Albert Göring

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Albert Göring
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 71 ans)
MunichVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Albert Günther GöringVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
Activité
Père
Fratrie

Albert Göring ([1] - ) était un homme d'affaires allemand, connu pour avoir aidé des Juifs et des dissidents à survivre en Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale.

Son frère ainé, Hermann Göring, fut chef de la Luftwaffe, et le plus haut membre du NSDAP à être condamné par le Tribunal de Nuremberg pour crimes de guerre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Albert Göring est né à Berlin-Friedenau de son père Heinrich Ernst Göring et de sa femme Franziska. La famille Göring vivait avec le Ritter (chevalier) Hermann von Epenstein dans ses châteaux de Veldenstein et Mauterndorf. Heinrich Göring s'absentant régulièrement de sa famille, ce fut von Epenstein qui éleva en grande partie les enfants Göring.

Selon l'écrivain Leonard Mosley qui, effectuant des recherches sur la famille Göring, en interviewa certains membres, von Epenstein aurait commencé une longue liaison avec Franziska environ un an avant la naissance d'Albert. La forte ressemblance physique entre von Epenstein et Albert laisse supposer qu'ils furent père et fils. Si cela est vrai, alors Albert Göring avait un grand-père paternel d'ascendance juive.

Avant l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, Albert s'engagea dans la voie de la cinématographie. Cependant, contrairement à son frère Hermann qui était un membre privilégié du parti, Albert méprisa le nazisme et sa violence.

S'exilant à Vienne (Autriche), il obtient la nationalité autrichienne. Il n'y cache pas ses convictions antinazies : « J'ai un frère qui s'est acoquiné avec ce salopard d'Hitler et, s’il continue comme ça, cela finira mal pour lui… Je crache sur Hitler, sur mon frère et sur tout le régime nazi »[2].

Il est rapporté qu'à une occasion, Albert se mit à quatre pattes et se joignit à un groupe de Juifs qui étaient obligés par des soldats allemands de récurer le sol de la rue. L'officier SS en charge, refusant de voir ainsi humilié le frère du puissant Hermann Göring, ordonna ainsi l’arrêt du nettoyage à la brosse.

À un autre moment, il aide la propriétaire d'un magasin de couleurs à s'enfuir, après qu'on l'eut obligée à se mettre dans sa vitrine avec une pancarte « Je suis une sale juive » autour du cou. Il s'est également rendu aux camps de Dachau et Theresienstadt, pour faire libérer des amis juifs, signant de son seul nom de famille[2].

Albert Göring joua également de son influence pour libérer son patron juif, Oskar Pilzer, après son arrestation par les nazis. Il a alors aidé Pilzer et sa famille à quitter l'Allemagne. Il a agi de même avec d'autres dissidents.

Lorsqu'il fut nommé directeur des exportations des usines Škoda en Tchécoslovaquie, il intensifia son activité anti-nazie. Il encouragea des actes mineurs de sabotage et établit des contacts avec la résistance tchèque. À plusieurs reprises, Albert contrefit la signature de son frère sur des documents de transit afin de permettre à certains dissidents de fuir le régime. Lorsque qu'il fut lui-même arrêté pour ces agissements, il utilisa la notoriété de son frère pour être libéré. Albert requerra des travailleurs forcés et organisa des détournements de convois de camions dont la destination était des camps de concentration. Ces camions s'arrêtèrent dans des endroits isolés afin de permettre à leurs occupants de prendre la fuite.

Selon László Kovács, son médecin personnel, Albert Göring aurait affirmé : « Je défie Hitler, mon frère et tous les nationaux-socialistes ! »

Après la guerre, Albert (qui s'est lui-même livré aux Américains le 9 mai 1945) fut interrogé par le tribunal de Nuremberg (les psychiatres de l'armée américaine qui l'interrogèrent diront qu'il était une « Personnalité difficile à saisir »[2]). Toutefois, un grand nombre des individus qu'il avait aidés au cours de précédentes années vinrent témoigner pour sa défense et il fut relâché. En 1947, Albert fut également arrêté par les Tchèques et à nouveau relâché, une fois que l'étendue et la nature de ses activités furent déterminées (les anciens ouvriers de Skoda révélèrent ses actes de sabotage, dont Ernst Neubach qui évoque des « centaines d'hommes et de femmes qui ont échappé à la Gestapo, aux camps de concentration et aux bourreaux » grâce à lui[2]).

Une des dernières requêtes d'Hermann Göring avant son suicide par empoisonnement (les deux frères sont tous les deux incarcérés à la prison d'Augsburg[2]) fut que son frère s'occupât de ses enfants.

Dans un article publié en 1962, « Mon ami Göring », Ernst Neubach, l'un de ses amis juifs, rapportera ses propos et actes de résistances, citant notamment plusieurs témoignages dont ceux d'Oscar Pilzer. À noter qu'Albert Göring n'a laissé aucun écrit expliquant ses motivations de résistance[2].

Albert Göring retourna en Allemagne après la guerre, mais il fut renié et mis à l'écart à cause de son nom. Il trouva des emplois occasionnels d'écrivain et de traducteur, vivant dans un modeste appartement loin des splendeurs de son enfance. Il mourut en 1966 sans voir son activité de résistance publiquement et pleinement reconnue.

En 2013, son dossier a été à l'étude au mémorial de l'Holocauste de Yad Vashem en vue de lui décerner le titre de Juste parmi les nations[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Leonard Mosley, The Reich Marshal: A biography of Hermann Göring, Doubleday, 1974
  • Vida Goldgar, Le Göring qui sauva des juifs, Jewish Times (Atlanta), 10 mars 2000
  • François Guéroult, L'autre Goering, Editions Infimes, 2017

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) James Wyllie, The Warlord and the Renegade ; The Story of Hermann and Albert Goering (2006) Sutton pub. Ltd. (ISBN 0-7509-4025-5), p.7.
  2. a, b, c, d, e et f Roland Jaccard, « Albert, le bon Göring », Causeur, (consulté le 3 octobre 2016)
  3. Patrick Saint-Paul. L'autre Göring, "Juste parmi les nations", Le Figaro, 13 mars 2013.

Liens externes[modifier | modifier le code]