Acétate de plomb(II)

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Acétate de plomb(II)
Pb2+.svg    Acetat-Ion.svg
Lead(II)Acetate.jpg
Identification
Nom UICPA Acétate de plomb(II)
Synonymes

diacétate de plomb
éthanoate de plomb(II)

No CAS 301-04-2
6080-56-4 (trihydrate)
51404-69-4 (forme basique)
No EINECS 206-104-4
257-175-3 (forme basique)
SMILES
InChI
Apparence poudre blanche ou incolore
cristaux efflorescents
Propriétés chimiques
Formule brute C4H6O4Pb  [Isomères]
Masse molaire[1] 325,3 ± 0,1 g/mol
C 14,77 %, H 1,86 %, O 19,67 %, Pb 63,7 %,
Propriétés physiques
fusion 280 °C (anhydre)[2]
75 °C (trihydrate)[2]
22 °C (décahydrate)
ébullition se décompose
Solubilité 456 g·l-1 (eau, 20 °C)[2]
2,11 kg·l-1 (eau, 50 °C)[3]
forme anhydre soluble dans l'alcool; hydrates insolubles dans l'alcool
Masse volumique 3,25 g·cm-3 (anhydre)[2]
2,55 g·cm-3 (trihydrate)
1,69 g·cm-3 (décahydrate)
Précautions
Directive 67/548/EEC
Toxique
T
Dangereux pour l’environnement
N



Transport[2]
60
   1616   
Écotoxicologie
DL50 104 mg·kg-1 (souris, i.v.)[4]
140 mg·kg-1 (souris, i.p.)[5]
LogP -0,080[6]
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

L'acétate de plomb(II) est un composé chimique se présentant soit sous la forme d'une poudre blanche à incolore (anhydre), soit sous la forme d'un cristal incolore (forme trihydratée). Comme tous les composés du plomb il est toxique, et comme beaucoup d'entre eux, il a un goût sucré.

Il peut être obtenu en traitant le litharge (forme naturelle de l'oxyde de plomb(II), PbO) par l'acide acétique. L'acétate de plomb est soluble dans l'eau, et dans la glycérine. Avec l'eau, il forme des hydrates, dont le trihydrate d'acétate de plomb(II), Pb(CH3COO)2·3H2O, un cristal monoclinique efflorescent blanc.

L'acétate de plomb(II) est aussi connu sous le nom d'acétate de plomb, de diacétate de plomb, sucre de plomb, sel de Saturne, eau de Goulard ou encore poudre de Goulard (nommé d'après Thomas Goulard).

Ce composé est utilisé comme réactif pour former d'autre composés du plomb ou comme fixateur dans certaines teintures. À faible concentration, c'est le principal ingrédient de certaines teintures pour cheveux.

Usage historique[modifier | modifier le code]

Comme les autres sels de plomb(II), l'acétate de plomb a un goût sucré, ce qui a incité à l'utiliser comme édulcorant à travers l'histoire. ans la Rome antique, alors que d'autres édulcorants, comme le miel, étaient connus, on faisait bouillir du moût (jus de raisin) dans des récipients en plomb pour produire un sirop de sucre réduit appelé defrutum, qui était une nouvelle fois concentré en sapa. Ce sirop était notamment utilisé pour adoucir le vin ou pour adoucir et conserver les fruits. On suspecte l'acétate de plomb (et d'autres composés du plomb) d'être à l'origine de la mort par empoisonnement de nombreux consommateurs de ce sirop[7].

De nombreuses rumeurs ont couru sur la mort du pape Clément II en octobre 1047, sur un éventuel assassinat par empoisonnement au sucre de plomb. Un récent examen toxicologique a révélé effectivement un empoisonnement à l'acétate de plomb, mais rien ne permet d'affirmer qu'il a réellement été assassiné.

Au XVIIe siècle, le chimiste Nicolas Lémery indique comment le produire à partir de céruse et de vinaigre distillé[8] (acide acétique). Le « sel de Saturne », comme il était appelé à cette époque, était utilisé en pommade pour les maladies de peau et en interne, il « est estimé très bon pour les squinancies [angines], pour arrêter le flux des menstrues, des hémorroïdes et les dysentéries » (Cours de chymie[9], 1675 (1757), p. 94).

En 1787, le peintre allemand Albert Christoph Dies avala, par accident, 21 grammes d'acétate de plomb. Il échappa à la mort, mais sa convalescence fut longue et incomplète. Il vécut malade jusqu'à sa mort en 1822.

Même si son usage était alors interdit, on soupçonne que le compositeur Ludwig van Beethoven est mort par un empoisonnement au plomb, causé par un vin frelaté à l'acétate de plomb[10],[11].

Mary Seacole l'utilisa, entre autres remèdes, contre une épidémie de choléra au Panama[12],[13].

L'acétate de plomb a aussi été utilisé pour traiter le sumac grimpant.

L'acétate de plomb, en raison de sa haute toxicité reconnue, ne semble plus utilisé comme édulcorant. Grâce aux techniques chimiques modernes, cette substance est facile à détecter, ce qui a permis de stopper totalement ou presque son utilisation illégale pendant les décennies qui ont suivi son interdiction.

Il fut aussi utilisé dans l’antiquité pour se colorer les cheveux[14].

De grandes quantités de ce produit étaient encore en 2010 utilisées en France pour mesurer la teneur en sucre du jus de betterave (sous forme de « sous-acétate de plomb » ou d'« acétate de plomb basique », (n° CAS 301-04-2 ; substance classée cancérigène mutagène et reprotoxique (CMR). Il a été décidé par décret d'interdire cet usage au profit d'une alternative utilisant le sulfate d'aluminium octodécahydraté (n° CAS 7784-31-8).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. a, b, c, d et e Entrée du numéro CAS « 301-04-2 » dans la base de données de produits chimiques GESTIS de la IFA (organisme allemand responsable de la sécurité et de la santé au travail) (allemand, anglais), accès le 21/01/10 (JavaScript nécessaire)
  3. Pradyot Patnaik. Handbook of Inorganic Chemicals. McGraw-Hill, 2002, (ISBN 978-0-07-049439-8)
  4. Igaku to Seibutsugaku. Medicine and Biology. Vol. 93, Pg. 461, 1977.
  5. Toxicology. Vol. 64, Pg. 19, 1990 PMID
  6. (en) « Acétate de plomb(II) » sur ChemIDplus
  7. Lead Poisoning and Rome
  8. Jean-Dominique Bourzat, Lecture contemporaine du 'Cours de Chymie' de Nicolas Lémery, éditions du Cosmogone,
  9. Nicolas Lémery, Cours de chymie contenant la manière de faire les opérations qui sont en usage dans la médecine,..., L-C. d'Houry, (lire en ligne)
  10. Pharmazeutische Zeitung zu Beethovens wahrscheinlicher Bleivergiftung
  11. Beethoven litt unter Bleivergiftung
  12. Mary Seacole: Wonderful Adventures of Mrs. Seacole in Many Lands, Chapter IV, (1990 Oxford University Press reprint) ISBN 978-0-19-506672-2; (2005 Penguin 20th Century Classics reprint, ed. Sarah Salih) (ISBN 978-0-14-043902-1)
  13. Jane Robinson: Mary Seacole: The Charismatic Black Nurse who became a heroine of the Crimea, p.53. Constable 2004 (p/b. ISBN 978-1-84119-677-0)
  14. [1]