Terra Amata (site archéologique)

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Terra Amata
Reconstitution d'une hutte de Terra Amata telle qu'elle avait été proposée originellement par H. de Lumley.
Reconstitution d'une hutte de Terra Amata telle qu'elle avait été proposée originellement par H. de Lumley.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Coordonnées 43° 41′ 52″ N 7° 17′ 22″ E / 43.697778, 7.28944443° 41′ 52″ Nord 7° 17′ 22″ Est / 43.697778, 7.289444  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Terra Amata
Terra Amata

Terra Amata (en français "Terre aimée") est un site archéologique de plein air situé sur les pentes du mont Boron à Nice (Alpes-Maritimes) à 26 m au-dessus du niveau actuel de la mer. Il a livré des vestiges du Paléolithique inférieur (Acheuléen) ainsi que l'un des plus anciens foyers d'Europe.

Principales découvertes[modifier | modifier le code]

Découvert lors de travaux de terrassement en 1966, il a été fouillé par une équipe conduite par Henry de Lumley lors d'une des premières fouilles de sauvetage organisées. Les interprétations des données archéologiques de Terra-Amata sont très différentes selon que l’on se réfère aux travaux de cet auteur[1],[2],[3] ou à ceux de Paola Villa, qui a consacré une partie de son doctorat à ce site[4].

Selon H. de Lumley, les niveaux archéologiques (ensembles C1a et C1b) correspondent à plusieurs « sols d’habitats » superposés de l’« Acheuléen ancien » sur une plage fossile. Ils dateraient de 380 000 ans avant le présent. La répartition des vestiges archéologiques et des éléments naturels traduirait la présence de huttes aménagées sur la plage. L’industrie lithique mise au jour, en calcaire silicifié et en silex, se subdivise en deux séries :

  • l’industrie de la « plage », marquée par l’emploi préférentiel de galets comme supports d’outils. Ces outils comportent de nombreux galets taillés, quelques bifaces partiels atypiques et des pics triédriques unifaces à base réservée, dits depuis « pics de Terra-Amata » ;
  • l’industrie de la « dune », au petit outillage sur éclat plus abondant (racloirs, denticulés, etc.)[5].

Selon H. de Lumley, les deux séries présentent malgré tout de nombreuses analogies et sont présentées globalement.

Plus récemment, P. Villa a proposé, notamment en réalisant des remontages et appariements entre niveaux différents, que le degré de préservation du site de Terra-Amata avait été surestimé, que les hypothèses faisant intervenir des huttes étaient discutables et que les niveaux archéologiques ne pouvaient pas être considérés comme des unités indépendantes. Elle propose également de revoir à la baisse l’ancienneté des séries acheuléennes, qui dateraient d’environ 230 000 ans avant le présent[4],[6],[7],[8].

Datation[modifier | modifier le code]

Datation par thermoluminescence[modifier | modifier le code]

En 1975 et 1976, une première tentative de datation par thermoluminescence appliquée à des silex brûlés a été entreprise[9]. Jusqu'alors cette méthode de datation n'avait pas été utilisée sur des objets aussi anciens. Sur dix pièces archéologiques deux ont pu être datées. Pour l'une la date proposée est 214 000 ans BP et pour l'autre 244 000 ans BP. A. G. Wintle et M. J. Aitken proposèrent, en 1977, 230 000 ± 40 000 ans avant le présent.

Datation par résonance de spin électronique (ESR)[modifier | modifier le code]

En 1983 et 1984, Yuji Yokayama, Christophe Falguères et Jean-Pierre Quaegebeur[10] ont daté des grains de quartz du cordon littoral de Terra Amata. Cette méthode repose sur le fait que les grains de quartz ont été « remis à zéro » par les rayons UV du Soleil lorsqu'ils étaient en surface. On mesure donc la date de leur enfouissement. La date obtenue est de 380 000 ± 80 000 ans BP.

Étude technologique des industries acheuléennes de Terra Amata[modifier | modifier le code]

Les industries découvertes tant dans le cordon littoral C1 que dans la dune C1b de Terra Amata sont riches en galets aménagés et pauvres en bifaces. Elles se caractérisent également par la présence de pics et quelques hachereaux dont les produits de débitages n'ont jamais été obtenus par la technique levallois[11]. Or cette technique de débitage est systématiquement présente en plus ou moins grande proportion dans les produits des industries trouvées sur les sites plus récents que 300 000 ans. Il s'agit là d'un indice d'ancienneté en contradiction avec les dates absolues obtenues par la thermoluminescence. Par contre il est compatible avec la datation donnée par la résonance de spin électronique.

Données issues de la biostratigraphie[modifier | modifier le code]

La présence d'un Stephanorhinus hemitoechus (rhinocéros de prairie) archaïque, celle d'un Hemitragus bonali (tahr), d'un Sus scrofa (sanglier) aux molaires de très grande taille militent pour une attribution du site au Pléistocène moyen. La présence d'un cerf (Cervus elephas) portant des bois à couronne et de petite taille indique une ancienneté postérieure au stade isotopique 12 (environ 450 000 ans) et antérieure au stade isotopique 8 (environ 250 000 ans). Les caractéristiques morphologiques très primitives des dents du rhinocéros de prairie permettent de placer le site à une période antérieure à celle du site d'Orgnac 3 daté, lui, de 330 000 à 300 000 ans[12].

Conclusion[modifier | modifier le code]

Il apparaît que la date de 230 000 ans obtenue par thermoluminescence ne coïncide qu’imparfaitement avec les données de la typologie des industries ainsi que celle de la biostratigraphie. La date donnée par la résonance de spin électronique paraît plus vraisemblable.


Musée de Terra-Amata[modifier | modifier le code]

Une partie des dépôts a été préservée afin d'être présentée dans le cadre d'un musée de site, le Musée de paléontologie humaine de Terra-Amata.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Lumley, H. de (1966) - « Les fouilles de Terra Amata à Nice (A.-M.). Premiers résultats », Bulletin du Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco, n° 13, pp. 29-51.
  2. Lumley, H. de (1976a) - « Les civilisations du Paléolithique inférieur en Provence », in: La Préhistoire française - t. I : Les civilisations paléolithiques et mésolithiques, Lumley, H. de, Ed., Ed. du CNRS, pp. 819-851.
  3. Lumley, H.de, Lumley, M-A. de, Miskovsky, J-C. et Renault-Miskovsky, J. (1976) - « Le site de Terra-Amata - Impasse Terra Amata, Nice, Alpes-Maritimes », in: Sites paléolithiques de la région de Nice et Grottes de Grimaldi - Livret-guide de l'excursion B1 - IXème Congrès de l'UISPP, Nice, Lumley, H. de et Barral, L., Eds., pp. 15-49.
  4. a et b Villa, P. (1983) - Terra Amata and the Middle Pleistocene archaeological record of Southern France, University of California Press, Anthropology 13, 303 p.
  5. Fournier, R-A. (1973) - Les outils sur galets du site mindelien de Terra-Amata (Nice, Alpes-Maritimes), Université de Provence, Thèse de Doctorat, 221 p.
  6. Villa, P. (1976) - « Sols et niveaux d'habitat du Paléolithique inférieur en Europe et au Proche-Orient », in: L'évolution de l'Acheuléen en Europe, Combier, J., (Éd.), IX° Congrès de l'UISPP, coll. X, pp. 139-155.
  7. Villa, P. (1977) - « Sols et niveaux d'habitat du Paléolithique inférieur en Europe et au Proche-Orient », Quaternaria, XIX, pp. 107-134.
  8. Villa, P. (1982) - « Conjoinable pieces and site formation processes », American Antiquity, vol. 47, n° 2, pp. 276-290.
  9. Wintle Ann G. et Aitken Martin J. (1977) : « Thermoluminescence dating of burn flint : Application to a lower Paleolithic site, Terra Amata » Archaeometry, vol. 19, fasc. 2, pp. 111-130.
  10. Yokoyama Y., Falguères C. et Quaegebeur J.P. (1986) : « E.S.R. Dating of quartz from Quartenary sediments : First attempt. », Nuclear Tracks, vol. 10, n° 4-6, pp. 921-928.
  11. Terra Amata Nice, Alpes Maritimes, France Tome 1, Sous la direction de Henri de Lumley (2009), page 481
  12. Valensi, Patricia : « Évolution des peuplements de grands mammifères en Europe méditerranéenne occidentale durant le Pléistocène moyen et supérieur. Un exemple régional : les Alpes du sud françaises et italiennes », Quaternaire, 20, (4), 2009, pp. 551-567.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sous la direction du Professeur de Lumley, par Marie Perpère, Geneviève Boulinier-Giraud, Florence Tosca-Bernáldez, Guy de Beauchêne, Jean-Pierre Leroy, Sylvie van den Brink, Jeannine Léon-Leurquin, Les premiers habitants de l’Europe 1 500 000 – 100 000 ans, Paris, Laboratoire de préhistoire du musée de l’homme, Muséum National d’Histoire Naturelle,‎ , 200 p.
    (2e édition) Ouvrage présenté à l’occasion de la présentation de l’exposition du Musée de l’Homme sur « Les premiers habitants de l’Europe » organisée par le laboratoire de Préhistoire du 8 décembre 1981 au 30 avril 1983 : L’homme domestique le feu, 400 00 à 300 000 ans : Terra Amata pp. 85 à 97
  • Sous la direction de Henry de Lumley, Terra Amata : Nice,Alpes-Maritimes, France Tome I, Cadre géographique-Historique-Contexte géologique-Stratigraphie-Sédimentologie-Datation, CNRS,‎ , 486 p. (ISBN 978-2271069399)
  • Sous la direction de Henry de Lumley - Préface de Christian Estrosi, Terra Amata : Nice,Alpes-Maritimes, France Tome II, Palynologie-Anthracologie-Faunes-Mollusques-Paléoenvironnements-Paléoanthropologie, CNRS,‎ , 536 p. (ISBN 978-2271071910)
  • Sous la direction de Henry de Lumley, Terra Amata : Nice,Alpes-Maritimes, France Tome III, Individualisation des unités archéostratigraphiques et description des sols d'occupation acheuléens, CNRS,‎ , 477 p. (ISBN 978-2271074898)

Lien externe[modifier | modifier le code]