujourd'hui, un système de clefs est utilisé pour tendre la peau et régler la hauteur des sons.

Les facteurs de tambours bèlè les plus reconnus sont Dartagnan Laport et Sully Cally.

Jeu[modifier | modifier le code]

La technique du percussioniste implique les mains, les doigts et le mouvement de talon du pied pour modifier la sonorité. Pour ce dernier, c’est une frappe frottée, frappée et non verticale. Le jeu principal est fait par la main droite pour les droitiers. Les première et deuxième phalanges des doigts sont également utilisées pour frapper sur le bord du tambour[6].

Le tambour bèlè est joué principalement dans la musique traditionnelle martiniquaise. Le « bwatè » (joueur de tibwa, un idiophone) frappe alors les baguettes directement sur le corps du tambour joué par le tambouyé qu’il accompagne. Depuis une décennie, une nouvelle génération d'artistes martiniquais utilise le tambour bèlè dans le registre du jazz et des musiques du monde[7].

Le danseur[modifier | modifier le code]

Il dispose d'une très grande liberté dans le choix de la gestuelle et dans le jeu qui se développera entre partenaires. Mais il doit obéir à une exigence absolue :être au son (dans le temps). Le bon danseur est celui qui saura marier le geste et le jeu tout en étant au son du tambour.

Malgré le dénigrement, le bèlè a su résister à l'épreuve du temps et s'affirme de plus en plus comme un élément incontournable de l'identité martiniquaise. Recelant de grandes richesses et de grandes potentialités pour l'épanouissement communautaire et individuel, pratiquer le bèlè enseigne la patience, la rigueur, l'expression, la solidarité, la connaissance et la transmission du patrimoine culturel martiniquais.

Les Maîtres du Bèlè[modifier | modifier le code]

Ti Emile (emmanuel Casérus), Ti Raoul (Raoul Grivalliers), Galfétè, Félix Casérus, Dulténor Casérus, Vava Grivalliers, Berthé Grivalliers, Clothaire Grivalliers, Féfé Marolany, Paul Rastocle, Benoit Rastocle, Carmélite Rastocle, Apollon Vallade, Félix Cébarec, Génius Cébarec dit Galfètè, Stéphane Cébarec, Boniface Cébarec, Saint-Ange Victoire, Robert Dessart, Siméline Rangon, Espélisane Sainte-Rose, Sully Villageois, Dartagnan Laport (célèbre famille de fabricants de tambours), Julien Saban (Bèlè Baspwent).

La nouvelle génération : Eugène Mona (1943-1991), L’AM4 (Georges et Pierre Dru, Victor Treffre), Kannigwé, La Sosso et le groupe Wapa, Edmond Mondésir et son groupe Bèlènou, Victor Treffe, XTremjam, Bèlè Boumbap de Kali, Lassao, Sully Cally, Jean-Philippe Grivalliers, Boris Reine-Adelaide, Vwa bèl danm, Lébéloka, Bélya, Vaïty, Bèlè Légliz, Lèspri Danmyé, Manuéla M'La Bapté, Stella Gonis, Icess Madjoumba, Artana.

Discographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La fin d'un long silence, un art de vivre occulté et ignoré de notre histoire: l'héritage marron-caraïbe, Jean-Mico Terrine, 2005.
  • Matrice Bèlè ; Étienne Jean-Baptiste; 2008
  • La Ronde des derniers maîtres du bèlè ; de Jean-Marc Terrine ; HC éditions, 2004. (OCLC 61139125)
  • Le Meurtre du Samedi-Gloria ; Raphaël Confiant ; Mercure de France, 1997. (OCLC 36996708)
  • Les instruments de musique traditionnelle en Martinique, DESROCHES Monique Éditions cité de la musique Pari, 1989
  • Tradition Danmyé-Kalennda-Bèlè de Martinique, Association AM4, Tome 1 & 2, Ed. K.Editions, 2014

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Etienne Jean Baptiste, Matrice Bèlè, Fort-de-France, Mizik Label, , 366 p. (ISBN 2-912861-13-6), p. 4ème de couverture
  2. La haute taille est l'expression créole de la valse à deux temps aussi appelée valse lente. Elles se danse en quadrille, sous la conduite d’un commandeur.
  3. "Article Revue Française Hommes & Migrations"[1]
  4. "Article journal France Antilles"[2]
  5. "Blog encyclopédique Lucide Sapiens"[3]
  6. "Document d'archives FAR Agence Musicale Régionale"[4]
  7. "Article France Musique"[5]

Liens externes[modifier | modifier le code]