Sans droit au courrier

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Sans droit au courrier (russe : Без права переписки, Bez prava perepiski), БПП en abrégé sur les documents officiels, était une aggravation d'une sentence prononcée contre un prisonnier politique en URSS sous Staline.

Pendant les Grandes Purges en particulier, la sentence prononcée par les tribunaux d'exception était : « 10 ans de camp de travail (goulag), sans droit au courrier ». Cette formule était utilisée pour aviser la famille du condamné, alors que les minutes du jugement portaient en note : « peine de 2° catégorie », ou bien « la peine la plus grave : fusillé. » [1],[2]

Nombreux furent ceux qui ne comprirent pas l'euphémisme bureaucratique et le prirent au pied de la lettre (ou voulurent garder espoir à tout prix) et continuèrent à croire que leur disparu était encore vivant[2].

Comme Alexandre Soljenitsyne l'écrit dans L'Archipel du Goulag:

« « Sans droit de correspondre » et cela signifie : « pour toujours » - « Pas droit aux courrier » et cela signifie presque à coup sûr : « a été fusillé »[3]. »

Selon l'article de WP ru Без права переписки, cette façon d'agir (destinée à masquer l'ampleur du massacre, et généralisée par ordre du NKVD no 00515 en 1939) a créé dans la population un profond malaise, et a renforcé et généralisé l'incrédulité des masses vis-à-vis des formules ou communiqués utilisés par les classes dirigeantes.

Les cas connus[modifier | modifier le code]

Ce sont ceux de disparus célèbres, qui avaient une famille ayant gardé quelque influence :

  • Mikhaïl Koltsov, célèbre écrivain et journaliste, tué probablement en février 1940. Son frère Boris Efimov, célèbre illustrateur, obtint à grand peine le droit de rencontrer Vassili Ulrich, le président de la section militaire de la Cour Suprême de l'URSS, et le juge suprême lui dit que Koltsov « avait été condamné à 10 ans de camp de travail, sans droit au courrier »[5].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (ru) « Une croix d'aluminium », dans le magazine)Zvezda #7, 2003
  2. a et b (en) Stephen F. Cohen, The Victims Return: Survivors of the Gulag After Stalin, London, I. B. Tauris,‎ 2011 (ISBN 978-1-84885-848-0, lire en ligne), p. 68
  3. (en) Alexander Solzhenitsyn, The Gulag Archipelago, vol. I, New York, NY, Harper Perennial,‎ 1974 (ISBN 978-0-06-092103-3), p. 6
  4. (ru) Lydia Tchoukovskaïa : «Autobiographie». Noter que le physicien Matveï Bronstein portait le même nom de famille que l'homme politique Lev Bronstein-Trotsky
  5. (ru) Михаил Ефимович Кольцов — За что? Почему? (часть-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]