Paradoxe de l'écrivain

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Le paradoxe de l'écrivain, appelé aussi paradoxe de la prédestination, est un paradoxe temporel qui décrit la situation suivante : un écrivain s'expédie à lui-même, dans le passé, en utilisant une machine à remonter le temps, un exemplaire imprimé du livre qui l'a rendu célèbre. Dans le passé, il écrit son manuscrit en recopiant simplement l'exemplaire reçu. Le livre n'a donc jamais été écrit, juste recopié. Il apparaît ex nihilo. C'est un paradoxe apparenté au paradoxe du grand-père ; d'une certaine manière c'est exactement la situation contraire.

Le paradoxe de l'écrivain met à mal le principe de causalité : un phénomène devient en effet sa propre cause. On appelle aussi cette situation « boucle de causalité ».

Si le paradoxe du grand-père est généralement décrit par une action physique, ce paradoxe est souvent présenté sous forme d'un transfert d'information. La littérature de science-fiction fournit toutefois des exemples d'interventions physiques constituant des boucles de causalité.

Ce paradoxe ne réclame pas forcément de voyage dans le temps : la prophétie auto-réalisatrice pose exactement le même problème (un événement est sa propre cause), si la prophétie est basée sur une capacité à lire le futur.

Apparitions dans la littérature, le cinéma et les jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Malgré la difficulté logique à admettre une telle situation, les auteurs de science-fiction ne se privent pas de l’employer.

  • On dit parfois que le premier exemple de boucle de causalité est l’histoire d’Œdipe. Cette assertion est discutable, car si une prophétie est équivalente à une information expédiée par voyage dans le temps, la mythologie grecque ne conçoit pas l’oracle comme une information venue du futur, mais comme une énigme portant sur ce que le Destin a décidé. Comme tout découle d’un Destin écrit avant l’oracle, Œdipe n’est pas vraiment impliqué dans une boucle de causalité.
  • Dans certains épisodes de Star Trek, les voyageurs donnent à un scientifique du passé la composition d’un alliage qui servira plus tard à la fabrication des vaisseaux. Ce scientifique n’est autre que l’inventeur historique de cette matière : en fin de compte, personne n’a inventé l’alliage, mais il existe.
  • Le film Terminator (1984) présente lui aussi un tel paradoxe : si Reese n’avait pas été envoyé dans le passé, John Connor ne serait jamais venu au monde, et alors il n’aurait pas pu envoyer Reese en arrière. De même, dans Terminator 2 : Le Jugement dernier (1991), on sait que Miles Dyson a créé Skynet à partir des restes du T-800, lui-même créé par Skynet.
  • Dans le premier volet de la trilogie Retour vers le futur (1985), Marty fait découvrir aux jeunes de 1955 « un bon vieux rock, bien rétro » qui n’est autre que la chanson Johnny B. Goode de Chuck Berry. Pendant sa prestation, Marvin Berry téléphone à son cousin Chuck pour lui faire découvrir « un son nouveau ». Ainsi, Chuck Berry ne deviendra célèbre qu’en ayant repris la chanson, et non en l’ayant composée lui-même.
  • Le film L'Armée des douze singes (1995) est un paradoxe de l’écrivain dans son ensemble, dans la mesure où le héros James Cole (Bruce Willis) est envoyé dans le passé afin d’empêcher la propagation du virus mortel dont il est question dans le film. Il rencontre Jeffrey Goines (Brad Pitt) dans un hôpital psychiatrique qu’il croit, à tort, responsable de la propagation du virus mortel. Dans la scène finale, James tente d’arrêter la propagation du virus mais est poursuivi par les forces de sécurité de l’aéroport. Il se voit alors petit avec ses parents, ce qui boucle indéfiniment ses visions où il voyait effectivement un homme se faire tuer par les forces de sécurité de l’aéroport. On peut dire dans ce cas-là que James Cole est un être à jamais perdu dans le continuum espace-temps : condamné à revivre exactement les mêmes évènements à l’infini et à reproduire les mêmes erreurs, ne sachant sa terrible destinée qu’au dernier moment, alors qu’une balle est sur le point de le tuer.
  • À la fin de Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban (1999), Harry Potter est sauvé par un mystérieux sorcier lors de l’attaque par les Détraqueurs. Il utilise ensuite un retourneur de temps dans le but de sauver son parrain. Il se rend alors compte que lui seul est en mesure de lancer le sort qui l’a sauvé. L’auteur souligne d’ailleurs cet aspect puisque Harry Potter précise qu’il aurait été incapable de lancer le sort s’il ne s’était vu le lancer précédemment.
  • Dans le jeu Escape from Monkey Island (2000), pour trouver la clef d’un portail dans les marais du temps, Guybrush Threepwood doit accomplir un paradoxe de l’écrivain : une clef lui est d’abord donnée par son lui futur, puis, après son utilisation, il doit la renvoyer à son lui passé. Le respect de la continuité temporelle, y compris dans les dialogues entre le Guybrush du passé et celui du futur est nécessaire à la résolution de ce passage.
  • Dans l’épisode « Fry : Le Pourquoi du comment » de la série Futurama (épisode 8 de la cinquième saison, 2003), Fry découvre que Nibbler est le responsable de sa congélation (il aurait soufflé sur la chaise en équilibre pour faire tomber Fry dans le tube). Ce dernier remonte dans le temps afin d’empêcher le Nibbler du passé de le pousser. Nibbler nous dit que si Fry n’est pas congelé, il ne pourra jamais aller dans le futur et rencontrer Leela. Finalement, c’est Fry qui fait tomber son double et donc s’est congelé lui-même. C’est un paradoxe de l’écrivain.
  • La série de manga Tsubasa Reservoir Chronicles (2003-2009) de Clamp, le « vrai » Shaolan (Tsubasa garçon) est en réalité le fils de son propre clone. Celui-ci fut créé lors de sa capture par Fei Wan Lead après sa première tentative pour sauver la « vraie » princesse Sakura. Les clones de Shaolan et Sakura furent tués dans l’histoire, mais ceux-ci firent le vœu de revenir à la vie dans un même monde, afin de donner naissance au « vrai » Shaolan pour que celui-ci accomplisse sa quête de sauver la « vraie » Sakura et de rétablir l’équilibre dans les différents mondes. On a là un paradoxe de l’écrivain dans la mesure où on ne peut déterminer qui est venu en premier (le vrai ou le clone) et que les évènements et les actions qui se déroulent dans le récit sont intimement liés à ce paradoxe. On peut également citer le personnage de Watanuki de la série crossover xxxHolic (2003-2011) qui étant lui aussi un clone du « vrai » Shaolan, créé par le paradoxe temporel faisant en sorte que la « vraie » Sakura (Tsubasa fille) n’a pu être sauvée la première fois. On peut remarquer dans le récit quand sans le sacrifice de Watanuki de perdre ses souvenirs, le « vrai » Shaolan, Kurogane et Fye n’auraient pu savoir et atteindre l’endroit où se trouvait Fei Wan Lead.[pas clair]
  • Dans le sixième roman de la série Artemis Fowl d’Eoin Colfer (2008), Artemis se voit contraint de remonter le temps. Son voyage l’amène à s’intéresser au monde surnaturel des fées. S’il n’avait pas réalisé ce voyage, il n’aurait jamais envisagé leur existence, ni conçu l’idée d’en kidnapper une. Par conséquent, il n’aurait jamais pu effectuer son voyage dans le temps. C’est ce qui ferme la boucle temporelle, il est impossible de savoir quel acte est la cause et quel acte est la conséquence.
  • Dans l’épisode « Les Exilés » de la série Lost : Les Disparus (épisode 1 de la cinquième saison, 2009), Richard donne une boussole à Locke et lui demande de la lui redonner la prochaine fois qu’ils se verront. Lorsque l’île « bouge », elle retourne en 1954. Locke rencontre Richard et lui donne la boussole. Ensuite, 50 ans plus tard, Richard donnera la boussole à Locke, etc. Cette boussole n’a donc jamais été fabriquée. Richard l’a obtenue des mains de Locke, qui lui, l’a obtenue des mains de Richard.
  • Dans l’épisode « Éternel recommencement » de la série Misfits (épisode 8 de la troisième saison, 2011), Simon retourne dans le passé pour devenir « l’homme masqué » des saisons précédentes (il revient ainsi au début de l’épisode 6 de la première saison). Avant de partir, Seth lui propose de lui prêter de l’argent afin de s’acheter un nouveau pouvoir dans le passé. Or, Seth a obtenu cet argent en vendant un pouvoir à l’homme masqué, c’est-à-dire Simon. On ne sait donc pas d’où vient cet argent, puisque Simon le donne à Seth, qui le prête à Simon, etc. Il apparaît ex nihilo : c’est le paradoxe de l’écrivain.
  • Dans le jeu vidéo "The Legend of Zelda: Ocarina of Time", quand Link est devenu adulte et va parler à l'homme qui joue de la musique dans le moulin à vent du village Cocorico, ce dernier lui apprend qu'il y a 7 ans, un jeune garçon (qui n'est autre que Link enfant) a détraqué son moulin avec le Chant des Tempêtes, et lui apprend cette même musique. Plus tard dans le jeu, Link retourne dans le passé (il est revenu à l'enfance), et va jouer cette musique dans ce moulin pour pouvoir ouvrir un donjon. Link n'aurait donc pas pu jouer ce fameux Chant des Tempêtes si l'homme du moulin à vent ne le lui avait pas appris, et si Link n'avait pas joué cette musique, l'homme n'aurait pas non plus pu apprendre cette musique à Link adulte, cela constitue le paradoxe.

Pourquoi est-ce un paradoxe ?[modifier | modifier le code]

À première vue, une situation de ce type ne crée aucun problème logique. Elle vérifie le principe de cohérence de Novikov et ne provoque pas d'incompatibilité.

Mais on peut trouver étrange que cette situation survienne alors que son absence serait également logique. Prenons l'exemple d'Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban : Harry survit à sa rencontre avec les détraqueurs parce qu'un homme a lancé un sort pour les mettre en fuite. Il fait ensuite un saut de quelques heures dans le passé. Au cours de ce saut, il lance le sort qui lui a sauvé la vie. Tout semble cohérent. Sauf que sa mort face aux détraqueurs, entraînant l'absence de voyageur temporel, serait aussi une solution cohérente. Toutefois, il y aurait eu incohérence si Harry avait renoncé à lancer le sort lorsqu'il était revenu dans le passé, ce qui aurait rendu impossible tous les évènements vécus après cet instant par son lui du passé. Pour que la boucle soit bouclée, il fallait nécessairement que le Harry du passé fût sauvé d'une manière conforme aux souvenirs du Harry présent (comme il ne distinguait que des silhouettes, il aurait pu s'agir d'Hermione, ou de quelqu'un d'autre).

Finalement, l'utilisation de boucles de causalité apparaît comme une licence poétique accordée à la plupart des auteurs utilisant le voyage dans le temps.

Refermer les boucles[modifier | modifier le code]

Un cas non-paradoxal est celui où le voyageur crée lui-même une boucle contenant des événements différents de ceux qui faisaient partie de son passé avant son voyage. Typiquement, dans Le Guide du voyageur galactique, un poète qui a écrit exilé dans une forêt est ensuite devenu célèbre. Une entreprise utilisa une machine à remonter le temps pour lui proposer de le sponsoriser. Mais devenu riche, il ne s'exila pas en forêt, et ne put donc écrire de si beaux poèmes. Heureusement, les responsables de l'entreprise avaient emporté un recueil imprimé de ses poèmes. Après intervention, on retrouve un paradoxe de l'écrivain classique.

Cette variante consiste à "réparer" l'histoire après avoir failli causer un paradoxe du grand-père. C'est ce que fait le héros de Retour vers le futur quand il provoque la rencontre de ses parents, après l'avoir accidentellement empêchée. Marty MacFly retourne en 1955, du temps où ses parents ont son âge, c'est-à-dire en fin d'adolescence. Lors d'un bal au lycée ils se sont embrassés pour la première fois et ils ont formé un couple dont un des fils est Marty. Mais par accident, sa mère tombe amoureuse de lui la semaine avant ce fameux bal. Or si elle tombe amoureuse de lui le premier baiser n'aura pas lieu, le mariage et le couple ne viendront pas, et les enfants n'existeront pas. Marty n'a donc pas de raison d'être là. Lors de la soirée il sort une photo de lui et de sa fratrie. Il remarque que les corps de son frère et de sa sœur disparaissent progressivement, ainsi que le sien plus tard : tout simplement parce qu'il y a un paradoxe temporel. Mais soudainement après le baiser de ses parents, l'image revient normalement car le cours normal de l'histoire a été remis en place après l'accident (cette situation est assez étrange car cela voudrait dire que l'existence de quelqu'un n'est pas précisément établie (on existe, ou on n'existe pas), mais est assise sur des probabilités variant en fonction des modifications éventuelles de l'histoire. La disparition progressive des enfants sur la photo matérialiserait donc la diminution des probabilités que les parents de Marty les engendrent, la baisse atteignant son paroxysme lorsque Marty lui-même commence à s'effacer).

Variante : être son propre père[modifier | modifier le code]

Cette variante est assez parlante : un voyageur temporel remonte un an avant sa naissance, rencontre sa mère, tombe amoureux d'elle et ils ont un enfant, qui n'est autre que le voyageur.

D'un point de vue génétique, un individu possède un jeu de chromosomes de chacun des parents. Pour qu'un voyageur temporel s'engendre lui-même en copulant avec sa mère, il faudrait qu'il se transmette exactement le même patrimoine génétique, sans qu'il n'y ait de mélange avec celui de sa mère/compagne. Ce n'est pas strictement impossible, mais extrêmement improbable : une chance sur 2 puissance 23 (nombre de paires de chromosomes) si l'on ne tient compte que de la répartition des chromosomes dans le spermatozoïde fécondant, et beaucoup plus faible encore quand on prend en compte l'enjambement des chromosomes lors de la méiose (il faudrait que tous les allèles de la mère soient récessifs, ce qui est complètement aberrant).

En revanche, il n'y a plus de problème si la reproduction sexuée est remplacée par un clonage, la mère porteuse devenant effectivement celle du voyageur.

Une des clé de la série Tsubasa Reservoir Chronicles repose sur cette variante. En effet, le "vrai" Shaolan est le fils de son propre clone (voir explications plus précises plus haut).

Dans La Patrouille du temps, de Poul Anderson, cette hypothèse n'est envisagée que pour préciser que c'est génétiquement impossible. Elle est aussi évoquée par des nouvelles et Jean-Pierre Andrevon. Dans Tous des zombies de Robert A. Heinlein, à la suite d'un changement de sexe dû à une ambivalence génétique accidentelle et une modification hormonale, le héros/l'héroïne voyageant dans le temps arrive à être à la fois son père et sa mère, ce qui résoudrait (?) le problème posé par la génétique.

Les fictions humoristiques utilisent cette hypothèse sans se soucier de la question de l'impossibilité. On la trouve chez Gotlib dans sa Rubrique-à-brac, dans un épisode des Griffin[réf. souhaitée], dans un épisode de la série Futurama où le héros Fry est son propre grand-père et par Douglas Adams dans Le Guide du voyageur galactique. Ce dernier précise que ce genre de situation ne crée guère de problème dans les familles où on a l'esprit ouvert.

Des rumeurs ont circulé concernant l'univers Star Wars selon lesquelles Jacen Solo aurait appris à utiliser ses pouvoirs de Jedi pour remonter le temps et serait le père d'Anakin Skywalker, son propre grand-père, ce qui ferait de Jacen son propre arrière-grand-père (en fait, avant sa mort, Jacen avait effectivement appris à voyager dans le passé, une première dans l'univers de Star Wars, mais seulement sous forme de spectre). De même, un lapsus de l'auteur d'Harry Potter, confondant le maléfique Voldemort et son ancêtre Salazar Serpentard fut à l'origine d'une théorie suivant laquelle Voldemort serait l'ancêtre de sa propre lignée, après mise au point d'un retourneur de temps pour les années.

Autre variante : Le paradoxe de la boule de billard[modifier | modifier le code]

Cette autre variante montre comment une situation particulière peut être sa source. Ainsi, les cause et effet ne font qu'un. La particularité de cette situation est qu'elle est applicable directement dans un système semblable à l'univers.

Imaginez une table de billard, le tapis représente la trame de l'espace. Les 3 dimensions de l'espace se trouvent réduites à deux dimensions. Les boules de billards sont des comètes se déplaçant sur cette trame spatiale. La quatrième dimension se trouve être la hauteur. Les boules ne peuvent pas entrer dans la 4e dimension puisqu'elles se déplacent sur la table (largeur + longueur). En revanche, les trous aux coins de la table sont reliés par des tunnels sous la table. Ce sont des trous de vers (qui permettent de revenir dans le passé en un endroit différent).

Sur cette table, imaginons une boule A et une boule B qui se déplacent, elles entrent en collision et leurs trajectoires sont modifiées. La boule B dérive aléatoirement mais la boule A se dirige directement vers un trou. Elle tombe dedans et se retrouve donc dans un trou de ver. Elle sort de ce tunnel en un autre trou, dans le passé. En continuant sa trajectoire, elle percute une autre boule C qui va alors tomber dans un trou. En réalité, les boules A, B et C ne sont qu'une seule et même boule. Elle va dans le passé, se percute elle-même pour pouvoir aller dans le passé pour pouvoir se percuter elle-même et ainsi de suite.

alternative textuelle
Représentation artistique du paradoxe des boules spatio-temporelles