Pierre Gallet (1698-1757)

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Les premiers convives du Caveau ; à droite : Pierre Gallet.

Pierre Gallet, né en octobre 1698 à Paris où il est mort en juin 1757, est un poète, chansonnier, goguettier et auteur dramatique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Gallet exerçait la profession d'épicier-droguiste en gros rue de la Grande-Truanderie. Il a 20 ans à la mort de son père, grand bourgeois de Paris, membre de la compagnie des marchands apothicaires-épiciers de Paris dont il est consul en 1707, apothicaire membre de l'académie Royale des sciences, il hérite d'une belle petite fortune, qu'il dépensa sans compter avec ses amis Alexis Piron, Charles-François Panard, Charles Collé. Il organisait avec eux de joyeuses agapes, copieusement arrosées, où l'on composait des chansons égrillardes. Ce fut l'origine de la première Société du Caveau, fondée en 1729 au cabaret de Landel, rue de Bussy, où à la même époque la première loge maçonnique parisienne s'installe.

Inséparables, on retrouve Collé, Piron et Gallet quand ils ne sont pas chez Gallet, chez Madame de Tencin. Rigoley de Juvigny dans Les mémoires d'Alexis Piron nous rapporte en effet une très jolie anecdote qui commença dans le salon de Mme de Tencin lors d'une soirée fin du mois de mars 1731 et se termina dans la joie et la bonne humeur tard dans la nuit chez le commissaire Lafosse.

Tous les trois avaient en commun la même opinion sur Voltaire, Voltaire qui redoutait de se trouver face à face avec Piron, Voltaire qui a eu droit au pamphlet de Gallet « Voltaire, Âne jadis poète ».

À la première Société du Caveau d'autres se joignirent, comme Crébillon père et fils, Fuselier, Sallé, Labruère, Saurin, Duclos, Gentil-Bernard, de Moncrif, Helvetius, Rameau, le peintre Boucher, Jélyotte.

Négligeant ses affaires, Gallet fit banqueroute en 1751 et se réfugia dans l'enclos du Temple. Là, il retrouva M. André, ancien marmiton du cabaret Landel, qui était propriétaire du cabaret le clos de la Devinière[réf. nécessaire].

Panard resta son ami fidèle. Fuzelier et Piron lui rendirent visite régulièrement, un peu moins pour Crébillon père, et même Collé revint le voir et renoua avec Gallet. La joie et les bons mots de Panard et Gallet firent la célébrité du clos de la Deviniére, où un jour, par exemple, Marmontel est venu avec des bourgeois pour voir Gallet. Après le repas, vexé Gallet s'adressera ainsi à Marmontel : « mon cher, une autre fois, quand vos amis voudront rire, il faudra les conduire chez les comédiens du roi » et sans oublier de demander à M. André de saler la note[réf. nécessaire].

Ayant honoré tous ses créanciers, Gallet pouvait quitter l'enclos du Temple, mais préféra y rester[réf. nécessaire]. Et jusqu'au bout improvisera des couplets comme le rappelle Collé, d'où l'épitaphe dont l'auteur serait de La Place :

Ci-git le Chansonnier Gallet,
Mort en achevant un Couplet

Gallet vu par Pierre Antoine de la Place[modifier | modifier le code]

Pierre Antoine de la Place écrit en 1782[1] :

Natif de Paris, étoit Marchand Epicier, avoit fait de bonnes études, & étoit né avec beaucoup de talent pour la Poésie. On a de lui de très jolis Vaudevilles, mais un peu libres. Personne ne parodioit mieux que lui, & n'a plus fait de Couplets.

au moment de mourir d'une Hydropisie, il fit celui-ci, qui peut lui servir d'Epitaphe :

Rimeur Couplétant Couplétier

De Couplets j'ai fait mon métier.

Quoique la Mort soit à ma porte,
Je rime, je couplette encor.

Si le diable à la fin m'emporte,

Il faut que ce soit COUPLÉGOR[2].

Il a donné plusieurs Opéras comiques. Il avoit de la gaieté, de l'enjouement, & faisoit les délices des sociétés, du temps que l'on aimoit encore à rire, & sur-tout à table. Il mourut en 1757. Gallet, qui savoit balancer son intérêt et son plaisir, également ardent & pour l'un & pour l'autre, invitoit fréquemment Piron & M. Collé son ami, & ne manquoit pas de leur associer quelques uns des Commerçants avec lesquels il étoit en relation d'affaires. Il y trouvoit son compte : ses confreres, sortant de table, animés par la bonne chére & par la joie, riant encore des Contes, des Bons-Mots & des Saillies de Piron, étoient moins difficiles, mieux disposés ; & les négociations s'entamoient, ou se terminoient toujours à l'avantage de l'Amphitrion.

Piron s'étant aperçu de ce manége : « mon Ami (dit-il tout bas à M. Collé) je crois que cet homme-ci nous prête sur gage. »

À propos de Gallet[modifier | modifier le code]

  • Son prénom était en réalité Antoine, mais peut importe, comme le souligne Brigitte Level, dans son ouvrage À travers deux siècles, le Caveau, société bachique et chantante, 1726-1939, ouvrage dans lequel elle lui consacre plusieurs pages, car Gallet c'est pour tout le monde Gallet.et restera Gallet par contre en ce debut du XVIIIe siècle certains membres da sa famille de la grand bourgeoisie parisienne, ont « rallongé » leur nom, Gallet de Souscarriere (Gallet de Santerre) pour se retrouver dans la petite aristocratie parisienne.
  • Charles Collé, écrira « Gallet est pourtant mon Maitre en chanson, c'est sous lui que j'ai appris à en faire ».
  • Rigoley de Juvigny dans « la vie de Piron » écrira « Gallet était le meilleur chansonnier que la France eût produit depuis l'origine du vaudeville ».
  • Diderot dans Jacques le fataliste a écrit : « ainsi qu'à la naissance de notre Divin Sauveur les oracles du paganisme cessèrent : à la mort de Gallet les oracles de bacbuc furent muets, ......aussi plus de grands poèmes, plus de ces morceaux d'une éloquence sublime, plus de ces produits »
  • À la mort de Gallet, Panard, son ami de toujours, rencontrant Marmontel (c'est Marmontel qui le rapporte dans ses mémoires) s'écria en pleurant, je l'ai perdu, je ne chanterai plus, je ne boirai plus avec lui, il est mort, je suis seul au monde....vous savez Monsieur qu'il est mort au Temple, je suis allé pleurer sur sa tombe. Quelle tombe ! ah Monsieur ! Ils me l'ont mis sous une gouttière lui qui depuis l'âge de raison n'avait plus bu un verre d'eau ! ....
  • En 1806, Moreau et Francis écrivent (49 ans après sa mort) une comédie Gallet ou le chansonnier-droguiste représentée à Paris le samedi 22 novembre 1806 sur le théâtre Montansier. Un exemplaire de cette comédie se trouve à la bibliothèque de l'état de Bavière et est consultable sur Internet[3].
  • En 1883, 129 ans après sa mort, Jacques Bouché lui consacre un ouvrage en 2 volumes Gallet et le Caveau, où il écrit : « Gallet est inconnu, alors que d'autres, qui valent moins que lui,ont rempli les gazettes..., c'est que c'était un insouciant compère, rimant quand la rime venait le chercher et sans qu'il fit un pas pour l'atteindre et dépensant sa vie sans la compter, généreux à l'excès avec ses amis... n'intriguant pas parce qu'il ne savait pas ce que c'était et ne songeant pas à l'avenir parce qu'il ne se doutait pas qu'il y eût autre chose que le présent »
  • En 1882 Charles Vincent dans « Chansons, mois & toasts » rapporte ces lignes de Charles Coligny :
Deux choses illustrent le dix-huitième siècle « l'Encyclopédie et le Caveau » le siècle de Voltaire, de Montesquieu, de Rousseau de Buffon, est aussi le siècle de Panard, de Piron, de Gallet, de Collé. On surnomme les quatre premiers les lampes de l'humanité, nous appelons les quatre autres les piliers du temple de la chanson. La France eut la fortune de posséder à la fois ces huit hommes immortels. Un siècle auparavant, après la Fronde, Pascal avait fixé la prose française, Bossuet l'oraison funèbre, Racine la tragédie et Molière la comédie. C'est Panard, c'est Gallet, c'est Piron, c'est Collé cent ans plus tard, qui fixent la chanson. Leur Académie, française par excellence, c'est le Caveau. Ils étaient tous les quatre unis comme quatre couplets le sont dans une chanson.

Toujours en 1882, lors du banquet de Mars, un toast de 59 vers fut consacré à Gallet qui se termine ainsi :

Gallet, vous le voyez, fut bien une puissance
Lui rendre hommage ici n'est que reconnaissance.
Du Caveau son esprit a grossi la moisson
Amis, boire à Gallet, c'est boire à la chanson

Gallet est connu avant tout comme l'auteur de la chanson La boulangère a des écus qui, au XIXe siècle, inspirera plusieurs comédies et un opéra-bouffe d'Offenbach :

La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère,
La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère.
Elle en a, je les ai vus ;
J'ai vu la boulangère aux écus,
J'ai vu la boulangère.

Gallet apparaît dans les pièces Piron avec ses amis (Théâtre du Vaudeville) et Le Chansonnier droguiste (Théâtre des Variétés).

Jean-Antoine Rigoley de Juvigny rapporte dans Les mémoires d'Alexis Piron une anecdote avec Piron, Collé et Gallet qui se passe après une soirée « chez une dame belle autrefois, belle d'esprit aujourd'hui » : il s'agissait de Madame de Tencin et qui se termine dans la joie chez le commissaire Lafosse.

Jacques Bouché écrit : « Gallet est inconnu, alors que d'autres qui valent moins que lui ont rempli les gazettes... c'était un insouciant compère, rimant quand la rime venait le chercher sans qu'il fit un pas pour l'atteindre, dépensant sa vie sans compter, généreux à l'excès avec ses amis... »

Pour exemple, un soir ses amis lui demandent son dernier couplet, Gallet improvisa :

Si,pour embellir le monde,
Jupiter m'eut consulté,
Dans les lieux où coule l'onde,
Le vin seul eut existé.
La terre eut été sa treille,
Et la mer son réservoir,
Et pour le mettre en bouteilles,
J'aurais servi d'entonnoir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Antoine de la Place, Recueil D'Épitaphes Sérieuses, badines, satiriques & burlesques, de la .plupart de ceux qui, dans tous les tems, ont acquis quelque célébrité par leurs vertus, ou qui se sont rendu fameux soit par leurs vices, soit par leurs ridicules., Bruxelles 1782, tome premier, pages 420-422.
  2. Jeu de mots fait avec les mots « couplet » et « Belphégor », nom d'un démon de l'enfer.
  3. Moreau et Francis, Gallet ou le chansonnier-droguiste

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Ramée et Dondon, avec Charles-François Panard et Florimond Claude Boisard de Ponteau, 1734, parodie de la tragédie de Didon
  • Le Double Tour ou le Prêté Rendu, opéra-comique, 1735
  • La Précaution inutile, opéra-comique, 1736
  • Les Coffres, opéra-comique en 1 acte, avec Alexis Piron, Charles-François Panard et Florimond Claude Boisard de Ponteau, 1736
  • Marotte, 1743, parodie de la tragédie de Mérope de Voltaire
  • La Pétarade ou Polichinelle auteur, 1750
  • Voltaire âne, jadis poète, en Sibérie, 1750
  • Les couples assortis ; La meunière du moulin à vent ; La double surprise ; La bergère reconnoissante ; L'heureuse épreuve ; Les inconvénients du mariage ; L'heureux accord ; La cinquantaine ; Le curieux ; L'hirondelle de carême ; La fille du savetier.
  • Prologue, opéra-comique donné sur la foire St-Germain 1744.
  • Les troqueurs ou les fausses inconstances, opéra comique en un acte.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcelle Benoît (dir.), Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1992.
  • Georges Grente (dir.), Dictionnaire des lettres françaises. Le XVIIIe siècle, nouvelle édition revue et mise à jour sous la direction de François Moureau, Paris, Fayard, 1995, p. 514.
  • Gallet et le Caveau, J.Bouché 1883.
  • Brigitte Level, À travers deux siècles, le Caveau, société bachique et chantante, 1726-1939, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, Paris 1988.
  • Gallet ou le chansonnier droguiste, comédie en un acte par MM Moreau et Francis théâtre Montansier Paris 22 novembre 1806.
  • Chansons, mois & toast, Charles Vincent 1882.
  • Piron avec ses amis ,comedie vaudeville de Deschamp 1792

Lien externe[modifier | modifier le code]