Académie de Saumur

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L’Académie de Saumur est une université protestante fondée à Saumur en mars 1599 par Philippe Duplessis-Mornay, gouverneur de la ville, et supprimée le dans le cadre de la Révocation de l'Édit de Nantes. Elle joue un rôle important à la fois dans l'histoire protestantisme français au XVIIe siècle mais aussi dans la théologie protestante, avec l'élaboration par ses professeurs de la Doctrine de Saumur.

Histoire[modifier | modifier le code]

La Réforme à Saumur[modifier | modifier le code]

En 1565, les habitants de Saumur commençaient à se lasser du pouvoir que l'Église locale exerçait sur eux depuis cinq cents ans. La ville était en effet partagée entre les fiefs de l'Abbaye de Saint-Florent et de Fontevrault, et les représentants seigneuriaux abusaient de leurs droits sur la population ; ces droits seigneuriaux étaient d'ailleurs la source de multiples procès. La Réforme protestante reçut donc un accueil favorable par une partie des Saumurois. Les notables de la ville se convertirent les premiers, et une grande partie du peuple suivit. L'avènement de la religion nouvelle à Saumur déclencha une crise iconoclaste, les protestants s'attaquant à tous les symboles de la religion catholique et du culte des images : l’abbaye de Saint-Florent fut ainsi mise à sac, les autels dépouillés, les statues brisées, les reliquaires d’or et d’argent enlevés, ce qui suscita des rancunes laissaient augurer de représailles pour l'avenir.

Pendant les guerres de religion, Saumur fut convoitée par les deux partis et connut les vicissitudes de la guerre. C'était un passage important sur la Loire, aux confins de la Touraine, du Poitou et de l’Anjou, et la possession de cette place revêtait une valeur stratégique. Les protestants y tenaient particulièrement, et Duplessis-Mornay, le gouverneur protestant, qui en obtint le gouvernement de Henri de Navarre en 1588, la considérait comme un des boulevards de la Réforme.

En 1589, Saumur est accordée aux protestants comme place de sûreté par Henri III. En 1596, les protestants tinrent à Saumur un synode national sous les auspices de Duplessis-Mornay.

Origines de l'Académie de Saumur[modifier | modifier le code]

Pendant neuf ans, la Ligue demeura impuissante dans ce pays dominé par le château de Saumur, ce qui permit à la ville de prospérer malgré les troubles que connaissaient d'autres régions. En 1592, le gouverneur fit un voyage à la cour au cours duquel il agita pour la première fois la question de fonder une académie à Saumur. Lors d'une de ses conversations avec le roi à propos de ces conférences solennelles entre docteurs catholiques et protestants qu'Henri IV prétendait vouloir instituer pour sa propre instruction, Duplessis-Mornay, prenant au sérieux et avec son ardeur habituelle ce projet qui n’était pour le roi qu'un moyen préparé pour couvrir son abjuration, proposa de réunir à Saumur "jusques une douzaine des plus doctes et excellents ministres ou docteurs de la religion réformée, qui se prépareraient par de communes études aux discussions prochaines."

Le roi approuva ce projet et l'idée fit son chemin dans l'esprit de Duplessis-Mornay. « Particulièrement pour l’instruction de la jeunesse et surtout de la noblesse de la religion, mit en avant de dresser une académie à Saumur, composée des gens doctes nécessaires, et douée de revenu suffisant dont il proposerait les expédients au roi. » Celui qu’on surnommait "le pape des huguenots" avait assez de clairvoyance pour envisager déjà comme un fait certain la prochaine abjuration du roi, car, s'il était trop fin politique pour partager toutes les illusions ou manifester toutes les exigences des plus exaltés de ses coreligionnaires, il était également trop attaché à son Église et à sa foi pour approuver la légèreté de conscience d'Henri IV.

Patriote sincère, haïssant les guerres civiles, c'est au moyen d'une religion éclairée et d'une instruction solide que Duplessis-Mornay prétendait vaincre ses adversaires et forcer la tolérance persévérante du roi. Il pensait qu'en développant la connaissance à profusion autour d'eux et sur eux-mêmes, ses coreligionnaires plaideraient plus éloquemment leur cause que par les armes. C'est donc pendant son voyage de 1592, un an avant l'abjuration du roi, que fut élaborée l'idée première de l’académie de Saumur, qui devait faire de Saumur, « pendant plus d’un demi-siècle, comme une seconde Genève, plus littéraire et plus vivante[1]. »"De 1568 à 1572, Duplessis-Mornay parcourut successivement l’Italie et l’Allemagne, visitant les universités les plus célèbres, embrassant dans ses études les connaissances les plus variées, apprenant à Padoue la botanique et l’hébreu, à Heidelberg le droit et l'allemand, distingué partout par les hommes les plus doctes et les plus éminents[2]."

L'organisation de l’Académie de Saumur ne se fit pas dans les mêmes conditions que dans le cas des autres établissements du même type comme les académies de Montauban, de Sedan, etc. Dans cette ville où une partie de la population restait catholique, contrairement à Montauban ou Nîmes, les catholiques avaient un collège communal et la liberté d'enseigner dans des écoles élémentaires ou secondaires. Venu à Saumur en 1593, Henri IV fut à même d’apprécier tous les avantages de situation, de climat et autres d'un ordre plus élevé que présentait la ville de Saumur pour l’installation d'une académie. Il fut loin de décourager le fidèle Duplessis-Mornay avec lequel il discuta au contraire longuement, « des moyens de fonder dans cette ville un centre d’études solides et complètes, pour les enfants de l’Église réformée. » Des lettres d’érection pour un collège à Saumur « garny de professeurs ès trois langues, et ès artz et sciences, promettant de pourvoir, quand la nécessité de ses affaires le permettoit, au bastiment et entretenement d’iceluy » octroyées par Henri furent à l'origine de cette académie, qui devait fournir de grands hommes aux lettres et à l'État.

Fondation de l'Académie de Saumur[modifier | modifier le code]

L'Académie fut ouverte en 1599 ou 1600. Le premier subside annuel de 43 000 écus fut reçu du roi lorsque parut l'Édit de Nantes, ce qui leva toutes les difficultés. À partir de ce moment, on n'eut qu'à procéder à la formation de l'Académie de Saumur. La première idée de Duplessis-Mornay avait été de provoquer la réunion de docteurs protestants pour l'étude préparatoire des débats publics et controverses solennelles. Mais il en changea rapidement. Son but principal devint de former les jeunes gens, surtout les futurs ministres à l’étude des lettres et de la théologie afin de les préparer à toutes les difficultés de la carrière qu’ils allaient embrasser, et en particulier aux controverses : telle était la grande préoccupation du protestantisme de cette époque.

Les bâtiments de l’académie de Saumur s'élevèrent dès l’origine dans la rue Saint-Jean et étaient contigus à l'hôtel de ville, où Duplessis-Mornay résidait dans les premières années de son gouvernement. Ce voisinage est important à noter, parce qu’il devint dans la suite un prétexte de querelle et de vexation.[réf. nécessaire]

Enseignements et corps professoral[modifier | modifier le code]

Héritière de la Réforme et de la pédagogie initiée par l’humanisme, l’Académie était largement tournée vers l'étude des langues anciennes (latin et grec), ainsi que vers celles de la philosophie et de la théologie.

Il n'y a pas eu de chaire de médecine ou de droit à Saumur, même s'il y eut sans doute des leçons de médecine données en dehors de l'Académie. En revanche, il y eut constamment des professeurs recrutés avec un soin extrême pour occuper les deux chaires de théologie, celle d’hébreu, celle de grec et les deux de philosophie. Le collège, dirigé par un principal, était divisé en six classes, dont la plus élevée s’appelait la rhétorique. Le recteur était assisté par un conseil académique. Les deux premiers professeurs de théologie que Duplessis-Mornay tenta de faire venir pour illustrer l'Académie naissante sont des personnages bien connus, François du Jon et Bucanus.

François du Jon ou Junius, pasteur et professeur de théologie influent qui a laissé quarante-neuf ouvrages et à qui on en attribue une vingtaine en sus, était alors professeur à Leyde depuis 1592 après avoir longtemps exercé la même charge à Heidelberg. En 1597, malgré les supplications de l’assemblée de Châtellerault, il avait refusé le poste de pasteur de La Rochelle, mais il accepta les offres qu’on lui faisait pour Saumur. Il allait prendre son poste, le 13 octobre 1602, lorsque la peste l'emporta subitement à l'âge de cinquante-sept ans. Duplessis-Mornay le regretta beaucoup ; c'était en effet un érudit et un lettré, à la fois philosophe, exégète, critique, théologien et philologue, dont la contribution à la formation de la pensée réformée était importante ; son savoir et son prestige aurait fait briller l'École de Saumur dès sa fondation.

Guillaume Du Buc, dit Bucanus, était quant à lui professeur à l'université de Lausanne ; en 1590, il avait répondu à l’ouvrage de Pierre Charron, l’ami de Montaigne, intitulé "Les trois vérités". Lui aussi mourut au moment de partir pour Saumur, où il avait accepté la chaire qu’on lui offrait. Il en résulta que les premiers professeurs en théologie furent des hommes moins connus, Antoine Renaud (1603) et Robert Boyd of Trochrig (en), que les Français appellèrent Trochorège (1606). Le premier professeur de grec fut Jean Benoist ; celui d’hébreu s’appelait Birgam, sieur du Bignon ; William Craig y enseigna la philosophie.

Les registres de l’Académie qui ont été conservés commençant seulement à la date de 1613, mais on sait que de la réputation de l'Académie - alliée à celle de son fondateur déjà rendu célèbre par le grand nombre d’ouvrages qu'il avait écrit sur la nouvelle religion et par son zèle à la propager - ne tarda pas à être connue très largement dans les universités protestantes de la France et des États voisins, attirant les meilleurs professeurs. Citons notamment les théologiens John Cameron (de 1618 à 1622), Moïse Amyraut (de 1626 à 1664), Louis Cappel (de 1626 à 1657), Isaac d'Huisseau (de 1630 à 1670), Josué de La Place (de 1631 à 1655) et Claude Pajon (de 1666 à 1667), les professeurs d'hébreu Louis Cappel (de 1613 à 1657) et Jacques Cappel (de 1657 à 1685), les prfesseur de grec Tanneguy Lefebvre (de 1651 à 1670) et Marc Duncan (de 1606 à 1624) et les professeurs de philosophie Marc Duncan (de 1606 à 1624, qui enseigna aussi le grec et fut principal de l'Académie), Josué de La Place (de 1621 à 1625) et Jean-Robert Chouet (de 1664 à 1669).

Apogée de l'Académie de Saumur (1635-1670)[modifier | modifier le code]

A partir de 1635 et jusque dans les1660, l’académie de Saumur devient un haut lieu de la culture protestante, connue de toute l'Europe calviniste. Cette célébrité est essentiellement due à la présence dans le corps enseignant des professeurs de théologie Louis Cappel, Moïse Amyraut et Josué de la Place, qui élaborent une nouvelle doctrine théologique, connue sous le nom de "doctrine de Saumur", mais aussi d’hellénisants tels que Tanneguy Le Fèvre ou encore à Gabriel Dugrès (fl. 1630-1660), grammairien, linguiste et pédagogue angevin, originaire de Saumur et réfugié huguenot en Angleterre en raison de son protestantisme et qui enseigna le français aux étudiants anglais et futurs élèves de l'Académie saumuroise dont il faisait l'éloge.

Fermeture de l'Académie[modifier | modifier le code]

À partir de la fin des années 1660, les tensions se multiplient entre catholiques et réformés et l’établissement est supprimé, par arrêt du Conseil d’état, le , peu avant la promulgation, en octobre 1685, de l'Édit de Fontainebleau révoquant l'Édit de Nantes.

Importance de l'Académie de Saumur, la doctrine de Saumur[modifier | modifier le code]

Le gouverneur Duplessis-Mornay avait déjà insufflé un nouvel essor à Saumur, en y garantissant la paix civile et la liberté de conscience. Un grand nombre de familles protestantes étaient venues s’établir pour jouir en paix de l’exercice public de la religion réformée. Mais c’est la fondation de l’Académie, établissement pour lequel Duplessis-Mornay n’épargna ni ses soins ni sa fortune, qui contribua le plus à l’accroissement et à la prospérité de la ville, faisant venir à Saumur de nombreux professeurs et étudiants.

L'un des grands titres de gloire de l'Académie de Saumur est qu'y fut élaborée la théologie dite doctrine de Saumur, vision arminienne du calvinisme (c'est-à-dire en opposition à la doctrine de la prédestination) qui fut élaborée par John Cameron et popularisée par Moïse Amyraut, tous deux professeurs de l'Académie de Saumur. Cette théologie fut adoptée par les grands noms du corps professoral de l'Académie et on peut considérer que c'est celle qui finit par s'imposer, malgré les censures des synodes, qui n’osèrent jamais la qualifier d'"hérésie". Les tenants de cette théologie sont aussi appelés "universalistes" puisqu'ils soutiennent que la grâce est acquise en principe à tout le genre humain.

Au nombre des étudiants célèbres de la prestigieuse Académie de Saumur se trouve William Penn, le fondateur de la Pennsylvanie, qui fut à vingt ans l'élève de Moïse Amyraut pendant un an (1663-1664). Ce dernier eut sur le jeune William Penn une profonde influence[3].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Célestin Port.
  2. Eugène Poitou, juge au tribunal civil d’Angers, Duplessis-Mornay, art. de la Revue d’Anjou, 1854, 3e livraison.
  3. Hans Fantel, William Penn: Apostle of Dissent, William Morrow & Co., New York, 1974, pp.52-53, ISBN 0-688-00310-9

Sources[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Daniel Bourchenin, Étude sur les académies protestantes en France au XVIe et au XVIIe siècle, Paris, Grassart, 1882, p. 147-154. [lire en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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