Saburō Ienaga

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Saburō Ienaga (家永三郎, Ienaga Saburō?), né le 3 septembre 1913 et mort le 29 novembre 2002, est un enseignant, historien et historien de l’art japonais, ainsi qu’un militant pacifiste et pour la liberté d’expression. Il a été nominé pour le prix Nobel de la paix en 2001[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît à Nagoya dans la préfecture d’Aichi et passe une enfance de pauvreté après la mort précoce de son père, soldat[2]. Diplômé en littérature à l’Université impériale de Tokyo, il devient enseignant de lycée à Niigata, où sa fonction l’oblige à contribuer à la propagande menée par l’Empire du Japon auprès des enfants[2]. Il se plonge à cette époque dans l’étude de l’histoire de l’art et du bouddhisme qu’il a découverts et appréhendés à l’unversité[3],[4]. Ses travaux sur la peinture yamato-e lui valent le prix impérial de l'Académie japonaise en 1948[5].

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Ienaga entame la rédaction de manuels scolaires présentant sans détour les crimes de guerre du Japon tels que le massacre de Nankin ou les expériences sur l’humain de l’Unité 731. Alléguant des inexactitudes historiques, le ministère de l’Éducation soumet systématiquement ses textes à une censure partielle[6]. Cette situation pousse Ienaga à assigner trois fois l’État en justice (1965, 1967, 1982) pour contester son contrôle sur le contenu des manuels scolaires qu’il juge anticonstitutionnel[7]. Ienaga perd ses deux premiers procès. Quant au troisième, les tribunaux lui donnent raison en 1997 sur la censure de faits historiques, mais confirment sur le fond le droit du ministère à contrôler le contenu des manuels scolaires, en regard à la loi et la Constitution[3],[6]. Cependant, la publicité que connaissent ses divers procès sur quelque trente années contribue à obtenir du ministère une réforme de son fonctionnement dans les années 1990, si bien que la plupart des manuels mentionnent désormais les principales zones d’ombre de l’histoire de l’Empire du Japon[8],[6].

Professionnellement, il écrit de nombreux livres sur l’histoire et l’art, et enseigne à l’université d'éducation de Tokyo puis à l’université Chūō[8].

Il meurt d’un arrêt cardiaque à Tokyo[3].

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Ichi rekishi gakusha no ayumi, Sanseidō, 1967 ; traduit en anglais sous le titre Japan’s Past, Japan’s Future: One Historian’s Odyssey (Rowman & Littlefield, 2001)
  • Taiheiyō sensō, Iwanami Shoten, 1968 ; traduit en anglais sous le titre The Pacific War, 1931–1945 (Pantheon Books, 1978)
  • « The Glorification of War in Japanese Education », International Security, volume 18, numéro 3, hiver 1993/94, p. 113-133
  • Yamato-e, Heibonsha, 1969 ; traduit en anglais sous le titre Painting in the Yamato style (Weatherhill, 1973)
  • Japanese art: a cultural appreciation (Weatherhill, 1979)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Saburo Ienaga », Encyclopædia Britannica en ligne
  2. a et b (en) « Saburo Ienaga », The Telegraph,‎ 10 décembre 2002 (lire en ligne)
  3. a, b et c (en) Jonathan Watts, « Saburo Ienaga, One man’s campaign against Japanese censorship », The Guardian,‎ 3 décembre 2002 (lire en ligne)
  4. (en) Guohe Zheng et Louis G. Perez, « Ienaga Saburō (1913-2002) », dans Louis G. Perez, Japan at War: An Encyclopedia, ABC-CLIO,‎ 2013 (ISBN 9781598847420, lire en ligne), p. 135-136
  5. (en) The Imperial Prize,Japan Academy Prize,Duke of Edinburgh Prize Recipients ; 『上代倭絵全史』『上代倭絵年表』. Académie japonaise des sciences
  6. a, b et c (en) Peter Clave, « The inescapability of politics? Nationalism, democratization and social order in Japanese ecucation », dans Marie Lall et Edward Vickers, Education as a Political Tool in Asia, Taylor & Francis,‎ 2010 (ISBN 9780415595360), p. 39-40http://books.google.ca/books?id=aAI-G2EuBr0C
  7. (en) Kathleen Woods Masalski, « Examining the Japanese History Textbook Controversies », National Clearinghouse for U.S.–Japan Studies de l’université de l'Indiana ; page hébergée sur le site du Stanford Program on International and Cross-Cultural Education de l’université Stanford
  8. a et b (en) Paul Lewis, « Saburo Ienaga, Who Insisted Japan Disclose Atrocities, Dies at 89 », The New York Times,‎ 8 décembre 2002 (lire en ligne)

Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert Neeley Bellah, « Ienaga Saburo and the search for meaning in modern Japan », dans Marius B. Jansen, Changing Japanese Attitudes Toward Modernization, Princeton University Press,‎ 1965
  • (en) John Caiger, « Ienaga Saburo and the First Postwar Japanese History Textbook », Modern Asian Studies, vol. 3, no 1,‎ 1969, p. 1-16 (lire en ligne)
  • (en) Randy Huntsberry, « "Suffering History": The Textbook Trial of Ienaga Saburō », Journal of the American Academy of Religion, vol. 44, no 2,‎ 1976, p. 239-254 (lire en ligne)
  • (en) Yoshiko Nozaki, War Memory, Nationalism and Education in Postwar Japan, 1945–2007 : The Japanese History Textbook Controversy and Ienaga Saburo’s Court Challenges, Routledge (ISBN 9781134195909)
  • (en) Yoshiko Nozaki et Hiromitsu Inokuchi, « Japanese Education, Nationalism, and Ienaga Saburo’s Textbook Lawsuits », dans Laura Hein et Mark Selden, Censoring History: Citizenship and Memory in Japan, M.E. Sharpe,‎ 2000 (ISBN 9780765604460)