Contrapasso

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Le Contrapasso des devins et des sorciers illustré par Giovanni Stradano Divine Comédie, Enfer, Chant XX.
Dans de Chant XXVIII de l'Enfer, Bertran de Born est l'un des rares personnages expliquant lui-même son propre contrapasso : parce qu'il sema la discorde entre un père et son fils, son corps et sa tête sont désormais séparés (illustration de Gustave Doré)

Le contrapasso ou[1] contrappasso, (du latin contra et patior : souffrir le contraire) est un principe qui règle la peine frappant les coupables et consistant dans le contraire de leur faute ou l'analogie avec celle-ci. Il est présent dans de nombreux contextes historiques et littéraires d'influence religieuse, comme la Divine Comédie.

Chez Sénèque[modifier | modifier le code]

Sénèque utilise la loi du contrapasso dans sa satire Apokolokyntosis, lorsque l'empereur Claude se voit confié dans l'au-delà à l'un de ses affranchis. Il s'agit ici d'un contrapasso par analogie : Claude avait en effet la réputation de se livrer à la merci de ses affranchis potentiels. Il est également condamné à jouer aux dés avec un gobelet troué : en sa qualité d'empereur il gagnait toujours (en trichant parfois) au jeu de dés qu'il affectionnait. La condamnation à perdre éternellement est un contrapasso correspondant au contraire de la faute.

Chez Dante[modifier | modifier le code]

Le contrapasso (transformé en « talion » par Lamennais dans une traduction de 1883) est évoqué dans la plupart des chants de la Divine Comédie de Dante Alighieri. Tous les personnages présents dans l'Enfer ou le Purgatoire[2] sont frappés selon cette loi par des punitions proportionnées à leur conduite dans la vie. Il peut consister en une peine analogue ou contraire au péché. Dans le premier cas il correspond à la Loi du Talion[3].

L'un des nombreux exemples de contrapasso se trouve dans la quatrième bolge (Enfer, chant XX), où les devins et les sorciers voient leur tête tordue vers l'envers de leur corps de sorte que « Ayant le visage tourné vers les reins, il leur fallait aller en arrière, parce qu’ils ne pouvaient voir par devant[4]. » Tout en se référant aux tentatives de voir dans l'avenir par des moyens prohibés, le contrapasso symbolise également le caractère « tordu » de la magie en général[5]. Un tel contrapasso « fonctionne non pas simplement comme une forme de vengeance divine, mais plutôt comme l'accomplissement d'un destin librement choisi par chaque âme au cours de sa vie »[6].

On trouve explicitement le terme contrapasso dans le Chant XXVIII de l'Enfer, dans lequel Bertran de Born, décapité, déclare :

« Perch'io parti' così giunte persone,
partito porto il mio cerebro, lasso!
dal suo principio ch'è in questo troncone.

Così s'osserva in me lo contrapasso[7],[8]. »

— Divina Commedia, Inferno XXVIII, 139-142

Le troubadour, seigneur de Hautefort, est dans la neuvième bolge des schismatiques pour, selon Dante, avoir causé la rébellion d'Henri le Jeune contre son père Henry II Plantagenêt[9]. Dante représente sa décapitation dans l'Enfer comme le contrapasso de sa supposée décapitation de la tête légitime de l'État[9].

Les âmes des indolents qui, sur terre, ont préféré une vie faite d'inertie, sont condamnées à une course frénétique et insensée à la suite d'une bannière. Elles se mêlent à la troupe des anges qui, à l'occasion de la révolte de Lucifer, ne se rebellèrent pas, ne restèrent pas fidèles à Dieu, ne prirent pas position.

Les âmes de ceux qui se sont laissés emporter par une passion amoureuse comme par un vent furieux sont entraînés par un tourbillon irrésistible.

Dans la littérature religieuse[modifier | modifier le code]

Le terme et le concept de contrapasso qu'utilise Dante se trouvent également dans la somme théologique de Thomas d'Aquin et dans les sources littéraires telles que les « visions » du Moyen Âge comme Visio Pauli, Visio Alberici, et Visio Tungdali[1]. Dans le De Contemptu Mundi (ou De Miseria humanae conditionis), Lotario des Conti di Segni, futur Innocent III, explique ainsi la peine du contrapasso, se référant à la fin de Sodome et Gomorrhe :

« [...] Perciò il Signore riversò una pioggia da sè, non pioggia d'acqua o di rugiada ma di zolfo e di fuoco, zolfo sul fetore della lussuria, fuoco sull'ardore della libidine, affinché la pena fosse il contrappasso della colpa[10] »

— Livre second, XXV, 2

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Enciclopedia Dantesca, Biblioteca Treccani, 2005, vol. 7, article Contrapasso (it).
  2. Mark Musa, notes en commentaire de la Divine Comedy, volume 1 : Inferno, Penguin Classics, 1984, pp. 37-38 (en)
  3. Cf. définition du contrappasso sur l'encyclopédie Treccani en ligne.
  4. Traduction Lamennais
  5. Dorothy L. Sayers, Hell, notes à propos du Chant XX.
  6. Peter Brand et Lino Pertile, The Cambridge History of Italian Literature, 2e éd., Cambridge University Press, 1999, pp. 63-64 (ISBN 0521666228)
  7. « Pour avoir divisé des personnes si proches, je porte, malheureux, mon cerveau séparé du principe de sa vie, qui est dans ce tronc. Ainsi en moi s’observe le talion. »
  8. Les anglophones traduisant le terme par counterpoise : Cf. The Divine Comedy sur Wikisource en anglais
  9. a et b Mark Musa, notes en commentaire de la Divine Comedy, volume 1 : Inferno, Penguin Classics, 1984, pp. 380 (en)
  10. « Alors le Seigneur déversa une pluie, non pas une pluie d'eau ou de rosée, mais de soufre et de feu, soufre sur les puanteurs de la luxure, feu sur les ardeurs de la débauche. »

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [PDF] L'Enfer, traduction d'Antoine de Rivarol
  • [audio] L'Enfer, traduction d'Antoine de Rivarol