Marie de Montpellier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Marie de Montpellier
Titre Seigneur de Montpellier
(1204 – 1213)
Prédécesseur Guilhem VII de Montpellier
Successeur Jacques Ier d'Aragon
Autres fonctions Seigneur d'Aumelas
Reine consort d'Aragon
Biographie
Dynastie Guilhem de Montpellier
Naissance v. 1182
Décès 1213
Rome
Père Guilhem VIII de Montpellier
Mère Eudoxie Comnène
Conjoint 1. Raymond Geoffroi II
2. Bernard IV Comminges
3. Pierre II d'Aragon
Enfants 1. Jacques Ier d'Aragon

Seigneurs de Montpellier.svg

Marie de Montpellier est née en 1182/83 et morte à Rome le 18 avril 1213. Marie est la dernière descendante des Guilhem, les seigneurs locaux de Montpellier et avec elle s'éteindra cette dynastie.

Toute sa vie, Marie sera victime des ambitions de son entourage (son père, sa belle-mère, ses époux) et des notables de Montpellier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la fille de Guilhem VIII de Montpellier (1157/58 - 9 novembre 1202 ) et d' Eudoxie Comnène (1162 - après 1202), la nièce de l'empereur Manuel Ier Comnène de Byzance.

En 1204, et après l'abdication en sa faveur de son demi-frère, Guilhem IX de Montpellier, elle devient « Seigneur de Montpellier » et « Seigneur d'Aumelas ». Titres qu'elle gardera jusqu'à sa mort, en 1213.

Ses trois mariages[modifier | modifier le code]

Consommation du mariage de Marie et de Pierre II
  1. Mariée dès l'âge de dix (ou onze) ans à Raymond Geoffroi II, dit « Barral », vicomte de Marseille, elle devient veuve quelque temps après (1192).
  2. Son père et sa belle-mère Agnès de Castille la remarient en décembre 1197 à Bernard IV, comte de Comminges[1] et l'obligent à signer un acte de renonciation à ses droits sur la seigneurie de Montpellier en faveur de ses demi-frères, nés du remariage de son père avec Agnès. Bien que deux filles (Mathilde et Petronille) soient nées de ce mariage, celui-ci ne durera pas. Marie revient à Montpellier considérant ce mariage comme nul et non avenu (Bernard de Comminges était deux fois bigame). Après la révolte des habitants de Montpellier contre le jeune Guilhem IX, Marie retrouve son héritage le 15 juin 1204[2].
  3. À la mort de Guilhem VIII, elle évince son demi-frère, Guilhem IX, de la seigneurie de Montpellier et épouse le roi Pierre II d'Aragon, le 15 juin 1204, dans la maison de la milice du Temple[3]. Le même jour, Pierre et Marie promettent de respecter les coutumes de la ville dans un texte de 123 articles, la « Charte des Coutumes et Libertés ».

Ce mariage n'est que prétexte pour Pierre II pour rattacher Montpellier à son royaume[4]. N'ayant plus besoin de Montpellier qu'il a complètement hypothéqué, il décide de se séparer de Marie malgré la naissance d'un fils, le futur Jacques Le Conquérant et d'une fille Sancie qui fut mariée à Raymond VII de Toulouse, comte de Toulouse, mort en 1249.

Marie à la recherche d'appuis[modifier | modifier le code]

Trahie de nombreuses fois par son entourage, Marie ne voit autour d'elle que deux appuis sûrs: les Templiers et la Papauté.

Dans son premier testament de 1209, Marie désigne les Templiers comme gardiens de son fils, l'« Infante don Jaime de Aragon ». Mais bientôt surviendra leur procès.

Dans son dernier testament en 1213, elle désigne le Pape comme son exécuteur testamentaire : le testament de Maria regina Aragonum et domina Montispessulani est daté du 20 avril 1213, nommant comme ses héritiers Jacobum filium Regis Aragonum et meum…duæ filiæ meæ Mathildis…et Perona et dominæ Clementiæ amitæ meæ[5].

Marie de Montpellier décide d'aller à Rome pour obtenir du pape, Innocent III son appui et l'assurance que son union ne sera pas dissoute. Elle obtient gain de cause mais, malade, elle meurt à Rome en 1213[6], peut-être empoisonnée. Elle fut inhumée dans la chapelle Sainte-Petronille, aujourd'hui détruite, à Saint Pierre de Rome.

Maria de Montpeller selon Desclot[modifier | modifier le code]

Bernat Desclot rapporte dans sa chronique:

« Succeí que el rei feia molt temps que no ho feia amb la seva dona, i al cap d'un temps, quan el rei era en un castell molt a prop de Montpeller, amava i tenia per amiga una dona de gran condició, molt bella, que el seu assessor, home bo i lleial, -sembla que anomenat Guillem d'Alcalà- i que molt privat en aquestes qüestions, la portava al castell.

La madona Maria de Montpeller se n'assabentà i cridà al majordom del rei, un cop davant d'ella li va dir: Amic, sigueu benvingut, us he fet venir perquè sé que sou un lleial i bon home en qui puc confiar, us demano que m'ajudeu en allò que us diré. Vós sabeu bé que el meu marit el rei, no vol ésser amb mi a la cambra, per la qual cosa jo estic molt disgustada, motiu pel qual encara no ha nascut de mi un infant d'ell i que seria l'hereu de Montpeller. Sé que el rei s'entén amb una dona que ve de tant en tant al castell, i que vós sou l'home de confiança. Jo us demano que, quan li porteu la dona, vingueu a mi en privat i em porteu a la cambra en lloc d'ella, i jo em ficaré al seu llit. Ho hem de fer a les fosques, és a dir que no hi hagi llum, dient-li al rei que la dona ho vol així per tal que no sigui coneguda. I jo que tinc fe en Déu que aquella nit, engendrarem un infant que serà un gran bé i un gran honor per a tot el regne.

Madona, li va dir el majordom, estic disposat a fer tot allò que desitgeu, sobretot en assumptes que siguin del vostre honor i profit. Estigueu-vos segura que no diré pas res a ningú de tot això que m'haveu dit, encara que tinc por de la ira del rei. Amic, li digué la dona, no tingueu por, que jo ho faré tot de tal manera, que tindreu tant honor com no l'haveu tingut mai.

Madona, tornà a dir-li el majordom, grans mercès! Sapigueu que jo faré tot el que em maneu, i com és així, no ho retardem més. Ara arrangeu-vos perquè el rei m'ha demanat que aquest vespre li porti al castell aquella dona que vós sabeu. Jo us vindré a buscar i calladament us portaré al castell, us ficareu a la seva cambra, i ja sabeu el què heu de fer. Amic, li digué la dona, em plau molt el que em digueu. Aneu doncs i penseu què heu de fer, al vespre veniu a buscar-me. El majordom va acomiadar-se'n.

Al vespre el rei li va demanar que li portés aquella dona per passar la nit amb ell al llit. Senyor, va dir el majordom, de seguida, però us haig de dir una cosa que m'ha demanat ella, us prega que no sigui vista per ningú, ni home, ni dona, ni donzella. Vós, digué el rei al seu servent, feu el millor que pugueu, que jo ho vull tal com ella vulgui. L'home lleial, anà a cercar la madona i amb una donzella i dos cavallers, la portà a la cambra del rei i allí la deixà. Ella es va despullar i es va ficar al llit del rei, abans però féu apagar totes les llums. »

Traduction[modifier | modifier le code]

« Il arriva que le roi n'approchait plus sa dame depuis longtemps, et alors, que le roi était dans un château très proche de Montpellier, il aimait et avait pour amie une dame de grande condition, très belle ; son majordome, homme bon et loyal, -nommé semble-t-il Guillem d'Alcalà- et qui était au courant de ces affaires, était chargé de conduire cette dame au château.

Dame Marie de Montpellier l'apprit et fait appeler le majordome du roi ; une fois devant elle, elle lui dit : Ami, soyez le bienvenu ; je vous ai fait venir parce que je sais que vous êtes un homme loyal et bon en qui on peut avoir confiance ; je vous demande de m'aider pour ce que je vais vous dire. Vous savez bien que mon mari le roi ne veut plus de moi dans sa chambre, ce qui m'attriste beaucoup ; c'est pour cela que je n'ai pas eu encore un enfant de lui qui serait l'héritier de Montpellier. Je sais que le roi a une liaison avec une dame qui vient de temps en temps au château, et que vous êtes son homme de confiance. Je vous demande que, lorsque vous lui amènerez la dame, vous veniez me trouver en privé et que vous m'ameniez à la chambre à sa place, et que vous me mettiez dans son lit. Vous le ferez dans l'obscurité, c'est-à-dire sans qu'il n'y ait de la lumière ; vous direz au roi que la dame le veut ainsi pour ne pas être reconnue. Et je tiens foi en Dieu que cette nuit, j'engendrerai un enfant qui sera un grand bien et un grand honneur pour tout le royaume.

Madame, lui dit le majordome, je suis disposé à faire tout ce que vous m'avez demandé, surtout qu'il s'agit de votre honneur et profit. Soyez sûre que je ne dirai rien à personne sur tout ce que vous m'avez demandé, encore que j'ai peur de la colère du roi. Ami, lui dit la dame, n'ayez pas peur, car j'agirai de telle manière, que vous soyez récompensé comme vous ne l'avez jamais été auparavant.

Madame, lui répliqua le majordome, grand merci ! Sachez que je ferai tout ce que vous m'avez ordonné, et comme c'est ainsi, ne nous retardons pas davantage. Maintenant arrangez-vous parce que le roi m'a demandé que ce soir, je lui amène au château la dame que vous savez. Je viendrez vous chercher et secrètement, je vous porterai au château ; je vous conduirai dans sa chambre, et vous savez ce qu'il faudra faire. Ami, lui dit la dame, ce que vous me dites me satisfait pleinement. Allez donc et pensez à ce qu'il faut faire ; ce soir, venez me chercher. Le majordome s'en va.

Le soir, le roi lui demande de lui amener cette dame pour passer la nuit au lit avec lui. Seigneur, lui dit le majordome, tout de suite, mais je dois vous dire une chose qu'elle m'a demandée ; elle vous prie qu'elle ne soit vue par personne, que ce soit homme, dame, ou demoiselle. Le roi dit à son servant, faites du mieux que vous pouvez ; moi, je voudrai tout ce qu'elle voudra. L'homme loyal va chercher la souveraine avec une demoiselle et deux cavaliers, l'amène à la chambre du roi et la laisse seule. Elle se déshabille et se met dans le lit du roi, mais avant elle fait éteindre toutes les lumières. »

Marie de Montpellier selon Muntaner[modifier | modifier le code]

Au matin de la nuit de l'engendrement étaient présents dans la chambre du roi, comme témoins, tous les gentilhommes, prélats et dames, comme nous le raconte le chroniqueur Ramon Muntaner, dans un poème de jongleur, restitué par Soldevila:

E com fo alba
lo prohòmens tots e prelats,
e hòmnes de religió e dones
cascú ab son ciri en la mà
entraren en la cambra
e lo senyor rei meravellà’s,
e saltà tantost sobre el llit
e pres l'espasa en la mà,
e tuit agenollaren-se
e digueren plorant:
"Senyor, mercè sia de gràcia
e que de mercè vostra que vejats
qui us jau de prop".

E la regina dreçà’s
E lo senyor rei conec-la...
E contaren-li tot
per ço que havien tractat.
Que plaguès Déus
fos complit llur enteniment.

Et quand l'aube se leva
tous les gentilhommes, prélats,
hommes de religion, dames
chacun avec sa chandelle à la main
entrèrent dans la chambre
et le seigneur roi se réveilla,
d'un bond sauta du lit
et prit l'épée à la main,
et tous s'agenouillèrent
et dirent implorant:
"Seigneur, faites nous grâce
et voyez s'il vous plaît
qui est couchée près de vous".

Et la reine se leva
Et le seigneur roi la reconnut...
Et ils lui racontèrent tout
ce qui avait été tramé.
Qu'il plaise à Dieu
d'accomplir leur projet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Guillelmus…Montispessulani, filius quondam Mathildis ducisse" accepte le mariage de "filiam meam Mariam" avec "Bernardo, comitis Convenarum" par une charte datée de Dec 1197, selon laquelle Marie renonce à ses droits sur Montpellier en faveur de "Guillelmo Montispessulani patri meo, et tibi Guillelmo filio ejus et domine Agnetis, fratri meo" Liber Montpellier, CCIV, p. 349 (J.-C. Chuat) et Spicilegium, Tome III, p. 558
  2. Baumel, J. (1980), p. 231.
  3. La Crónica de San Juan de la Peña (XXXIV, p. 136) rapporte que Pierre II Roi d'Aragon a épousé "la filla del noble princep Don Guillem de Montpeller…Maria, nieta del Emperador de Costantin noble". Le mariage contracté entre "Maria filia quondam domini Montispessulani" et "Petro Regi Aragoniæ, et comiti Barchinonis" est daté de 1204, devant les témoins "comes Santius…Ildefunsus comes Provinciæ frater domini regis, Guillelmus de Balcio, Hugo de Balcio frater eius, Rocelinus vicecomes et dominus Massiliæ, Guido de Cabilione… Spicilegium Tome III, p. 565.
  4. "Maria filia quondam domini Montispessulani…Regina Aragoniæ, comitissa Barchinonis" donne Montpellier à "Petro…Regi Aragoniæ, comiti Barchinonis marito meo" par une charte datée de septembre 1205, avec comme témoin "…Domina Clementia…" Spicilegium Tome III, p. 566.
  5. Spicilegium Tome III, p. 577
  6. Thalamus de Montpellier : décès le "xviii jorns dins abril" en 1213 à Rome de "madona Maria de Montpellier molher del rei dAragon"

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Aurell, Les Noces du comte. Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213), Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 427-466.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]