Sophisme d'une masse fixe de travail

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Le sophisme d'une masse fixe de travail (en anglais : lump of labour fallacy) est considéré par certains économistes et militants comme un sophisme économique qui consisterait à affirmer que la demande de travail (ou offre d'emploi) serait une quantité fixe dans une économie de marché, que l'on pourrait « partager » ou « se faire voler »[réf. souhaitée].

La politique dite de « partage du travail » est attaquée par certains économistes en raison de qu'elle reposerait sur ce sophisme, mais également en raison du caractère constructiviste qu'elle implique logiquement du fait de l'intervention de l'État.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas d'expression française consacrée pour reprendre le terme anglais lump of labour fallacy, chaque traducteur semblant faire son propre choix et rappelant souvent explicitement la forme anglaise. On trouve par exemple, outre « sophisme d'une masse fixe de travail[1] », « mythe du partage du travail[2] » et « supposition » (d'une quantité fixe de travail), « piège[3] », « illusion[4] », « sophisme[5] », « idée fausse[6] », « hypothèse d'une quantité d'emplois déterminée et fixe[7] » ; ainsi que des expressions comme « le travail est un bien rare » ou « la fin du travail[6] ».

Lors du débat en France sur les « 35 heures », l'expression « malthusianisme » a été couramment employée[8].

Présentation[modifier | modifier le code]

L'hypothèse de la masse de travail fixe dans le sens commun économique[modifier | modifier le code]

Les économistes[9] traitent de "sophisme" les raisonnements économiques populaires mobilisant l'hypothèse selon laquelle le travail formerait une masse fixe. Parmi ces raisonnements, citons :

  • la thèse que la mécanisation du travail (et plus généralement la hausse de la productivité) détruit des emplois.
  • la thèse que l'entrée sur le marché du travail des femmes augmente nécessairement le chômage.
  • la thèse que l'entrée sur le marché du travail d'immigrés augmente nécessairement le chômage.
  • la thèse que le report de l'âge de départ à la retraite augmente nécessairement le chômage des jeunes, et de manière symétrique la thèse que des départs massifs à la retraite libéreraient des emplois pour les jeunes.
  • la thèse qu'une réduction du temps de travail diminue nécessairement le chômage.

Un raisonnement sans fondement[modifier | modifier le code]

Aucun économiste contemporain[réf. souhaitée], quelle que soit sa tendance, ne soutient l'hypothèse que la quantité de travail réalisée dans une société forme une masse fixe, ou dit autrement est indépendante des conditions économiques, et notamment du temps de production et de la rémunération du travail. Il existe néanmoins plusieurs théories économiques incompatibles entre elles pour expliquer que la masse de travail varie si la répartition du travail change :

  • il existe des coûts fixes (bureau de l’employé, administration) et des coûts de transition (formation, recrutement), de sorte que cela coûte plus cher (plus d'effort) de gérer plus d'employés[10] ;
  • une industrie a intérêt à recruter d'abord les travailleurs les plus productifs, et les moins productifs en dernier : si le personnel le plus qualifié (pour le travail demandé) est en quantité limitée, alors l'élargissement de la base au travail va réduire la productivité moyenne, la production, le niveau de vie moyen et finalement la demande de travail (loi de Say) [citation nécessaire] ;
  • un changement dans la répartition du travail a souvent pour conséquence un changement dans la répartition des revenus, et éventuellement un mécontentement préjudiciable à la demande de travail [citation nécessaire].

Les keynésiens[Lesquels ?] non plus ne soutiennent pas l'idée que la quantité de travail est fixe. Pour eux, l’augmentation de l’emploi permet l’augmentation de la demande qui pousse les entreprises à embaucher[réf. nécessaire]. Inversement le licenciement provoque une baisse de la demande qui pousse les entreprises à diminuer la masse salariale[réf. nécessaire]. Le volume de travail dans la société est donc une variable dynamique et non constante.

Paul Krugman (prix Nobel d'économie 2008) rappelle que « comme son titre moqueur le suggère, c'est une idée que les économistes considèrent avec mépris »[11] (Il soutient par ailleurs le partage du travail existant en Allemagne, Kurzarbeit, et le considère adapté à une période de crise[12].) En fait, les modèles économiques[Lesquels ?] font toujours l'hypothèse inverse, en prévoyant un bouclage reliant l'offre de travail aux autres variables[citation nécessaire].

Classification[modifier | modifier le code]

En termes de théorie des jeux, le sophisme d'une masse fixe de travail fait partie des « sophismes de jeux à somme nulle » (en anglais : zero-sum game fallacies), où l'on fait à tort l'hypothèse que le gain d'un joueur se fait nécessairement au détriment des autres joueurs[réf. souhaitée].

En termes de rhétorique, ce sophisme a différentes formes et selon l'expression utilisée on pourra y voir

[réf. nécessaire]

Controverse sur les politiques de partage du travail et le sophisme d'une masse fixe de travail[modifier | modifier le code]

Un « homme de paille » ?[modifier | modifier le code]

Historiquement, le sophisme d'une masse fixe de travail a été mis en avant[13] depuis la fin du XIXe siècle pour contrer l'idée que la réduction du temps de travail légal diminuerait mécaniquement le chômage dans une économie de marché.

Pour Tom Worke, cette accusation à l'encontre de toutes les propositions de réduction du temps de travail de mobiliser le sophisme d'une masse fixe de travail est abusive. C'est une stratégie rhétorique du type « homme de paille »[14],[15]

Si la vision du marché du travail qui sous-tend les propositions de réservation du travail (protectionnisme, limitation de l'immigration, emplois réservés...) ne rencontre qu'un soutien marginal chez les économistes[réf. nécessaire][Lesquels ?], il n'existe pas de consensus parmi les économistes sur les effets d'une politique de partage du travail[réf. souhaitée].

Contre-arguments[modifier | modifier le code]

Les partisans de la réduction du temps de travail n'ont jamais affirmé que la quantité de travail était fixe dans le temps[citation nécessaire]. La quantité de travail fournie par une société dépend de nombreux facteurs, et principalement :

  • de la démographie
  • du nombre des naissances
  • de l'éducation et du niveau académique de la population
  • de la qualité des infrastructures
  • de la santé de la population
  • de l'accès à l'énergie en grande quantité
  • de la culture de la population
  • de la situation politique du pays


Tous ces paramètres variant en permanence, une organisation humaine voit la quantité de travail produite varier en permanence. Cet article prétend donc démontrer[non neutre] que la fausseté de la déclaration : "le temps de travail est fixe dans un pays" entraîne la fausseté de la déclaration "réduire le temps de travail permet de réduire le taux de chômage". Or il n'y a aucun rapport logique entre les deux propositions. En effet, la réduction du temps de travail n'entraîne pas de réduction de la quantité de travail globale (l'exemple des 35 heures prouve même que le contraire est possible : la réduction du temps de travail appliquée en France à partir de 1998 a été suivie par une hausse de la quantité de travail produite en France dans les années qui ont suivi, hausse d'autant plus remarquable qu'elle était bien supérieure à celle enregistrée dans les autres pays de l'OCDE sur la même période [réf. nécessaire]). La réduction du temps de travail est à ce jour la seule politique pour l'emploi qui ait permis de réduire de façon significative le chômage dans un pays européen ayant achevé sa transition économique[réf. nécessaire]. Les études réalisées par l'INSEE[réf. nécessaire] montrent que les 35 heures ont permis la création de 350 000 emplois en France, ce sans même prendre en compte l'effet rebond (hausse de l'activité endogène due à la création de ces 350 000 emplois nouveaux).

Cette corrélation entre temps de travail et taux de chômage est également étayée par l'examen des statistiques de l'institut européen Eurostat[réf. nécessaire]. Celles-ci dévoilent une corrélation remarquable entre le temps de travail moyen par salarié dans un pays et le taux de chômage dans ce même pays. Les pays où le temps de travail moyen par salarié est le plus élevé sont aussi les plus pauvres, et ceux où le taux de chômage est le plus élevé. Les pays où le temps de travail moyen par salarié est le plus faible, sont les plus riches et connaissent les taux de chômage les plus faibles.

En 2013, cette réalité économique est encore niée par les néolibéraux[non neutre][citation nécessaire], qui postulent que plus un salarié travaille, plus il consomme. Aucune étude économique n'a pourtant démontré ce dernier phénomène[réf. nécessaire].

Au contraire, dans tous les pays où des mesures de réduction du temps de travail ont été mises en oeuvre, il a été mesuré une hausse de l'activité dans les années qui ont suivi[réf. nécessaire]. Ce phénomène provient du fait qu'au delà d'un certain temps de travail, le salarié n'a plus le temps de dépenser l'argent de son salaire. La vitesse de circulation de l'argent diminue alors, et, à moins d'être portée par un facteur exogène (la demande extérieure), l'économie entre alors en récession.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Blanchard L'Europe ne va pas si mal, in En Temps Réel, Cahier 14/15, juin 2004
  2. Utilisé dans Des pyramides du pouvoir aux réseaux de savoirs, rapport du Sénat 97-331 ; CRA 2e séance du 6 octobre 1999, Assemblée nationale
  3. Walter Nonneman, L’immigration et le marché de l’emploi'
  4. Paul Swaim et Pascal Marinna, Différentes facettes du temps de travail : évolution récente du temps de travail, OCDE
  5. Le Café pédagogique, numéro 66, http://www.cafepedagogique.net/disci/ses/66.php lire en ligne]
  6. a et b Daniel Cohen, Nos temps modernes
  7. Michel Camdessus, Le Sursaut: Vers une Nouvelle Croissance pour la France, La Documentation française, Paris, 2004, page 40
  8. Voir par exemple : Guillaume Duval, 35 heures : le faux débat du malthusianisme, Alternatives Economiques, hors-série n°39, janvier 1999
  9. Cf. par ex. Jean Rivoire, Les énigmes économiques, PUF, coll. « Que sais-je? (n°2433) »,‎ 1988 (réimpr. 1992), 128 p. (ISBN 9782130429661), p. 12-13.
  10. (en) Dennis J. Snower et Guillermo de la Dehesa, Unemployment Policy : Government Options for the Labour Market, Cambridge University Press, 1997, ISBN 0521599210, page 37
  11. (en) Paul Krugman, Lumps of Labor, New York Times, 7 octobre 2003, lire en ligne
  12. (en) Paul Krugman, Free to Lose, New York Times, 12 novembre 2009, [1]
  13. Par des économistes libéraux comme keynésiens ; pour un exemple keynésien, voir Paul Krugman, ibid.
  14. (en) Tom Walker, The "Lump-of-Labor" Case Against Work-Sharing: Populist Fallacy or Marginalist Throwback?, lire en ligne
  15. T Walker, « Why economists dislike a lump of labor », Review of Social Economy, vol. 65,‎ 2007, p. 279–291 (DOI 10.1080/00346760701635809)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]