Crescentius

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Crescentius est le nom d'une famille dont plusieurs personnalités de l'aristocratie romaine qui au Xe siècle s'opposèrent au gouvernement impérial.

Crescentius l'Ancien[modifier | modifier le code]

Avec la disparition de la dynastie carolingienne le gouvernement pontifical avait perdu à Rome son protecteur le plus puissant et les Romains avaient pris en main leurs propres affaires. De l'aristocratie locale surgit une famille puissante, qui s'empara pratiquement à Rome de toutes les affaires gouvernementales, contrôla les nominations au trône pontifical et détint le pouvoir pendant de nombreuses années. Au début du dixième siècle la famille fut représentée par Théophylacte, vestararius, c'est-à-dire haut dignitaire du palais et du gouvernement pontifical, par sa femme Théodora et par leurs deux filles Marozia et Théodora. Théophylacte portait les titres de consul et de sénateur des Romains. Crescentius l'Ancien appartenait à cette famille, étant fils de Théodora, la fille de Théophylacte.

Selon les archives, il s'ingéra dans les affaires romaines pour la première fois en 974. À la mort du Pape Jean XIII (965-72), qui était un frère de Crescentius, l'empereur Otton Ier (936-73) lui donna comme successeur le cardinal diacre Benoît, qui prit le nom de Benoît VI (972-74). Les Romains supportaient avec une indignation mal dissimulée l'ingérence constante de l'empereur dans les élections pontificales. Une année environ après la mort d'Otton Ier, alors que son successeur Otton II (973-83) était retenu dans son pays par des guerres, ils se révoltèrent contre le régime impérial sous la conduite de Crescentius. Le malheureux pape Benoît VI fut détrôné, enfermé brutalement au Château de Saint-Ange où il fut étranglé en juillet 974. Le diacre Franco, un Romain, fils de Ferrucius, fut choisi pour lui succéder et prit le nom de Boniface VII (974). Les protestations de l'envoyé impérial Sicco n'eurent aucun succès contre cette manifestation d'aspirations nationales chez les Romains. Bientôt, pourtant, le parti impérial reprit le pouvoir ; le pape Boniface VII fut contraint de fuir à Constantinople; Benoît VII (974-83) fut choisi pour le remplacer et Crescentius disparut mais pour peu de temps. Selon toute probabilité il prit une part active à la restauration de Boniface VII en 984. Après la mort de l'Empereur Otton II (décembre, 983) le parti antiimpérial crut le temps venu pour se montrer à nouveau. En avril, 984, Boniface VII revint de Constantinople et reprit possession de Rome. Le pape Jean XIV (983-84), qui avait été nommé par l'empereur Otton II, fut emprisonné au Château Saint-Ange, où il périt après quatre mois environ ensuite et Boniface VII (984-85) gouverna de nouveau comme pape jusqu'à sa mort en juillet, 985. Son protecteur Crescentius vers la fin de sa vie (on ne sait si c'est avant ou après la restauration de Boniface VII) prit l'habit monacal au monastère Saint-Alexis sur l'Aventin, où il mourut le 7 juillet 984 et fut enterré. L'épitaphe sur son tombeau (Armellini, Le Chiese di Roma, 586) est toujours visible.

Crescentius le Jeune[modifier | modifier le code]

Les aspirations de l'aristocratie romaine ne disparurent pas avec la mort de Crescentius l'Ancien. Il avait laissé un fils, nommé lui aussi Crescentius, qui après la mort de Boniface VII saisit entre ses mains les rênes du pouvoir. Les circonstances semblaient particulièrement favorables. L'Empereur Otto III (985-96) était encore un enfant et l'impératrice mère, Théophano Skleraina, était une princesse énergique mais elle était absente de Rome. Crescentius le Jeune, sous le nom de Crescentius Ier Nomentanus, prit le titre de Patrice des Romains, manifestant ainsi qu'il était le chef à Rome, même s'il n'était pas entièrement indépendant de l'autorité impériale ; il se considérait comme le lieutenant de l'empereur. Il est tout à fait probable que l'élection du Pape Jean XV (985-96), qui succéda à Boniface VII, se fit avec la participation de Crescentius, bien que les détails de cette élection soient inconnus. Dans certains des documents officiels du temps, publié par le pape, le nom de Crescentius et son titre de patrice apparaissent en même temps que le nom de Jean XV; et pendant un certain nombre d'années Crescentius exerça son autorité apparemment sans opposition. Quand l'impératrice Théophano vint à Rome en 989, elle se manifesta comme impératrice et souveraine, laissant Crescentius dans sa position subordonnée.

Pendant ce temps le jeune empereur Otton III tenait les rênes du gouvernement ; en 996 il fit son premier voyage en Italie, incité à cela par différentes considérations, surtout par les appels du pape Jean XV. Mais la mort emporta le pape au début d'avril 996, avant qu'Otton eût atteint Rome ; c'est à Pavie que l'empereur fut instruit du fait. Comme les Romains et leur chef, Crescentius, n'osaient pas alors nommer le successeur du défunt pape, ils envoyèrent une délégation à l'empereur lui demandant de désigner un candidat convenable au siège de Rome. Otton III était à Ravenne quand les délégués de Rome arrivèrent. Ayant consulté ses conseillers il choisit son propre cousin, Bruno de Carinthie, un jeune ecclésiastique, âgé seulement de vingt-trois ans, qui lui semblait posséder les qualités requises. Au début de mai il fut consacré à Rome sous le nom de Grégoire V (996-99), étant le premier pape de nationalité allemande. Quelques semaines plus tard (le 21 mai) Otton III lui-même fut couronné à Rome par le nouveau pape dans la basilique Saint-Pierre. Le 25 du même mois le pape et l'empereur tinrent à Saint-Pierre un synode, qui était en même temps une cour de justice suprême. Les Romains rebelles, y compris Crescentius, qui avaient comploté pendant les années dernières du pontificat du pape Jean XV, furent convoqués pour rendre compte de leurs actions. Le résultat fut qu'un certain nombre, et parmi eux Crescentius, furent condamnés au bannissement. Le pape Grégoire V, qui voulait inaugurer son pontificat par des actes de clémence, intercéda pour le coupable et l'empereur retira sa sentence d'exil. Crescentius fut privé de son titre de patrice, mais autorisé à vivre à Rome dans la retraite.

Crescentius paya d'un regain de violence la clémence qu'avait eue le pape envers lui. Quelques mois à peine après le retour de l'empereur en l'Allemagne une révolte éclata à Rome sous la conduite de Crescentius. Ce pape étranger, ces nombreux dignitaires étrangers installés partout dans les États pontificaux offensaient la vue des Romains. La rébellion eut un tel succès qu'en septembre 996, le pape fut obligé de s'enfuir avec seulement quelques assistants. En février 996 il tint un synode à Pavie, et y prononça l'excommunication contre Crescentius, usurpateur et envahisseur de l'Église de Rome. Crescentius, loin d'être ému de ces mesures contre lui, mit le comble à sa rébellion en nommant un antipape, Philagathos, évêque de Plaisance, qui revenait à peine d'une ambassade à Constantinople au nom de l'empereur Otton III. Né à Rossano en Calabre, Philagathos était un Grec, et c'est à l'impératrice Théophano et à son fils qu'il devait son élévation à l'épiscopat, mais il n'hésita pas à trahir son maître. En avril 997, il prit le nom de Jean XVI (996-98)[1]. En février 998, Otton III revint à Rome avec le pape Grégoire V et reprit possession de la ville sans grande difficulté. L'antipape chercha son salut dans la fuite, tandis que Crescentius s'enfermait au château Saint-Ange. L'infortuné Jean XVI fut bientôt capturé par les émissaires de l'empereur ; on lui coupa le nez et les oreilles, on lui creva les yeux et lui trancha la langue, et c'est dans cet état pitoyable qu'on le contraignit à chevaucher à l'envers un âne[2]. Sur l'intervention de saint Nil, un de ses compatriotes, on lui laissa la vie, et il vécut jusqu'en 1013. Fin avril le château Saint-Ange fut emporté ; Crescentius fut fait prisonnier et exécuté, son cadavre fut pendu à un gibet érigé sur le Monte Mario. Après quoi ses restes furent enterrés dans l'église Saint-Pancrace sur le Janicule.

Jean Crescentius[modifier | modifier le code]

Fils de Crescentius le Jeune. Au début de 1001 une révolte éclata à Rome contre Otton III, qui maintenant résidait en permanence dans la Ville éternelle. L'empereur et le pape Sylvestre II (999-1003), le premier pape de nationalité française, furent obligés de s'enfuir ; il est des plus probables que Jean Crescentius était l'instigateur de la rébellion. En tout cas, c'est lui qui assuma ensuite l'autorité suprême à Rome, et après la mort de l'empereur Otton III (24 janvier 1002) il prit le titre de Patrice des Romains. Le pape Sylvestre II fut autorisé à retourner à Rome, mais ne se mêla que peu du gouvernement temporel. Il en alla de même de ses trois successeurs immédiats : Jean XVII (1003), Jean XVIII (1003-09), et Serge IV (1009-12), qui durent tous leur choix à l'influence de Jean Crescentius. Le patrice lui-même mourut au printemps de l'année 1012, et avec lui les Crescentii disparurent de l'histoire de Rome.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Arnulf de Milan (trad. W. North, dir. Claudia Zey), Liber gestorum recentium, vol. 67, Hanovre: Hahn, Monumenta Germaniae Historica, coll. « Scriptores rerum Germanicarum »,‎ 1994 (lire en ligne), § 11
  2. Cf. Arnulf de Milan (trad. W. North, dir. Claudia Zey), Liber gestorum recentium, vol. 67, Hanovre: Hahn, Monumenta Germaniae Historica, coll. « Scriptores rerum Germanicarum »,‎ 1994 (lire en ligne), § 12

Sources[modifier | modifier le code]