Frédéric Schiffter

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Frédéric Schiffter est un philosophe et écrivain français. Parmi ses influences, on peut citer, entre autres, Lucien de Samosate, Montaigne, Baltasar Gracián, La Rochefoucauld, Schopenhauer, Cioran, Roland Jaccard et Clément Rosset.

Pensée[modifier | modifier le code]

Frédéric Schiffter se nomme lui-même « philosophe sans qualités », par opposition à des auteurs contemporains — tels André Comte-Sponville, Michel Onfray, Luc Ferry, Bernard-Henri Lévy, et d’autres encore — spécialisés, selon ses termes, dans « le commerce florissant des raisons de vivre » (Le bluff éthique). À l'école des penseurs sceptiques et pessimistes, il considère qu'une pensée philosophique n'a pas vocation à fournir aux hommes des visions du monde, ni à leur faire miroiter une vie heureuse, un épanouissement de soi, une spiritualité accomplie, des sentiments vertueux, mais, au contraire, et quitte à les démoraliser, à élucider certains aspects de leur condition tragique.

Sa réflexion, essentiellement critique, se décline en trois concepts-clés : le « chichi », le blabla » et le « gnangnan ».[réf. nécessaire]

1- Le « chichi » (notion empruntée à Clément Rosset) désigne l'attitude consistant à ne pas percevoir le réel ou à le discréditer du fait même de sa cruauté — de son essence tragique. Tant chez les philosophes que chez les non philosophes, le « chichi » s’exprime comme le rejet du hasard, du temps, des passions dévastatrices et de la mort.

2- Le « blabla » définit tout type de discours servant à édulcorer le réel et, partant, à faire croire à la réalité de l’Irréel. Par exemple, pour nier le chaos, la douleur et la violence de l'existence, nombre de « blablas » philosophiques et/ou éthiques utilisent les mots vagues mais séduisants de « monde », de « nature », de « bonheur », d' « humanité », de « justice », etc., lesquels deviennent objets de croyances ou d'espoir. Le « blabla » est la formulation doctrinale ou théorique du « chichi ».

3- Le « gnangnan » qualifie une forme d'altruisme dont le ressort est l'indignation mêlée de sensiblerie contre une forme de tragique frappant les foules humaines et rebaptisée le « Mal » (terrorisme, catastrophe naturelle, guerre civile, épidémie, etc.). Donnant lieu à bien des « blablas » moraux, politiques, religieux, médiatiques, etc., le « gnangnan » permet aux individus tournés en temps ordinaire vers l'hédonisme égoïste et consumériste de se sentir bons, justes et indispensables — du côté du Bien.

En raison même de sa critique des illusions et des croyances, Frédéric Schiffter reste lucide quant à l'impact de sa pensée démystificatrice. « Autant il est concevable que [les humains] renoncent à une croyance particulière […], autant il est illusoire d'en induire qu'ils ne désireront plus croire. Pour que les humains en finissent avec le désir de croire, il faudrait qu’ils ne fussent plus enclins à la crainte comme à l'espérance […] ; autant dire qu’ils n'eussent plus la certitude effrayante de mourir .»[1].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Métaphysique du frimeur. Lettre sur l'élégance, Milan, 1985 (réédition : 2003)
  • Guy Debord, l'atrabilaire, PUF, 1999 (réédition : 2004)
  • Sur le blabla et le chichi des philosophes, PUF, coll. « Perspectives critiques », 2001 (ISBN 9782130521471)
  • Pensées d’un philosophe sous Prozac, Milan, 2002
  • Le Plafond de Montaigne, Milan, coll. « Pause philo », 2004
  • Contre Debord, PUF, coll. « Perspectives critiques », 2004
  • Petite philosophie du surf, Milan, 2005
  • Le Philosophe sans qualités, Flammarion, 2006
  • Traité du cafard, Finitude, 2007
  • Le Bluff éthique, Flammarion, 2008
  • Délectations moroses, Le Dilettante, 2009
  • Philosophie sentimentale, Flammarion, 2010
  • La Beauté, une éducation esthétique, Autrement, 2012
  • Le Charmes des penseurs tristes, Flammarion, 2013 (ISBN 9782081310414)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Bluff éthique, sans référence de page
  2. David Caviglioli, « Le prix Décembre à Frédéric Schiffter », http://bibliobs.nouvelobs.com,‎ 9/11/2010 (consulté en 9/11/2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]