Bertran de Born

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Bertran de Born
Bertran de Born au XIIIe siècle.
Bertran de Born au XIIIe siècle.

Titre Seigneur de Hautefort
Prédécesseur Constantin de Born
Successeur Jean Ier de Hautefort
Biographie
Naissance v. 1140
Décès v. 1215 (à 75 ans)
?
Bertran de Born, d'après un chansonnier du XIIIe siècle.

Bertran de Born (v. 1140v. 1215), serait né au château de Born, aujourd'hui disparu, sur la commune de Salagnac (Dordogne), seigneur de Hautefort, à la frontière entre Limousin et Périgord. C'est un troubadour qui célèbre l'amour et la guerre. Il fut mêlé aux luttes des fils de Henri II Plantagenet, et prit parti contre Richard pour Henri le Jeune. À la mort de celui-ci, il se réconcilia avec Richard, qu'il soutint à son tour contre Philippe-Auguste. Ses plus belles poésies sont des sirventes à l'accent satirique très violent.

Biographie[modifier | modifier le code]

La vie de Bertran de Born a été décrite dans l'édition de ses poèmes qu'a faite Gérard Gouiran, professeur à l'université de Montpellier. Jean-Pierre Thuillat a également fait de nombreuses recherches sur ce troubadour singulier, et les a regroupées dans sa biographie[note 1].

Bertran de Born étant vavasseur [1], sa seigneurie n'était pas divisible. Il était donc conjointement seigneur de Hautefort avec son frère, Constantin, lequel avait comme lui épousé une Lastours.

On trouve d'autres cas de coseigneuries parmi les troubadours, le plus célèbre étant celui des « quatre troubadours d'Ussel », trois frères et un cousin. Le XIIe siècle a été marqué par ce que les historiens du Moyen Âge considèrent comme un « renouveau de l'État », du moins de l'idée princière. Les seigneuries qui s'étaient rendues indépendantes dans le passé[note 2] entrèrent en concurrence avec des principautés territoriales — le duché d'Aquitaine, le comté de Barcelone et de Provence, le comté de Toulouse, puis la royauté française après la croisade albigeoise du XIIIe siècle — qui leur contestaient leur « mini-États ». Un des moyens employés par les principautés territoriales pour diminuer l'influence des châtelains locaux fut de recourir aux luttes féodales internes de leurs familles.

C'est ainsi que Bertran de Born entra en conflit avec son propre frère, passé sous le giron des Plantagenêt — devenus après 1154 et le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II suzerains du Limousin. Dès lors, Bertran de Born eut toutes les difficultés pour faire valoir son droit à être seigneur indépendant de Hautefort. Cette lutte pour l'indépendance est au cœur de la poésie de Bertran de Born, qui aborde quasiment exclusivement des thèmes politiques. Gérard Gouiran a retracé les allées et venues du pouvoir du troubadour sur son bout de territoire.

Il suffit de dire que Bertran de Born chercha lui-même à jouer sur les dissensions à l'intérieur de la famille des Plantagenêt afin de garder son indépendance, mais qu'il fut contraint finalement d'aller s'humilier publiquement devant la famille de ses suzerains lorsqu'elle fut réconciliée. Il incita les fils de Henri II à lutter contre leur père, soit parce qu'il les considérait comme des chefs nationaux, à cause du sang aquitain que leur avait transmis leur mère, soit parce qu'il voulait perdre ces princes en les dressant les uns contre les autres. Il fut lié surtout avec l'aîné Henri le Jeune. Étant tombé entre les mains du roi d'Angleterre Henri II, il n'avait eu pour obtenir son pardon qu'à éveiller le souvenir de ce jeune prince. Henri II lui rendit son château.

Après la mort de Richard Cœur de Lion, il renonça aux intrigues politiques ainsi qu'à la guerre, et finit par se retirer à l'abbaye de Dalon — fondée au XIIe siècle à Sainte-Trie (Dordogne) par Géraud de Salles et que son beau-père, le grand Gouffier de Lastours, avait contribué à fonder. Il y termina sa vie.

Il a donné son nom au Collège-Lycée et à la piscine Bertran-de-Born de Périgueux (24), ainsi qu'à une rue de Limoges.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bertran de Born en enfer levant sa tête décapitée. Illustration de Gustave Doré pour une édition de l'Enfer de Dante.

Bertran de Born fut l'un des maîtres du sirvente politique. Sa poésie, qui aborde des thèmes parfois très violents comme lorsqu'il chante la joie de la guerre, est à placer parmi les œuvres majeures de la poésie occitane médiévale.

Le poète allemand Heinrich Heine, curieux du personnage, a consacré à son pouvoir de séduction trois strophes charmantes, où rien ne choquera l'historien. Dante lui-même a représenté Bertran de Born dans sa Divine Comédie.

Ezra Pound lui a consacré le poème « Sestina : Altaforte » [2].

L'image de Bertran de Born arrivant aux enfers, décrite par Dante, a d'ailleurs inspiré Paul Auster dans son livre Invisible.

1er extrait[modifier | modifier le code]

Il me plait de voir sur les prés,
tentes et pavillons dressés.
Et j'ai grande allégresse
quand vois, par campagne rangés
chevaliers et chevaux armés.
— Version française

E platz mi quan vei per lo pratz
Tendas e pabalhos fermatz.
E ai grant alegratge
Quen vei per champanha renjatz
Chavaliers e chavaus armatz.
— Version occitane

2nd extrait[modifier | modifier le code]

Barons mettez en gage
chateaux, ville et cités
plutôt que de ne pas [chacun] vous faire la guerre.
— Version française

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Thuillat, Bertran de Born, Histoire et légende, Éditions Fanlac,‎ 2009
  2. Elles s'étaient rendues indépendantes dès l'époque carolingienne, pour Dominique Barthélémy, autour de l'an 1000 dans une hypothèse plus traditionnelle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marc Bloch, « Les distinctions de classes à l’intérieur de la noblesse » [archive], p. 315
  2. (en) Texte original. Consulté le 5 janvier 2013.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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